Abbatia
Sancti Petri
de Curte

Die Regel des heiligen Benedikt

Kapitel 68

Si Fratri impossibilia injunganturWenn einem Bruder Unmögliches aufgetragen werden sollte

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Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) 68

p. 539 SI L’ON ENJOINT A UN FRÈRE DES CHOSES IMPOSSIBLES

p. 539 Il n’est rien qui ne soit infiniment vénérable dans la Règle : pourtant, les dernières pages, écrites par N. B. Père dans la plénitude de ses années, de sa connaissance des âmes et de sa sainteté, ressemblent à un testament spirituel, et elles ont pour nous une saveur d’éternité. Elles sont toutes baignées de la clarté de Dieu, toutes imprégnées de sa douceur.

p. 539 C’est d’obéissance qu’il est question encore. Dès le Prologue, N. B. Père définissait la vie monastique un labeur glorieux d’obéissance : Ut ad eum per obedientiae laborem redeas, a quo per inobedientiae desidiam recesseras; notre armure spirituelle s’appelle, dans toutes ses pièces, l’obéissance : Quisquis abrenuntians propriis voluntatibus,... obedientiae fortissima atque praeclara arma assumis. Le chapitre V traite ex professo de l’obéissance et la décrit surtout empressée et joyeuse. Le chapitre VII, en ses premiers degrés d’humilité, peut-être même en tous, ne nous donne réellement que les degrés de l’obéissance. Saint Benoît l’invoque sans cesse, comme saint François d’Assise chante la pauvreté. Et, devant une telle insistance, nous sommes tentés de lui dire : « Mais, Père, pourquoi nous répéter toujours la même chose? » Sans doute, il nous répondrait avec saint Jean : Filioli, quia praeceptum Domini est, et si solum fiat, sufficit. L’obéissance toujours, l’obéissance à tout, l’obéissance à tous et, à l’occasion, l’obéissance héroïque. Saint Benoît nous a livré son secret, il nous a confié son idéal : faire du moine, non pas simplement un obéissant, mais une obéissance, comme le Seigneur, par le Seigneur, dans le Seigneur : Factus obediens, usque ad mortem.

p. 539 On peut se demander, avant d’aborder le commentaire, si quelque motif spécial inclinait N. B. Père à traiter cette question de l’obéissance héroïque immédiatement après le chapitre LXVII plutôt qu’ailleurs. Nous croyons qu’ici encore, comme au chapitre du Portier, cet ordre d’exposition lui a été suggéré par la source utilisée : le chapitre x du IVe livre des Institutions de Cassien (1).

(1) Post haec tanta observantia oboedientiae regula custoditur, ut juniores absque praepositi sui scientia vel permissu non solum non audeant cellam progredi, sed ne ipsi quidem communi ac naturali necessitati satisfacere sua auctoritate praesumant (nous reconnaissons la conclusion de notre chapitre lxvii ; et voici maintenant ce qui ressemble au chapitre suivant) : sicque universa conplere, quaecumque fuerint ab eo praecepta, tamquam si ex Deo sint caelitus edita, sine ulla discussione festinant, ut nonnumquam etiam inpossibilia sibimet imperata ea fide ac devotione suscipiant, ut tota virtute ac sine ulla cordis haesitatione perficere ea et consummare nitantur et ne inpossibilitatem quidem praecepti pro senioris reverentia metiantur. — Saint Benoît a pu se souvenir aussi de S. Basile, Reg. contr., lxix, lxxxii. — Cf. Reg. fus., xxviii.

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Si cui fratri aliqua forte gravia aut impossibilia injunguntur, suscipiat quidem jubentis imperium cum omni mansuetudine et obedientia.

Wenn einem Bruder etwas sehr Schweres oder gar Unmögliches aufgetragen wird, nehme er den Auftrag des Vorgesetzten in aller Sanftmut und in Gehorsam an.

Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) 68.1

p. 540 Si fratri impossibilia injungantur. — Si cui fratri aliqua forte gravia aut impossibilia injunguntur, suscipiat quidem jubentis imperium cum omni mansuetudine et obedientia.

p. 540 Commander des choses pénibles et impossibles? Que devient donc cette discrétion tant vantée de la Règle bénédictine? Et que devient la promesse de saint Benoît, dans son Prologue, de n’établir rien qui dépassât les forces humaines moyennes : Nihil asperum nihilque grave nos constituturos speramus? Non, il ne se contredit pas. Il n’adopte nullement, croyons-nous, ces coutumes de l’Orient — d’ailleurs souvent vénérables et suggestives — qui prétendaient rompre la volonté personnelle par le paradoxe violent et la contradiction des obédiences imposées. Rien, dans la Règle de saint Benoît, ni dans sa Vie, ne permet d’assimiler pratiquement les impossibilia auxquels il songe aux impossibilia mentionnés par Cassien ; des expressions identiques peuvent désigner des réalités très dissemblables. Le prodige de saint Maur marchant sur les eaux est vraiment un fait exceptionnel ; et peut-être d’ailleurs N. B. Père s’était-il borné tout d’abord à envoyer l’enfant porter secours au petit Placide : c’est l’obéissance qui provoqua le miracle.

p. 540 Il est possible que saint Benoît songe à l’hypothèse d’une obédience réellement peu réalisable par les procédés ordinaires ou même simplement humains ; mais surtout il se met dans la personne de ceux qui reçoivent les obédiences et les déclarent si volontiers impossibles. L’Abbé a beau réfléchir, calculer, mesurer : il n’en est pas moins constant que tel moine, à qui est confiée une charge de cellérier, d’infirmier ou de lecteur, prétextera, de bonne foi, son incapacité. Il est si doux de n’avoir nulle responsabilité, de n’appartenir qu’à sa prière et à ses études ! Il est si bon d’être, sur le bateau, simple passager, sans avoir l’obligation de mettre la main à la manœuvre ! Aussi, par une sorte d’illusion trop naturelle, lorsque l’obédience la plus bénigne fait sortir certains frères de leur quiétude et les oblige à entreprendre quelque besogne pour la communauté, la première de toutes leurs dispositions est de se retrancher derrière leur impuissance. C’est exactement l’attitude amusante du corbeau en face du pain empoisonné que N. B. Père lui ordonnait d’emporter au loin : Tunc corvus, aperto ore, expansis alis, circa eumdem panem coepit discurrere atque gracitare, ac si aperte diceret et obedire se velle et tamen jussa implere non posse (1).

(1) S. Greg. M., Dial., l. II, c. viii.

p. 541 Le procédé de saint Benoît, devant cette trépidation, est tout paternel ; il dit à son moine : « Vous êtes persuadé que l’obédience est lourde, qu’il vous est impossible de l’accomplir? C’est peut-être vrai. Je ne discuterai pas votre appréciation. C’est donc entendu : l’obédience est surhumaine ; c’est probablement quelque chose comme cette résurrection d’un mort que prétendit m’imposer un jour le bon paysan du Cassin (2)! Mais enfin, il y a des grâces d’état et de fonction : Dieu nous aide à porter ce dont lui-même nous charge. Et puis tant de choses ne semblent impossibles que parce qu’on ne les a pas résolument tentées ! La sensation de l’équilibre vous viendra en essayant ; si vous n’essayez pas, elle ne vous viendra jamais. Peut-être aussi votre Abbé veut-il vous mettre en demeure de montrer ce dont vous êtes capable et vous obliger à grandir par l’effort. Souvenez-vous des vocations de Moïse, d’Isaïe, de Jonas, d’Amos, de saint Jean-Baptiste. »

(2) Quid vultis onera nobis imponere, quae non possumus portare? s’écria d’abord saint Benoît. Mais bientôt il accomplit le miracle, en toute simplicité de foi (S. Greg. M., Dial., l. II, c. xxxii).

p. 541 Alors, avec un grand esprit de douceur et d’obéissance, cum omni mansuetudine et obedientia, le religieux accueille l’ordre donné. C’est de la sorte que l’on apprend à marcher sur l’eau, comme saint Maur. Que de fois n’arrive-t-il pas que Dieu supprime soudain tous les obstacles, grâce à l’entrain joyeux de notre obéissance ! Les femmes qui s’en allaient au tombeau du Seigneur, se disaient en chemin, elles aussi : Quis revolvet nobis lapidem ab ostio monumenti? Elles vinrent pourtant, et la lourde pierre était déplacée : Et aspicientes viderunt revolutum lapidem : erat quippe magnus valde.

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Quod si omnino virium suarum viderit pondus excedere, impossibilitatis suæ causas ei, qui sibi præest, patienter et opportune suggerat,

Sieht er, daß die auferlegte Last durchaus das Maß seiner Kräfte übersteigt, so soll er dem Obern die Gründe seines Unvermögens in Geduld und schicklicher Weise darlegen,

Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) 68.2-68.3

p. 541 Quod si omnino virium suarum viderit pondus excedere, impossibilitatis suae causas ei qui sibi praeest patienter et opportune suggerat, non superbiendo, aut resistendo, vel contradicendo.

p. 541 Que si, après un essai généreux et loyal, vous constatez que décidément vous n’êtes pas de taille, ne boudez pas, ne murmurez pas, ne vous lamentez pas auprès de vos frères. Allez trouver votre Abbé et doucement, à une heure opportune, exposez les motifs de votre insuccès, sans orgueil, sans révolte, sans contestation. Essayez de raconter l’affaire comme si elle concernait un autre que vous-même, comme un problème dont vous fournissez seulement les éléments : suggerat. Opportune, ajoute saint Benoît : et, en effet, il faut savoir attendre le bon moment, celui où l’on est calme, et où l’on sait que le supérieur le sera aussi ; il faut choisir encore le lieu favorable : ce n’est pas diplomatie ou duplicité, mais bien prudence et charité. Et, dans cette instance même, évitons tout ce qui ressemblerait à l’exigence hautaine, à la passion, ou à l’esprit de système. En principe, d’ailleurs, ne demandons jamais une permission qu’avec une parfaite liberté d’esprit et ce désintéressement surnaturel qui, d’avance, prend son parti d’un refus. Nous appartenons tout entiers à l’obéissance ; et seule, l’obéissance est une garantie contre l’illusion ; elle est l’ange gardien de notre vie monastique : Quid enim mihi est in caelo, et a te quid volui super terram?... Deus cordis mei et pars mea, Deus, in aeternum (Ps. lxxii, 25-26).

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non superbiendo aut resistendo vel contradicendo.

nicht geleitet vom Geiste des Stolzes, der Widersetzlichkeit oder des Widerspruchs.

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Quod si post suggestionem suam in sua sententia Prioris imperium perduraverit, sciat junior ita sibi expedire;

Beharrt der Obere auch nach dieser Aussprache und Vorstellung auf seiner Entscheidung und seinem Befehl, dann wisse der Untergebene, daß es für ihn so gut ist,

Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) 68.4-68.5

p. 542 Quod si post suggestionem suam in sua sententia prioris imperium perduraverit, sciat junior ita sibi expedire, et ex caritate confidens de adjutorio Dei, obediat.

p. 542 Alors même que les représentations ont été faites dans les meilleurs termes et appuyées des considérants les plus sages, il peut arriver que le supérieur maintienne son ordre. C’est son affaire. Son dessein est peut-être d’éprouver ou de contraindre : il en a le droit, spécialement lorsqu’il s’agit d’imposer certaines charges, plus pénibles, par exemple le gouvernement d’une communauté. En ce cas, le moine doit effacer de son âme la pensée des difficultés soi-disant insurmontables qu’il croyait apercevoir ; il doit se convaincre qu’il convient pour lui d’agir ainsi, qu’il lui est bon d’obéir jusqu’à ces limites de l’absurde ; les âmes ont besoin, pour monter très haut, de ces anéantissements-là. « Vous le voulez, mon Seigneur et mon Dieu? Je le veux bien aussi. Tout m’est simple alors, tout m’est facile. C’est en vous que j’ai mis mon espérance : et vous avez promis votre grâce à tous ceux qui se confient en vous. » C’est là ce qu’ose nous demander N. B. Père saint Benoît ! Non pas l’attitude du petit enfant qui obéit par crainte du fouet, ni la disposition de celui qui se résigne parce qu’il n’y a pas moyen de faire autrement : mais une adhésion intellectuelle tranquille, une soumission provenant de la tendresse, un acte profond de foi, d’espérance et de charité : Sciat ita sibi expedire, et ex caritate confidens de adjutorio Dei, obediat. Si Dieu a voulu seulement éprouver la qualité de notre obéissance, un ange descendra à temps, comme pour Abraham. Sans s’expliquer davantage, N. B. Père nous dit : Comptez sur Dieu.

p. 543 Peut-être bien qu’un miracle ne sera pas nécessaire pour que nous aboutissions. Car enfin, répétons-le, les impuissances des hommes sont souvent faites de paresse et de pusillanimité. On oublie trop que, pour qu’une chose se fasse, il faut la faire. Et lorsque nous avons dépensé de longues heures à contempler, dans une fausse et sotte compassion, les difficultés vraies ou prétendues qui accompagnent notre devoir, nous n’avons rien changé à la réalité des choses : notre devoir s’appelle toujours notre devoir, et la volonté de Dieu demeure : nous n’avons réussi qu’à nous affaiblir. Audentes fortuna juvat : la fortune, ici, c’est la grâce de Dieu.

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et ex charitate, confidens de adjutorio Dei, obediat.

und gehorche aus Liebe im Vertrauen auf den Beistand Gottes.

Lateinischer Text: Ausgabe von Hunter Blair, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus 1906, ohne die Bibelverweise in eckigen Klammern und die Anmerkungen des Herausgebers. Übliche Verszählung. · Übersetzung von P. Pius Bihlmeyer OSB († 1931), Bibliothek der Kirchenväter, 1914. Gemeinfreier Text in Frankreich (Art. L123-1 des französischen Gesetzbuchs über geistiges Eigentum). Abschrift und Durchsicht: Abbatia Sancti Petri de Curte. Fehler melden