Die Regel des heiligen Benedikt
Prolog
Prologus sanctissimi Patris nostri Benedicti in Regulam suamEs hebt an der Prolog der Mönchsregel

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Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) Einleitung
p. i « L’homme de Dieu, Benoît, parmi tant d’œuvres miraculeuses qui le rendirent illustre ici-bas, brilla grandement aussi par la doctrine, car il écrivit une Règle des moines remarquable de discrétion, riche d’enseignements. Si quelqu’un veut connaître plus à fond ses mœurs et sa vie, il peut trouver dans les dispositions de cette Règle l’image exacte de toute l’activité du maître : car le saint homme n’était nullement capable d’enseigner autrement qu’il ne vivait. » A ce jugement de saint Grégoire le Grand (1), très complet sous sa forme gracieuse et sobre, nous pourrions cependant ajouter une double remarque : c’est que la beauté morale de saint Benoît, son tempérament, presque ses traits, se reflètent aussi dans les pages à la fois candides et profondes de son biographe ; c’est, de plus, que la Règle elle-même apparaît, au milieu du sixième siècle, comme le fruit mûr de tout un passé monastique et de la spiritualité des Pères.
(1) Dialogues, l. II, chap. xxxvi. Ce livre second est consacré à la vie de saint Benoît ; E. Cartier en a donné une traduction française.
p. i Saint Benoît est excellemment homme de tradition. Ni son caractère, ni une grâce spéciale ne l’ont incliné à créer de toutes pièces et d’enthousiasme une forme nouvelle de vie religieuse. Nul souci, chez lui, du renom d’originalité ou de la gloire d’initiateur : on le voit bien au dernier chapitre de sa Règle. Celle-ci n’est rédigée que sur le tard, dans le voisinage de l’éternité, après l’étude et peut-être l’essai des principales législations monastiques. Presque à chaque phrase, il y a comme un parti pris d’appuyer la pensée sur celle des anciens, tout au moins de parler leur langue et d’emprunter leurs termes. Mais alors même que la Règle ne serait qu’un travail de sélection intelligente, alors même qu’elle n’eût été composée qu’avec la lecture et le tact surnaturel de saint Benoît, avec l’esprit d’ordre, de mesure et de clarté de ce Romain de vieille race patricienne, elle ne serait pas pour autant œuvre banale : en fait, elle demeure l’expression achevée, définitive de l’idéal monastique. Qui peut mesurer l’extraordinaire influence que ces quelques pages ont exercée, durant quatorze siècles, sur la formation générale du monde occidental ? Saint Benoît pourtant n’a songé qu’à Dieu ; il n’a songé qu’aux âmes désireuses de monter vers Dieu ; il n’a voulu, dans la simplicité tranquille de sa foi, qu’établir une école du service divin : Dominici schola servitii. C’est à raison même de cette recherche jalouse de l’unique nécessaire que Dieu a béni la Règle des moines d’une grâce singulière de fécondité et que saint Benoît a pris rang dans la lignée des grands patriarches.
p. ii On pourrait presque dire de la Règle bénédictine, ce qui est tout à fait certain de la Loi de Dieu, qu’elle porte en soi sa justification, qu’elle se suffit : justificata in semetipsa, qu’elle a besoin seulement d’être lue, aimée, vécue. Le commentaire pratique d’une parole dictée par l’Esprit de Dieu n’a guère d’autre tâche que de l’épeler doucement, de la souligner discrètement, de la placer en pleine lumière. Aussi bien, une longue série de travaux pourraient très utilement converger vers une glose littérale de la Règle : étude du développement des institutions monastiques, depuis les saintes audaces de l’Église de Jérusalem et les héroïsmes de la Thébaïde, jusqu’à saint Basile et à saint Benoît ; étude sur la vie de saint Benoît ; histoire critique du texte de la Règle et histoire de sa diffusion ; exposé de l’interprétation vivante qu’ont fournie les Us monastiques et les Règles tributaires de celle de saint Benoît ; tableau enfin du monachisme contemporain. Sans négliger absolument toutes ces questions, celles-là surtout qui sont nécessaires pour l’intelligence du texte, notre Commentaire demeure, même imprimé, ce qu’il fut originairement : une lecture de la Règle faite au Noviciat de Saint-Pierre de Solesmes. Il reproduit, en les abrégeant, des conférences d’initiation monastique. D’où l’absence d’un appareil scientifique proprement dit ; d’où le caractère parfois familier, et familial, du langage ; d’où certaines redites, provoquées le plus souvent par les insistances de Notre Bienheureux Père lui-même. Peut-être la publication de ces notes répondra-t-elle, dans une mesure, à la curiosité de tant d’âmes chrétiennes, qui nous demandent chaque jour des éclaircissements sur le mode de vie, la spiritualité, l’utilité réelle des moines.
p. iii Le texte que nous expliquons est celui qui est d’usage courant dans la Congrégation bénédictine de France. Mais chacun pourra consulter les éditions critiques de Schmidt et de Wölfflin, les travaux de Traube, Plenkers, G. Morin et autres érudits, et surtout l’excellente édition qu’a donnée en 1912 le Révérendissime Dom C. Butler. Il nous faut indiquer brièvement les principales solutions qui ont été proposées touchant l’histoire du texte. Dom Schmidt a signalé le premier l’existence de deux familles très distinctes de manuscrits. Selon lui, les plus anciens (Oxoniensis, fin du septième siècle, Veronensis lii [al. 50] et Sangallensis 916, huitième-neuvième siècle) fournissent le texte d’une première rédaction de la Règle ; tous trois semblent provenir d’une source immédiate commune. D. Schmidt a même cru rencontrer dans un manuscrit de Tegernsee (Monacensis 19408, neuvième siècle) le représentant d’un autographe confié par saint Benoît à saint Maur lorsque celui-ci passa en Gaule. L’autographe du Mont-Cassin (1), dont Théodemar envoya à Charlemagne une copie fidèle (1) qui fut très répandue, représenterait une seconde et définitive rédaction. Wölfflin, dans la Préface de son édition de la Règle, émet l’hypothèse de trois ou même de quatre rédactions.
(1) S’il s’agit réellement d’un même exemplaire, on en peut suivre l’histoire dans Paul Diacre, De gestis Longobardorum, l. IV, c. xviii ; l. VI, c. xl (Patrologie Latine, XCV, 547-548 ; 650-651), et dans la Chronique du Cassin de Léon d’Ostie, l, I, 48 (P. L., CLXXIII, 555). Ce dernier raconte que l’autographe fut détruit dans l’incendie du monastère de Teano, en 896.
(1) Cf. Pauli Diaconi Epist. I (P. L., XCV, 1585). Cette copie n’existe plus.
p. iv Il est sûr que saint Benoît ne composa pas sa Règle tout d’un trait ; les chapitres LXVII-LXXIII sont additionnels ; le Prologue a été écrit probablement en dernier lieu. Mais, selon l’opinion qui prévaut de plus en plus, les manuscrits ne nous révèlent point l’existence de plusieurs éditions de la Règle données par saint Benoît lui-même. Traube, Plenkers, D. Butler ont démontré que le texte des plus anciens codices qui nous restent est en réalité un texte amendé et interpolé. C’est à la double tradition carolingienne et cassinienne qu’il faut demander « le texte pur et normal » : surtout au Sangallensis 914, transcrit, dans les premières années du neuvième siècle, sur la copie envoyée à Charlemagne. D. Morin a donné de ce manuscrit une édition diplomatique, et D. Butler l’a pris comme base de son travail. Le texte que nous commentons est une vulgate, un texte remanié parallèlement à celui des plus anciens codices ; D. Butler trouve des traces de ce textus receptus dès le huitième siècle ; c’est lui que reproduisent la plupart des manuscrits des dixième, onzième, douzième siècles et des éditions imprimées. Rappelons enfin que saint Benoît écrivait dans la langue vulgaire parlée dans la région du Cassin, au sixième siècle : notre texte ne donne qu’une grammaire et une orthographe retouchées. Nous n’avons pas encore l’édition philologique définitive.
p. iv Il est d’un intérêt extrême d’assister à la genèse de la Règle, d’examiner en détail comment elle se réclame du passé et comment elle est novatrice. C’est pour faciliter cette tâche que D. Butler a rassemblé et transcrit, au-dessous du texte de saint Benoît, ses principales sources : nous avons pu ainsi ajouter quelques références à celles que nous avions recueillies déjà. Saint Benoît cite souvent saint Augustin, plusieurs fois saint Jérôme ; il a lu saint Cyprien, saint Léon, Sulpice Sévère. Les réminiscences des Institutions et des Conférences de Cassien sont perpétuelles (1). De multiples emprunts sont faits aux deux recueils des Règles de saint Basile : Regulae fusius tractatae, Regulae brevius tractatae, ou plutôt à la réduction et à la fusion opérées par Rufin, leur traducteur latin. Saint Benoît reproduit maint passage de la Règle de saint Pacôme traduite par saint Jérôme. Il cite les Règles de saint Césaire Ad monachos et Ad virgines ; la Règle de saint Macaire d’Alexandrie ; les deux premières Règles dites des saints Pères ; la Règle Orientale ; la Doctrine de saint Orsiesius, etc. (2). Il connaissait aussi différents recueils hagiographiques groupés depuis sous le titre générique de Vitae Patrum : Vie de saint Antoine, Histoire Lausiaque de Pallade, Histoire des moines d’Égypte traduite par Rufin, Verba Seniorum ; etc. (3).
(1) Nous citerons Cassien d’après l’édition de Michael Petschenig, vol. XIII (Conlationes) et XVII (De institutis coenobiorum) du Corpus scriptorum ecclesiasticorum latinorum de Vienne. Mais on fera bien de ne pas négliger le commentaire de l’ancien éditeur Dom Alard Gazet, P. L., XLX. Ces deux ouvrages de Cassien ont été traduits en français par E. Cartier.
(2) Nous citerons toutes ces Règles d’après le Codex Regularum de S. Benoit d’Aniane, édité par Holstenius (Paris, 1663) ; de même les Règles postérieures à saint Benoît, en particulier la curieuse Règle anonyme dite Règle du Maître (VIIe s.).
(3) Pour simplifier, nous emprunterons les documents relatifs aux Vitae Patrum à l’édition de Rosweyde (1615). Le texte grec de l'Histoire Lausiaque ne devrait plus être cité que dans l’édition de D. Butler (vol. VI de la Collection Texts and Studies, Cambridge, 1904) ; il a été traduit en français par A. Lucot (Paris, 1912).
p. v Un mot maintenant des principaux commentaires. Le plus ancien qui nous soit parvenu est probablement celui de Paul Diacre, identifié d’ordinaire, mais sans que la chose soit absolument démontrée (4), avec Paul Warnefrid, l’historien des Lombards, moine du Cassin vers la fin du huitième siècle. Le commentaire du Franc Hildemar ne serait guère, selon Traube, que la reproduction un peu développée du précédent. Comme celui de Smaragde, abbé de Saint-Mihiel, le commentaire d’Hildemar a été composé dans la première moitié du neuvième siècle. Bernard du Cassin au treizième siècle, Pierre Bohier au quatorzième expliquent aussi la Règle (1). En 1638, D. Hugues Ménard publie, avec d’abondantes et savantes notes, la Concordia Regularum de saint Benoît d’Aniane, le grand réformateur monastique du début du neuvième siècle (2). Mais les commentaires les plus complets sont encore ceux de D. Mège et de D. Martène, au dix-septième siècle, et surtout celui de D. Calmet, au siècle suivant. D. Mège et D. Calmet ont écrit en français ; et ce dernier donne une « liste alphabétique des auteurs qui ont écrit sur la Règle de saint Benoît », avec des « remarques critiques sur les règles des religieux et chanoines. » Le seul commentaire français de quelque étendue qui ait paru depuis est l'Explication ascétique et historique de la Règle de saint Benoît, par un Bénédictin (1901).
(4) Cf. D. Butler, Sancti Benedicti Regula Monachorum, Prolegom., p. xvii.
(1) Le commentaire de Paul Warnefrid a été édité au Mont-Cassin, en 1880 ; celui d’Hildemar par D. Mittermüller, à la suite du livre II des Dialogues de S. Grégoire et de l’édition Schmidt de la Règle, chez Pustet à Ratisbonne, en 1880 également ; Smaragde est reproduit dans le tome CII de la Patrologie Latine de Migne (voir L. Barbeau, Essai critique sur la vie et les œuvres de Smaragde, Ecole des Chartes, positions de thèses, 1906, p. 1-6) ; Bernard du Cassin a été édité au Mont-Cassin par D. Caplet, en 1894 ; Bohier à Subiaco par D. L. Allodi, en 1908.
(2) Sur les manuscrits des deux ouvrages de saint Benoît d’Aniane et sur l’édition des anciennes Règles monastiques latines que prépare l’Académie de Vienne, voir H. Plenkers, Untersuchungen zur Ueberlieferungsgeschichte der ältesten lateinischen Mönchsregeln, Munich, 1906.
p. vi L’autorité Apostolique ayant constitué la Congrégation de France héritière de Cluny et de Saint-Maur, nous avons un motif tout spécial d’être attentifs aux coutumes de ces deux familles. Le plus ancien recueil qui contienne les Us de Cluny est le coutumier de Guy de Farfa ; vient ensuite l'Ordo Cluniacensis de Bernard ; enfin les Antiquiores consuetudines Cluniacenses d’Udalric, que reproduisent, avec quelques modifications, les Constitutiones de Guillaume d’Hirsauge : tous ouvrages du onzième siècle (3). On pourra recourir aussi habituellement aux Disquisitiones monasticae de D. Hæften (1644) et au De antiquis monachorum ritibus de D. Martène ; de même, aux Acta Sanctorum Ordinis S. Benedicti et aux Annales de D. Mabillon (1).
(3) Les Coutumes d’Udalric ont été éditées par D. Luc d’Achery dans son Spicilège, et reproduites par Migne au tome CXLIX de sa P. L. Les autres coutumiers se trouvent dans la Vetus disciplina monastica de D. Herrgott ; ceux de Farfa et d’Hirsauge au tome CL de la P. L. — Dom B. Albers a réédité en 1900 au Mont-Cassin les Consuetudines Farfenses au premier volume de ses Consuetudines monasticae ; dans le second volume il donne des Consuetudines Cluniacenses antiquiores, qui seraient, selon lui, réellement les plus anciennes connues, et dont une portion pourrait même dater de saint Benoît d’Aniane.
(1) Nous citerons le De ant. monach. rit. d’après l’édition d’Anvers, 1738 ; le De ant. Eccl. rit. d’après l’édition d’Anvers, 1736 ; les Annales de Mabillon d’après l’édition de Lucques, 1739-1745 ; les Acta SS. O. S. B. selon l’édition de Venise, 1733.
p. vii Ni la curiosité, ni la science historique ne sont les premières intéressées à ces études : il s’agit des âmes, il s’agit de vie surnaturelle. C’est par une communion constante avec la pensée maîtresse de saint Benoît et avec l’esprit des meilleurs de sa race que les fils de D. Guéranger ont chance d’entretenir chez eux le véritable tempérament monastique.
Ausculta, o fili, præcepta Magistri, et inclina aurem cordis tui, et admonitionem pii Patris libenter excipe, et efficaciter comple;
Lausche, mein Sohn, den Lehren des Meisters, neige das Ohr deines Herzens, nimm willig hin die Mahnung deines liebreichen Vaters und erfüll' sie im Werke,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.1
col.219 Ausculta, o fili.] Omnes hic S. P. Benedictus alloquitur suæ sanctæ Regulæ cultores, quos quatuor potissimum de causis suavi filii nomine compellat dicens : Ausculta, o fili. Primo quia tot filiorum spiritalis pater exstitit, quot per suum sanctum institutum Deo peperit monachos; nam, ut dicit S. Dorotheus (Doctrina 4, n. 6), « Filios vocant sancti viri eos quos a pravitate et malitia ad virtutem et bonam frugem sermone et prædicatione converterunt, ut Apostolus ait: Filioli, quos iterum parturio, donec formetur Christus in vobis. » Unde et S. Basilius eos tanquam veros parentes vult agnosci, qui nos hoc pacto Deo genuerunt : Parentes, inquit, eos qui talis est (id est monachus) veros agnoscet, a quibus per Evangelium in Christo Jesu natus est (Regul. fus. cap. 8).
col.219 Secundo quod ejus sectando Regulam, sectentur et vitam ; et ex receptissima SS. Patrum regula ii veri sanctorum filii censeri debeant, qui eorum imitantur exempla : Hi filii sanctorum sunt, inquit Hieronymus, qui exercent opera eorum (Epist. ad Heliod.); et Augustinus : Omnis homo cujus ópera facit, ejus filius est; si ergo opera Dei facimus, Dei filii sumus (Serm. 286). Unde et Christus in Evangelio Judæos, qui se tantopere Abrahæ filios prædicarent, nec ejus tamen fidem et vitam sectarentur, increpans ait : Si filii Abrahæ estis, opera Abrahæ facite (Joan. viii), et Augustinus iterum seu quivis alius : Similitudinem Patris actus indicent sobolis, similitudo operis similitudinem indicet generis (In append. serm. 312).
col.219 Tertio ut singularem erga omnes vereque paternum demonstret affectum, et ut, si qui fortassis adhuc pueri sensibus effecti (neque enim hic eos solos qui jam monasticæ perfectionis culmen attigere, sed et eos maxime qui illud scandere incipiunt, imo eos qui id sibi proponunt, alloquitur), quos disciplinæ rigor ita deterreat, ut ejus jugum tanquam asperum ac grave nimis refugiant, hos tam suavi, tam miti compellatione, ad illud fortiter subeundum accendat. Sic non insolito apud homines more parvulos, et omnes quoscunque ad ea quæ concupiscunt pertrahere desiderant, filios appellare consueverunt. Quo etiam vocabulo usos nonnunquam veteres monachos, forte in signum puerilis illius simplicitatis quam veri monasticæ perfectionis æmulatores profitentur, constat ex Vitis Patrum passim.
col.219 Quarto denique suos S. Benedictus appellat filios, ut pote qui non ut dominus supremum in eos imperium exercere, sed tanquam pius pater eos regere, et ad æterna cœli gaudia perducere cuperet.
col.219 Præcepta magistri.] Præcepta dicit ea quæ tota passim continentur in Regula, ut sunt voluntaria paupertas, abstinentia a carnibus, silentium fere perpetuum, et alia his similia, quæ sæcularibus quidem sunt monita, nobis vero monachis evaserunt in præcepta : « Omnia S. Benedicti instituta, inquit S. Bernardus (De Præcepto et dispens. cap. 1), exceptis sane nonnullis de spiritalibus, verbi causa, charitate, humilitate, mansuetudine, quæ non tam constat ipsum instituisse quam Deum, et ob hoc penitus non sunt mutanda; de cætero reliqua universa non profitentibus monita tantum, seu consilia censenda sunt, cum tamen profitentibus in præcepta, prævaricantibus in crimina fiant; sive ut vestra vobis reddam, illis voluntaria vel factitia, istis necessaria et tanquam naturalia non immerito reputantur. Et inclina aurem cordis tui.] Id est intellige quæ jam dicturus sum; auris quippe cordis est intelligentia : « Auris ab audiendo vel hauriendo vocatur, inquit Smaragdus; auris autem corporis hominis voces ; cordis autem auris intellectum haurit sermonis; » et sane frustra pulsatur auris corporis, nisi sonus verborum exterior ad interiorem cordis intelligentiam perveniat; vel etiam auris cordis est affectus , desiderium et promptitudo audiendi; ita ut cordis aurem inclinare aliud nihil sit quam tota mentis aviditate, toto desiderio, maxima animi attentione præcepta docentis audire.
col.220 Et admonitionem pii Patris libenter excipe.] Libenter, id est sponte et animo, magno cum gaudio, sic denique pii Patris monita excipe, ut nulla unquam ea delere possit oblivio.
col.220 Quærunt autem quis ille magister cujus audire præcepta, quis pius ille Pater cujus consilia libenter excipere jubet S. legislator? Respondent nonnulli alium prorsus non esse ab ipso Spiritu sancto, quo afflante ac dictante suam S. Benedictus exaravit Regulam. Et certe quis æstimet tantæ humilitatis virum qualem fuisse S. Benedictum nullus sane dubitaverit, pii Patris ac magistri titulum sibi adsciscere voluisse? Maxime cum Christus in Evangelio patrem sibi super terram vocare discipulis prohibuerit, neve magistri appellarentur ; unum scilicet in cœlis nobis esse patrem , unum magistrum. Audiendus hac in re Petrus Damiani de S. Benedicto loquens in hæc verba (Opusc. 13, cap. 6) : « Quod in ipso libri principio manifeste colligitur, si ad quem sua verba Spiritus sanctus dirigat, subtiliter attendatur : Spiritum sanctum dico; neque enim vir sanctus tantæque cultor humilitatis protinus in hæc verba prorumperet, magisterii cathedram, et præcipue pii Patris sibi privilegium usurparet, dicens : Ausculta, o fili, præcepta magistri, et inclina aurem cordis tui, et admonitionem pii Patris libenter excipe ; sed ille servum propriæ vocis organum fecit, qui similiter in ipso vaticinii incipientis exordio clamare per Isaiam cœpit : Filios enutrivi et exaltavi. » At licet S. Benedictus pro summa quæ in eo enituit humilitate, et pii patris, et magistri titulum respuerit, hunc tamen omnes pro summa ejus sanctitate, et in rebus monasticis experientia et doctrina ipsi facile concedunt, atque inter alios S. Gregorius papa (Lib. iv, cap. 4), seu quivis alius auctor commentarii in libros Regum, ubi eum arctissimæ vitæ magistrum optimum appellat.
col.220 Et efficaciter comple.] Hoc est superata quamcunque offendes difficultate; offendes enim, audita Domini præcepta exsequere. Tria ergo a discipulis hic requirit arctissimæ vitæ magister optimus et doctor ; nam, sicut tria sunt præcipue docentis munia, ut scilicet doceat, delectet et flectat, ut scribit Augustinus (Lib. iv de Doctrina Christ., cap. 12); ita tria sunt etiam discipulorum auditorumque officia, ut nempe auscultent docentem, libenter excipiant delectantem, et efficaciter compleant id ad quod flectit orator, quæ tria respexisse visus est S. Augustinus loco citato, cum de docente sic ait (Ibid., cap. 15) : Agat ergo, cum ista dicit, ut intelligenter, libenter, obedienter audiatur. Verum, sicut docere et delectare parum est, ni etiam flectat orator, ita etiam intelligere et memoria retinere quæ semel audita sunt nihil prodest, nisi opere compleantur ; non enim auditores legis, sed factores justificabuntur. Satius omnino fuisset, viam vitæ, nisi ambulemus in ea, nunquam agnovisse; cessat quippe tunc omnis excusatio, et reos nos propria conscientia constituit : Si non venissem, inquit Christus, et locutus eis non fuissem, peccatum non haberent. Audiamus plane terribilem Apostoli sententiam : Melius enim erat illis non cognoscere viam justitiæ, quam post agnitionem retrorsum converti ab eo quod traditum est illis sancto mandato (II Petr. ii): Deus sane per prophetam dicit, quod verbum suum non revertetur ad se vacuum, sed prosperabitur, et faciet illud, ad quod misit illud (Isa. lv). Ut ergo verbum Domini non redeat ad se vacuum, bonis operibus illud implere satagamus : « Non revertetur ad me vacuum, inquit S. Bernardus (Serm. 71 in Cant., n. 13), vel jejunum, sed quasi prospere in omnibus agens, saturabitur bonis actibus eorum qui in dilectione acquiescent illi. Denique usu loquendi sermo impletus tunc dicitur, cum fuerit mancipatus effectui, quod videlicet tandiu inanis, et macer, ac quodammodo famelicus sit donec onere compleatur. » Merito ergo S. Hieronymus (Ep. 14 ad Celant.) : « Nec sufficere tibi potes mandata Dei memoria tenere, et operibus oblivisci, sed ideo illa cognosce, ut facias quidquid faciendum didiceris; non enim auditores legis justi erunt, sed factores legis justificabuntur; » et S. Benedictus : efficaciter comple.
col.221 At forte movebit aliquem quod omnes hic S. P. Benedictus alloquens, qui exstiterunt Regulæ sanctæ profitentes, quasi tamen ad unum duntaxat sermonem dirigeret, dicit : Ausculta, o fili, præcepta magistri, etc. Sed individuam hac loquendi ratione sanctos inter monachos commendat unitatem, quorum cor unum et anima una, quorum, inquam, etsi multa sint corpora, non tamen multa sunt corda; et de quibus, ut dicit S. Augustinus (In Psal. cxxxii), egregie Psaltes regius cecinit : Ecce quam bonum et quam jucundum habitare fratres in unum ! et S. Basilius (Const. monast. cap. 19) : « Homines ex variis generibus et locis moti ad tantam similitudinis perfectionem conglutinati sunt, ut anima una in multis corporibus consideretur, et multa corpora unius animi organa spectanda exhibeantur. » Atque hanc nobis expositionem subministrat S. Odo Cluniacensis abbas, cujus hæc verba (Serm. de sancto Bened.) : « Monachorum gregem sicut voluntarie auditu auris obedientem quasi una persona (supple esset), propter unum cor alloquens filium nominat. » Vel etiam quia, sicut omnes per totum orbem Christi fideles nonnisi unum mysticum corpus, scilicet Ecclesiam efficiunt, ita et omnes monachi, licet numero multi, natione longe diversi, nonnisi unum constituunt corpus, cujus alii capitis, alii pedum, alii manuum vices referunt, ut docet S. Dorotheus (Doct. 6) : « Quid vobis videntur esse cœnobia ? inquit ; nonne unum videntur esse corpus et invicem membra? Qui autem administrant et gubernant, capitis loco habentur ; qui vero speculantur et corrigunt, oculorum vicem tenent; at qui sermone prosunt, oris munere funguntur ; qui obediunt, aurium loco putantur; qui opera exercent, manibus comparantur; qui reddunt responsa, et huc atque illuc ad ministeria diriguntur, vicem exsequuntur pedum. »
col.221 Ut ad eum per obedientiæ laborem redeas a quo per inobedientiæ desidiam recesseras. Quid dulcius hac voce, fratres charissimi? Ecce hic præclare dux noster nobis « proponit certamen, modum certandi, meritumque vincenti, ut loquitur Trithemius. In eo namque quod ait laborem, certamen denotat; obedientiæ, modum ; redeas, meritum. » Ecquid nobis suavius, quid utilius reditu ad Deum proponi posset? imo quid Deo ipsi optabilius? « Quid enim, inquit S. Augustinus, Dominus quærit a te, nisi te? Quia in omni creatura terrena nihil melius fecit te, quærit te a te, quia tu perdideras te. » Sed qua ad ipsum redibimus via? non alia plane ab ea quam hic, sicut alibi S. legislator indicat dicens : Scientes se per hanc obedientiæ viam ituros ad Deum. Hæc est via, ambulemus in ea; unde Petrus Damiani (Serm. de Exalt. S. Cruc.) : « Depulsus est homo, inquit, ab illa felici hæreditate, exsilium sortitus est pro patria, mortem pro vita, pro gloria ignominiam : si vis ergo ad tuam hæreditatem reverti, tuam abnega voluntatem. Abnegatio igitur voluntatis hæreditatis est recuperatio ; » et S. Bernardus (Serm. 64 de divers.) : « Hæc est virtus quæ animam, perfecte Deo subditam, sub umbra alarum ipsius secure facit vivere. »
col.221 Quod autem non obedientiam simpliciter, sed obedientiæ laborem dicit, declarat non adeo facilem, sed multum laboriosam rem esse obedientiam ; quod confirmat S. Gregorius papa homil. 32 in Evangelium hæc scribens : « Fortasse non est laboriosum relinquere sua, sed valde laboriosum est relinquere semetipsum ; minus quippe est abnegare quod habet, valde autem multum abnegare quod est. » Hinc plane vox illa cœlestis : Melior est obedientia quam victimæ (I Reg. xv) ; quia, inquit, S. Gregorius, « per victimas aliena caro, per obedientiam propria voluntas mactatur. » Sed ne nos tantus labor deterreat, propositum labori præmium intueamur, et facile videbitur omne difficile : promittitur autem reditus ad Deum, ut ad eum per obedientiæ laborem redeas. O merces ! O præmium !
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.1-P.2
p. 1 Ausculta, o fili, praecepta magistri, et inclina aurem cordis tui, et admonitionem pii patris libenter excipe, et efficaciter comple ; ut ad eum per obedientiae laborem redeas, a quo per inobedientiae desidiam recesseras.
p. 1 D’autres Règles ont un caractère plus impersonnel, des formes législatives plus brèves et plus sèches : saint Benoît, dès le premier mot, se met en contact d’âme avec les siens, et le code de notre vie monastique commence comme une conversation aimable.
p. 1 Celui qui parle est un maître : on ne saurait s’en passer dans la vie surnaturelle, qui est une science et un art. Il donne des préceptes, c’està-dire des enseignements doctrinaux et pratiques. C’est bien de lui, — contrairement à l’opinion de nombreux commentateurs, — que parle ici saint Benoît : il pouvait prendre ce titre sans infatuation, puisqu’il n’enseignait pas en son nom, ni des choses qui vinssent de lui ; puisqu’il était au déclin de sa vie et dans la plénitude de son expérience. Et le père aimant, pius pater, pourquoi ne serait-ce pas lui encore?
p. 1 O fili. L’appellation est caressante. Elle atténue ce qu’il y a d’un peu austère dans le praecepta magistri. Elle nous permet surtout de remarquer que la forme la plus élevée de paternité est celle qui implique une transmission de doctrine et de lumière : son idéal et sa source sont en Dieu « le Père des lumières » (Jac., i, 17) ; il y a une réelle paternité chez les anges (1) ; et dans l’économie de l’Ancien Testament, chez les Patriarches par exemple, on n’était père qu’à la condition d’être docteur, on ne donnait la vie qu’à la condition d’éclairer l’âme, de transmettre les enseignements de Dieu et ses promesses, d’être comme Noé justitiae praeconem (II Petr., ii, 5). Il est d’expérience que nulle paternité spirituelle au monde n’a ressemblé à la Paternité divine comme celle de saint Benoît. L’Église le vénère comme l’ancêtre de tous les moines occidentaux ; et Dieu a disposé de telle sorte les événements historiques que chacun des Ordres religieux est venu s’attacher à lui en quelque manière et s’est mis à l’école de sa paternité.
(1) S. Thomas d’Aquin, Summa Theol., P. I, q. xlv, a. 5, ad 1
p. 2 Ces premières paroles du Prologue sont vraiment de forme engageante et rassurante. Le maître qui s’adresse à vous, ô mon enfant, est un père, un père bon et tendre. Les préceptes qu’il vous apporte, ce sont les conseils de son expérience et de son affection : admonitionem pii patris. Il ne songe point à vous les imposer. Il fait appel à votre bonne volonté, à votre libre délicatesse ; ce n’est pas de contrainte qu’il est question, mais d’accueillance aimante et joyeuse, de docilité surnaturelle.
p. 2 La docilité : N. B. Père la demande à celui qui commence ; sous la forme de l’humilité et de l’obéissance, c’est encore elle qui donne à notre vie monastique son allure authentique ; en elle enfin s’achève la sainteté : Quicumque enim Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei (Rom., viii, 14). L’importance souveraine de cette disposition simple et naïve vient de ce qu’elle renferme toute vertu. Docilité, d’abord, c’est prudence, et dans la prudence sont réunies toutes les vertus morales : nous ne pouvons pas faire toutes les expériences, mais d’autres que nous les ont faites, et nous en recueillons le bénéfice par notre docilité : nous répétons en nous la sagesse de l’humanité surnaturelle, la sagesse de saint Benoît ; nous bénéficions de la sagesse de Dieu par notre foi. La docilité, et elle seule, nous établit dans cet effacement absolu de l’égoïsme, qui est la condition et le prélude de l’adhésion vivante au Seigneur : elle s’appelle alors charité.
p. 2 N. B. Père analyse et détaille les moments successifs de la docilité surnaturelle. Ausculta : il faut écouter ; s’il y a trop de bruit dans l’âme, et comme une dispersion de l’attention sur toutes choses, la voix de Dieu, ordinairement « douce comme un souffle de brise » (III Reg., xix, 12), n’est pas entendue. Le silence, qui, à lui seul, est une louange parfaite : Tibi silentium laus (2), est rare chez des êtres mobiles et influençables comme nous le sommes.
(2) Ps. lxiv, 2, d’après l’hébreu.
p. 2 Prêter l’oreille ne serait pas assez, et saint Benoît nous invite très joliment, avec le livre des Proverbes (3) et le psaume xliv, à l’incliner, à « incliner l’oreille de notre cœur ». Ayez l’intelligence accueillante, une certaine attitude confiante en face de la vérité proposée. Si vous commencez par faire le grincheux, par établir à l’entrée de votre esprit une douane sévère, ou bien encore, si vous êtes rempli de votre pensée au point de dire : « Mais que m’apprendra-t-il de nouveau? Je sais tout cela, et mieux que lui !... », vous êtes dans la plus fâcheuse des dispositions psychologiques, non seulement pour l’acquisition de la doctrine surnaturelle, mais pour l’information purement humaine. Claude Bernard nous avertit, dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale, que, tout en essayant de formuler et de vérifier son hypothèse, le savant doit se garder d’en être le captif et demeurer quand même hospitalier à toute autre explication meilleure. N. B. Père demande donc que nous écoutions volontiers, avec une âme libre : libenter excipe. Acceptons toujours et d’abord l’enseignement qui nous est donné : les éléments inassimilables pour nous s’élimineront plus tard d’eux-mêmes.
(3) C. iv. Audi, fili mi, et suscipe verba mea... Fili mi, ausculta sermones meos et ad eloquia mea inclina aurem tuam. Ne recedant ab oculis tuis, custodi ea in medio cordis tui. C’est par le texte du Ps. xliv que S. Jérôme commence une de ses Lettres ad Eustochium (Ep. XXII, 1. P. L., XXII, 394). Il serait inexact d’attribuer comme source à ce début du Prologue le début de l'Admonitio ad filium spiritualem, qui figure parmi les spuria de S. Basile et que Holstenius a insérée dans l’appendice de son Codex regularum. Ce traité est probablement l’œuvre de S. Paulin d’Aquilée ; mais le début et d’autres passages ont été ajoutés plus tard par quelque moine : cf. P. L., XCIX, 212 sq. (Voir aussi, P. L., XL, 1054 sq.)
p. 3 Et efficaciter comple. C’est le propre de la vérité, de nous porter à l’action. Nous ne pouvons la « retenir captive dans l’injustice » (Rom., i, 18). Nous serons responsables devant Dieu de tout le bien aperçu et que nous n’aurons pas fait. Mais c’est là aussi que gît la difficulté ; le péché a disloqué notre être : voir, vouloir, aimer, parfaire, tout cela est loin de s’opérer en un seul mouvement.
p. 3 Et, de peur que l’œuvre ne nous effraie, afin surtout d’en définir dès maintenant le caractère et le dessein, N. B. Père marque, d’un trait immortel et à la manière sobre des anciens, ce qui est l’enjeu de notre vie, ce qui doit en être l’unique recherche, ce qui en fait la gravité, le charme aussi, la force, le mérite, la simplicité, ce en quoi se résume toute la Règle : Ut ad eum per obedientiae laborem redeas. Il ne s’agit pas pour nous de vivre longtemps, de devenir érudit, de nous faire un nom : il s’agit de marcher vers Dieu, de nous rapprocher de lui, de nous unir à lui. Cette conception de la vie spirituelle sous la forme d’une marche intrépide vers le Seigneur est très familière à saint Benoît : nous la retrouverons maintes fois dans sa Règle. Notre vie est sur un plan incliné : il lui est facile de descendre ; il lui est possible aussi de remonter. Depuis la chute originelle, la créature n’a qu’une voie pour s’éloigner de Dieu, la désobéissance, avec le vieil Adam ; elle n’a aussi qu’une voie pour revenir, l’obéissance, avec l’Adam nouveau. Sicut enim per inobedientiam unius hominis peccatores constituti sunt multi, ita et per unius obeditionem justi constituentur multi (Rom., v, 19). Nous nous exaltons dans la désobéissance ; il nous semble que nous faisons preuve d’énergie et de vigueur personnelle : mais saint Benoît déclare que c’est simplement lâcheté et paresse ; et s’il qualifie de labeur (1) l’attitude opposée, il nous en dira bientôt la réelle fécondité et l’incomparable noblesse.
(1) Dicebant senes : quia nihil sic quaerit Deus ab his qui primitias habent conversationis, quomodo obedientiae laborem (Verba Seniorum : Vitae Patrum, V, xiv, 15, Rosweyde, p. 619).
ut ad eum, per obedientiæ laborem redeas, a quo per inobedientiæ desidiam recesseras.
damit du in der Mühsal des Gehorsams heimkehrest zu dem, den du in der Trägheit des Ungehorsams verlassen hattest.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.2
col.222 A quo per inobedientiæ desidiam recesseras.] A Deo recessimus cum per divini mandati prævaricationem in Adam omnes peccavimus, vel cum propriis nos reatibus et inobedientiis principi tenebrarum mancipavimus. Signanter vero dicit inobedientiæ desidiam ; quibus verbis docet eos vere desides censendos esse et pigros qui, transgredientes mandata Dei, nec Deo nec propriæ laborant saluti; licet enim multi multa operentur, hæc nisi ad Deum puro ac sincero mentis affectu referant, non opera, sed operum destructiones rectius existimaveris. Præclare omnino Guillelmus abbas monasterii S. Theodorici ad Carthusienses monachos scribens (De Vit. solit. ad fratres de Monte Dei, cap. 8) : « Otiosum non est vacare Deo, imo negotium negotiorum omnium hoc est; quod quicunque in cella non agit fideliter et ferventer, quodcunque agit, quod propter hoc non agit, scilicet ut Deo serviatur, in eo quod agit, otiatur. »
col.222 Ad te ergo nunc meus sermo dirigitur, quisquis abrenuntians propriis voluntatibus. Sicut nullus in Ecclesia fidelis admittitur quin prius diabolo, pompis et operibus ejus abrenuntiaverit, ita nec ullum in claustro monachum qui propriis non abrenuntiet voluntatibus, S. P. Benedictus introduci voluit, ut post Hildemarum recte notavit Bernardus Cassinensis. Ex his ergo liquet quem sibi scopum in Regula S. legislator, quem sibi finem proposuerit, obedientiam scilicet seu propriæ voluntatis abnegationem, ut docet imprimis S. Petrus Damiani, cum dicit (Opusc. 13, cap. 6) : « Videamus cum scribere incipit (S. Benedictus) quibus verba dirigit, ad quod hominum genus omnem vim secuturæ elocutionis intendit ; ait enim : Ad te ergo nunc meus sermo dirigitur, etc. » Refert hic integrum Regulæ textum, tum subdit : « Quantum ergo ex S. viri verbis colligere possumus, magis ad discendam obedientiam quam ad peragendam pœnitentiam Regulæ hujus schola cognoscitur instituta, non ut, sive peccatores , sive justos excludat, vel unum genus hominum respuat, sed quia omnem vim et intentionem ad edocenda obedientiæ præcepta constituat. » Et sane cum cœnobitarum monachorum fortissimum genus sibi disponendum proposuerit S. Pater, non alium prorsus ab ipso cœnobitarum fine intendere debuit ; quis autem ille sit docet apud Cassianum abbas Joannes his verbis (Collat. 19, c. 8) : « Finis cœnobitæ est omnes suas mortificare et crucifigere voluntates ; » et Severus Sulpicius (Dial. lib. i, c. 5) : « Hæc illorum prima virtus parere alieno imperio; » tandem S. Hieronymus de Cœnobitis scribens : (Epist. 22) : « Prima, inquit, apud eos confœderatio, est obedire majoribus, et quidquid jusserint facere. » Eadem habet Regula S. Posthumio ab angelo tradita n. i, prout exstat in ejus Vita, cap. 8. Hinc vix ullum in tota S. P. Benedicti Regula caput exstat in quo obedientiam aliquo modo non commendet, ut facili negotio demonstrare possemus, nisi id muneris ante nos obiisset vir doctissimus Benedictus Haeftenus in Disquisitionibus monasticis l. ii Catech. monast., part. 2, disquisit. 12. Unde etiam Christus Dominus apud S. Brigittam (Revel. lib. iv, c. 127) : « Ille, inquit, est monachus Benedicti, qui plus obedit Regulæ quam carni. » Ex quibus omnibus liquido patet, quam apposite ad hunc locum Joannes Trithemius dixerit : « Ante omnia tanquam titulum audientis præmittit abnegationem propriæ voluntatis , quia nihil partis habet in hac Regula, qui adhuc propriis deservit voluntatibus ; monachus enim qui non dimisit propriam voluntatem , non est quod dicitur : imo irritator est Dei : primum namque instrumentum monachi est abdicatio propriæ voluntatis, sine quo nullus monachus est. Relinque igitur propriam voluntatem, si vis monachus fieri. »
Ad te ergo nunc meus sermo dirigitur, quisquis abrenuntians propriis voluntatibus, Domino Christo vero Regi militaturus, obedientiæ fortissima atque præclara arma sumis.
An dich richtet sich also jetzt mein Wort, der du dem Eigenwillen entsagst, und die herrlichen Heldenwaffen des Gehorsams ergreifst, um für Christus den Herrn, den wahren König, zu streiten.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.3
col.223 Domino Christo vero regi militaturus.] Ergone milites sumus , aut militia est professio nostra ? Ita plane ; nam militia est vita hominis super terram, quod potiori jure de monachorum vita affirmaveris, quorum omnis vita in conflictu et tentatione transigitur. Quare Scriptura : Fili, inquit, accedens ad servitutem Dei sta in justitia, et præpara animam tuam ad tentationem ; quod usque adeo verum est, ut Petrus Blesensis dixerit (Epist. 134) : « Scio quia sine tentationibus vix hora dimidia claustralis vita transigitur. » Hinc adversus superfluas sæculi cupiditates voluntaria paupertate , illinc adversus male delectantes carnis illecebras inviolata castitate, isthinc adversus superbas dæmonum suggestiones humili obedientia, adversus inconstantis animi levitatem stabilitate , denique adversus omnia vitia morum conversione jugiter decertandum , ut plane de nostris cœnobiis dicere sit : Castra Dei sunt hæc. Quid enim sic ea cum Petro Venerabili vocare vetat? « Claustralium, inquit (Lib. i, epist. 20), communiter viventium cohabitatio castrorum ad pugnam ordinatorum multitudini videtur comparari, ubi quisque tanto securius adversus adversarium dimicat, quanto sibi vicinius adjutorium de commilitonis dextera sperat ; » et alibi ad S. Bernardum scribens (Lib. i, epist. 28) : « Promittitis secundum Regulam B. Benedicti vos in castris cœlestibus militaturos. » Porro his in castris duplicis generis sunt milites, ut observat Haeftenus (Lib. ii Disq. catech. monast. part. 2, disq 3) : alii qui in acie pugnant, alii qui ad singulare certamen descendunt. Prioris generis sunt cœnobitæ sub regula vel abbate militantes ; posterioris anachoretæ, qui bene instructi fraterna ex acie ad singularem pugnam eremi descendunt.
col.223 Obedientiæ fortissima atque præclara arma assumis.] S. Benedictus obedientiæ arma fortissima appellat , quia revera nihil obedientia fortius , cujus præsidio monachus loquitur victorias , « dum de diabolo per obedientiæ bonum , de mundo ac de seipso triumphat in Christo, » inquit Petrus Blesensis (Epist. 134); hinc et S. Gregorius (In lib. Reg. l. iv . cap. 10) , seu quivis alius : « Cum hominibus pro Deo subjicimur, superbos spiritus superamus : cæteris quidem virtutibus dæmones impugnamus ; per obedientiam vincimus : victores sunt ergo qui obediunt, quia dum voluntatem suam aliis perfecte subjiciunt, ipsi lapsis per inobedientiam angelis dominantur. » Merito ergo S. Joannes Climacus (Grad. 4) : « Quemadmodum , inquit, arbores a ventis agitatæ altiores radices agunt, ita qui sub obedientia decertant, fortes et invincibiles redduntur. »
col.223 Sed non solum fortissima, verum etiam præclara obedientiæ arma dicuntur, quia præclaros nos et illustres ex reportatis de tot ac tantis hostibus victoriis efficiunt, mirandum Deo, et angelis, et hominibus spectaculum factos ; vel quia virtute nihil pulchrius : « Quæcunque virtuosa sunt, inquit Boherius, possunt dici præclara; » citatque Hieronymum ad Celantiam hæc scribentem : « Summa quidem apud Deum nobilitas est, præclarum esse virtutibus. »
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.3
p. 4 Ad te ergo nunc meus (2) sermo dirigitur, quisquis abrenuntians propriis voluntatibus, Domino Christo vero regi militaturus, obedientiae fortissima atque praeclara arma assumis.
(2) La meilleure leçon est mihi. S. Jérôme disait de même, dans la Lettre XXII ad Eustochium (15) : Nunc ad te mihi omnis dirigatur oratio (P. L., XXII, 403).
p. 4 Saint Benoît indique à qui s’adresse l’invitation, à qui convient le programme dont il vient de tracer une première esquisse : à vous donc s’adresse présentement ma parole, mon exhortation paternelle, qui que vous soyez, pourvu que vous apparteniez à la race des dociles et des forts : réserve faite pour ceux qui sont liés par d’autres devoirs et pour les incapables, il n’y a pas d’exclusion prononcée. On suppose seulement chez le candidat le dessein de souscrire aux conditions de la vie monastique, qui se réduisent à trois : renoncer à ses volontés propres, prendre en main les armes de l’obéissance et militer pour le Seigneur.
p. 4 Renoncer à ses volontés propres, ceci est préjudiciel. Saint Benoît parle des volontés, au pluriel (3), parce que la volonté propre ou l’égoïsme revêt des formes multiples. Sans prétendre les classifier, nous pouvons remarquer qu’il y a des volontés de réaction, des volontés de système, des volontés de tempérament. Les premières sont les moins dangereuses : c’est l’erreur d’un instant, une distraction, une parenthèse. Les volontés de système naissent habituellement au cours de la vie religieuse. On avait, au jour de la profession, renoncé à tout, mais on a reconstruit depuis : c’est une question de personne que l’on aime ou que l’on n’aime pas ; ou bien une question de doctrine, un point de détail peut-être, sur lequel on ne consent pas à transiger. Il est plus malaisé encore de nous défaire de la volonté de tempérament, d’une trempe fermée, maussade, chicanière, qui nous porte invariablement à l'ego contra.
(3) Même expression dans les Verba Seniorum (Vitae Patrum, V, i, 9. Rosweyde, p. 562) et dans l'Historia monachorum de Rufin (xxxi. Rosweyde, p. 484). Saint Benoît citera au chapitre vii le verset de l’Ecclésiastique, xviii, 30 : Et a voluntatibus tuis avertere.
p. 5 Dans la mesure où nous dépouillerons la vieille défroque séculière d’égoïsme et jetterons bas tous les impedimenta, nous serons en état de saisir et de manier les armes de l’obéissance. Alors que l’Apôtre envisage les principales vertus comme les pièces diverses de l’armure surnaturelle (I Thess., v, 8 ; Ephes., vi, 14-17), N. B. Père appelle du seul nom générique les armes qu’il donne à son moine (1) : c’est l’armure de l’obéissance. On est soldat pour obéir, pour obéir en dépit de tout, et toujours ; et, lorsqu’il s’agit du Seigneur, pour obéir universellement et sans demander des pourquoi : c’est bien le moins. A-t-on assez déclamé contre l’immoralité du vœu d’obéissance ! a-t-on assez jeté le discrédit sur les vertus dites passives ! Saint Benoît comprend autrement les intérêts de la dignité humaine : les armes de l’obéissance sont pour lui les plus fortes, les mieux trempées, les plus brillantes aussi et les plus glorieuses. Nous obéissons à Dieu, nous obéissons à une Règle que nous avons étudiée et choisie : à un homme, nous n’obéissons jamais que dans les limites de ce que nous avons voué. Et alors que nous obéissons, non seulement nous sommes libres puisque c’est délibérément que nous unissons notre volonté à celle de Dieu, ce qui n’est pas une manière de se rapetisser ; mais encore nous sommes tenus de faire nôtre le motif réel de l’action et d’associer notre intelligence à la pensée divine.
(1) Cfr. Exhortatio de panoplia ad monachos (inter S. Ephrem opp. graec. lat., t. III, p. 219).
p. 5 L’enrôlement fait, le soldat équipé, il n’y a plus qu’à militer sous l’étendard du vrai roi le Seigneur Christ : Domino Christo vero regi militaturus (2). C’est pour lui et ses intérêts, c’est à son exemple aussi que nous le servons : In capite libri scriptum est de me ut facerem voluntatem tuam. Deus meus, volui, et legem tuam in medio cordis mei... Factus obediens usque ad mortem. Prenons bien conscience du drame qui s’accomplit, et dans lequel nous devons jouer notre rôle. Ce drame remplit le temps et l’espace. Il a commencé, dès l’origine des choses, dans le monde angélique, par une désobéissance qui en a entraîné ici-bas une autre, laquelle a été réparée par l’obéissance de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; les êtres intelligents se sont rangés en deux camps : ceux qui obéissent, et ceux qui n’obéissent pas ; et la lutte des deux armées est sans trêve. Chacune a son roi ; et qui prétend se soustraire à l’obéissance passe de fait sous la tyrannie d’un autre. Dieu pour dieu : j’aime mieux le mien ! Dans l’armée de ceux qui obéissent au Seigneur, les religieux forment un corps d’élite. N. B. Père reconnaîtra d’ailleurs que la vie monastique a encore la physionomie d’une école, d’un atelier, et surtout celle d’une famille.
(2) Sum enim laboriosus, etiam nunc sub magno opere peccator; veteranus in numero peccatorum, sed aeterno Regi novus incorporeae tyro militiae (S. Paulini Nolani Ep. IV ad S. Augustinum. P. L., LXI, 165).
In primis, ut quidquid agendum inchoas bonum, ab eo perfici instantissima oratione deposcas;
Zuerst: beginnst du irgendein gutes Werk, so erflehe von ihm in inständigem Gebet, er mög' es vollbringen;
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.4
col.223 Imprimis.] Id est ante et super omnia , vel , ut explicat Smaragdus, in primis , id est in initio conversationis et inchoationis boni operis; quo tamen loquendi modo reliquum vitæ ipsiusque operis tempus haudquaquam excludit.
col.223 Ut quidquid agendum inchoas bonum , ab eo perfici instantissima oratione deposcas.] Quod S. Pater non sic dicit, quasi aliquid boni a nobis incipi posse, ut quondam voluerunt Semipelagiani, sentiret ; nam et discipulos jubet bonum aliquod in se cum viderint, Deo applicent non sibi, et intra Deum ipsum ita loquentem inducit: Et antequam me invocetis dicam, Ecce adsum.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.4-P.5
p. 6 In primis (1), ut quidquid agendum inchoas bonum, ab eo perfici instantissima oratione deposcas ; ut qui nos jam in filiorum dignatus est numero computare, non debeat aliquando de malis actibus nostris contristari.
(1) Avec des éditeurs récents (Schmidt, Wölfflin), nous pourrions relier dirigitur à in primis et traiter le quisquis abrenuntians... comme une incidente. D. Butler (op. cit., p. 127) écarte cette ponctuation comme contraire à celle des meilleurs manuscrits et à l’interprétation des plus anciens commentateurs.
p. 6 La première recommandation de N. B. Père, son premier souci, est que nous nous appuyions sur Dieu pour monter jusqu’à lui. Il nous faut la grâce, il nous faut la prière qui sollicite la grâce : deux éléments connexes et de nécessité égale. Une remarque aussi précise, dès le commencement de la Règle, coupe court à toute diminution pélagienne ou semipélagienne de la doctrine. Pour Pélage, moine gyrovague, l’homme est essentiellement bon : il n’a besoin, pour faire le bien, que de sa bonne volonté, avec le secours tout extérieur de la loi, de l’enseignement et de l’exemple de Notre-Seigneur ; Cassien lui-même, dans sa Conférence XIII, estime que notre raison et notre volonté suffisent pour l’acte premier moyennant lequel nous nous déterminons à la foi et entrons dans la vie surnaturelle. La formule de saint Benoît est infiniment prudente et concorde avec la doctrine du concile d’Orange (529) (2) : Adjutorium Dei etiam renatis et sanctis semper est implorandum, ut ad finem bonum pervenire vel in bono possint perdurare.
(2) Cap. x. Mansi, Sacrorum Conciliorum nova et ampltssima Collectio, t. VIII, col. 714.
p. 6 Il s’en faut de tout, en effet, que nous puissions nous passer de Dieu. Dieu intervient en chacun de nos actes et exerce son influence dès leur source. Dans l’acte surnaturel il intervient à un titre spécial, parce que l’agent créé met en œuvre des facultés qui ne sont pas les siennes. La première démarche vers la foi et le baptême est due à une impulsion de sa grâce ; la vraie vocation religieuse vient de lui aussi, et non d’un travail de déduction intérieure et purement philosophique. Mais cette coopération de Dieu est non moins indispensable pour poursuivre l’œuvre surnaturelle commencée, qui est de longue haleine et qui doit durer toute la vie. Et si notre vocation est angélique, notre nature ne l’est pas ; alors que l’ange se fixe dans un seul acte de volonté, nous devons, nous, avec une nature moins forte, plus exposée, sollicitée d’en bas, ressaisir à chaque instant notre vie, toujours prête à faiblir devant l’obstacle. C’est à Dieu que nous devons demander, par une prière fervente, pressante et qui ne se lasse jamais, instantissima oratione, la grâce du « parfaire », la grâce de la persévérance.
p. 7 Il n’est pas à redouter que Dieu se dérobe à notre prière : il s’est engagé d’avance, il s’est compromis lui-même. C’est la meilleure réponse à cette question naïve : aurai-je la force d’aller jusqu’au bout? Dieu nous a devancés : Prior dilexit nos... In caritate perpetua dilexi te, ideo attraxi te, miserans. Son amour est sans date. Il s’est empressé près de chacun de nous. Il nous a donné d’emblée par le baptême cette vie surnaturelle et divine que nous ne lui demandions pas. Nous sommes maintenant du nombre de ses enfants. Soyons donc ce qu’il nous a faits. Ne démentons point, par des œuvres mauvaises, la dignité à laquelle il nous éleva par pure tendresse. Employons-nous à ne pas tromper sa bonté, à ne pas l’en faire repentir. Dans un sentiment très délicat et très filial, saint Benoît considère l’épanouissement de notre perfection comme un succès personnel de Dieu et son avortement comme une faillite de la Toute-Puissance.
ut, qui nos jam in filiorum dignatus est numero computare, non debeat aliquando de malis actibus nostris contristari.
sonst könnte er sich ob unserer bösen Werke einmal betrüben müssen, er, der uns in Huld schon in die Zahl der Söhne aufgenommen hat.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.5
col.223 Ut qui nos jam in filiorum dignatus est numero computare, non debeat aliquando de malis actibus nostris contristari.] Hic reddit rationem cur bonum aliquod inchoando, illud a Deo perfici instanti oratione postulare debeamus , scilicet ne Deo non orantibus nobis gratiam justissime subtrahente, male operemur, et sic malis actibus nostris eum contristemus, qui nos jam in filiorum numero computare dignatus est : ubi duplici nos motivo ad orandum impellit , uno amoris , altero gratitudinis ; amoris , quo ut veri filii malis actibus Deum offendere et contristare timeamus; gratitudinis , in eum qui nos in filiorum dignatus est numero computare; quibus verbis etiam et immensam erga nos Dei bonitatem , et summam hominis dignitatem commendat: bonitatem Dei, qui nos in filiorum dignatus est numero computare , de qua Joannes apostolus : Videte , inquit , qualem charitatem dedit nobis Deus , ut filii Dei nominemur et simus ; et Smaragdus in hunc locum : « Magna dignatio Dei Patris! nos in servorum esse numero non meremur, ille nos in filiorum numero computare non dedignatur : grandis, inquam, dignatio est, ut cum simus naturaliter filii iræ, et ab infantia peccatores, filii Dei misericorditer vocemur. » Summam vero hominis dignitatem, ut qui natura sumus filii iræ, per gratiam fiamus divinæ consortes naturæ. Utrumque agnoscebat venerabilis Gerardus Clarevallensis monachus et frater S. Bernardi abbatis, qui, ut ipse refert, extremum exhalaturus spiritum, exclamabat (Serm. 26 in Cant., n. 11) : « Quanta dignatio Dei, Patrem hominum esse! quanta hominum gloria, Dei filios esse et hæredes ! nam si filii , et hæredes. »
col.224 Quod autem hic dicitur Deus contristari, non sic capiendum quasi immutabilis per naturam , apud quem non est transmutatio , aut vicissitudinis obumbratio, passionibus obnoxius foret : sed quia homines hic alloquitur, humano etiam loquitur modo , et quoniam contristati solent homines a quibus injuriam acceperunt secedere, eosque solitis privare beneficiis, sic cum peccatores deserit Deus, et quas solet effundere subtrahit gratias , tunc contristari dicitur, sicut irasci cum punit.
Ita enim ei omni tempore de bonis suis in nobis parendum est; ut non solum, ut iratus pater, non aliquando filios suos exhæredet;
Denn wegen der uns verliehenen Gaben müssen wir ihm jederzeit so gehorchen, daß er weder als erzürnter Vater seine Kinder jemals enterbe,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.6
col.224 Ita enim ei omni tempore de bonis suis in nobis parendum est.] Parendum , id est serviendum , ei , scilicet Deo, ei quidem de bonis suis , idque omni tempore. De bonis , inquit , suis; quidquid enim boni habemus, ab eo tenemus cujus misericordia sumus : unde et vulgata illa sententia : Cum Deus coronat merita nostra, coronat dona sua; et S. Bernardus (Serm. 23 super Cant.) : « Hominis justitia Dei indulgentia est; » et ex Petro Damiani (Serm. 12) : « Dicuntur justitiæ Domini opera justorum , unde et ipsi justi appellantur, quia omne datum optimum , et omne donum perfectum desursum est a Patre luminum : quid enim habes, quod non accepisti? » Ergo de bonis et donis Domini serviamus illi : serviamus de corpore, quod ab eo benigne concessum est, ut membra ejus quæ sunt super terram mortificantes, superflua ejus desideria resecantes, carnem spiritui subjicientes , suave Christi jugum et onus ejus leve fortiter subeamus ; serviamus ei de anima, quam sola voluntate creavit , ut summas ejus perfectiones jugi meditatione contemplantes, ejus beneficia memoria retinentes , ipsumque sincero atque intimo cordis intuitu complectentes, divinæ majestati jugiter inhæreamus ; serviamus ei de præceptis , de consiliis, de internis illis illustrationibus motionibusque quas animæ misericorditer inspirat, ut voluntates ejus fideliter exsequentes, debitum servitutis obsequium exhibeamus. Idque, ut ait S. P. Benedictus, omni tempore , quod Smaragdus et alii communiter post eum interpretes intelligunt sive in prosperis , sive in adversis, hoc est per totam vitam. In quo redarguas eos qui ad tempus credunt et in tempore tentationis recedunt, qui cum non nihil temporis sub suavi Christi jugo in monasteriis egerint , aut ad officium dignitatemve aliquam assumpti fuerint , tunc secum factum esse putant, nec se ad communia fratrum exercitia astringi, quod cum gravi animi dolore quibusdam in cœnobiis videmus. At non sic plane S. Benedictus, non sic, sed omni, inquit, tempore de bonis suis in nobis Domino parendum est. Ergo « sine timore de manu inimicorum nostrorum liberati serviamus illi in sanctitate et justitia coram ipso, omnibus diebus nostris , » ut is sit terminus obedientiæ qui est vitæ , ut cum S. Bernardo loquar. Notanda prorsus hunc in locum Hildemari verba : « Egregia , infit, admonitio est, cum dicitur : Omni tempore, quia ubi dicitur servitus Dei, monetur ea omni tempore esse; nam hominis servitus non potest omni tempore esse , sed per intervallum temporis. »
col.225 Ut non solum ut iratus pater non aliquando filios exhæredet.] Irascitur Deus cum punit, punit vero cum improbos filios pius pater exhæredat : gravissima prorsus pœna, ut qui hæredes quidem Dei , cohæredes autem Christi per adoptionem filiorum effecti sunt, in pœnam admissæ in patrem offensæ , cœlesti priventur hæreditate.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.6-P.7
p. 7 Ita enim ei omni tempore de bonis suis in nobis parendum est : ut non solum, ut iratus pater, non aliquando filios suos exhaeredet ; sed nec ut metuendus dominus, irritatus malis nostris, ut nequissimos servos perpetuam tradat ad poenam, qui eum sequi noluerint ad gloriam.
p. 7 C’est le développement de ce qui vient d’être dit. La prière et la grâce nous sont nécessaires pour obéir à Dieu toute notre vie et à tout instant, car telle est réellement la tâche offerte et acceptée ; mais rien ne nous manquera pour la mener à bien, si notre prière sollicite la grâce et si notre fidélité la fait fructifier. L’origine et la mesure de nos richesses surnaturelles le sont aussi de nos obligations et de nos responsabilités : or, nous sommes devenus vis-à-vis de Dieu des fils et des serviteurs.
p. 7 Nous sommes enfants de Dieu, non pas en vertu d’une fiction légale, mais en vertu d’une assimilation profonde et vitale à son Fils unique ; et dans cette sève divine qui coule en nous par la grâce, nous tenons un titre irrécusable à l’héritage même du Fils : Si autem filii, et hæredes : hæredes quidem Dei, cohæredes autem Christi. Cette vie surnaturelle est douée de facultés qui lui sont proportionnées : la foi, l’espérance, la charité. Grâce sanctifiante, vertus théologales, vertus morales, dons du Saint-Esprit, secours de toutes sortes : voilà « les biens de Dieu en nous » dont parle saint Benoît. C’est le trésor que Dieu nous a confié et auquel nous devons faire rapporter le plus possible : Negotiamini dum venio.
p. 8 La fidélité et le succès ne sont pas exigés de nous seulement par la délicatesse due au Seigneur, par le souci de ne pas le contrister : c’est une question d’honnêteté et de justice ; et saint Benoît nous y excite enfin au nom de nos propres intérêts. Dieu, de son fonds, n’est que bonté ; il ne devient sévère que de notre fait, lorsqu’il est provoqué par nos fautes : De suo optimus, de nostro justus, dit Tertullien. Si nous trahissons Dieu, le Père qu’il est nous déshéritera, le Maître redoutable qu’il est nous châtiera, et dans la proportion même de son amour méprisé, de sa confiance trompée. Il faut bien comprendre cette fin de phrase, et ne pas faire dire à saint Benoît que le Seigneur use, dans le châtiment, de deux degrés distincts, séparables l’un de l’autre et superposables l’un à l’autre : en ce sens que tantôt il déshérite simplement, et que parfois, par exemple s’il y a excès dans l’infidélité, il châtie par des peines afflictives ; il n’est nul cas où l’âme, réellement déshéritée par sa faute, n’ait à souffrir. Le dessein de N. B. Père est de signaler les deux peines inséparables de l’éternité : non seulement celle du dam, qui prive de l’héritage céleste, c’est-à-dire de Dieu, les fils rebelles, mais encore celle du sens, livrant au feu les serviteurs tout à fait mauvais qui n’ont pas voulu le suivre à la gloire.
p. 8 Il ne s’agit pour l’homme que d’aller régner à jamais avec le Christ, ou d’aller souffrir à jamais avec les démons. Saint Benoît présentera plusieurs fois, au cours du Prologue, cette alternative redoutable ; et il propose la vie monastique comme le chemin le plus direct et le plus sûr pour atteindre Dieu ; à ses yeux, tendre vaillamment vers la réalisation plénière de son baptême et la perfection de la vie surnaturelle (il n’est question que de cela dans le Prologue) est encore le procédé le plus efficace pour s’éloigner de la mort éternelle, en même temps que le procédé le plus logique et le plus glorieux pour Dieu et pour nous. Sans méconnaître que l’homme est libre d’entrer ou de n’entrer pas, et que, pour beaucoup de ceux auxquels parviendra son invitation, la vie monastique n’est pas indispensable à la réparation ou à la persévérance, sans confondre les préceptes avec les conseils, N. B. Père simplifie pourtant les données du problème. Nous ne remarquerons jamais assez en quels termes rigoureux et clairs la question est posée.
sed nec, ut metuendus Dominus, irritatus malis nostris, ut nequissimos servos, perpetuam tradat ad pœnam qui eum sequi noluerint ad gloriam.
noch als gestrenger Herr ergrimmt ob unserer Sünden und als nichtswürdige Knechte die der ewigen Pein überliefere, die ihm zur Herrlichkeit nicht folgen wollten.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.7
col.225 Sed nec ut metuendus Dominus irritatus malis nostris, ut nequissimos servos perpetuam tradat ad pœnam , qui eum sequi noluerint ad gloriam.] Similiter Deus hic irritatus dicitur, cum nequissimos servos perpetuam tradit ad pœnam , non solum propter peccatum, sed propter peccatum ex malitia commissum ; « Plus enim est irritatus quam iratus, inquit Hildemarus; nam ille irritat, id est provocat, qui ex studio malæ voluntatis alterum facit irasci. Nam irasci facere potest , qui simpliciter peccat. »
Exsurgamus ergo tandem aliquando, excitante nos Scriptura, ac dicente: Hora est jam nos de somno surgere.
Drum wollen wir uns endlich einmal erheben; denn die Schrift weckt uns auf mit den Worten: „Schon ist die Stunde da, vom Schlafe aufzustehen“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.8
col.225 Exsurgamus ergo tandem aliquando.] Justa ac legitima ex præmissis illatio; si enim malis actibus nostris contristatur Deus , si pater iratus filios exhæredat, si metuendus Dominus nequissimos servos perpetuam tradit ad pœnam; quid , nisi hæc serio cavenda, inferendum est? Quare exsurgamus ergo, inquit, tandem aliquando ; qua loquendi ratione denotat nullum non esse pœnitentiæ tempus ; etsi enim bonum sit viro, cum portaverit jugum Domini ab adolescentia sua , non ideo tamen omnis prorsus spes est abjicienda, si vel ad virilem ætatem aut ad senectutem usque suam quis distulerit conversionem : nam et paterfamilias hora etiam undecima operarios ad vineam mittendos conducit, quos in præmiorum retributione pares facit iis qui pondus et æstum diei pertulerint; quamvis periculosum sit omnino diutius ad Dominum conversionem differre , ut docet S. Augustinus serm. 87, de Scripturis, insinuatque hic S. P. Benedictus, qui non simpliciter dicit ut surgamus , sed ut exsurgamus , id est sine mora surgamus , ut exponit Hildemarus , sive , ut aiunt Bernardus Cassinensis et Petrus Boherius, surgamus cum effectu.
col.225 Excitante nos Scriptura ac dicente : « Hora est jam nunc de somno surgere. » Jam nunc, id est eo ipso quo loquor tempore, sine ulla prorsus dilatione : quia, ut dicit apud Cassianum abbas Germanus (Collat. 17, cap. 5), « ad profectum spiritualium rerum, virtutemque tendentibus periculosa ac noxia est et parva dilatio; » et, ut ait S. Ambrosius (In c. i Luc.), « nescit tarda molimina Spiritus sancti gratia. »
col.225 De somno surgere.] Somno hic torpor negligentiæ designatur, ut exponit S. Gregorius papa (L. v Mor., cap. 22).
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.8-P.13
p. 8 Exsurgamus ergo tandem aliquando, excitante nos Scriptura, ac dicente : Hora est jam nos de somno surgere. Et apertis oculis nostris ad deificum lumen, attonitis auribus audiamus divina quotidie clamans quid nos admoneat vox, dicens : Hodie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra. Et iterum : Qui habet aures audiendi, audiat quid Spiritus dicat Ecclesiis. Et quid dicit? Venite filii, audite me : timorem Domini docebo vos. Currite, dum lucem vitae habetis, ne tenebrae mortis vos comprehendant.
p. 9 Les préliminaires établis, nous allons commencer, dit saint Benoît, et mettre résolument la main à l’œuvre. Quel que soit notre âge, surtout si nous sommes sur le déclin de la vie, il est temps, c’est l’heure, l’heure de la grâce, l’heure de Dieu. Depuis trop longtemps nous sommes plongés dans le sommeil (1), un sommeil lourd, peut-être un sommeil troublé et traversé de rêves pénibles. Le sommeil n’est pas la mort, mais ce n’est pas la vie non plus ; c’est la vie oscillante, la vie latente et qui ne s’exerce pas. L’inattention, l’accoutumance ont effacé pour nous tous les contours des réalités surnaturelles. Nous dormons, et nous ne sommes pas heureux. Levons-nous donc enfin, à la voix de l’excitateur qui est Dieu même, et non plus seulement N. B. Père saint Benoît. Dieu nous invite par son Écriture ; c’est vraiment la parole de Dieu, s’adressant individuellement à chacun de nous ; il ne semble pas que l’âme baptisée puisse résister à un enseignement qui est fait pour elle. Nous remarquerons que, dans la Règle, la sainte Écriture a toujours une valeur décisive. Hora est jam nos de somno surgere : la liturgie de l’Avent a recueilli cette formule de l’Apôtre (Rom., xiii, 11), et elle n’est jamais hors de saison au cours de l’Avent perpétuel de notre vie.
(1) Cf. Cass., Conlat. III, iv.
p. 9 Ouvrons les yeux : c’est par là que l’on commence à secouer le sommeil et à reprendre conscience de ce qui est. Ouvrons les yeux à « la lumière déifique » ; cela peut s’entendre de l’Écriture : Lucerna pedibus meis verbum tuum et lumen semitis meis (Ps. cxviii, 105) ; cela peut s’entendre de la foi, ou bien de Notre-Seigneur lui-même, vraie lumière qui marche et qui nous guide : Qui sequitur me non ambulat in tenebris sed habebit lumen vitae (Joann., viii, 12). Il faut écouter aussi et prêter l’oreille à une voix puissante et douce : attonitis auribus (2). Le plus grand auxiliaire de l’ennemi en nous est l’inattention ; et alors que la lumière divine nous enveloppe sans cesse, que Dieu nous parle à tout instant, nous demeurons aveugles et sourds, inertes, sans souci de la vérité. Rompons enfin la trame de l’accoutumance, intéressons-nous, soyons curieux : puisque aussi bien, nous dit la sagesse antique, l’admiration ou la surprise sont le principe de toute réflexion philosophique.
(2) D. Butler renvoie à Quinte-Curce, Histoire d’Alexandre, l. VIII, 4.
p. 10 Chaque matin, au commencement de l’office, la voix du Seigneur nous crie (1), suppliante : Aujourd’hui, si vous entendez mon appel, gardez-vous d’endurcir vos cœurs (Ps. xciv, 8). Car nous sommes par excellence des retardataires, des traînards : « Aujourd’hui, mon Dieu? Ce que vous me demandez d’abandonner est si intéressant ! Si nous remettions à demain? C’est entendu : je serai sage et mortifié demain... » Et notre mauvaise habitude s’affermit, car tout acte laisse en nous sa trace, et nous perdons de la force chaque jour. La conversion ne sera-t-elle pas plus difficile demain?
(1) Au chapitre vii, saint Benoît dira aussi que « l’Écriture nous crie ». Même expression chez S. Césaire, Sermon CCLXIII, 4, dans l’appendice aux Sermons de saint Augustin (P. L., XXXIX, 2233).
p. 10 Qui habet aures audiendi, audiat quid Spiritus dicat Ecclesiis (Matth., xi, 15 ; Apoc., ii, 7). L’invitation est plus pressante : on s’adresse à notre intelligence, à notre fierté, à un certain orgueil légitime. Ce que l’Esprit de Dieu dit à l’âme qu’il visite, c’est de venir simplement se mettre à son école : il est Docteur et il est Père. Il lui enseignera à craindre Dieu, c’est-à-dire à vivre devant Dieu dans le respect filial et la tendresse (Ps. xxxiii, 12). Saint Benoît ajoute le grave avertissement du Seigneur en saint Jean (xii, 35) : « Hâtez-vous de venir à Dieu, tandis que vous avez la lumière de la vie, de peur d’être saisi par les ténèbres de la mort (2) ». L'hodie ne s’étend pas au delà de la vie présente ; et qui sait si vous disposerez d’un lendemain? Tandis que Dieu parle et vous éclaire, tandis qu’il consent à marcher devant vous, suivez-le et prenez son allure : sinon l’étoile disparaîtra (3).
(2) Saint Benoît ne cite pas toujours textuellement l’Écriture, soit à dessein, soit qu’il cite de mémoire. Il se sert souvent aussi d’une version autre que notre Vulgate. S. Césaire lisait le début de ce texte à peu près comme saint Benoît : Curramus dum lucem vitae habemus (P. L., XXXIX, 2230).
(3) N. B. Père va revenir dans un instant au Ps. xxxiii, dont il choisit et commente les versets 12, 13, 14, 15, 16. Il se souvient aussi de l'Enarration II de S. Augustin sur ce psaume ; et depuis audiamus divina... jusqu’à quid dulcius..., il ne fait guère que la citer presque textuellement (nos 16-20, 9. P. L., XXXVI, 317-319, 313). Voir aussi l'Enarration sur le Ps. cxliii (no 9. P. L., XXXVII, 1862) : la combinaison que nous allons rencontrer bientôt chez saint Benoît des deux textes d’Isaïe : lxv, 24, avec lviii, 9, est certainement inspirée de saint Augustin.
Il faut renoncer à voir une source de ce passage de saint Benoît dans le Pseudo-Chrysostome dont il est question dans la Revue Bénédictine, 1894, p. 385 et suiv.
Et apertis oculis nostris ad deificum lumen, attonitis auribus audiamus, divina quotidie clamans quid nos admoneat vox dicens:
Öffnen wir also unser Auge dem göttlichen Licht und vernehmen wir mit aufmerksamem Ohr, was Gottes Stimme täglich uns mahnend zuruft:
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.9
col.225 Et apertis oculis ad Deificum lumen.] Lumen Deificum est ipse Salvator Christus, qui illuminat omnem hominem venientem in hunc mundum, quique de seipso dicit: Ego sum lux mundi. Lumen Deificum est ipsa sacra Scriptura , de qua Psaltes regius : Lucerna pedibus meis verbum tuum. Lumen Deificum est superiorum magistrorumque doctrina , nam qui docti fuerint , fulgebunt quasi splendor firmamenti, et qui ad justitiam erudiunt multos quasi stellæ in perpetuas æternitates (Danielis xii). Denique lumen Deificum est interna Spiritus sancti inspiratio. Apertis ergo oculis ad Deificum lumen, scilicet ad Christum, cujus exempla vitaque viam salutis demonstrant ; ad sacram Scripturam, cujus veritas nos docet; ad superiorum monita, quorum nos exhortationes illuminant; ad ipsam S. Spiritus inspirationem , cujus internæ illustrationes mentis nostræ tenebras fugant , apertis, inquam, oculis , id est relicta veteri conversatione, mentisque torpore discusso, vitiis peccatisque penitus deletis ; « tunc enim dicitur quis aperire oculos, cum liberatur a peccato, quia per peccatum dividitur aliquis a lumine, scilicet Christo , » inquit Richardus de S. Angelo. Recte autem postquam dixit: Hora est de somno surgere, subjungit : Et apertis oculis, etc. ; quia prima hominis a somno excitati operatio est aperire oculos.
col.226 Attonitis auribus.] Scilicet mentis. Attonitis, id est attentis, « quasi ad verba tonantis attentis, vel attonitis, id est ad tonum] intentis, » inquit Bernardus Cassinensis, et post eum Boherius ; seu potius attonitis, id est territis, et præ stupore ad tantam vocantis nos Dei benignitatem mirantibus.
col.226 Audiamus divina quotidie clamans quid nos admoneat vox.] Vocem divina duobus possumus modis intelligere: 1° in neutro genere, quasi diceret res divinas, seu Deum sapientes, ita ut sensus sit : Audiamus quid vox quotidie clamans res divinas nos admoneat; 2° in feminino, referendo divina ad vox, quasi diceretur: Audiamus quid vox divina quotidie clamans nos admoneat. Clamat autem vox divina per verbum Patris, scilicet Christum, cujus verba in Evangelio; clamat per ora prophetarum, quorum oracula in sacris paginis ; clamat per ora apostolorum, quorum doctrina in eorum Epistolis in Ecclesia quotidie legitur; clamat per vitam et exempla sanctorum, quorum actus in collatione ante completorium recitantur; clamat per exhortationes SS. doctorum, juxta illud : Qui vos audit me audit ; clamat per creaturas, quarum beneficio res divinæ, imo Deus ipse nobis innotescit; clamat denique per os David dicens :
Hodie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra.
„Heute, wenn ihr seine Stimme höret, verhärtet eure Herzen nicht“,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.10
col.226 Hodie si vocem ejus audieritis, nolite obdurare corda vestra.] Nihil enim obdurato corde deterius , cujus sinceram nobis similitudinem repræsentat S. Bernardus his verbis (Lib. i de Consid., cap. 2) : « Quid est cor durum ? ipsum est quod nec compunctione scinditur, nec pietate mollitur, nec movetur precibus : minis non cedit, flagellis duratur. Ingratum ad beneficia est, ad consilia infidum, ad judicia sævum , inverecundum ad turpia, impavidum ad pericula, inhumanum ad humana, temerarium ad divina, præteritorum obliviscens, præsentia negligens , futura non providens; ipsum est cui præteritorum præter solas injurias nihil omnino non præterit, præsentium nihil perit, futurorum nulla nisi forte ad ulciscendum prospectio seu præparatio est, et ut brevi cuncta horribilis mali mala complectar, ipsum est quod nec Deum timet, nec hominem reveretur, » Fœda sane , genuina tamen, et viva obdurati cordis imago, quam in se perversa peccandi consuetudine , cœlesti deleta, exprimit peccator; ex quo fit , ut tanquam montes Gelboe nec rorem divinæ gratiæ, nec pluviam excipiat, nec ullas Solis justitiæ illustrationes; aut, si quis forte divinus radius illuxerit, non emolliat, sed lutosum potius cor obduret, sicut patratis a Mose miraculis obduruit Pharao. Ergo ne nos tantæ calamitatis tam profunda abyssus absorbeat, hodie si vocem Domini audieritis nolite obdurare corda vestra. « Quantæ enim temeritatis et insaniæ est, ait S. Bernardus (Serm. 23 de divers.), si forte dum alloquitur nos Dominus majestatis, nos insensati avertamus aurem, et ad nescio quas animum ineptias convertamus ! Quanta est hæc injuria, et quam graviter vindicanda , cum vilissimus vermis clamantem ad se audire dedignatur creatorem universitatis ? Quanta vero , et quam ineffabilis divinæ dignatio bonitatis, quæ quotidie conspicit nos infelices, avertentes aures, obdurantes corda, et nihilominus clamat ad nos! »
Et iterum: Qui habet aures audiendi, audiat quid Spiritus dicat ecclesiis.
und wiederum: „Wer Ohren hat zu hören, der höre, was der Geist zu den Gemeinden spricht“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.11
col.226 Et iterum : Qui habet aures audiendi audiat quid Spiritus dicat Ecclesiis] Aures audiendi sunt magnum audiendæ veritatis, cum sincera illius sectandæ voluntate, desiderium. Quid Spiritus, scilicet Spiritus sanctus, dicat Ecclesiis, id est cunctis Christi fidelibus, ex quibus tanquam vivis lapidibus una construitur Ecclesia. Notat porro Rabanus (Super Mat.) quod « quoties hæc admonitiuncula, » nempe : Qui habet aures audiendi audiat, « vel in Evangelio, vel in Apocalypsi Joannis interponitur, mysticum est, quod dicitur , atque ad audiendum discendumque salubre insinuatur. »
Et quid dicit? Venite, filii, audite me; timorem Domini docebo vos.
Und was sagt er? „Kommet Kinder, höret mich, die Furcht des Herrn will ich euch lehren“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.12
col.227 Et quid dicit? Venite, filii, audite me.] Venite , charitatis nimirum gressibus: « Pedes tui, inquit S. Augustinus (In psal. xxxiii), charitas tua est ; duos pedes habeto, noli esse claudus. Qui sunt duo pedes? duo præcepta charitatis, Dei et proximi; his pedibus curre ad Deum , accede ad illum, qui et ut curreres ipse hortatus est. »
col.227 Timorem Domini docebo vos.] Recte omnino, quia, ut dicit S. Ambrosius (Lib. i in hexam.), « qui timet Dominum declinat errorem, ad virtutis semitam vias suas dirigit; nisi enim quis timuerit Deum, non potest renuntiare peccato; » et S. Bernardus (Serm. 54 in Cant.) : « In veritate didici nihil æque efficax esse ad gratiam promerendam, retinendam, recuperandam, quam si omni tempore coram Deo inveniaris non altum sapere, sed timere. »
Currite, dum lumen vitæ habetis, ne tenebræ mortis vos comprehendant.
„Lauft, solang ihr das Licht des Lebens habt, damit die Finsternisse des Todes euch nicht überraschen“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.13
col.227 Currite.] Apposite admodum postquam vocantem nos ad se induxit Spiritum sanctum, monet ut curramus ad eum, qui vocavit nos; neque enim gradu lento, sed velut gigantes ad currendam viam exsultantes ad Deum accedere oportet, ut pote qui omnis moræ sit impatiens.
col.227 Dum lumen vitæ habetis, ne tenebræ mortis vos comprehendant.] Hæc verba duplicem possunt sortiri intellectum, mysticum et litteralem. Secundum mysticum sensum lumen vitæ est ipsa gratia, per quam veræ via vitæ nobis innotescit; vel lumen vitæ est ipse Christus Dominus, vera lux mundi, vera animæ nostræ vita; quod lumen habemus cum per gratiam intus eum in anima possidemus, et per sinceram animi conversationem ejus sectamur vestigia, sicut ipse dicit : Qui sequitur me non ambulat in tenebris, sed habebit lumen vitæ. Tenebræ autem mortis sunt ipsa cæcitas cordis, per quam in infelicem peccati foveam mortemque consequenter æternam miseri cadimus, propter quod et mortis tenebræ nuncupatur; vel tenebræ mortis sunt ipsa mors animæ peccatum, sic dictum, quod infelices nos in tenebras exteriores, ubi erit fletus et stridor dentium, expellat, atque a vera luce Christo separet; vel tandem tenebræ mortis sunt diabolus, nam, ut ait S. Augustinus (In psal. xlviii serm. 2), « Mors diabolus est, non quia ipse mors est, sed quia per illum mors. » Dicitur autem tenebræ mortis, quod totus sit tenebrifer, ipsasque inferorum inhabitet tenebras; et ita hoc sensu cum S. P. Benedictus ait : Currite dum lumen vitæ habetis, ne tenebræ mortis vos comprehendant, idem est ac si diceret : dum vobis divina suppetit gratia, dum adest Christus habitans in cordibus vestris per Spiritum sanctum, qui datus est vobis, currite per bona opera, certam vocationem vestram facientes, ne forte per vestram culpam neglecta gratia subtrahatur, atque a vobis prorsus Christus abscedat, sicque vos cordis cæcitas in profundum vitiorum mergat, et diabolus, ipsumque peccatum vos comprehendens, tanquam infideles servos in æternas ejiciat tenebras, quod Deus avertat.
col.227 Juxta litteralem vero sensum, lumen vitæ est præsens tempus, seu ipsa qua vivimus vita; tenebræ mortis mors naturalis, quæ fit per separationem animæ a corpore; et sic currite dum lumen vitæ habetis, ne tenebræ mortis vos comprehendant, cum illa sententia concinit : Dum tempus habemus operemur bonum, ne forte immatura morte præoccupati frustra pœnitentiæ locum quæramus.
Et quærens Dominus in multitudine populi, cui hæc clamat, operarium suum, iterum dicit:
In der Menge des Volkes, dem der Herr diese Worte zuruft, sucht er nun seinen Arbeiter und spricht deshalb abermals:
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.14, P.14-P.15
col.227 Et quærens Dominus in multitudine populi, cui hæc clamat, operarium suum.] Hic commendat S. P. Benedictus insigne vocationis monasticæ beneficium, de quo tria præsertim his verbis insinuat : 1° quod ipse Dominus nos viles servos servosque peccati vocare et quærere dignetur, et quærens Dominus; 2° quod nos tot ac tantis, nobis forte melioribus hac in causa prætulerit, in multitudine populi; 3° idque ut in tanti patrifamilias operemur vinea, et ei serviamus cui servire regnare est, operarium suum.
col.228 Porro tribus nos potissimum modis piissimus Dominus quærere ac vocare solet, quos Cassianus exprimit his verbis (Collat. 3, cap. 4) : « Primus ex Deo est , secundus per hominem, tertius ex necessitate. Ex Deo quidem est quoties inspiratio quædam immissa in cor nostrum nonnunquam etiam dormientes nos ad desiderium vitæ æternæ et salutis exsuscitat, Deumque sequi, et ejus inhærere præceptis compunctione saluberrima cohortatur. Secundus vocationis modus est, quem fieri per hominem diximus, cum vel exemplis quorumdam sanctorum, vel monitis instigati, ad desiderium salutis accendimur. Tertius vocationis modus est, qui ex necessitate descendit, cum divitiis mundi hujus, vel voluptatibus obligati, ingruentibus repente tentationibus, quæ vel mortis pericula comminantur, vel amissione bonorum, ac proscriptione percutiunt, vel charorum morte compungunt, ad Dominum, quem sequi in rerum prosperitate contempsimus, saltem inviti properare compellimur. »
col.228 Quocunque nos modo Deus vocet, magna sane est vocantis dignatio : at nihil prorsus ita commendat vocationis monasticæ gratiam, ac illud quod insinuat S. Benedictus his verbis : In multitudine populi operarium suum. Operarium suum inquit in singulari, quasi nos, non tanquam paucos ex paucis, sed velut unum ex tota populi multitudine, quæ totum terrarum orbem replet, elegerit : cujus quidem beneficii magnitudinem contemplans Petrus Damiani sic exclamat (Opusc. 52, cap. 2) : « Cum vos omnipotens Deus mundo subtraxit, ac sub monastica sibi disciplina servire constituit, quid aliud fecisse cernitur, quam velut olim in cataclysmo de multis pereuntibus vos paucos elegit, ac in bituminatæ arcæ latibulum ut viveretis induxit ? » Magna est equidem tua, Deus bone, misericordia, quod animas octo ex omni pereunte hominum multitudine salvare dignatus sis; magna, quod unicum Loth una cum duabus filiis ex conflagrantibus Sodomorum flammis eripueris; magna, quod duos homines ex tota populi Israelitici gente, pereuntibus aliis in solitudine, promissam in terram introduxeris : at major ausim dicere, major longe est ea misericordia, qua nos præ magno aliorum numero electos in sacræ religionis claustra transtulisti. Illi etenim et justi erant, et si dicere fas sit, de te semper bene meriti, in omnibus hactenus fideles, et majora in posterum pollicentes; nos vero peccatores, injusti, infideles, nihil nisi peccatum et miseriam promittentes. Quid retribuemus Domino pro omnibus quæ retribuit nobis ? Ultra non serviamus peccato, sed in novitate vitæ serviamus ei qui nos ideo quæsivit, vocavit, elegit, ut sacræ religionis hortum excolentes, omnis generis virtutum flores, bonosque tandem aliquando fructus, in horreo cœlesti recondendos producamus.
col.228 Iterum dicit : Quis est homo qui vult vitam.] Vitam utique beatam, eamque æternam; nam, ut dicit S. Augustinus (Serm. 84), « vita non est nisi beata ; et beata vita esse non potest, nisi æterna, ubi sunt dies boni, nec multi, sed unus; » vel etiam vitam, id est Christum Dominum, qui est via, veritas et vita, de quo devote S. Bernardus (Serm. 75 in Cant.) : « Et quid est tam cordium vita, quam Dominus meus Jesus Christus, de quo aiebat qui eo vivebat : quia cum Christus apparuerit vita vestra, tunc et vos apparebitis cum eo in gloria? »
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.14-P.18
p. 10 Et quaerens Dominus in multitudine populi, cui haec clamat, operarium suum, iterum dicit : Quis est homo qui vult vitam, et cupit videre dies bonos? Quod si tu audiens respondeas : Ego, dicit tibi Deus : Si vis habere veram et perpetuam vitam, prohibe linguam tuam a malo, et labia tua ne loquantur dolum. Diverte a malo, et fac bonum; inquire pacem et sequere eam. Et cum haec feceritis, oculi mei super vos, et aures meae ad preces vestras; et antequam me invocetis, dicam : Ecce adsum.
p. 11 L’âme a pris contact avec N. B. Père, elle a prié avec lui, elle a été secouée par la crainte, réveillée par les paroles divines de l’Écriture ; mais il faut à l’invitation quelque chose de plus personnel encore, de plus décisif, de plus dramatique aussi. Le Père de famille, le Maître de la vigne (Matth., xx, 1-16), descend lui-même sur la place publique pour recruter des ouvriers ; et l’appel qu’il jette à la multitude du peuple chrétien s’adresse réellement à chacun ; c’est un accord qu’il veut conclure avec chaque âme individuelle. Nous avons là dessinée la vraie situation de l’âme en face de Dieu : toute âme est ouvrière, Dieu aussi. Dieu, qui n’a besoin de rien, a pourtant voulu quelque chose : la manifestation de ses attributs au moyen de l’ordre naturel et de l’ordre surnaturel surtout. Le grand effort de Dieu, c’est l’Incarnation et la Rédemption. Il s’y est employé sérieusement, mais il n’a pas consenti à y travailler seul. Il a voulu s’associer des coopérateurs, et volontairement il a laissé son œuvre inachevée, se persuadant que ce serait une joie pour nous de travailler après lui, avec lui, et de mettre notre effort là où il a mis son sang (I Cor., iii, 9 ; Col., i, 24).
p. 11 L’invitation d’ailleurs, est accompagnée d’une amorce : Quis est homo qui vult vitam, et cupit videre dies bonos? (Ps. xxxiii, 13) Dieu ne dédaigne pas de nous prendre par notre intérêt, ni de s’appuyer sur cet amour premier et foncier que nous avons du bonheur. Aussi bien, sa propre gloire et notre bonheur sont-ils conjugués. Lorsque l’on offre à l’homme le bonheur et la vie, il ne se récuse jamais : Nonne omnis in vobis respondet : Ego? dit saint Augustin. Moi, Seigneur, je veux bien ! Seulement qu’il n’y ait pas de malentendu entre nous, ajoute le Seigneur, à qui N. B. Père fait préciser d’un mot le sens et la portée de sa promesse. Notre idéal n’est plus celui du Juif, qui se contentait trop souvent de la prospérité temporelle et de la longévité ; il s’agit pour nous de la vie vraie et plénière, de la vie éternelle. La vie de l’éternité est commencée ici-bas dans la grâce, et nous connaîtrons « de bons jours » chez saint Benoît ; alors même qu’il n’y aurait que la vie présente, ne serions-nous pas les heureux de la terre? Mais, sans s’expliquer davantage sur le salaire réservé par Dieu à « son ouvrier », N. B. Père indique brièvement d’abord, puis de façon plus étendue, les conditions qu’il doit accepter.
p. 11 Il y a des éliminations qui s’imposent. Prohibe linguam tuam a malo... (Ps. xxxiii, 14-15) : s’agit-il de s’éloigner du mensonge et de renoncer à la fourberie proprement dite? Oui, sans doute ; mais on peut donner à ces paroles de l’Ancien Testament une valeur qui soit en fonction de l’économie nouvelle, une signification plus générale. Il y a un mensonge d’action impliqué parfois dans toute notre vie, un démenti pratique donné à notre foi, une secrète dualité : la charité nous invite, et l’égoïsme nous emporte ; nous sommes écartelés et tiraillés en sens contraire ; et, de fait, ce sont les basses sollicitations qui trop souvent triomphent. Nous communions chaque matin, mais nous demeurons nous-mêmes. Si vraiment nous voulons la vie, il faut commencer à réaliser en nous l’unité, la loyauté profonde.
p. 12 Diverte a malo. Prenons résolument notre âme et éloignons-nous de ce qui est mauvais. Éviter, se détourner, ce ne serait pas assez : il importe de créer entre le mal et nous un glacis étendu, que ni lui ni nous ne puissions plus franchir ; c’est prononcer contre lui une sentence de bannissement perpétuel. Ne soyons pas de ces hommes que saint François de Sales compare à des malades à qui leur médecin a interdit le melon, sous peine de mort ; ils ne mangeront donc pas de melon, « mais ils s’inquiètent de s’en abstenir, ils en parlent et marchandent s’il se pourrait faire ; ils les veulent au moins sentir, et estiment bienheureux ceux qui en peuvent manger (1) ».
(1) Introd. à la Vie dévote, I. P., chap. vii.
p. 12 Et fac bonum. C’est l’élément positif de notre programme. Cette réflexion, si simple qu’elle paraît naïve, est pourtant bien souvent méconnue. Il en est trop qui dépensent le plus clair de leur intelligence et de leurs forces à prendre conscience des pièges dont est semée la vie et à les éviter ; il est des âmes toujours en arrêt, toujours ennuyées des résistances rencontrées, toujours soucieuses des petits grains de poussière ; leur énergie s’emploie en plaintes ou s’épuise dans un regard constant sur elles-mêmes. Sans doute, la délicatesse est bonne, mais il est dangereux de trop se regarder et de se grossir : s’il faut se connaître, il est surtout indispensable de connaître Dieu. Au fond, notre vie n’a pas pour dessein de fuir le péché et le néant, mais plutôt de s’établir dans l’être, de faire le bien, de joindre Dieu.
p. 12 Inquire pacem... La citation du psaume xxxiii n’a pas été choisie au hasard et ne se poursuit pas comme machinalement. Lorsque l’unité, l’harmonie et l’ordre ont été rétablis chez nous, grâce à cette loyauté dont nous parlions plus haut ; lorsque le désaccord avec Dieu, avec nos frères, avec nous-même a cessé, et que c’est une chose définitivement conquise et assise, alors nous avons la paix : tranquillitas ordinis. La paix n’est donc pas la paresse, ni un faux désintéressement ; c’est l’attitude que prend spontanément notre âme unie à Dieu dans la charité. La paix, comme la joie, n’est pas précisément une vertu, mais le fruit de la plus haute des vertus : la paix est la fille de la charité (1). Cherchez-la sur place, dit le Seigneur, comme un trésor caché ; poursuivez-la au besoin. Elle aura parfois l’air de fuir, ne vous découragez pas ; ne vous irritez pas de ses lenteurs, qui d’ailleurs ne sont peut-être que vos lenteurs à vous. Il n’y a jamais motif de sortir de cette paix : ni événements, ni souffrances, ni fautes même ; car on ne corrige pas des erreurs avec du désordre, et le repentir n’est pas le trouble. L’Apôtre envisage la paix comme la clôture spirituelle qui maintient notre âme près de Dieu : Et pax Dei, quae exsuperat omnem sensum, custodiat corda vestra et intelligentias vestras in Christo Jesu (Philipp., iv, 7). Retenons qu’elle est tout à la fois la récompense, le fruit, l’indice et le facteur de notre vertu ; et chacun sait qu’elle est devenue la devise de la famille bénédictine.
(1) Cf. S. Th., IIa IIae, q. xxix, De Pace.
p. 13 Le psaume continue, mais son verset 16 est rappelé, sans être cité formellement. Dès que notre âme s’est ainsi tournée vers Dieu et pacifiée, le regard bienveillant du Seigneur se repose sur elle et son oreille est toujours penchée pour recueillir notre prière ; il se complaît dans cette beauté qu’a créée la lumière de ses yeux. C’est l’intimité désormais : Qui adhaeret Domino unus spiritus est (I Cor., vi, 17). La prière sera encore dans notre cœur, nous n’aurons pas encore ouvert les lèvres, que le Seigneur dira : je suis là, me voici.
Quis est homo, qui vult vitam, et cupit videre dies bonos?
„Wer ist der Mann, so Lust am Leben hat und gerne gute Tage sieht?“
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.15
col.228 Et cupit videre dies bonos.] Dies boni sunt æternitas beata, de qua S. Augustinus (Serm. 84), « Dies ille nescit ortum, nescit occasum, illi diei non succedit crastinus, quia non præcedit hesternus; » nam præsentis dies temporis malos vocat Apostolus dicens : Redimentes tempus quoniam dies mali sunt (Ephes. v) ; et certe, ut ait S. Augustinus, « non ergo sunt mali dies quos agimus in corruptela hujus carnis, in tanta et sub tanta sarcina corruptibilis corporis, inter tantas tentationes, inter tantas difficultates, ubi falsa voluntas, nulla securitas gaudii, timor torquens, cupiditas avida, tristitia arida ? » Unde et paulo post addit : « Quid est diu vivere, nisi malos dies malis diebus addere? »
Quod si tu audiens, respondeas: Ego; dicit tibi Deus:
Vernimmst du diese Frage und gibst du zur Antwort: Ich bin es, so spricht Gott zu dir:
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.16
col.229 Quod si tu audiens respondeas : Ego.] Et quis ita non responderet? « Da mihi hominem latronem, inquit S. Augustinus (Serm. 231), sceleratum, fornicatorem, maleficum, sacrilegum, omnibus vitiis inquinatum, omnibus flagitiis seu facinoribus obrutum, qui non velit beatam vitam vivere? Scio, omnes vultis beate vivere, sed unde homo beate vivat, hoc non vultis vivere. »
col.229 Dicit tibi Deus : Prohibe linguam tuam a malo.] Recte omnino vitam diesque bonos cupienti indicit prohibere linguam a malo, quia si quis putat se religiosum esse non refrenans linguam, hujus vana est religio, et qui verbo non offendit, hic perfectus est vir.
Si vis habere veram et perpetuam vitam, prohibe linguam tuam a malo, et labia tua ne loquantur dolum. Diverte a malo, et fac bonum; inquire pacem et sequere eam.
„Willst du wahres und ewiges Leben besitzen, dann bewahr vor Bösem deine Zunge und deine Lippen vor trugvoller Rede. Kehr dich ab vom Bösen und tu Gutes, trachte nach Frieden und jag ihm nach“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.17
col.229 Et labia tua ne loquantur dolum :] « Disperdet enim Deus universa labia dolosa, » inquit propheta; et Salomon : Animæ dolosæ errant in peccatis (Prov. xiii). Dolus autem, ut dicit S. Augustinus (In psal. v), est cum aliud agitur, et aliud simulatur. Hinc « quid est, inquit (Lib. L Homil., hom. 1), aliud loqui dolum, nisi aliud labiis promere, cum aliud claudatur in pectore? »
col.229 Diverte a malo, et fac bonum.] Hoc est enim breviarium nostræ salutis, ut ait Boherius, de quo et S. Benedictus abbas Anianensis, ut scribit Ardo discipulus ejus (Sæc. iv Bened., part. i) in illius Vita, n. 30 : « Quibusdam vero hoc inculcare solitus erat : Si plurima tibi impossibilia esse præcepta noscuntur, hoc exiguum serva præceptum : Declina a malo et fac bonum ; quæ sententia ei ita familiaris exstitit, ut tempore mortis collectis omnium Patrum sententiis unum ex ea vellet conficere librum. »
col.229 Inquire pacem et sequere eam.] Tanquam unicum ac singulare bonum S. Pater subjungit : Inquire pacem ; magnum enim est pax vera et sincera bonum, cujus ope filii Dei evadimus, uti ipse dicit : Beati pacifici, quoniam filii Dei vocabuntur ; et « merito, inquit S. Bernardus (Serm. 1 de omn. sanctis), filii nomine vocabuntur qui filii opus impleverint. »
col.229 Et sequere eam.] Neque enim quærere sufficit, ni et inventam sequaris ; imo fugientem persequaris. Vel sequere eam in tempore futuro, id est sequeris seu assequeris eam tanquam fructum et præmium impensi in quærendo laboris : quo sensu usurpata a S. Benedicto prophetæ verba intellexisse videtur S. Augustinus cum dixit (Lib. L Homil., hom. 1) : « Ut quæramus pacem præcipitur nobis, ut autem sequamur eam promittitur nobis. »
Et cum hæc feceritis, oculi mei super vos, et aures meæ ad preces vestras. Et antequam me invocetis, dicam: Ecce adsum.
Und habt ihr also gehandelt, dann sind meine Augen über euch und meine Ohren eurem Flehen nah. Noch eh' ihr mich anruft, will ich zu euch sprechen: „Seht, hier bin ich“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.18
col.229 Et cum hæc feceritis, oculi mei super vos.] Quæ quidem non sic accipienda sunt, quasi incorporeus per naturam Deus corporea haberet membra, ut olim voluerunt Anthropomorphitæ ; sed hæc figurate dicta sunt, et secundum nostrum loquendi modum ; « quibusque autem nominatis Dei membris, quæ in nobis visibilia et corporea sunt, potentias operationum oportet intelligi, » inquit Augustinus (In psal. ix); et sic oculi Domini aliquando pro ejus cognitione, ut cum S. Benedictus dicit oculos Domini in omni loco speculari bonos et malos; aliquando pro justo ejus in malos judicio, ut cum dicitur in psalmo : Vultus autem Domini super facientes mala, ut perdat de terra memoriam eorum; aliquando pro pia in bonos misericordia, ut cum propheta dicit : Oculi Domini super justos, etc., quo sensu oculi Domini hic accipiendi sunt, quibus utinam miseros nos peccatores respiciat !
col.229 Et aures meæ ad preces vestras.] Similiter « aurem Dei non membrum corporeum, sed potentiam, qua exaudit, regulariter debemus accipere, » inquit præfatus Augustinus (In psal. ix) ; et sic aures meæ ad preces vestras idem sonat ac exaudiam preces vestras.
col.230 Et antequam me invocetis dicam vobis : Ecce adsum.] « Quid est ecce adsum? inquit iterum S. Augustinus (In psal. xxxiii); ecce præsens sum, quid vis ? quid a me quæris? quidquid tibi dedero vilius est quam ego : meipsum habe, me fruere, me amplectere. »
col.230 Quid dulcius nobis hac voce Domini invitantis nos, fratres charissimi? Hic apposite Hildemarus : « Consuetudo est, ait, sanctorum prædicatorum post doctrinam aut exhortationem, aut orationem, subjungere, quod frequentissime Paulus apostolus fecisse legitur; S. vero Benedictus, quia, sicut non distabat longe a sanctorum merito, ita etiam noluit distare doctrina, propterea post doctrinam exhortationem subjunxit; » nempe : Quid dulcius nobis hac voce, fratres charissimi, etc.
Quid dulcius nobis hac voce Domini invitantis nos, fratres charissimi?
Geliebteste Brüder, was gäbe es Lieblicheres für uns als diese Stimme, mit der uns der Herr einlädt?
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.19
col.230 Fratres charissimi.] Charissimos fratres hic vocat, quos prius filios appellaverat, ut se tanquam unum ex illis esse velle demonstraret, juxta illud S. Gregorii papæ (Lib. i, epist. 24): Prælatus « honore suspenso æqualem se subditis bene viventibus deputet. »
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.19-P.21
p. 13 Quid dulcius nobis hac voce Domini invitantis nos, fratres carissimi? Ecce pietate sua demonstrat nobis Dominus viam vitae. Succinctis ergo fide vel observantia bonorum actuum lumbis nostris, per ducatum Evangelii pergamus itinera ejus, ut mereamur eum qui nos vocavit, in regno suo videre.
p. 13 N. B. Père laisse échapper une exclamation joyeuse. Voyez, mes frères bien-aimés ! Y a-t-il rien au monde qui soit plus caressant, plus doux, que cette invite du Seigneur, et formulée en de pareils termes? C’est Dieu lui-même qui, dans sa tendresse, nous appelle à la vie et nous en montre le chemin. Allons, partons en pèlerinage vers Dieu, marchons d’un pas alerte, la tunique retenue dans la ceinture, afin que ses plis flottants ne nous embarrassent pas et que nous gardions toute notre vigueur : Sint lumbi vestri praecincti, et lucernae ardentes in manibus vestris (Luc., xii, 35). Notre ceinture, c’est la foi, et la foi pratique, c’est-à-dire l’observance et l’habitude des bonnes œuvres : Et erit justitia cingulum lumborum ejus, et fides cinctorium renum ejus (Is., xi, 5). Conduits et guidés par les préceptes évangéliques (1), franchissons jusqu’au bout les étapes de ce divin voyage, afin de mériter de voir dans son royaume celui qui nous a appelés (2).
(1) Au lieu de l’expression per ducatum Evangelii, dont la signification semblait un peu vague, les plus anciens manuscrits (nous ne disons pas les meilleurs : cf. Introduction, p. iii, iv) ont lu : et calceatis in praeparatione Evangelii pacis pedibus, pergamus..., réminiscence du chap. vi des Éphésiens (verset 15 ; remarquez qu’au verset 14 l’Apôtre recommande d’avoir les reins ceints : on a pu croire que saint Benoît citait largement ces deux versets).
(2) La meilleure leçon est peut-être : eum qui nos vocavit in regnum suum videre, citation de I Thess., ii, 12.
Ecce pietate sua demonstrat nobis Dominus viam vitæ.
Seht, in seiner väterlichen Liebe zeigt uns der Herr den Weg des Lebens.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.20
col.230 Ecce pietate sua demonstrat nobis Dominus viam vitæ.] Pietate sua, id est misericordia sua; et bene quidem , « quia non tenetur de necessitate nobis demonstrare viam vitæ, » inquit Richardus de S. Angelo; et quia, ut dicit Hildemarus, « nullus suo merito salvatur, sed pietate et misericordia Dei salvatur; » vel ecce pietate sua, quam scilicet tam suaviter nos ad vitam vocando, media ad ipsam conducentia docendo , seque ipsum promittendo , ostendit: hæc enim ad præmissa verba referri declarat vox demonstrativa ecce.
col.230 Viam vitæ.] Vita Deus est , via ad vitam charitas, a qua utinam nunquam recedamus!
Succinctis ergo fide, vel observantia bonorum actuum lumbis nostris, per ducatum Evangelii pergamus itinera ejus, ut mereamur eum, qui nos vocavit in regnum suum videre.
Umgürten wir daher unsere Lenden mit Glauben und Eifer in guten Werken und wandeln wir unter der Leitung des Evangeliums seine Pfade, damit wir würdig werden, den zu schauen, „der uns in sein Reich berufen hat“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.21
col.230 Succinctis ergo fide vel observantia bonorum actuum lumbis nostris.] Demonstrata via vitæ , quid adhuc hæremus immoti, aut quid superest , nisi ut alacriter ambulemus in ea? quod ut expediti præstemus , recte omnino S. Benedictus ait: Succinctis ergo fide vel observantia bonorum operum lumbis vestris, alludens ad illud Apostoli ad Ephesios : State succincti lumbos vestros in veritate, etc. Sed quia ad spiritalem hic cursum nos invitat, ita et ad spiritalem lumborum præcinctionem : et quoniam ex eo quod ex lumbis carnales delectationes prodeunt, SS. Patribus luxuriam lumbi sæpissime significant, per lumborum præcinctionem carnalium voluptatum mortificationem , ipsamque virginitatem vulgo intelligunt , juxta illud S. Gregorii (Homil. 13 in Evang.) : « Lumbos præcingimus cum carnis luxuriam per continentiam coarctamus. » Sed quia, ut idem S. pontifex loquitur (Lib. xxviii Mor., cap. 4), « alia est luxuria carnis, qua castitatem corrumpimus ; alia vero luxuria cordis est, qua de castitate gloriamur , » ideo duplici nos cingulo præcingi voluit S. Benedictus, fide scilicet, et bonorum operum observantia : fide, qua Deum bonorum omnium auctorem , ipsiusque proinde castitatis agnoscamus ; bonorum operum observantia, quibus petulantes carnis motus reprimamus , forte respiciens ad illud Isaiæ : Et erit justitia cingulum lumborum ejus, et fides cinctorium renum ejus (Isai. xi) : per bonorum operum observantiam justitiam, quæ non nisi bonis operibus exercetur, denotans; quod et aliis verbis in Evangelio Dominus præcipit dicens : Sint lumbi vestri præcincti , et lucernæ ardentes in manibus vestris; « in lumbis enim accinctis virginitas , in lucernis ardentibus bona opera » designantur , inquit S. Augustinus.
col.230 Apposite autem bonis operibus præfixit fidem , ipsique fidei bonorum operum observantiam subjunxit : Redemptori etenim nostro unum sine altero placere nequaquam potest; unde et sponsa in Canticis : Fulcite , inquit , me floribus, stipate me malis : ad quæ verba S. Bernardus (Serm. 51 in Cant.) : « Fidem florem, fructum actum intellige; nec incongrue, ut opinor , id tibi videbitur, si advertas quomodo instar floris necessario præcedentis fructum , bonum quoque opus fide oporteat præveniri ; alioquin sine fide impossibile est placere Deo, Paulo attestante, magis autem æque ipso docente : Omne quod non est ex fide peccatum est. Itaque nec sine flore fructus, nec sine fide opus bonum : sed et fides sine operibus mortua est, sicut inutiliter flos apparet, ubi non sequitur fructus. » Et item alibi Scriptura : Si recte offers, et recte non dividis , peccasti : ad quæ iterum S. Bernardus, cum prius dixisset fidei opera esse jungenda, subjicit (Serm. 24 in Cant.) : « Recte quidem quodcunque horum offers; recte autem ab alterutro ea non dividis : noli esse rectus oblator , et pravus divisor. Quid dividis actum a fide? inique dividis fidem perimens tuam ; nam fides sine operibus mortua est, munus mortuum offers Deo. Si enim quædam anima fidei ipsa devotio est , quid fides quæ non operatur ex dilectione , nisi cadaver exanime ? Bene honoras Deum munere fetido? Bene placas fidei interfector? Credis in Christum ? fac Christi opera; ut vivat fides tua, fidem tuam dilectio animet, probet actio. Sed nec opera quamvis recta rectum cor efficere sufficiunt sine fide : quis enim rectum dicat hominem non placentem Deo? Sine fide autem impossibile est placere Deo : qui non placet Deo non potest illi placere Deus; nam cui placet Deus, Deo displicere non potest. » Idipsum confirmat S. Gregorius papa hac similitudine (Libro iii Registri, cap. 35): « Sicut rami sine virtute radicis arefiunt, ita opera quantumlibet bona videantur , nulla sunt , si a soliditate fidei disjunguntur. »
col.231 Et calceatis pedibus.] Pedes animæ affectiones vulgo significant , quos calceare dicimur , cum variis virtutibus exornamur : et bene calceatis pedibus, ne forte viam vitæ percurrens, offendas ad lapidem pedem tuum , tentationi succumbendo.
col.231 Per ducatum Evangelii.] Id est doctrinam Evangelii sequentes ducem.
col.231 Pergamus itinera ejus.] Scilicet Christi Domini tam misericorditer nos vocantis, cujus itinera sunt voluntaria paupertas : quia cum esset dives, pro nobis factus est pauper ; abnegatio propriæ voluntatis, quia factus est pro nobis obediens usque ad mortem ; in tribulationibus et angustiis humilis patientia , quia passus est, nobis relinquens exemplum, ut sequamur vestigia ejus : arcta quidem et aspera hominibus itinera, sed eo tutiora, quo paucioribus pervia, et ad cœleste regnum compendiosiora. Vel pergamus itinera ejus, scilicet Evangelii , cujus mentionem facit : de cujus itineribus ita scribit Boherius : « In ducatu Evangelii quatuor sunt itinera ad regnum Dei quæque tendentia, præcepta videlicet, mandata, testimonia, exempla : in præceptis justitia , in mandatis charitas, in testimoniis fides, in exemplis perfectio invenitur. »
col.231 Ut mereamur eum qui nos vocavit in regno suo videre,] cujus visio totam hominis facit beatitudinem; unde et S. Philippus ad Christum dicebat : Domine, ostende nobis Patrem, et sufficit nobis.
In cujus regni tabernaculo si volumus habitare, nisi illuc bonis actibus currendo, minime pervenitur.
Wollen wir in diesem Königszelte wohnen: unmöglich gelangt man dorthin, außer man eilt auf dem Pfade der guten Werke.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.22
col.231 In cujus regni tabernaculo si volumus habitare, nisi illuc bonis actibus curritur, minime pervenitur.] Statuit hic bonorum operum necessitatem, sine quibus in regni cœlestis tabernaculo minime pervenitur. Notanter vero addidit, currendo, redarguens eorum torporem et desidiam qui communi vita contenti, in via vitæ cito deficiunt, quibus pro magno reputatur si vel retrorsum non redeant, vixque viam ingressi, quasi nimium fatigati de requie cogitant. At plane non sic S. Benedictus, non sic; sed nisi illuc curritur , inquit, minime pervenitur. Certe grandis nobis restat via, a terra ad cœlum magna est distantia, tantumque ad conficiendum itineris spatium soli nobis hujus dies vitæ brevissimi conceduntur, ut exsultemus sicut gigantes ad currendam viam. Imitemur ergo sanctorum exempla, qui, ut scribit Petrus Venerabilis (Lib. 1 Mirac. cap. 20), « bona quæ faciunt pro nihilo ducentes , ad majora toto desiderio conscendere semper intendunt. » De quibus etiam S. Bernardus ; « Nunquam , ait, justus arbitratur se comprehendisse, nunquam dicit sufficit; sed semper esurit sititque justitiam, ita ut si semper viveret, semper quantum in se est justior esse contenderet, semper de bono in melius proficere totis viribus conaretur. » Audiamus et illam Guillelmi abbatis S. Theoderici ad fratres de Monte Dei exhortationem piissimam ( Cap. 2 ) : « Nolite negligere, nolite tardare, grandis enim vobis restat via, altissima est professio vestra, cœlos transit, par angelis est, angelicæ similis puritati; non enim vovistis solum omnem sanctitatem, sed omnis sanctitatis perfectionem et omnis consummationis finem : non est vestrum circa communia præcepta languere, neque hoc solum attendere quid præcipiat Deus, sed quid velit, probantes quæ sit voluntas Dei bene beneplacens, et perfecta : aliorum est Deo servire, vestrum adhærere; aliorum est Deum credere, scire, amare, revereri ; vestrum est sapere, intelligere, cognoscere, frui. » Porro ne deficiamus in via, sed sic curramus ut comprehendamus, sciendum est nonnulla esse quæ et cursum promovent et adjuvant, nonnulla quæ retardant et impediunt. « Tria sunt quæ faciunt currere, » inquit S. Bernardus in libro de Amore Dei, quem sermonibus super Cantica subjunxit noster Mabillonius, « timor videlicet, desiderium, et amor : timor fugiendo, desiderium appetendo, amor proximum amando. Quatuor quoque sunt quæ impediunt cursum istum; frigus, calor, via laboriosa, nimietas currentis; quæ sunt alio nomine diffidentia, concupiscentia, asperitatis impatientia, nimia confidentia. »
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.22-P.27
p. 14 In cujus regni tabernaculo si volumus habitare, nisi illuc bonis actibus currendo, minime pervenitur. Sed interrogemus cum Propheta Dominum, dicentes ei : Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo, aut quis requiescet in monte sancto tuo? Post hanc interrogationem, fratres, audiamus Dominum respondentem, et ostendentem nobis viam ipsius tabernaculi, ac dicentem : Qui ingreditur sine macula, et operatur justitiam; qui loquitur veritatem in corde suo; qui non egit dolum in lingua sua; qui non fecit proximo suo malum, et opprobrium non accepit adversus proximum suum.
p. 14 Alors vous voulez sincèrement marcher vers le sanctuaire de Dieu, notre roi, et y demeurer, avec lui, toute l’éternité? La société de Dieu, de Notre-Seigneur Jésus-Christ, de Notre-Dame, des anges et des saints vous plaît? Vous connaissez maintenant la fin, vous la voulez aussi ; apprenez donc quels moyens y conduisent. « Il n’y a nulle chance de parvenir à ce royaume, si l’on n’y court par les bonnes œuvres. » Saint Benoît l’a dit déjà, mais il insiste et tient à mettre ce point en pleine lumière. Ce ne sont pas les privilèges qui nous sanctifient, et les grâces ne nous sauvent pas à elles seules. Il serait infiniment téméraire de se dire : « J’ai fait profession, je suis dans un milieu assainissant, je comprends bien les choses de la vie surnaturelle ; j’en parle à l’occasion avec abondance et clarté ; j’éprouve dans mes relations avec Dieu des tressaillements qui me montrent que je suis dans les voies élevées. Mon labeur a pris fin ». Non, il faut des actes, il faut marcher sans cesse, il faut courir. Les actes sont les fils de notre vie, ils la traduisent, ils la développent ; la vie n’existe que pour eux : l’acte est le terme dernier de toute vigueur vivante. Rappelons-nous l’histoire évangélique du figuier, à qui les feuilles pourtant ne manquaient pas, mais qui fut maudit et sécha sur place, parce que les fruits, c’est-à-dire les actes, faisaient défaut. Mais enfin, ne dit-on pas souvent que notre sanctification ne vient pas de nous et qu’il faut « se laisser faire »? Entendons-nous : il y a des œuvres préliminaires et de déblaiement, des œuvres de construction, des œuvres d’achèvement ; l’action de Dieu s’exerce en toutes, spécialement dans les dernières, mais nous ne sommes jamais dispensés d’agir, et les deux premiers moments demeurent bien à nous.
p. 15 Que si nous avons besoin d’un supplément d’information, adressons-nous plutôt au Seigneur lui-même, et posons-lui avec le Prophète la question par où débute le psaume xiv. Pour nous autres chrétiens, il s’agit de la Jérusalem nouvelle et du vrai temple de Dieu : Ecce tabernaculum Dei cum hominibus, et habitabit cum eis (Apoc., xxi, 3). Dieu nous répond dans le même psaume et nous trace le chemin de son sanctuaire. Saint Benoît se borne à citer les versets 2 et 3, dont le sens est fort clair. Tout est enveloppé dans cette énumération rapide : les intentions, les paroles, l’accomplissement des desseins, les œuvres intérieures et les œuvres extérieures, une triple disposition de pureté, de droiture et de justice.
Sed interrogemus cum propheta Dominum, dicentes ei: Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo, aut quis requiescet in monte sancto tuo?
Fragen wir nun den Herrn mit dem Propheten: „Herr, wer darf wohnen in Deinem Gezelte, wer ruhen auf Deinem heiligen Berge?“
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.23
col.232 Sed interrogemus cum propheta Dominum dicentes ei : Domine , quis habitabit in tabernaculo tuo?] « Tabernaculum cum proprie accipitur belli res est : unde et contubernales milites dicuntur, tanquam simul habentes tabernacula, » inquit S. Augustinus ( In psal. xiv); sed tabernaculum hic a S. Benedicto sumitur pro cœlesti patria.
col.232 Aut quis requiescet in monte sancto ejus ?] Quod prius tabernaculum appellaverat , hoc montem sanctum nuncupat, forte propter laborem et difficultatem scandendi cœli, nam regnum cœlorum vim patitur , et violenti rapiunt illud.
Post hanc interrogationem, fratres, audiamus Dominum respondentem, et ostendentem nobis viam ipsius tabernaculi,
Vernehmen wir, meine Brüder, nach dieser Frage die Antwort des Herrn, der uns den Weg zu seinem Gezelte weist
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.24-P.25
col.232 Post hanc interrogationem , fratres, audiamus Dominum respondentem et ostendentem nobis viam ipsius tabernaculi, ac dicentem : Qui ingreditur sine macula.] Mundis enim corde promittitur regnum cœlorum : Beati mundo corde, inquit Christus, quoniam ipsi Deum videbunt.
ac dicentem: Qui ingreditur sine macula, et operatur justitiam;
mit den Worten: „Wer makellos wandelt und Gerechtigkeit übt,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.25
col.232 Et operatur justitiam.] Secundum S. Anselmum ( Lib. Cur Deus homo), « justitia est animi libertas tribuens unicuique secundum propriam dignitatem : majori reverentiam, pari concordiam, minori disciplinam, Deo obedientiam, sibi sanctimoniam, inimico patientiam, egeno operosam misericordiam. »
qui non egit dolum in lingua sua;
wer Wahrheit spricht in seinem Herzen, wer keinen Trug übt mit der Zunge,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.26
col.232 Qui loquitur veritatem in corde suo.] Quia, ut dicit S. Augustinus (In psal. xiv), « nonnulli in labiis habent veritatem, et in corde non habent, tanquam si aliquis ostendat viam sciens in ea esse latrones, et dicit : Si hac ieris, a latronibus tutus eris, et contingat ut vere non ibi latrones inveniantur ; verum ille locutus est, sed non in corde suo; aliud enim putabat, et nesciens verum dixit : ergo parum est verum loqui, nisi etiam in corde ita sit. »
col.232 Qui non egit dolum in lingua sua.] Ad quæ verba iterum S. Augustinus : « Lingua agitur dolus, cum aliud ore profertur et aliud pectore legitur. »
qui non fecit proximo suo malum, et opprobrium non accepit adversus proximum suum.
wer nicht Übles tut seinem Nächsten, wer nicht Schmähreden anhört wider den andern“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.27
col.232 Nec fecit proximo suo malum.] Proximus est omnis homo , quem cum diligere teneamur, ab omni malo illi inferendo abstinere debemus.
col.232 Qui opprobrium non accepit adversus proximum suum.] Id est « non libenter aut temere credidit criminatori, » ut ait S. Augustinus ( In psal. xiv ). Aliam hujus versiculi expositionem ex S. Hieronymo tradit Hildemarus : « Ille, inquit, non accipit opprobrium adversus proximum suum, qui nullum læsit, neminem nocuit, neminem scandalizavit, ut ab illo debuisset accipere opprobrium. »
Qui malignum diabolum aliqua suadentem sibi, cum ipsa suasione sua a conspectibus cordis sui respuens, deduxit ad nihilum, et parvulos cogitatus ejus tenuit, et allisit ad Christum.
Wer den bösen Feind, naht er mit einer Versuchung, mitsamt seiner Einflüsterung vom Angesicht seines Herzens stößt und zunichte macht, wer dessen Brut, die Gedanken packt und an Christus zerschmettert.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.28
col.233 Qui malignum diabolum aliqua suadentem sibi cum ipsa suasione sua a conspectibus cordis sui respuens deduxit ad nihilum.] Hactenus viam cœlestis tabernaculi demonstravit S. Benedictus; sed quia armatum in nostram perniciem diabolum continuas itineri nostro insidias struere noverat ( ideo enim diabolus dicitur, qui Græce criminator, Hebraice deorsum fluens interpretatur, ut cum Smaragdo notant Bernardus Cassinensis et Boherius, quod ad crimina nos provocet, et montem sanctum Dei scandere volentes deorsum fluere efficiat), consequenter subjungit ut a conspectibus cordis malignum respuamus, perversasque ejus sollicitationes ad nihilum deducamus, denegando cum contemptu consensum, ostendens in hominis esse potestate tentanti diabolo resistere, nec nisi volentem ab ipso superari, juxta illud S. Cæsarii ( Serm. 37 in append. Serm. S. August.) : « Alligatus est tanquam innexus canis catenis, et neminem potest mordere, nisi eum qui se illi mortifera securitate conjunxerit. Latrare potest, sollicitare potest, mordere omnino non potest, nisi volentem ; non enim cogendo. sed suadendo nocet ; nec extorquet a nobis consensum, sed petit. »
col.233 Et parvulos cogitatus ejus tenuit, et allisit ad Christum.] Parvulos cogitatus, id est exorientes inimici suggestiones compressit, ne forte crescentes comprimentur, ac tandem prævaleant, juxta illud poetæ : Principiis obsta, sero medicina paratur. Hinc S. Hieronymus (Epist. 22): « Nolo sinas cogitationem crescere; dum parvus est hostis, interfice; nequitia, ne zizania crescant , elidatur in semine. » Istud argumentum fuse tractat Petrus Damiani eo in opusculo quod de suæ congregationis institutis scripsit (Cap. 19), ubi inter alia hæc habet : « In primis, fili quicunque manus ad confligendum paras cum invisibili hoste conserere, satage mentem tuam ab omni suggestionum obrepentium impetu pervigili custodia communire, et sicut quisquilias , et quæque purgamenta, quæ de operibus manuum tuarum decidunt, in ignem protinus abjicis, ita nihilominus cogitationum motus in Deum projice; et quoniam ignis consumens est, illi superflua cordis tui ad consumendum trade, memorans illud apostolicum : Omnem sollicitudinem vestram projicientes in eum ; et prophetæ : Jacta cogitatum tuum in Domino, et ipse te enutriet... Pone tentationem quasi serpentem : nempe si ab ipso auditu statim repellitur, sana sunt omnia, nihil omnino corrumpitur, nihil eorum quæ intus sunt inquinatur ; si autem semel fuerit admissus, tametsi quavis instantia postmodum abire cogatur, de veneno tamen ejus vel squamis necesse erit aliquid vel perexiguum remanere : ergo sollicitus esto , ut tentationi principio nascenti velut armatus et intrepidus occurras, et parvulos orientium cogitationum motus ad petram, quæ est Christus, allidas, » immensum ejus erga te amorem sæpissime meditando, et collata hominibus beneficia revolvendo ; sic enim universas inimici catervas funditus proteres : « Quod si lupus in te forte repentinus insurgit , arripe petram , inquit iterum Petrus Damiani (Opusc. 52, cap. 6). et protinus fugit. Quæ est autem petra, nisi Christus? » Vide S. Ambrosium, lib. vi in Hexam., cap. 4, et Cassianum, lib. vi Institut. , cap. 15.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.28
p. 15 Qui malignum diabolum aliqua suadentem sibi, cum ipsa suasione sua a conspectibus cordis sui respuens, deduxit ad nihilum, et parvulos cogitatus ejus tenuit, et allisit ad Christum.
p. 15 N. B. Père paraphrase désormais largement la suite du psaume, et d’abord la première partie du verset 4 : Ad nihilum deductus est in conspectu ejus malignus. Le sens littéral est relatif à l’attitude que prend en face de l’impie et en face du juste celui qui veut aller vers Dieu : il ne fait nul cas de l’un et réserve son estime pour le juste : Timentes autem Dominum glorificat. Mais saint Benoît a entendu le passage de l’attitude que prend celui qui cherche Dieu en face du mauvais, en face du diable (1), et toute sa doctrine est d’une grande sagesse.
(1) Cassiodore, dans son Exposition sur ce psaume (P. L., LXX, 110), donne au verset 8 exactement le même sens que saint Benoît. Plus loin, après avoir parlé de l’homme courageux qui mundi vitia cum suo auctore prostravit, il ajoute ces mots qui rappellent encore un autre passage de la fin du Prologue : Sed precemur jugiter omnipotentiam ejus, ut qui talia per nosmetipsos implere non possumus quae jussa sunt, ejus ditati munere faciamus (ibid., 111). Nous signalons simplement le rapprochement à ceux qu’intéresse la question des rapports de Cassiodore avec saint Benoît.
p. 16 Il est naturel et prudent d’examiner sévèrement, de regarder bien en face les dispositions, les émotions, les affections qui se succèdent en nous et de les interroger : qui êtes-vous? d’où venez-vous? que venez-vous faire chez moi? quelles sont les conséquences dernières auxquelles vous m’entraînerez? Un homme avisé n’ouvre pas sa porte à tout venant ; on ne laisse pas le premier venu s’asseoir au foyer de la famille. Reconnaître l’inspirateur réel de certaines tendances perfides et sournoises, l’auteur de certaines poussées secrètes est une sûre garantie.
p. 16 Une fois reconnue la suggestion diabolique, une fois démasqué celui qui suggère, saint Benoît veut que, tout aussitôt et résolument, « nous repoussions l’une et l’autre loin des regards de notre cœur, et que nous n’en fassions nul cas ». Les formes de la tentation sont variées. Ce n’est jamais qu’avec humilité et en s’appuyant sur Dieu qu’il faut la repousser, mais il reste que souvent, pour la faire disparaître, le mieux est de négliger, de mépriser. Il y a des tentations sottes, des surprises, quelquefois de simples hantises physiologiques : passons outre. C’est le cas d’appliquer le précepte : Neminem per viam salutaveritis. Non seulement il ne faut pas se troubler, mais il ne faut même pas se raidir, ni se congestionner dans un effort inutile, ni combattre, ni protester convulsivement, ni rien changer dans notre vie.
p. 16 Et pourtant, il est des cas où N. B. Père réclame de nous une tactique un peu différente. C’est lorsque la tentation est violente, ou qu’elle dure ; c’est surtout lorsqu’il s’agit de ce qui est notre tentation personnelle, domestique, habituelle, en affinité avec notre nature ; elle a été la tentation de notre enfance, elle nous a suivi comme une menace et comme un ange maudit, elle a grandi et vieilli avec nous, nous la retrouvons toujours vivace. Si nous ne voulons pas infailliblement succomber, il faut ramasser ce que nous avons d’énergie et de délicatesse, saisir avec vigueur, presque sans réflexion, par un acte spontané, ces rejetons d’enfer, ces fils de Babylone, et les broyer aussitôt contre la Pierre qui est le Christ (I Cor., x, 4) : c’est-à-dire s’armer de la foi, de la charité, de la prière, pousser un appel vers le Seigneur et porter notre âme dans la région de la paix. Saint Benoît cite, dans un sens allégorique et à la suite de plusieurs Pères (1), le dernier verset du psaume cxxxvi : Beatus qui tenebit, et allidet parvulos tuos ad petram.
(1) Origène, Contra Celsum, l. VII, 22. P. G., XI, 1453.
S. Hilaire, Tract. in Ps. cxxxvi, 14. P. L., IX, 784.
S. Ambroise, De poenit., II, 106. P. L., XVI, 523.
S. Jérôme, Epist. XXII, 6. P. L., XXII, 398. Commentariolum in Ps. cxxxvi, apud Anecdota Maredsolana, vol. III, P. I,p. 94.
S. Augustin, Enarr. in Ps. cxxxvi, 21. P. L., XXXVII, 1773-1774.
Cassien, Inst., VI, xiii.
Qui timentes Dominum, de bona observantia sua non se reddunt elatos, sed ipsa in se bona, non a se posse, sed a Domino fieri existimantes,
In der Furcht des Herrn erheben sie sich nicht ob ihres guten Wandels; was an ihnen Gutes ist, schreiben sie vielmehr nicht ihrem eigenen Vermögen, sondern dem Herrn zu
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.29-P.30, P.29
col.233 Qui timentes Dominum de bona observantia sua non se reddunt elatos, sed ipsa in se bona, non a se posse, sed a Domino fieri existimantes, operantem in se Dominum magnificant.] Quia vero non dormit neque dormitat adversarius, et, ut optime notavit S. Bernardus (Serm. 54 in Cant.) : « Si non potest impedire actionem, tentat intentionem, suadens quatenus effectum gratiæ arroges tibi; » ideo postquam a malo declinare, bonum facere, justitiam sectari, diabolicas suggestiones spernere, volentem ingredi Dei tabernaculum præcepit, caute omnino subjecit : Qui de bona observantia non se reddunt elatos, sed ipsa in se bona, etc. Quibus verbis tria docet : 1° de bona observantia elationem fugere ; 2° Deum, non se boni operis auctorem agnoscere; 3° consequenter Deum in se operantem magnificare.
col.234 Qui timentes Dominum de bona observantia sua non se reddunt elatos] , seipsos magni aliquid esse existimantes, cum tamen nihil sunt ; sed potius infra omnes sese deprimentes, ut faciebat S. Bernardus, cujus cum tanta esset vitæ sanctimonia, quantam in eo etiam nunc catholicus orbis miratur, ita nihilominus de se scribebat (Epist. 250) ad alterum Bernardum priorem Portarum : « Clamat ad vos monstruosa vita mea, mea ærumnosa conscientia ; ego enim quædam chimæra mei sæculi, nec clericum gero nec laicum ; nam monachi jamdudum exui conversationem, non habitum. » Et S. Gregorius papa de se item ad Anastasium episcopum Antiochenum sic scribens (Lib. i, epist. 7) : « Quod vero me os Domini, quod lucernam dicitis , quod multis prodesse perhibetis , hoc quoque mihi ad iniquitatum mearum cumulum accedit, ut cum vindicari in me iniquitas debuit, laudes pro vindicta recipiam. »
col.234 Sed ipsa in se bona non a se posse, sed a Domino fieri existimantes.] Ut enim egregie dicit S. Bernardus (Serm. 54 in Cant.) : « Quid odiosius illa voce : Manus nostra excelsa , et non Dominus fecit hæc omnia! » Longe aliter sentiebat, qui tamen plurimum libero hominis arbitrio tribuit, Joannes Cassianus , cum dicebat (Lib. xii, c. 16) : « Non solum namque ipsam perfectionem oportet credere nostra industria nos vel labore possidere non posse; sed ne hæc quidem ipsa, quæ illius exercemus obtentu, id est labores, conatusque nostros, ac studia, sine divinæ protectionis auxilio, inspirationisque ejus, castigationis atque exhortationis gratia perficere, quam scilicet cordibus nostris, vel per alium solet, vel per semetipsum, nos visitans, clementer infundere. » Ubi Cassianus quatuor agnoscit gratiarum genera : protectionis, qua nos ab hostium insidiis tuetur ; inspirationis, qua veluti sopitam mentem interius ad bonum excitat; castigationis , qua nostrum a terrenis omnibus animum avertit; exhortationis, qua per sanctos doctores ad bonum operandum accendit. Quibus si creationis, redemptionis, conservationis beneficium, divinumque ad omnes etiam naturales actus concursum addideris, quo pacto jam bonæ observantiæ gloriam nobis usurpare, Deo negare, præsumemus? Alias merito nobis Apostolus inquiet : Quid habes quod non accepisti : si autem accepisti, quid gloriaris quasi non acceperis? Et S. Bernardus (Serm. 13 in Cant.) : « Quidquid hic favoris captas, quod ad Deum non retuleris, ipsi furaris; tibi enim unde gloria, putide pulvis, tibi unde? De vitæ sanctitate? Sed Spiritus est qui sanctificat, Spiritus dico, non tuus, sed Dei : et si prodigiis et signis effulgeas, in manu tua fiunt, sed virtute Dei. An blanditur popularis favor, quod verbum bonum et forte bene deprompseris? Sed Christus donavit os et sapientiam ; nam lingua tua quid, nisi calamus scribæ ? Et hoc ipsum mutuo accepisti. » Et antea : « Quis credat parieti, si se dicat parturire radium, quem suscipit per fenestram? An si glorientur nubes quod imbres genuerint, quis non irrideat? Mihi liquido constat, nec de canalibus oriri rivos aquarum, nec de labiis vel dentibus verba prudentiæ, etsi sensus ultra corporeus non attingat. Nec laus calami laudabilis est pictura sive scriptura, nec gloria linguæ aut labiorum sermo bonus : tempus est ut et propheta loquatur : Numquid gloriabitur, inquit, securis contra eum qui secat in ea , aut exaltabitur serra contra eum a quo trahitur? Quomodo si elevetur virga contra elevantem se, et exaltetur baculus, qui utique lignum est; sic contra Dominum omnis qui gloriatur, si non in Domino glorietur. »
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.29-P.32
p. 17 Qui timentes Dominum, de bona observantia sua non se reddunt elatos, sed ipsa in se bona, non a se posse, sed a Domino fieri existimantes, operantem in se Dominum magnificant, illud cum Propheta dicentes : Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam. Sicut nec Paulus Apostolus de praedicatione sua sibi aliquid imputavit, dicens : Gratia Dei sum id quod sum. Et iterum ipse dicit : Qui gloriatur, in Domino glorietur.
p. 17 Alors que notre texte du psaume xiv signifie : le juste « honore ceux qui craignent Dieu », saint Benoît lisait : Timentes autem Dominum magnificant, « ceux qui craignent Dieu lui rendent gloire », et cette leçon lui fournit le développement qui suit.
p. 17 Nous devons réaliser le bien, nous devons repousser le mal, et lorsque nous avons fait l’un et l’autre, il nous faut encore, sous peine de tout compromettre, veiller à n’en pas concevoir d’orgueil. Les vrais serviteurs de Dieu, ceux qui redoutent la sévérité de ses jugements sur les superbes, s’appliquent à faire refluer vers lui la causalité et comme la responsabilité de leur vertu. Ils glorifient Dieu en reconnaissant que rien ne leur vient d’eux-mêmes : ni la pensée, ni la volonté du bien, ni son accomplissement. Sans doute c’est, indivisiblement, notre acte et le sien, et nos mérites sont réels ; mais l’intervention de Dieu a de tels caractères de priorité, d’efficacité, de souveraineté, que l’honneur de notre propre justice remonte jusqu’à lui : Sed ipsa in se bona, non a se posse, sed a Domino fieri existimantes, operantem in se Dominum magnificant (1). Le psaume cxiii proclame hautement cette doctrine ; de même, le grand travailleur que fut saint Paul ne s’attribua rien de ses succès apostoliques (I Cor., xv, 10), et il rappela que tout chrétien ne pouvait non plus se glorifier que dans le Seigneur (II Cor., x, 17). Nous avons déjà entendu N. B. Père exprimer sa pensée sur ces délicates questions de la grâce ; ici encore, c’est de la saine et exacte théologie.
(1) Cf. Cass., Inst., XII, xvi. Conlat. III, xv.
p. 17 Il y aurait danger à rechercher avec curiosité et à considérer sans cesse le bien qui est en nous, mais il faut savoir le reconnaître tranquillement. Un examen de conscience un peu sérieux n’est complet qu’à la condition d’être distribué en deux colonnes : celle du mal dont nous sommes seuls responsables, celle du bien qui est l’œuvre de Dieu en nous. Dieu aime à être remercié, et nous ne pouvons rendre grâces que d’un bienfait dont nous prenons conscience et que nous consentons à regarder.
operantem in se Dominum magnificant, illud cum Propheta dicentes: Non nobis, Domine, non nobis sed nomini tuo da gloriam.
und preisen Gott, der in ihnen wirksam ist, indem sie mit dem Propheten sprechen: „Nicht uns, o Herr, nicht uns, sondern Deinem Namen gib die Ehre“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.30
col.235 Operantem in se Dominum magnificant.] Id est cum gratiarum actione omnem boni operis laudem et gloriam in Deum remittunt, ne forte gratiarum cesset fluctus, si non fuerit refluxus, et, ut S. Bernardi verbis utar (Serm. de Nat. B. Mar.), « suæ reddantur origini fluenta gratiæ ut uberius fluant ; alioquin nisi ad fontem redeant, exsiccantur. »
col.235 Illud cum propheta dicentes : Non nobis, Domine, non nobis , sed nomini tuo da gloriam.] Docet hic S. Benedictus ex verbis prophetæ quomodo operantem in nobis Dominum magnificare debeamus, scilicet omnem bonorum operum gloriam Deo ascribendo, ut qui omnia opera nostra in nobis operatus est, omnem inde laudem et honorem referat. « Deus solus omnia creavit, inquit S. Bernardus (Serm. 13 in Cant.) ; solus de hoste triumphavit, solus captivos liberavit, et socium habebit in gloria? et brachium, inquit, meum auxiliatum est mihi, torcular calcavi solus, et de gentibus non est vir mecum. Quid ergo mihi cum victoria, si nec fui in prælio ? Impudentissime mihi arrogo vel gloriam absque victoria , vel victoriam sine pugna. »
Sicut nec Paulus Apostolus de prædicatione sua sibi aliquid imputavit dicens: Gratia Dei sum id, quod sum.
So tat sich ja auch der Apostel Paulus nicht etwas auf seine Predigt zugut, sondern sagt: „Durch Gottes Gnade bin ich, was ich bin“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.31
col.235 Sicut nec Paulus apostolus de prædicatione sua sibi aliquid imputavit dicens : Gratia Dei sum id quod sum.] Confirmat exemplo Apostoli, quod præmiserat; ubi quod ait Apostolum nihil sibi imputasse de prædicatione sua, tribus modis potest intelligi : 1° de ipsa prædicatoris dignitate, ad quam ex blasphemo et persecutore assumptus est : 2° de exercitio ipsius prædicationis per tot terrarum plagas Evangelium annuntiando; 3° de ipsius prædicationis fructu, tot Christo fidelibus acquisitis ; et sic quolibet sensu nihil sibi Paulus de prædicatione sua imputavit ; nam etsi apostolus sim, inquit, Apostolus quidem per voluntatem Dei (I Cor. i), sive, ut dicit alibi, Apostolus non ab hominibus, neque per hominem, sed per Jesum Christum et Deum Patrem (Gal. i), et si plus omnibus laboravi, non ego autem, sed gratia Dei mecum ; denique si tantum Domino populum acquisisse videor, Ego quidem plantavi, Apollo rigavit, Deus autem incrementum dedit (I Cor. xv), et sic gratia Dei sum id quod sum.
Et iterum ipse dicit: Qui gloriatur, in Domino glorietur.
Und abermals: „Wer sich rühmen will, rühme sich im Herrn“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.32
col.235 Et iterum ipse dicit : Qui gloriatur in Domino glorietur.] Gloriari in Domino est omnem boni operis gloriam ei attribuere, ut cum Paphnutio abbate apud Cassianum (Collat. iii, c. 15), bona nostra demirantibus, atque inde laude nos efferentibus dicere possimus : « Non liberum arbitrium, sed Dominus solvit compeditos ; non nostra virtus, sed Dominus erigit elisos ; non lectionis industria, sed Dominus illuminat cæcos, quod Græce dicitur Κύριος σοφοῖ τυφλούς, id est Dominus sapientes facit cæcos ; non nostra cautio, sed Dominus custodit advenas ; non nostra fortitudo, sed Dominus allevat sive suffulcit omnes qui corruunt, etc. ; » atque ita illud S. Bernardi usurpare licebit (Serm. 13 in Cant.) : « Securus glorior, si teste conscientia de gloria Conditoris nihil mihi usurpo ; securus plane, quia jam non contra Dominum, sed in Domino. »
Unde et Dominus in Evangelio ait: Qui audit verba mea hæc, et facit ea, similabo eum viro sapienti, qui ædificavit domum suam supra petram:
Deshalb sagt auch der Herr im Evangelium: „Wer diese meine Worte hört und sie befolgt, den vergleiche ich mit einem weisen Manne, der sein Haus auf Felsen gebaut hat.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.33
col.235 Unde et Dominus in Evangelio ait : Qui audit verba mea hæc, et facit ea, similabo eum viro sapienti.] Desumpta ex Evangelio Christi Domini verba suo S. Benedictus adaptat proposito, dicens : Unde et Dominus in Evangelio ait : Qui audit verba mea hæc, scilicet, qui ingreditur sine macula , etc. , similabo eum viro sapienti, nimirum Christo, qui est Patris sapientia, qui ædificavit domum suam , de qua Scriptura : Sapientia ædificavit sibi domum, excidit columnas septem ; ædificavit, inquam, sibi domum, nempe Ecclesiam, supra petram, id est super seipsum, nam petra erat Christus. Venerunt flumina, flaverunt venti , scilicet persecutionum per tyrannos, per hæreticos, per falsos fratres; vel prosperitatum sub principibus Christianis ; impegerunt in domum illam , quia non minus prosperitate quam adversitate quatitur Ecclesia; et non cecidit: perseverat enim usque ad consummationem sæculi : fundata enim erat supra petram , scilicet Christum, de quo Apostolus : Fundamentum aliud nemo potest ponere præter id quod positum est.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.33-P.34
p. 18 Unde et Dominus in Evangelio ait : Qui audit verba mea haec, et facit ea, similabo eum viro sapienti qui aedificavit domum suam supra petram : venerunt flumina, flaverunt venti, et impegerunt in domum illam, et non cecidit : fundata enim erat supra petram.
p. 18 Omettant quelques paroles du psaume (1), N. B. Père passe aussitôt à celles qui le terminent : Qui facit haec non movebitur in aeternum. Le juste ne tombera pas, il ne déchoira pas de son espérance ; il parviendra au temple de Dieu où il a désiré vivre. Mais, parce que cette conclusion était un peu brève, saint Benoît a jugé bon de la commenter par un texte emprunté au chapitre vii de saint Matthieu (24 sq.), où le Seigneur décrit la sécurité de celui qui écoute et accomplit sa parole : c’est un homme sage, il assoit l’édifice de sa perfection sur une base ferme et inébranlable. La Pierre, c’est donc encore le Christ : s’attacher à lui par la foi, l’aimer par-dessus toutes choses, nous fait partager sa solidité, sa stabilité éternelle.
(1) S. Augustin (Enarr. in Ps. xiv, 4. P. L., XXXVI, 144) distingue, lui aussi, cette même portion du psaume, et dit qu’elle s’adresse aux débutants de la vie surnaturelle : Sicut illa superiora pertinent ad perfectos, ita ea quae nunc dicturus est, pertinent ad incipientes.
p. 18 Une maison ainsi bâtie peut résister à tous les assauts. Ils ne manquent pas dans une vie surnaturelle consciencieuse, dans une famille qui veut garder l’intégrité de sa foi monastique. Tout arrive, et de partout : la pluie, qui vient du ciel (2) ; les vents, qui sont de l’atmosphère ; les fleuves, les torrents, qui sont de la terre. Épreuves d’en haut, persécutions des puissances terrestres, vents qui transportent de l’autre côté des mers : une abbaye peut connaître tout cela : Et non cecidit : fundata enim erat supra petram.
(2) Elle est mentionnée par l’Évangile, mais omise par saint Benoît.
venerunt flumina, flaverunt venti, et impegerunt in domum illam, et non cecidit: fundata enim erat supra petram.
Fluten wälzten sich daher, Stürme brausten und tobten gegen jenes Haus, allein es fiel nicht zusammen, auf Felsen war es ja gegründet“.
Hæc complens Dominus, exspectat quotidie his suis sanctis monitis factis nos respondere debere.
So spricht der Herr und erwartet nun von uns, daß wir Tag für Tag diesen seinen heiligen Mahnungen mit der Tat entsprechen.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.35
col.236 Hæc complens Dominus.] Id est adeo misericorditer suaviterque nos præveniens, ad vitam invitans, tabernaculi viam demonstrans.
col.236 Exspectat quotidie his suis sanctis monitis factis nos respondere debere,] obedientes scilicet monitis, et ea quæ suadet impigre exsequentes, ne forte nobis cum propheta exprobret dicens : Vocavi, et non erat qui responderet; locutus sum, et non audierunt, feceruntque malum in oculis meis, et quæ nolui elegerunt (Isai. lxvi).
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.35-P.39
p. 18 Haec complens Dominus exspectat quotidie his suis sanctis monitis factis nos respondere debere. Ideo nobis propter emendationem malorum, hujus dies vitae ad inducias relaxantur, dicente Apostolo : An nescis quia patientia Dei ad poenitentiam te adducit? Nam pius Dominus dicit : Nolo mortem peccatoris, sed ut convertatur, et vivat. Cum ergo interrogassemus Dominum, fratres, de habitatore tabernaculi ejus, audivimus habitandi praeceptum : sed si compleamus habitatoris officium, erimus haeredes regni caelorum.
p. 19 On a traduit diversement Haec complens : pour achever, pour mettre le comble à ses prévenances ; plutôt peut-être : cela dit (1), le Seigneur nous ayant invités, nous ayant montré le terme et tracé le chemin, ayant donné réponse à la question que nous lui adressions avec le Psalmiste sur les conditions d’entrée dans son tabernacle éternel, il ne lui reste plus qu’à attendre notre réponse à nous. Il attend tous les jours, avec une patience de Dieu, que nous nous mettions en devoir de nous rendre, par nos œuvres, à ses avertissements sacrés.
(1) Remarquer qu’immédiatement après le discours sur la montagne dont N. B. Père vient de citer la conclusion, l’évangéliste ajoutait : Cum consummasset Jesus verba haec... (Matth., vii, 28).
p. 19 Par conséquent, ideo, puisque Dieu consent à attendre, notre vie d’icibas a le caractère d’une trêve, d’un délai ; la durée de nos jours n’est pour nous que le loisir ménagé par Dieu de nous corriger enfin. C’est l’enseignement de l’Apôtre (Rom., ii, 4); et le Seigneur, en Ézéchiel (xviii, 23), affirme ses desseins de miséricorde et de tendresse : il n’a nul souci de faire de nous des vaincus et des damnés, et il souhaite pour nous le bonheur beaucoup plus ardemment que nous-mêmes. N’est-ce pas ignorer l’intention même de la vie que la faire servir à des délais sans fin, d’autant plus périlleux que la trame peut se déchirer soudainement ?
p. 19 Saint Benoît conclut : nous avons donc reçu de la bouche de Dieu une réponse complète à tout ce qu’il nous importait de savoir : Vous pourrez habiter un jour dans mon royaume, d’où l’on vous appelle, où l’on vous attend, mais à la condition que vous accomplissiez, dès maintenant, le devoir de celui qui y veut habiter ; on n’entre dans l’éternité qu’à la condition de faire les œuvres, de remplir les charges d’un vrai citoyen de l’éternité : Audivimus habitandi praeceptum, sed si compleamus habitatoris officium (2).
(2) Un copiste, étonné sans doute de cette phrase suspendue et un peu elliptique, l’a considérée comme la première partie d’une conditionnelle et a suppléé par la glose un peu froide : erimus haeredes regni caelorum. Et sur ces mots se termine le Prologue dans les trois plus anciens manuscrits : ils ont peut-être comme source commune un codex auquel manquait la dernière page du Prologue. (Voir notre Introduction.)
Ideo nobis propter emendationem malorum hujus vitæ, dies ad inducias relaxantur,
Deshalb gewährt er uns zur Besserung unserer Fehler noch Gnadenfrist in diesem Leben,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.36
col.236 Ideo.] Nimirum, ut sanctis Domini monitis respondeamus factis.
col.236 Nobis propter emendationem malorum hujus dies vitæ ad inducias relaxantur.] Et qui hactenus vitiis ac peccatis vitam deturpavimus, in posterum ingrediamur sine macula; qui exhibuimus membra nostra servire iniquitati ad iniquitatem, eadem exhibeamus servire justitiæ ad justitiam.
dicente Apostolo: An nescis, quia patientia Dei ad pœnitentiam te adducit?
wie der Apostel sagt: „Weißt du nicht, daß Gottes Langmut dich zur Buße führen will?“
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.37
col.236 Dicente Apostolo : An nescis quia patientia Dei ad pœnitentiam te adducit ?] Confirmat Apostoli verbis quod præmiserat : propter emendationem malorum hujus dies vitæ ad inducias relaxantur. Nam , ut ait Hildemarus , « quod B. Benedictus vocat inducias , Paulus dixit patientiam ; et quod B. Benedictus dixit emendationem , Paulus dicit pœnitentiam ; et quod dixit relaxantur, Paulus dicit adducit. » Igitur patientia Dei sunt induciæ, quas ad emendationem malorum benignissime nobis concedit judex justus, fortis et patiens; ut enim dicit S. Cæsarius (Serm. 29 in append. S. August.), « Quando nos prolixis temporibus peccavimus, et nihil mali a Domino sustinemus, patientia est, non negligentia ; non ille perdidit potentiam, sed nos ad pœnitentiam reservavit. » Tanta provocati benignitate festinemus agere pœnitentiam, alioquin quid in extremo positi judicio respondebimus Deo si neglexerimus? « Non est, inquit S. Augustinus ( Serm. 22 de Script.), quod in fine dicatur Domino: Non me permisisti bene vivere, aut dilationem correctionis non mihi dedisti, aut non ostendisti quid appeterem, quid vitarem : videte quia tacet, videte quia differt, videte quia blanditur, hortatur, minatur. »
Nam pius Dominus dicit: Nolo mortem peccatoris, sed ut convertatur, et vivat.
Mit väterlicher Güte spricht ja der Herr: „Nicht den Tod des Sünders will ich, sondern daß er sich bekehre und lebe“.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.38
col.236 Nam pius Dominus ait : Nolo mortem peccatoris, sed ut convertatur , et vivat ;] sive, ut ait Petrus apostolus : Patienter agit propter vos, nolens aliquos perire, sed omnes ad pœnitentiam reverti; et Paulus : Deus vult omnes homines salvos facere ; et item ipse Dominus per Prophetam: In quacunque die ingemuerit peccator, omnium iniquitatum ejus non recordabor.
Cum ergo interrogassemus Dominum, fratres, de habitatore tabernaculi ejus, audivimus habitandi præceptum: sed si compleamus habitatoris officium, erimus hæredes regni cœlorum.
Brüder, wir haben nun den Herrn darüber befragt, wer in seinem Zelte wohnen dürfe, und haben vernommen, was verlangt wird, dort zu wohnen. Ja, dort werden wir sein, aber nur wenn wir die Pflichten eines Bewohners erfüllen.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.39
col.236 Cum ergo interrogassemus Dominum, fratres, de habitatore tabernaculi ejus ;] nimirum cum propheta dicentes: Domine, quis habitabit in tabernaculo tuo ?
col.236 Audivimus habitandi præceptum.] Id est, quid illud habitare cupientibus præcipiatur, cum post interrogationem responsum est : Qui ingreditur sine macula, etc.
col.236 Sed si compleamus habitatoris officium, erimus hæredes regni cœlorum.] Habitatoris officium potest duobus modis intelligi : 1° pro officio jam inhabitantium, quorum est Deo jugiter adhærere, illum laudare, benedicere, amare; 2° pro officio nondum quidem inhabitantium, sed tamen habitare ardenter desiderantium, quorum est ingredi sine macula, operari justitiam, etc. ; atque ita si compleamus habitatoris officium, erimus hæredes regni cœlorum ; si secus, minime : unde egregie S. Basilius (In proœmio ad Reg. fus.) : « Nos vero id quidem de nobis dicimus, quod regnum cœlorum exspectamus, ea vero non curamus unde illud acquiritur..... Sed quis cum sationis tempore domi desederit, aut dormierit, tempore messis sinum suum manipulis implevit ? Quis vitem vindemiavit quam non plantavit? Eorum sunt fructus quorum sunt et labores; honores et coronæ eorum sunt qui certandò vicerunt : quis coronabit eum qui ne aggressus est quidem adversarium ? »
Ergo præparanda sunt corda et corpora nostra sanctæ præceptorum obedientiæ militanda;
Leib und Seele müssen wir deshalb dienstbereit halten zum heiligen Gehorsam gegen die Gebote.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.40
col.236 Ergo,] ut hæredes regni cœlorum simus,
col.237 Præparanda sunt corda et corpora nostra.] Scilicet corda per bonam voluntatem, corpora per sanctam exercitationem, ut exponit Bernardus Cassinensis; vel, corda ad bene et humiliter intelligenda, corpora videlicet cum patientia toleranda, ut habet Richardus de S. Angelo. Vel corda propter Deum, qui corda scrutatur; corpora propter homines, ut ædificentur, et sic provideamus bona non solum coram Deo, sed etiam coram hominibus, ut colligitur ex Hildemaro. Vel denique corda et corpora, ut totos nos Deo consecremus, qui totum se nobis consecravit, totus siquidem mihi datus, totus in meos usus expensus est, inquit S. Bernardus (Serm. 3 de Circumcis. , n. 4); ut totum demus ei qui regnum suum nostram constituit hæreditatem; nam, ut dicit Venerabilis Beda (Serm. 18 de Sanctis): « Res ista, o homo, id est regnum cœlorum; aliud non quærit pretium, nisi teipsum: tantum valet, quantum es tu, da te, et illud habebis. »
col.237 Sanctæ præceptorum obedientiæ.] Obedientiam vocat sanctam, quia sanctos nos efficit, sanctis similes, sanctorumque participes.
col.237 Militatura.] Militatura, inquit, ad exprimendum obedientiæ laborem.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.40-P.44
p. 20 Ergo praeparanda sunt corda et corpora nostra sanctae praeceptorum obedientiae militatura ; et quod minus habet in nobis natura possibile, rogemus Dominum, ut gratiae suae jubeat nobis adjutorium ministrare. Et si fugientes gehennae poenas ad vitam perpetuam volumus pervenire, dum adhuc vacat et in hoc corpore sumus, et haec omnia per hanc lucis viam vacat implere, currendum et agendum est modo, quod in perpetuum nobis expediat.
p. 20 Cette conclusion du Prologue semble destinée surtout à rassurer et à encourager les âmes qui frémissent devant les saintes exigences de la vie religieuse, et qui, une fois évanouie la première ferveur, une fois tombé l’enthousiasme des premiers jours, sont tentées de rebrousser chemin vers le monde. S’il est vrai que N. B. Père a écrit cette page à la dernière heure de sa vie, il avait eu le loisir d’accueillir de nombreux postulants et, dans le nombre, quelques-unes de ces natures molles, douillettes et frileuses, dont la bonne volonté est réelle, mais courte. Saint Benoît leur crie le sursum corda qui précède le sacrifice (1).
(1) Ces paroles sont l’écho des premiers paragraphes du Prologue.
p. 20 C’est l’homme tout entier qui doit entrer en campagne : le cœur d’abord, c’est-à-dire le lieu secret et central des grandes pensées et des fermes décisions ; le corps lui-même, qu’il faut entraîner par l’observance, sous peine de ressembler aux soldats en peinture ou aux figurants du théâtre, qui menacent toujours soit de frapper, soit de partir, mais qui de fait ne frappent et ne partent jamais. La vie monastique est en effet une école d’entraînement ; et, avant de s’y agréger, il est sage de s’assurer qu’on est résolu. Alors que nul ne peut, à son gré, se donner le génie littéraire ou prolonger sa taille d’une coudée, dans l’ordre des choses morales au contraire, nous pouvons obtenir toute la valeur et toute la taille que nous voulons. On ne nous demande pas des efforts musculaires ; on nous dit : vous vous inclinerez devant la sainte obéissance des préceptes, vous vous exercerez à l’accomplissement parfait d’une loi spirituelle. Ne pourriez-vous pas observer le silence? des femmes l’observent bien ; aimer la mortification? des enfants s’y adonnent : Tu non poteris quod isti, quod istae?
p. 20 Admettons qu’il y ait entre la loi monastique et vous quelque désaccord partiel de tempérament, peut-être même de nature. Alors, dites-en un mot à Dieu ; il en dira un mot à sa grâce, il lui commandera de vous venir en aide, et elle vous rendra faisable ce que la nature vous portait à envisager comme « moins possible ». L’expression est souriante.
p. 21 Aussi bien, ajoute saint Benoît, il est nécessaire d’être courageux. Vous voulez éviter l’enfer? — Oui. — Vous tenez vraiment à votre part de paradis? — Oui, certainement. — C’est bien ; mais laissez-moi vous redire que la vie est courte et qu’elle est une trêve. Nous avons le bonheur de n’avoir pas été surpris par la mort, alors que nous étions les ennemis de Dieu. Hâtons-nous, maintenant qu’il en est temps encore, de faire quelque chose pour Dieu, currendum et agendum est; hâtons-nous d’accomplir, à la lumière de cette vie (1), toutes ces bonnes œuvres que dans le ciel nous nous féliciterons éternellement d’avoir faites. Qu’est-ce que saint Paul pense maintenant des flagellations endurées, saint Laurent de son gril ardent, saint Benoît des épines où il s’est jeté, saint Benoît Labre de sa pauvreté? Il suffirait, pour couper court à tous nos atermoiements, de réfléchir un instant à ces graves conseils de N. B. Père.
(1) Il faut lire vitam, qui est la seule leçon autorisée.
et quod minus habet in nobis natura possibile, rogemus Dominum, ut gratiæ suæ jubeat nobis adjutorium ministrare.
Soweit aber unsere eigene Kraft nicht ausreicht, wollen wir zum Herrn flehen, daß er uns den Beistand seiner Gnade gewähren wolle.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.41
col.237 Et quod minus habet in nobis natura possibile.] Illud quod potest hic sumi adverbialiter, ut sensus sit : et quia ad regni cœlestis consecutionem, et ad præparanda corda et corpora nostra sanctæ præceptorum obedientiæ militatura, in nobis natura humana per peccatum depravata et corrupta minus habet possibile, id est ex se nihil potest; nam, ut observat ad hunc locum Menardus noster, minus apud Tullium sæpe significat non.
col.237 Rogemus Dominum ut gratiæ suæ jubeat.] Id est velit, ut explicat Menardus, adjutorium ministrare, quod a nobis quidem habere non possumus, sed tamen petentibus conceditur, juxta illud : Petite et accipietis.
Et si fugientes gehennæ pœnas ad vitam volumus pervenire perpetuam,
Und wenn wir den Peinen der Hölle entkommen und zum ewigen Leben gelangen wollen,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.42
col.237 Et si fugientes gehennæ pœnas ad vitam perpetuam volumus velociter pervenire.] Duplici hic nos motivo ad boni prosecutionem excitat : uno timoris gehennæ, altero spei vitæ perpetuæ consequendæ ; et revera quid duri refugiet Christianus, multo minus monachus , si perennes illas damnatorum pœnas serio meditetur, in quibus, ut loquitur Petrus Damiani (Opusc. 50, cap. 12), « fit miseris mors sine morte, finis sine fine, defectus sine defectu, quia et mors vivit, et finis semper incipit, et deficere defectus nescit; » sive, ut loquitur Petrus Blesensis (Epist. 131), in quibus « finis semper incipiet, mors non morietur, nec defectus deficiet, ut damnati hominis conditio semper in doloris materiam, et mortis æternæ pabulum recidivet ; » de quibus denique S. Bernardus sic exclamans ait (Serm. 42 de Divers.): « O regio dura et gravis, regio extimescenda, regio fugienda, terra oblivionis, terra afflictionis, terra miseriarum, in qua nullus ordo, sed sempiternus horror inhabitat: locus lethifer, in quo ignis ardens, ubi frigus rigens, vermis immortalis, fetor intolerabilis, mallei percutientes, tenebræ palpabiles, confusio peccatorum, innodatio vinculorum, horribiles dæmonum facies! Totus tremo atque horreo ad memoriam istius regionis, et concussa sunt omnia ossa mea. » Ex alia parte quis non assurgeret ad promissum æternæ felicitatis præmium, in qua, ut ait S. Bernardus (Serm. 33 in Cant.), « nihil formidatur, nihil fastiditur , nihil deficit; tuta habitatio paradisus, dulce pabulum verbum, opulentia magna nimis æternitas; » de qua idem alibi S. doctor (Declam. in Evangel.) : « Oculus non vidit, nec auris audivit, Deus, quæ præparasti diligentibus te. Pax enim est quæ exsuperat omnem sensum, pax super pacem, indeficiens exsultatio, torrens voluptatis infinitæ, flumen lætitiæ, gaudium plenum; cogita quidquid vis, quidquid potes exopta, excedit omnem cogitatum, desiderium omne exsuperat illa felicitas, æternitas illa, beatitudo illa ; » et item alibi (Serm. 31 in Cant.): « Quibus apparet Deus, nihil videre desiderabilius volunt, nihil possunt delectabilius. Quando ergo illa vel fastidiet aviditas, vel se subtrahet suavitas, vel fraudabit veritas, vel deficiet æternitas, quid si in æternum extenditur videndi copia pariter et voluntas quomodo non plena felicitas? « Vide Petr. Damian. opusc. 50, cap. 15.
dum adhuc vacat, et in hoc corpore sumus, et hæc omnia per hanc lucis viam vacat implere,
dann müssen wir jetzt eilen und so wirken, wie es uns für die Ewigkeit frommt, jetzt, solange es noch Zeit ist, solang wir im Fleische wandeln, und all das in diesem Erdenleben noch vollbringen können.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.43
col.238 Dum adhuc vacat, et in hoc corpore sumus.] Id est dum sani, rationem habentes, malum declinare, bonumque facere valemus : nam, ut recte S. Basilius ait (In præf. ad Reg. fus.), « Nunc tempus est acceptum, inquit Apostolus, nunc dies salutis ; hoc sæculum resipiscentiæ est, futurum vero retributionis; hoc operationis ac studii, illud præmii; hoc patientiæ, illud consolationis ; nunc adjuvat Deus a via mala recedentes; tunc terribilis erit, et humanarum actionum judex infallibilis. » Ut ergo in futuro nobis sæculo retribuat Deus, ut debitis nos absolvat tormentis, dum tempus habemus operemur bonum. « O homo, qui desideras regnum Dei possidere, exclamat S. Augustinus (Serm. 251, in append. Serm.), seu quivis alius, cur fecisti malum? Dum potes emenda, dum tempus habes clama ad omnipotentem Deum ; dum datur spatium luge, dum licentia est pœniteas; festina dum potes, dum anima versatur in corpore; dum adhuc vivis futurum remedium require tibi, priusquam te profundum absorbeat pelagus, priusquam te malignus rapiat infernus, ubi nulla datur indulgentia, ubi nullus regreditur ad veniam. »
col.238 Et hæc omnia per hanc lucis vitam vacat implere.] Lucis vita est vita monastica, quam hic intelligi a S. Patre Benedicto facile mihi persuaserim, nam et hic monachos alloquitur. Huic vitæ opponitur vita sæcularis, mera nox, de qua S. Bernardus suos alloquens ( Serm. 5 in vigil. Nat. Domini) : « Annon etiam cuiquam nostrum caliginosa nox erat, cui tanquam sine Deo in hoc sæculo viveremus, cum ambularemus post concupiscentias nostras, cum sectaremur carnis illecebras, cum obtemperaremus desideriis sæcularibus, cum exhiberemus membra nostra arma iniquitatis peccato , cum serviremus iniquitati ad iniquitatem, in quibus nunc merito erubescimus tanquam operibus tenebrarum ? »
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.44
col.238 Currendum et agendum modo quod in perpetuum nobis expediat.] Currendum, inquit, et agendum modo, id est nunc, ut si juvenis sis, ad extremum vitæ terminum, quo præ nimiæ senectutis languore currere vix vacat, pœnitentiam non differas : modo, ut si senex , saltem vel extrema vitæ tempora Deo Optimo Maximo etiam vel minima remuneranti devoveas. Præclare omnino Petrus Venerabilis (Lib. v Ep. ) : « Relinquite, inquit, terrena antequam vos ipsa relinquant; et si primas partes hostiæ, hoc est vitæ vestræ, Deo noluistis offerre, saltem caudam, id est finem dierum vestrorum, ipsi devote offerte. » Modo ergo si senex sis ; sed modo etiam si juvenis, ut ulterius cursum non differas, ne forte morte præoccupatus, quod modo licet, et potes, cum optaveris implere non vacet. « Præveniendus est, inquit S. Augustinus ( Serm. 154, in append. ), seu quivis alius, dies qui prævenire consuevit : ipse se seducit et de morte sua ludit, qui hoc cogitat : Potest mihi indulgentia temporis subvenire; non est hoc : primum quia periculosissima est in ultimum diem promissa securitas; deinde stultissimum , ut causa quæ de necessitatibus æternis agitur, inutilitatibus vitæ deficientis committatur extremis. Odibile est apud Deum quando homo sub fiducia pœnitentiæ in senectutem reservatæ liberius peccat. Credite, charissimi, difficile est ut callida dissimulatio ordinandæ consummationis obtinere digna sit facultatem : apud illum cordis interpretem ars non admittitur ad salutem. » Ita S. Augustinus ( Serm. 293, in append.), seu quivis alius, qui et alibi conversionem ad extremum vitæ curriculum differentem sic adoritur : « Dicit aliquis homo : Juvenis sum, facio quod me delectat, et postea pœnitentiam ago, hoc est, percutio me gladio crudeli, et postea ad medicum vado, et nescit quod in unius horæ puncto vulnus accipitur, et vix longo tempore ad sanitatem pristinam revocatur, etc. »
Constituenda est ergo nobis Dominici schola servitii;
Es ist also unsere Aufgabe, eine Schule für den Dienst des Herrn einzurichten.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.45
col.239 Constituenda est ergo a nobis dominici schola servitii.] Schola secundum propriam nominis acceptionem est locus in quo liberalibus litterarum studiis adolescentes vacare solent. Schola etiam, ut observat Menardus noster, est conclave in quo monachi aliquid agunt, legunt, et dormiunt; quod probat ex concilio Turonensi secundo can. 15 (In not. ad conc. Reg. cap. 15, § 2) : « Nec liceat monachis cellas habere communes, sed schola labore communi construatur, ubi omnes jaceant, aut abbate aut præposito gubernante; » ex Regula cujusdam cap. 12 : « Focos vero in schola pœnitentes, si fuerint, bini per hebdomadas faciant; » ex Regula S. Cæsarii cap. 3 : « De ipso tamen habitu mutando, vel lecto in schola habendo sit in potestate prioris. » Hic vero schola a sancto Benedicto accipitur usurpaturque ad significandam regulam, unde et mox eam institutionem vocat; neque omnino insolitum est apud veteres scripta sacra institutaque sanctorum scholas appellare; nam et S. Hieronymus, referente Boherio, in epist. ad Evagrium librum Exodi vocat scholam medici, ubi leges datæ a Deo populo Israel sunt descriptæ; et interrogatus apud Cassianum Joannes abbas, cur, relicta anachoresi, cœnobitarum instituta esset amplexus, respondit, « velut imparem se anachoreticæ disciplinæ, et sublimitate tantæ perfectionis indignum ad juniorum scholas revertisse, si tamen vel ipsorum instituta secundum professionis meritum posset implere. »
col.239 Porro hæc schola dicitur dominici schola servitii, quia tota est in ediscendo supremæ majestati debito obsequio, unde et discipulos alloquens ait : Sub uno Domino æqualem servitutis militiam bajulamus.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.45-P.46
p. 21 Constituenda est ergo a nobis dominici schola servitii; in qua institutione nihil asperum nihilque grave nos constituturos speramus.
p. 21 Tandis qu’il réconforte et aiguillonne les âmes, saint Benoît est amené à définir enfin la forme spéciale de vie religieuse qu’il vient leur offrir au nom du Seigneur : il s’était borné jusqu’ici à leur demander si elles voulaient la vie chrétienne dans toute son étendue. Une transition est ainsi ménagée pour passer à l’énoncé des règles monastiques.
p. 21 Voici ce dont il s’agira chez nous, ce que nous avons le dessein d’établir avec le concours de votre générosité : Dominici schola servitii. Retenons à jamais cette définition de notre vie. Le monastère n’est pas un établissement de rapport, ni une maison de retraite, ni une succursale de l’Académie. Il est, sans doute, un lieu de loisir, de liberté, de repos (et tel est le sens primitif du mot schola, σχολή) ; mais ce loisir a pour fin l’étude des choses de Dieu et l’entraînement, l’éducation de ses soldats, de sa garde d’honneur. Les anciens ont donné le nom de schola, dit D. Calmet, aux lieux où l’on apprend les belles-lettres, les sciences, les arts libéraux, les exercices militaires ; de même aux compagnies employées à la garde du palais et de la personne des princes, et aux appartements où elles logeaient et où elles s’exerçaient. Il n’est pas impossible non plus que N. B. Père ait songé à la schola ou lieu des réunions des collèges ou associations romaines (1).
(1) Cf. G. Boissier, la Religion romaine d’Auguste aux Antonins, l. III, chap. iii. Voir sur ce rapprochement une note intéressante de Dom Rothenhausler, Zur Aufnahmeordnung der Regula S. Benedicti (Münster, 1912), p. 37, note 4.
p. 22 La vie monastique est donc « l’école du service du Seigneur », l’école où l’on apprend à le servir, où l’on s’y exerce sans cesse, dans un noviciat qui durera la vie entière. Au fond, N. B. Père ne poursuit pas d’autre dessein que celui de Dieu même : Nam et Pater tales quaerit, qui in spiritu et veritate adorent eum. Servir Dieu, c’est adorer Dieu. Le service de Dieu se compose de deux éléments : le culte, l’exercice de la vertu de religion ; et, puisque tant vaut l’adorateur tant vaut l’adoration, la sanctification personnelle par la fidélité à la loi de Dieu, par l’union de notre volonté à la sienne. C’est une adoration in spiritu, venant de l’homme intérieur ; in veritate, sans qu’une seule faculté de l’homme soit exceptée, sans qu’une œuvre de charité ou une étude y échappe, sans aucun démenti dans les actes ou dans les dispositions. Et cette adoration enfin est collective, sociale, publique.
p. 22 Nous espérons bien, dit saint Benoît, qu’un tel programme n’aura rien de terrible. N’ayez pas peur : la Règle est sage, elle n’a rien de pesant, rien de dur ni de désagréable. Elle est notablement plus douce, dans ses exigences préalables comme aussi dans ses prescriptions, que les codes monastiques d’Orient ; et N. B. Père, dans sa discrétion parfaite et son amour des âmes, a consenti à paraître un peu relâché. La vie bénédictine ne consiste pas essentiellement dans une mort, une mortification sans merci ; elle ne saurait être définie adéquatement : une vie de pénitence ou d’ascétisme violent. Mais enfin, pourra-t-on se demander, saint Benoît ne voile-t-il pas ici outre mesure l’austérité de sa Règle? Il veut n’effrayer personne : c’est un bon sentiment, mais ne se mettra-t-il pas en désaccord avec lui-même, lorsqu’il dira au chapitre LVIII : Praedicentur ei dura et aspera per quae itur ad Deum? La contradiction n’est qu’apparente ; et toutes choses vont être mises au point, avec un tact parfait, dans les paroles qui suivent.
in qua institutione nihil asperum, nihil grave nos constituturos speramus.
Wir hoffen, dabei nicht Hartes, nicht Drückendes zu verordnen.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.46
col.239 In qua institutione nihil asperum, nihilque grave nos constituturos speramus.] Hic aliquem audire mihi videor S. P. Benedictum ita adorientem : Siccine, sancte Pater, nihil asperum, nihilque grave vocas, corpus castigare, delicias non amplecti, jejunium amare, voluntatem propriam odire, usque ad impossibilia obedire? Ubi est quod capite 58 de disciplina suscipiendorum fratrum dicturus es : Probetur in omni patientia; et : Prædicentur eis omnia dura et aspera ? et quæ conventio inter, nihil asperum nos constituturos speramus, et prædicentur eis, non aliqua aut multa, sed omnia dura et aspera? Sed et nunquid jugum tuam appellas Regulam? Cui S. Pater responderet : Est plane Regula quam propono jugum, sed Christi, quod ipse pronuntiat et leve et suave, quod, ut ait S. Cæsarius (In append. S. Aug. serm. 28), levare consuevit, non premere, et magis nos portat quam portetur a nobis. De quo et S. Bernardus (Epist. 72) : « Num vere leve est, quod portantem non gravat, sed levat? Quid eo levius onere quod non solum non onerat, sed et portat omnem cui portandum imponetur? » Et revera ut hic cum S. Bernardo seu quovis alio loquar (Tract. de Charit., c. 12) : « Quid suavius homini, quid jucundius, quam mundum contemnere, et se reputare sæculo celsiorem, atque in bonæ conscientiæ vertice consistentem, et mundum habere sub pedibus, nihil in eo videre, quod appetat,... fallaces divitias, et honores perniciosos, et damnabiles delicias conculcare? Quid, quæso, tranquillius quam suam animam sic stabilire, ut nullis motibus carnalis concupiscentiæ agitetur, carnem rore pudicitiæ tepescentem compellat ancillari, ut eam ad exercitium militiæ spiritalis promptissimam habeat adjutricem? etc. »
col.239 Sed aliquas hic inserere rationes juvat, cur S. Benedictus nihil asperum aut grave in Regula constituturum se asserat. Prima est, quia tot ac tantis internis animum obsequentis sibi Deus replet delectationibus, ut nihil sit durum quod non emolliant, nihil amarum quod in dulcedinem non convertant , unde et si sit Regula jugum, plane computrescit jugum a facie olei, ut cum propheta loquar, olei utique exsultationis et lætitiæ, qua fidelem Deus recreat animam.
col.240 Secunda est, quod non servis, sed filiis datur, qui non formidine, sed dilectione aguntur; qui Christo nihil sibi carius aliquid existimant; porro ubi dilectio, nulla vitæ asperitas. « Hac postquam imbutus fueris, scribebat olim ad Gislebertum eremitam Petrus Venerabilis (Lib. 1, ep. 20), erit tibi cella. tua toto mundo latior, jejunium refectio, vigiliæ somnus, opus otium, labor requies; » et Guillelmus abbas S. Theodorici ad fratres de Monte Dei (Cap. 8, n. 25) : « Panis furfureus, et simplex aqua, et olera, et legumina simplicia, nequaquam res delectabiles sunt; sed in amore Christi et desiderio internæ delectationis, ventri bene morigerato gratanter ex his satisfacere posse valde delectabile est. » Denique S. Bernardus (Serm. 85 in Cant.) : « Ubi amor est, labor non est, sed sapor. »
col.240 Tertia est, quod etiam servis timore conflictis, salutem et vitam æternam vere desiderantibus, novissimaque hominis serio meditantibus, vel amarissima dulcia evadunt; atque mitigari posse monasticæ vitæ asperitatem docebat olim S. Bernardus nepotem suum Robertum, ad eum sic scribens (Epist. 1) : « Vigilias times, et jejunia, manuumque laborem ; sed hæc levia sunt meditanti pœnas perpetuas : recordatio deinde tenebrarum exteriorum facit non horrere solitudinem. Si futuram cogitas de verbis otiosis discussionem , non valde displicebit silentium; fletus æternus et stridor ille dentium ante cordis oculos reductus pares tibi reddet mattam et culcitram. » Simili prorsus modo Joannes Trithemius : « Si quem terrent aspera claustri, cogites tormenta inferni ; si matutinas vigilias onerosas existimas, scito quoniam ibi nunquam dormiunt, neque quiescunt ; si duritiam lectulorum refugis, considera quia lectulus eorum est ignis qui non exstinguetur ; si cibi et potus parcitatem, cogita quoniam cibus illorum vermis immortalis est, et luctus, et væ; si expavescis custodiam claustri, memorare clausuram inferni, quoniam non egredientur inde usque in sempiternum , etc. »
col.240 Quarta est, quod consuetudine vilescunt omnia : unde quod in malam partem aliquando scribebat S. Bernardus (Lib. i de Consid., cap. 2), apposite hic ad nostrum propositum convertere possemus : « Quid non invertat consuetudo? quid non assiduitate duretur? quid non usui cedat? quantis quod præ amaritudine prius exhorrescebant, usu ipso male in dulcedinem conversum est! Audi justum quid lamentetur de hujuscemodi : Quæ prius tangere nolebat anima mea, nunc præ angustia cibi mei sunt. Primum quidem tibi importabile videbitur aliquid ; processu temporis si assuescas, judicabis non adeo grave, paulo post et leve senties, paulo post nec senties, paulo post etiam delectabit. »
col.240 Quinta est, quod sic omnia temperavit aptavitque sanctus legislator, ut et sit quod fortes cupiant, et infirmi non refugiant; sic nimirum cuncta disposuit , ut nullus sit qui regulam facili negotio observare non possit. Hinc S. Petrus Damiani (Opusc. 13, cap. 17) : « Regula sancta, inquit, quasi ampla quædam capax et spatiosa domus facta est ad omnia hominum genera capienda, pueros videlicet et senes, fortes et debiles, deliciosos et multimoda morum inæqualitate diversos. »
Sed et si quid paululum restrictius, dictante æquitatis ratione, propter emendationem vitiorum, vel conservationem caritatis processerit,
Sollte aber doch zur Ausrottung der Fehler oder Bewahrung der Liebe die Billigkeit es erheischen, etwas mehr Strenge in Anwendung zu bringen,
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.47-P.48
col.240 Sed et si quid paululum restrictius dictante æquitatis ratione propter emendationem vitiorum et conservationem charitatis processerit, non illico pavore perterritus refugias viam salutis.] Quia qui mittit manum ad aratrum , et respicit retro, aptus non est regno cœlorum ; et pavidi in lege non admittuntur ad prælium. ne illi paveant, et alios pavere faciant. Viam vero salutis appellat Regulam suam, quia facientibus eam æterna regna patebunt , juxta illud S. Fulgentii (Lib. de Fide. cap. 3) : « Omni voventi, et reddenti quod vovit, ipse quoque Deus reddit cœlestis regni præmia, quæ promisit ; » vel, si vis, viam salutis vocat vitam ipsam monasticam, quæ est compendiosa ad cœlum via.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.47-P.49
p. 22 Sed et si quid paululum restrictius, dictante aequitatis ratione, propter emendationem vitiorum vel conservationem caritatis processerit, non illico pavore perterritus refugias viam salutis, quae non est nisi angusto initio incipienda. Processu vero conversationis et fidei, dilatato corde, inenarrabili dilectionis dulcedine curritur via mandatorum Dei...
p. 23 Nous sommes d’abord avertis affectueusement et en termes mesurés de ne pas trop nous étonner si nous rencontrons un peu de mortification et de douleur sur le chemin qui mène à Dieu. Après tout, il y en a aussi sur la route qui conduit à l’enfer ; il faut même moins de souffrance pour se sauver que pour se perdre ; et si nous étions demeurés dans le monde, nous aurions expérimenté, cruellement peut-être, qu’il est la terre classique du chagrin, de la contrainte, des servitudes et de l’ennui. Et la souffrance du monde est le plus souvent de mauvaise qualité, basse, impure, déprimante ; mais elle peut être aussi saine et féconde, par exemple celle que réclame l’apprentissage d’un métier et toute espèce de formation intellectuelle ou pratique. Pourquoi voudrions-nous avoir moins à souffrir pour devenir religieux que pour devenir artisan, soldat, explorateur? Rien de grand ne s’obtient sans sacrifice : Omnis qui in agone contendit, ab omnibus se abstinet; et illi quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam (I Cor., ix, 25).
p. 23 Il est, dans l’ordre moral, des gens qui ne souffrent plus : ceux qui appartiennent au bien sans réserve et dont la vie est devenue un paradis anticipé ; N. B. Père décrira plus loin ce bienheureux état des âmes parfaites. Ceux qui appartiennent au mal, également sans réserve, et dont la conscience est endormie, cautérisée, ne souffrent pas non plus : mais qui leur enviera jamais ce calme effrayant? Dans l’innombrable catégorie de ceux qui souffrent, il y a ceux qui font le mal sans pouvoir échapper au remords et goûtent déjà ainsi quelque chose de l’enfer ; il y a ceux qui font le bien habituellement, mais qui sont encore sollicités par le mal, et les degrés de cette classe sont aussi variés que les âmes.
p. 23 Nous avons dit, c’est vrai, un adieu loyal au monde et brûlé nos vaisseaux, mais nous n’avons pas encore fait connaissance avec Dieu ; nous vivons comme suspendus entre ciel et terre, nous ressentons le vide, dont la nature a horreur. Il faut mourir, de cette mort volontaire et précieuse devant Dieu ; il faut entreprendre une nouvelle édition, une refonte complète de nous-mêmes. Rien ne se bâtira sans cette destruction préalable ; et c’est pourquoi N. B. Père pose en principe que la voie du salut non est nisi angusto initio incipienda. Quam angusta porta et arcta via est quae ducit ad vitam! avait dit le Seigneur (Matth., vii, 14). La porte est étroite, et nous sommes énormes ; nous sommes atteints d’obésité morale, pour avoir entassé en nous des affections, des habitudes, des systèmes, pour nous être répandus extérieurement sur toutes choses et avoir entraîné à notre suite mille impedimenta; l’heure est venue d’y renoncer ; nous ne passerons qu’à la condition de nous dégrossir : rappelons-nous la fable de la belette ! Et cette diminution ne se fait pas sans douleur.
p. 24 La cause de notre souffrance est donc unique, l’égoïsme, mais ses occasions et ses instruments sont multiples. Il y a d’abord les souffrances de la Règle ; c’est à elles que N. B. Père fait spécialement allusion ici, encore que son texte puisse très bien s’entendre de toute douleur monastique. Remarquons les termes dont il se sert pour caractériser ces rigueurs. Il y en aura le moins possible, paululum. Ce ne sont pas des limitations et des vexations arbitraires, laissées à l’initiative du religieux, pas même, dirait-on, au choix du législateur ou du supérieur; elles se présenteront d’elles-mêmes, processerit, elles n’existeront que parce que la situation le réclame, elles seront déterminées par la nature des choses, elles naîtront des conditions mêmes de la société monastique, où, comme dans toute société, la paix ne règne qu’à raison des abandons partiels librement consentis par chacun. Parfois aussi, la mortification aura pour dessein la sauvegarde de notre charité envers Dieu ou la correction de nos mœurs. Dictante aequitatis ratione : tout est soumis à la loi d’une sage discipline.
p. 24 D’autres souffrances viennent de nous-mêmes, de notre imagination maladive. Il en est que nous nous créons les uns aux autres. Les plus redoutables viennent de Dieu. Dieu aime les âmes, perles précieuses achetées au prix du sang de son Fils : Domine, qui amas animas! Mais il n’aime pas leur gangue, leur boue. Il veut être dans notre âme comme un être spirituel dans un être spirituel, comme une force dans une force qui se prête et qui accueille, et il veut que le mobile et le moteur soient proportionnés l’un à l’autre. Et Dieu, qui intervient personnellement, d’une façon immédiate et directe, à chacune des étapes de notre vie surnaturelle, se charge lui-même de nous purifier. C’est lui seul qui peut pénétrer dans les profondeurs de notre être, et jusqu’aux fibres les plus délicates. Il s’y emploie vraiment bien, par un procédé silencieux, intérieur et caché, adapté à notre situation de contemplatifs. Nous voici face à face avec Dieu ; toutes les distractions se sont évanouies ; nous sommes perdus dans la solitude, abandonnés dans un désert. Nous prenons une conscience aiguë de l’infinie pureté de Dieu et aussi de notre indignité personnelle; la lumière inexorable tombe d’aplomb sur toutes nos souillures, sur toutes les plaies de notre cœur, et nous nous sentons sans défense devant la représaille divine. Ego vir videns paupertatem meam in virga indignationis ejus (Thren., iii, 1). C’est le purgatoire. C’est le supplice de saint Barthélemy. Comme Prométhée, nous sommes liés à notre rocher : le vautour divin viendra nous ouvrir la poitrine et y ronger tranquillement et sans trêve tout ce dont Dieu ne veut pas. On a mal partout ; toute l’âme est endolorie. Volontiers on s’en prendrait à tout et à tous.
p. 25 Ah ! la bonne souffrance ! Ce sont les travaux d’approche de Dieu, et comme l’autre purgatoire, celui-ci conduit droit au ciel. Non illico pavore perterritus refugias viam salutis. Il ne faut pas s’effarer, perdre la tête, capituler et s’enfuir. Ceux qui acceptent sans faiblir ces exigences divines ; ceux qui, au lieu d’écarter la main du médecin et de mendier un peu partout des consolations, conservent assez de vigueur et de sang-froid pour ajouter une part de mortification intérieure et sarcler leur jardin, comme dit sainte Thérèse, ceux-là ont de l’avenir. Ceux qui, sous le pressoir, disent des tendresses à la justice infinie et, à travers leurs larmes, la bénissent de tout ; qui déclarent avec Job : quand bien même il me tuerait, j’espérerais en lui ; qui acceptent pour des siècles ces sévérités ardentes, pourvu que Dieu se donne enfin : ceux-là sont les candidats de la sainteté, Dieu leur sera aimable dans le temps et dans l’éternité. Ceux qui ne font rien de tout cela, je crois qu’il faut les plaindre ; ils ignoreront à jamais la joie la plus profonde qu’il y ait au cœur d’une créature, la joie qui fut au Calvaire, la joie d’être à Dieu sans réserve, comme une chose dont il fait ce qu’il veut, comme un trophée qu’il emporte où il lui plaît.
p. 25 Que la souffrance vienne d’une façon disséminée ou sous une forme massive, qu’elle vienne de Dieu ou des hommes, elle est toujours supportable, si nous continuons de prier et d’être très fidèles à nos devoirs d’état. Le temps, cette merveilleuse invention de la miséricorde divine, n’émiette-t-il pas d’ailleurs, en quelque sorte, et n’atténue-t-il pas toutes nos douleurs : momentaneum et leve tribulationis nostrae? (II Cor., iv, 17) Même ici-bas, la souffrance ne durera pas toujours. Combien de temps? aussi longtemps que Dieu voudra ; aussi longtemps qu’il restera en nous quelque chose à brûler. C’est donc en partie notre générosité personnelle qui fixe la durée de la souffrance. A la longue, nous consentons à la solitude, nous y prenons goût ; des choses qui, autrefois, nous semblaient si nécessaires, ne nous intéressent même plus ; nous accomplissons sans effort ce qui nous avait d’abord paru impossible. Les passions tiraillent bien encore quelquefois notre vêtement de chair, mais leur voix se fait, de jour en jour, plus lointaine. Retinebant nugae nugarum et vanitates vanitatum, antiquae amicae meae, et succutiebant vestem meam carneam, et submurmurabant : Dimittisne nos?... Et audiebam eas jam longe minus quam dimidius, non tanquam libere contradicentes eundo in obviam, sed veluti a dorso mussitantes, et discedentem quasi furtim vellicantes, ut respicerem (1).
(1) S. Aug., Confess., l. VIII, c. xi. P. L., XXXII, 761.
p. 25 Processu vero conversationis et fidei (2)... L’habitude des observances monastiques, l’habitude de l’attachement à Dieu, l’habitude intellectuelle de voir notre vie dans sa relation à Dieu, tout cela nous désencombre et nous vide. Le cœur se dilate, s’élargit à la taille de Dieu : Dieu est au large chez nous, il y est libre et souverain. Et notre âme aussi est à l’aise chez elle : Viam mandatorum tuorum cucurri, cum dilatasti cor meum... Latum mandatum tuum nimis. Tous les conflits sont apaisés ; il n’y a plus que docilité joyeuse, une sainte et douce confiscation de notre volonté par la volonté du Seigneur, une appartenance plénière à toutes ses conduites. Une source de tendresse a jailli des profondeurs de notre désert, et ses eaux, d’une douceur sans nom, pénètrent comme un parfum liquide jusqu’aux confins des régions dévastées. C’est le toucher délicat de Dieu et son baiser substantiel. Et l’âme s’en va, elle court, elle chante : Dilatato corde, inenarrabili dilectionis dulcedine curritur via mandatorum Dei.
(2) S. Pach., Reg., cxc : ... Probatae fratres conversationis et fidei. Mais saint Benoît se souvient plutôt de Cassien, Conlat. III, xv. Cassien, ayant rappelé après saint Paul (Phil., i, 29) qu’il nous faut souffrir avec le Christ, ajoute : Hic quoque et initium conversationis ac fidei nostrae et passionum tolerantiam donari nobis a Domino declaravit,
non illico pavore perterritus refugias viam salutis, quæ non est nisi angusto initio incipienda.
dann sollst du nicht gleich voll Schrecken den Weg des Heiles verlassen, der am Anfang nicht anders als eng sein kann.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.48
col.241 Quæ non est nisi angusto initio incipienda.] Postquam promisit S. Benedictus nihil asperum in Regula se constituturum , ne forte insolitæ vitæ asperitas a sancto proposito delicatos tirones deterreret, si præter conceptam spem disciplinæ monasticæ rigor nonnihil difficultatis facesseret, hos adversus solitas novitiorum tentationes præmunit, aliquid molestiæ conversionis initio experturos asserens, cujus exemplo forte permotus Guillelmus abbas S. Theoderici , inter cætera instituendi novitii documenta istud præscripsit (Ad fratres de Monte Dei, cap. 7) : « Præmuniendus est assidue contra tentationes acrius in solitarium novitium desævientes, cum servum Dei gratis Deo servientem non cessent sollicitare vitia mercede oblatæ delectationis, diabolo suggerente, carne concupiscente, sæculo concupiscenda ingerente. » Nos etiam operæ pretium fore existimamus, si in gratiam novitiorum, difficultatum tentationumque quas initio conversionis experiri solent, causas ob oculos posuerimus, ut ipsi adversus eas se præmuniant, si forte aliquando insurrexerint : hæ autem considerari possunt aut ex parte religionis, aut ex parte diaboli, aut ex parte sæculi.
col.241 Ex parte religionis assueto sæculi deliciis novitios terret vitæ regularis austeritas, quia, ut dicit S. Augustinus (Serm. 196 in append.), seu quivis alius, « Non sine violentia fieri potest ut de abundantia et deliciis ad famem et sitim, ad abstinentiam et crucem transeat, ut somno prius atque otio amicam carnem contritione vigiliisque conficiat; non , inquam, sine violentia fieri potest ut unusquisque iracundiam patientia, superbiam humilitate commutet, amore paupertatis divitiarum ac sufficientiæ affluentiam superet, vinolentiam sobrietate, luxuriam castitate condemnet, et homo subito in virum perfectum transformetur, et quodammodo alter credatur ex altero : » quæ tamen omnia præcipiunt exiguntque sacræ religionis leges. Hinc S. Bernardus (Serm. 33 in Cant.) : « Primordia, inquit, nostræ conversionis, juxta communis quidem experientiæ rationem, primus exagitat timor, quem intrantibus statim horror vitæ ingerit arctioris, et insuetæ austeritas disciplinæ ; » et alibi (Serm. 93 de Divers.) : « Cum aliqui simplices ad conversionem veniunt, severitatem Regulæ expavescunt. Si fiat eis sermo de mundi contemptu, de virtutum vitiorumque conflictu, si anxietas vigilandi, assiduitas orandi, parcimonia jejunandi ab ipsis requiritur, dicunt conquerendo inter se : Quid est hoc? quis tot et tanta implere sufficiat? » Hinc denique Petrus Blesensis ad R. Clericum, qui religionis voverat ingressum , scribens : « Quia te, inquit, mundi voluptatibus hactenus immersisti, importabilia tibi videntur ciborum mutatio, vestimentorum asperitas, jugum obedientiæ, censura silentii, regularitas morum, austeritas disciplinæ. »
col.241 Ex parte diaboli longe fortior sustinenda est pugna : « Quemadmodum enim latrones, verba loquor Chrysostomi (Homil. 1 ad pop. Ant.), non ubi fenum, et paleæ, et calamus ; sed ubi aurum, et argentum, ibi fodiunt, et continuo vigilant; sic et diabolus his maxime instat , qui spiritalia attingunt. negotia ; ibi insidiæ ubi virtus. » At licet omnes omnino monachos impugnet diabolica versutia , multo tamen magis furit in noviter conversos, quos adolescentes delicatosque a se defecisse dolet : « Nequam hostes, inquit Petrus Venerabilis agens de novitiis Cluniacensis monasterii (Lib. i Mir., cap. 15), quamvis universis generaliter insidiarentur, noviter tamen conversis amplius infesti instabant. Dolebant quidem veteranorum profectibus invidentes, sed tironum superaddita conversione, quasi recenti suscepto vulnere, acrius indignabantur, et, velut longi temporis desperatione, prioris prædæ spolia postponentes , contra ea quæ ab oculis rapiebantur longe vehementius accendebantur; hinc adversus novitios bella valida commovebant, hine tentamentorum diversis telis armati, totis eis conatibus insistebant. » Sic nimirum egredientem ex Ægypto Dei populum Pharao, vera dæmonis figura, vehementius excandescens persequebatur , et Satanas ipse exiens ab homine quem ab infantia tenuerat, gravius affligendo discerpebat. Sed lubet omnes hostis versuti technas ob oculos ponere; qua in re præ omnibus hic audiendus est S. Joannes Climacus graphice nobis eas repræsentans his verbis (Grad. 2) : « Suggerunt nobis dæmones post rerum humanarum abdicationem, ut beatos prædicemus eos qui in egentes sunt benigni, nosque miseros dictitare, quod hujusmodi omni virtute destituti sumus. Consilium autem hostium est, ut nos per demissionis speciem aut ad profanum sæculi vitam retrahant, aut in religione perseverantes ad desperationis laqueum adigant; » et alibi (Grad. 3) : « Nec te iste dolus et astus latronum illorum lateat ; suggerunt enim nobis ne ab hominum turbis secedamus, quod magnum gloriæ præmium simus relaturi, si feminam contemplati ab illa tamen nos abstinemus. » Et sub finem ejusdem gradus : « Per insomnia cacodæmones nos perturbare conantur, dum nobis domesticorum imagines repræsentant , et vel lamentantes exhibent, vel morituros, vel causa nostra afflictos, et incommodis mactatos exhibent. » Ita plane referente S. Athanasio (in Vit. S. Antonii, c. 4) S. Antonium tentabat : « Si quo modo posset ab arrepto eum instituto detrahere, immittebatque ei memoriam possessionum, sororis defensionem , generis nobilitatem, amorem rerum, fluxam sæculi gloriam , escæ variam delectationem, et reliqua vitæ remissioris blandimenta , postremo virtutis arduum finem, et maximum perveniendi laborem , nec non et corporis fragilitatem suggerebat, et ætatis spatia prolixa, etc. » Vide Anonym. Ratisponensem, tom. IV Analectorum, et librum de Doctrina S. Stephani Grandimontensis.
col.242 His plane non cedit quod ex parte sæculi certamen procedit : hinc amici, illinc cognati. isthinc fratres parentesque infirmum adhuc in bono proposito tironem aggrediuntur, modisque omnibus revocare conantur, quorum insultus egregie admodum , et more suo eloquenter describit S. Hieronymus ad Heliodorum his verbis (Epist. 1) : « Neque vero nescio qua te dicas nunc compede præpediri : non est nobis ferreum pectus, nec dura præcordia ; non ex silice natos Hyrcanæ nutriere tigres; et nos per ista transivimus. Nunc tibi blandis vidua soror hæret lacertis; nunc illi cum quibus adolevisti vernulæ aiunt : Cui nos servituros relinquis? Nunc gerula quondam jam anus, et nutritius secundus post naturalem pietatem pater clamitat : Morituros exspecta paulisper, et sepeli. Forsitan et laxis uberum pellibus mater arata rugis fronte antiquum referens mammæ lallare congeminet : dicant si volunt et grammatici : In te omnis domus inclinata recumbit. Facile rumpit hæc vincula amor Dei, et gehennæ timor. » Tales fuere olim, cum fugit ad monasterium, S. Blaitmaici principis , et postea abbatis Hiiensis et martyris labores; nam, ut scribit Walfridus Strabus ejus vitam metrice referens :
col.242 Fama ut forte volans patris pervenit ad aures,
col.242 Hinc stupor atque dolor mentem cinxere parentis.
col.242 Subtractum dolet hæredem, mittitque senatum,
col.242 Agmina, prætores, populum, præcepta, maniplos;
col.242 Duxque comesque ibant, properanter episcopus astat,
col.242 Abbatumque cohors, vicini carne propinqui;
col.242 Hoc solum nitente manu, si qualibet arte
col.242 Efficerent reducem vitata pericula mentem
col.242 Corde subire alio. O talis quam cæca voluntas !
col.242 Talia fuerunt, eruntque in futurum multorum aliorum certamina ; sed, ut aiebat præfatus S. Hieronymus ad suum Heliodorum : « Licet parvulus e collo pendeat nepos, licet sparso crine et scissis vestibus ubera quibus te nutrierat mater ostendat ; licet in limine pater jaceat, per calcatum perge patrem, siccis oculis ad vexillum crucis evola : solum pietatis genus est in hac re esse crudelem. » Hujusmodi crudelitate agebatur S. Columbanus (Jonas in Vit. S. Col. n. 8, sæc. ii Bened.) cum obstanti matri, et limini ostii inhærenti, postularet ut se ad monasterium ire sineret, illaque ejulans et pavimento prostrata denegaret se permissuram : « Ille enim limen matremque transiliens, poposcit matrem ne mœrore solveretur, dicens se nunquam deinceps in hac vita videndum. » Ad hujusmodi crudelitatem nos etiam hortatur propheta cum dicit: Obliviscere populum tuum et domum patris tui, et concupiscet Rex decorem tuum; ad quod attendens S. Hieronymus exclamat (Epist. 10, ad Furiam) : « Grande præmium parentis obliti : Et concupiscet Rex decorem tuum. »
Processu vero conversationis et fidei, dilatato corde, inenarrabili dilectionis dulcedine curritur via mandatorum Dei;
Schreitet man aber im klösterlichen Wandel und im Glauben voran und erweitert sich so das Herz, dann eilt man in unaussprechlicher Süßigkeit der Liebe den Weg der Gebote Gottes.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.49
col.243 Processu vero conversationis, et fidei, dilatato corde, inenarrabili dilectionis dulcedine curritur via mandatorum Dei ,] juxta illud Spiritus sancti in Proverbiis (Cap. iv) : Ducam te per semitas æquitatis, quas cum ingressus fueris, non arctabuntur gressus tui, et currens non habebis offendiculum ; et Ecclesiastici vi : In opere ipsius (sapientiæ) exiguum laborabis, et cito edes de generationibus illius; et apud Apostolum : Omnis autem disciplina in præsenti quidem videtur non esse gaudii, sed mœroris ; postea autem fructum pacatissimum exercitatis per eam reddet justitiæ (Heb. xii). Sed lubet hic sancti Benedicti textum excutere: Processu, inquit, conversationis et fidei. Hæc verba duplicem sensum sortiri possunt ; nam primo processu conversationis ita potest intelligi, ac si diceretur, successu temporis, usu ac exercitio, bonaque regularis observantiæ consuetudine facilia reperies quæ difficilia, latissima quæ prius videbantur angusta. « Nuditatem pedum, inquit Petrus Damiani (Opusc. 15, cap. 21), et exiguitatem vestium, lecti duritiam, ciborum asperitatem, aquæ potum, et cætera hujusmodi incipientes quidem non sine quadam formidine perhorrescimus ; perseverantes autem, et longanimiter insistentes, faciliora et tolerabiliora deputamus : asperitatem quippe frequentia mitigat, rigorem consuetudo commendat. » Et Petrus Blesensis ad Alexandrum novitium scribens (Epist. 137) : « Non te deterreant conversationis primitiæ, novum obedientiæ jugum, inconsuetus ordinis rigor, et austeritas disciplinæ : quidquid asperum nunc videtur, obedientia sibi convertet ad lucrum ; quæ nunc amariora sunt, usu mediante dulcescent ; his enim qui de tenebris progrediuntur ad lumen lux imprimis molesta est, donec oculi lumini assuescant. » Eadem ratione Robertum nepotem excitabat S. Bernardus (Epist. 1) : « Subito procedenti de umbra ad solem, de otio ad laborem, grave cernitur omne quod incipit; sed postquam ab his dissuescere, et ad illa paulisper assuescere cœperit, usus tollit difficultatem, invenitque facile esse quod impossibile ante putavit. Solent etiam fortissimi milites audita buccina ante congressum trepidare; at ubi ad prælium ventum fuerit, spes victoriæ, timor ne vincantur intrepidos reddit. » Denique idem docet Glossa Ordinaria cum moraliter explicans Elisæi miraculum quo per modicam farinulæ immissionem amarum ex coloquintide pulmentum dulcorasse dicitur, « Per hoc, inquit, significatur quod hominibus delicate nutritis in sæculo vita religiosa videtur amara in principio: sed sicut pulmentum per immissionem farinæ factum fuit sapidum, sic per Dei gratiam et bonam assuefactionem vita religiosa, quæ prius dura videbatur, non solum portabitur, sed etiam suavis efficitur. » Unde et S. Bernardus ad Hugonem novitium scribens ait ( Epist. 321 ) : « Non ætatem teneram ordinis asperitas terreat; memento quod asperior carduus pannum facit leviorem, conversatio conscientiam, aderit Christi suavitas, et prophetæ farinula pulmentum incomestibile condietur. »
col.243 Altero sensu processu conversationis, id est virtutis, sive cum nonnihil in virtute profeceris: atque ita exponit Smaragdus : « Processu, inquit, dicit conversationis augmentum virtutum, et profectum animæ, in quibus monachus quotidie augmentari debet, et crescere. » Et quidem recte, neque enim solus exercitiorum regularium usus, virtute deficiente, tollet religionis difficultatem , quam potius augebit languor et tepiditas. Processu ergo virtutis nihil difficultatis senties, levia videbuntur omnia, cunctasque cacodæmonum artes dissipabis, qui et timidi longe fugient a te, ut egregia hac similitudine docet S. Bernardus (Serm. 60 in Cant.) : « Aiunt florescentibus vineis omne reptile venenatum cedere loco, nec ullatenus novorum ferre odorem florum : quod volo attendant novitii nostri, et fiducialiter agant, cogitantes qualem spiritum acceperunt, cujus primitias dæmones non sustinent. » Hæ nimirum primitiæ sunt virtutum flores, quos in novitio perhorrescit ac refugit hostis antiquus.
col.244 Dilatato corde.] Id est cum ipsa delectabit justitia ; nam, ut ait S. Augustinus (In psal. cxviii), cordis dilatatio est justitiæ delectatio. Dilatatur autem hoc modo cor monachi, cum Deo totus adhærens, unus fit cum eo spiritus, et habitantem in se per gratiam possidet Creatorem. Quidni enim dilataretur, quem Deus magnus, infinitus, immensus inhabitat?
col.244 Inenarrabili dilectionis dulcedine.] Dilectionis , ait, dulcedine, quia, ubi amor est, ibi non labor, sed sapor est, ut loquitur S. Bernardus ; et quidem inenarrabili, quod eam liceat experiri, sed a nullo possit exprimi : hac dulcedine recreatus propheta totus in stupore psallebat : Quam magna multitudo dulcedinis tuæ, Domine, quam abscondisti timentibus te! Hac dulcedine, « hoc musto inflammantur, et hoc præclaro poculo quotidie inebriantur etiam corda fidelium et animæ convertentium. dicebat olim S. Augustinus (In append. Serm. S. August. serm. 182), seu quivis alius; quod frequenter fieri videmus, quando pro desiderio salutis suæ parentes et patriam fugiunt, exeunt nullo compellente de terra et cognatione sua, et mortui huic mundo alios spiritaliter animarum inquirunt parentes, et liberi sub jugo veniunt, et paulo ante elati atque sublimes humilia affectant , superba fastidiunt, et cupiunt esse quod ante despexerant, et odisse incipiunt quod fuerant : præsentium hospites, futurorum appetitores, æternam illam patriam contempta temporalium falsitate suspirant. Hoc itaque musto spiritales animæ inebriatæ et penitus commutatæ abstinentiam deliciis, vigilias dulcibus somnis, paupertatem divitiis anteponunt, arduum contra vitia laborem jocundissimam computant voluptatem, dulcescunt eis vitia, et quæ prius fuerant pretiosa vilescunt, diligunt inimicos, et benefaciunt his qui se oderunt, non convincuntur indignantibus, non irritantur opprobriis, non franguntur injuriis; prorsus horum nihil sentiunt propter fervorem Spiritus sancti. » Tanta est amoris divini suavitas, vis, potentia, ex qua etiam sequitur.
ut ab ipsius nunquam magisterio discedentes, in ejus doctrina usque ad mortem in monasterio perseverantes, passionibus Christi per patientiam participemus, ut et regni ejus mereamur esse consortes. Amen.
Dann entziehen wir uns auch nie mehr seiner Leitung, verharren in seiner Lehre bis zum Tod im Kloster, haben durch Geduld Anteil am Leiden Christi und verdienen damit auch, Genossen seiner Herrschaft zu werden.
Kommentare Dom Edmond Martène, Mauriner (1690) (auf Latein) P.50
col.244 Ut ab ipsius magisterio nunquam discedentes, in ejus doctrina usque ad mortem in monasterio perseverantes.] Quia nihil prodest bene incœpisse, nisi in bono ad mortem usque perseveremus : unde apud Cassianum Pinufius abbas juvenem quem in monasterio susceperat instituens, ait (Lib. iv Instit., cap. 37) : « Bene cœpisse nihil proderit, nec pleno fervore renuntiationis arripuisse principia, si hæc congruus etiam finis similiter non commendaverit atque concluserit, Christique humilitas atque paupertas, quam nunc coram ipso professus es, usque ad extremum vitæ quemadmodum arrepta est a te non fuerit custodita. »
col.244 Passionibus Christi per patientiam participemur.] Id est cum Christo simul patiamur; ubi ostendit S. Pater proprium monachorum esse pati et crucem ferre : si enim tota vita Christiani, si secundum Evangelium vivat, crux est et martyrium , quanto magis monachi, cujus singularis scopus est abnegare semetipsum, et omnes mortificare cordis voluntates?
col.245 Ut et regni ejus mereamur esse consortes.] Quia si compatimur, et conregnabimus, et si socii fuerimus passionum, simul et consolationis erimus. O consolatio! « Multi multa patiuntur propter pecuniam perituram, et tu non vis pati propter vitam mansuram! » aiebat olim S. Augustinus. Sic recusas laborare pro Dei promissis, quasi non laborares pro cupiditatibus tuis! Quanta patiuntur pro sua iniquitate latrones! quanta patiuntur pro suis sceleribus perditi, pro sua nequitia luxuriosi, pro sua avaritia negotiatores mare transmeantes, ventis, tempestatibus corpus et animam permittentes, sua relinquentes, ignota quærentes! » Et nos pro æterna felicitate, ut cum Christo in perpetuum regnemus, non patiemur? Ergo sequamur Christum, ut ipsum aliquando consequamur. Amen.
Kommentare Dom Paul Delatte, Abt von Solesmes (1913) (auf Französisch) P.50
p. 26 ... ut ab ipsius numquam magisterio discedentes, in ejus doctrina usque ad mortem in monasterio perseverantes, passionibus Christi per patientiam participemus, ut regni ejus mereamur esse consortes.
p. 26 Des éditeurs ont cru que cette dernière phrase se rattachait logiquement et grammaticalement à speramus; ils ont traité comme une parenthèse le passage intermédiaire. Mais rien n’oblige à lire ainsi, et cette longue parenthèse semble peu conforme à la manière d’écrire de saint Benoît.
p. 26 Le monastère est une école où l’on apprend à adorer Dieu ; cette école a un maître et n’en a qu’un : N. B. Père a prononcé son nom quand il a parlé de « la voie des commandements de Dieu ». Le maître, c’est Notre-Seigneur Jésus-Christ, puisque c’est par son Verbe que Dieu nous dit toutes choses. Saint Augustin a relevé maintes fois la nécessité du maître intérieur dans l’ordre des deux connaissances, naturelle et surnaturelle. L’enseignement extérieur ne fournit jamais la lumière ni l’impression intellectuelles ; toute sa fonction se borne à donner l’éveil et l’exemple, à analyser, à évoquer le lien inaperçu qui existe entre les principes et les conclusions ; en dehors de Dieu, il n’y a vraiment que des moniteurs. Quand l’Écriture, ou les Pères, ou l’Église nous parlent, c’est toujours l’enseignement de Dieu : doctrina ejus.
p. 26 Il n’y a point de silence pour le Verbe, et la vie monastique nous est décrite comme une attention et une docilité constantes à cette voix qui jamais ne se tait. C’est surtout dans les monastères que Dieu se plaît à communiquer de sa pensée, de ses desseins, de sa beauté. Maria sedens secus pedes Domini audiebat verbum illius. Chaque matin, avant de communier à la chair et au sang du Seigneur, nous lui disons : Fac me tuis semper inhaerere mandatis et a te numquam separari permittas. Cette persévérance dans la doctrine durera jusqu’à la mort : Dieu n’est pas de ceux qu’on abandonne, lorsqu’on a fait connaissance avec lui ; elle ira même au delà, s’il est vrai que la forme la plus achevée du magistère de Dieu se trouve dans la vision intuitive.
p. 27 La stabilité, élément essentiel de la Règle bénédictine, est introduite dès maintenant, d’une façon négative : numquam discedentes, et d’une façon positive : in ejus doctrina usque ad mortem in monasterio perseverantes (1). Ainsi aimablement présentée, elle ne saurait effrayer les âmes et leur paraître un fardeau ou une chaîne ; elle n’est que la fidélité à ce séjour béni, où nous sommes assurés de trouver la plénitude de la vie. Le premier principe, le fondement, le facteur et le terme de cette vie surnaturelle, c’est l’union à Notre-Seigneur Jésus-Christ : l’union à sa doctrine, l’union à sa souffrance, l’union à sa béatitude. N. B. Père revient ainsi, en terminant, à l’idée de la souffrance monastique comme prélude et rançon de notre entrée dans le royaume de Dieu : Haeredes quidem Dei, cohaeredes autem Christi; si tamen compatimur, ut et conglorificemur (Rom., viii, 17). De même que la stabilité, la souffrance est transfigurée : elle n’est plus qu’une collaboration glorieuse « aux souffrances du Christ » (I Petr., iv, 13), et le moine « patient » peut dire avec l’Apôtre : Nunc gaudeo in passionibus pro vobis, et adimpleo ea quae desunt passionum Christi in carne mea, pro corpore ejus, quod est Ecclesia (Col., i, 24).
(1) In primis, si quis ad conversionem venerit, ea conditione excipiatur, ut usque ad mortem suam ibi perseveret (S. Caesar., Reg. ad mon., i).
p. 27 Alors même que la Liturgie ne nous dirait pas de N. B. Père qu’il était tout enveloppé de clarté divine et comme déjà béatifié : Tantaque circa eum claritas excreverat ut in terris positus in caelestibus habitaret, nous reconnaîtrions à la fréquence de ces allusions au salut, au ciel, à Dieu, l’orientation habituelle de sa pensée : Sanctus vir nullo modo potuit aliter docere quam vixit (2). Son âme tout entière était tendue vers l’éternité. Cette préoccupation a déterminé la conception organique de la vie religieuse qu’il a instaurée dans l’Église : dans le cadre le plus naturel, la famille ; la recherche la plus haute, l’union à Dieu ; le terme le plus surnaturel, l’éternité. La vie présente n’est qu’un apprentissage, un essai, un noviciat d’éternité : c’est en vue de l’éternité qu’il y a pour nous des choses à abandonner, des choses à apprendre, des choses à conquérir.
(2) S. Greg. M., Dial., l. II, c. xxxvi.
Lateinischer Text: Ausgabe von Hunter Blair, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus 1906, ohne die Bibelverweise in eckigen Klammern und die Anmerkungen des Herausgebers. Übliche Verszählung. · Übersetzung von P. Pius Bihlmeyer OSB († 1931), Bibliothek der Kirchenväter, 1914. Gemeinfreier Text in Frankreich (Art. L123-1 des französischen Gesetzbuchs über geistiges Eigentum). Abschrift und Durchsicht: Abbatia Sancti Petri de Curte. Fehler melden