Abbatia
Sancti Petri
de Curte

La Regla de san Benito

Capítulo 57

De Artificibus MonasteriiDe los Artífices del Monasterio

Apeles, herrero al servicio de los monasterios, grabado de Jan Sadeler según Maerten de Vos, Solitudo sive Vitae Patrum eremicolarum, 1594.
Apeles, herrero al servicio de los monasterios, grabado de Jan Sadeler según Maerten de Vos, Solitudo sive Vitae Patrum eremicolarum, 1594. fuente de la imagen — Dominio público

Sobre todo el capítulo

Comentarios Dom Paul Delatte, abad de Solesmes (1913) (en francés) 57

p. 412 DES ARTISANS DU MONASTÈRE

1

Artifices, si sunt in Monasterio, cum omni humilitate faciant ipsas artes, si permiserit Abbas.

Si hubiere artífices en el monasterio, ejercerán sus artes con toda humildad, y respeto, si el abad se lo mandáre;

Comentarios Dom Paul Delatte, abad de Solesmes (1913) (en francés) 57.1-57.3

p. 412 De Artificibus monasterii. — Artifices, si sunt in monasterio, cum omni humilitate et reverentia faciant ipsas artes, si tamen jusserit Abbas. Quod si aliquis ex eis extollitur pro scientia artis suae, eo quod videatur aliquid conferre monasterio, hic talis evellatur ab ipsa arte, et denuo per eam non transeat, nisi forte humiliato ei iterum Abbas jubeat.

p. 412 La première portion de ce chapitre est relative aux métiers et aux arts mécaniques qui s’exercent à l’intérieur du monastère ; la seconde aux fruits et produits de ces travaux.

p. 412 Pour les grosses besognes comme pour celles qui s’exécutent aisément, tous les frères ont compétence. Mais il est des ouvrages un peu spéciaux qui réclament un apprentissage et ne conviennent qu’aux artifices, aux artisans. Saint Benoît suppose donc qu’il se trouve dans le monastère des gens de métier, peut-être même de vrais artistes : peintres, sculpteurs, calligraphes. On a pu apprendre cet art dans le monde, ou bien c’est au cloître qu’a eu lieu l’initiation. Car N. B. Père désire qu’on cultive chez lui tous les arts nécessaires à l’entretien de la maison ; c’est plus qu’une tolérance, c’est un souhait formel ; il pressent, d’ailleurs, ici comme au chapitre LXVI, que cela ne sera pas possible toujours.

p. 412 Saint Benoît est cohérent avec sa pensée habituelle lorsqu’il décide qu’on pourra tirer parti de l’habileté des frères qui savent un métier : jamais il n’a songé à contrarier systématiquement, sous couleur de mortification, les aptitudes et les goûts. Un seule condition est exigée ; l’ordre ou la permission de l’Abbé. Il est entendu que le religieux exercera son art « en toute humilité et soumission ». Ce savoir-faire créait une distinction et il fallait se prémunir contre une disposition à la suffisance. De plus, un bénéfice est acquis d’ordinaire à la société monastique par ces compétences spéciales ; et plus ce bénéfice est réel, plus il est facile à celui qui le procure d’y trouver un prétexte à la superbe ou à l’irrégularité. Toutes les fois qu’est annexée au monastère une exploitation, une fabrication, une institution de rapport, le danger existe : « Bon an, mal an, se dit-on, je vaux tant à la communauté. Les autres ne font que boire et manger ; pendant ce temps, je fournis, moi, aux finances de l’abbaye, un apport annuel considérable. » Ce n’est qu’à la condition d’un grand esprit religieux qu’on peut échapper au péril de ces situations. Saint Augustin l’avait prévu avant saint Benoît : Nec extollantur si communi vitae de suis facultatibus aliquid contulerunt; de même Cassien. Saint Ephrem, lui aussi, invite le moine à ne se prévaloir jamais de ce qu’il rapporte ; et saint Basile recommande au supérieur, comme le fait N. B. Père, de ne pas tolérer un pareil scandale (1).

(1) S. Aug., Epist. CCXI, 6. P. L., XXXIII, 960. — Cass., Inst., IV, xiv. — S. Ephr., Paraen. XXVI (opp. graec. lat., t. II, p. 114). — S. Basil., Reg. fus., xxix.

p. 413 L’âme d’un moine vaut mieux que tout. Et le jour où l’Abbé verrait se glisser, ou bien l’orgueil, ou bien l’esprit mercantile, ou bien l’insubordination et le particularisme, dans ces petites institutions, ce lui serait un devoir de passer outre à une plaie d’argent, qui n’est jamais mortelle, et de sauvegarder les âmes à tout prix. Les paroles de la Règle sont énergiques : « Cet homme-là doit être arraché à son travail et ne plus s’en occuper désormais, à moins qu’il ne s’humilie et que l’Abbé ne lui ordonne de le reprendre. »

2

Quod si aliquis ex eis extollitur pro scientia artis suæ, eo quod videatur aliquid conferre Monasterio,

pero si alguno se engrie por su habilidad, y porque le parece que es de algun provecho para el monasterio,

3

hic talis erigatur ab ipsa arte et denuo per eam non transeat, nisi forte humiliato ei iterum Abbas jubeat.

este tal sea privado de su oficio, y no vuelva mas á él, á no ser que viéndole el abad humillado, de nuevo se lo mandáre.

4

Si quid vero ex operibus artificum venumdandum est, videant ipsi, per quorum manus transigenda sunt, ne aliquam fraudem facere præsumant inferre.

Si se hubiere de vender algo de lo que hacen los artesanos, miren aquellos que cuidan de su despacho, no hagan algun fraude.

Comentarios Dom Paul Delatte, abad de Solesmes (1913) (en francés) 57.4-57.6

p. 413 Si quid vero ex operibus artificum venumdandum est, videant ipsi per quorum manus transigenda sunt, ne aliquam fraudem praesumant inferre. Memorentur Ananiae et Saphirae : ne forte mortem quam illi in corpore pertulerunt, hanc isti, vel omnes qui aliquam fraudem de rebus monasterii fecerint, in anima patiantur.

p. 413 Peut-être serait-ce ici le lieu de passer en revue la série des fabrications et exploitations qui sont compatibles avec la dignité extérieure de notre vie, avec la composition du monastère, avec nos traditions (2). Le problème a tout ensemble son importance et sa délicatesse. Aux diverses branches des familles religieuses les traditions ont déterminé ce qui convient et ce qui ne sied pas. En ces matières, il faut s’abstenir de légiférer d’une manière universelle. Chaque supérieur est un peu juge de ce qu’il se doit, de ce qu’il doit à son monastère, de ce qu’exige la solidarité des maisons entre elles, de ce à quoi elles sont parfois contraintes pour subvenir à des détresses financières. Les Chartreux font de la liqueur, ou plutôt il y a un père et quelques frères convers qui s’y emploient. Les Trappistes fabriquent du chocolat, des fromages, de la bière, ils exploitent leurs terres ; c’est reçu chez eux. Pour ce qui nous concerne, nous ne sommes les fournisseurs authentiques et patentés d’aucun produit. Que pour la publication des livres liturgiques et des autres travaux monastiques, et pour aider à la diffusion de la vérité, nous dirigions une imprimerie, rien de mieux. C’est une sorte de prédication conventuelle ; nous ne faisons que reprendre ainsi nos traditions, et multiplier par la typographie des manuscrits que nous transcrivions et enluminions autrefois. Sortir de là, c’est nous exposer parfois à de gros mécomptes. C’est rentrer par la mauvaise porte dans toutes les responsabilités et les préoccupations séculières, c’est échapper à notre vie religieuse, et propter vitam, vivendi perdere causas. Il n’est pas démontré que le Seigneur aime beaucoup chez nous l’exercice d’aucune industrie.

(2) Cf. S. Basil., Reg. fus., xxxviii.

p. 414 Mais enfin, dans une abbaye, une exploitation annexe produit du fruit et au delà de ce qui est nécessaire au monastère lui-même : du vin par exemple, du miel, des légumes ; que faire de ce qui reste? Parmi les Pères d’Orient, quelques-uns détressaient nattes et corbeilles, et recommençaient. Cassien nous raconte que l’Abbé Paul, vivant à sept jours de marche de toute habitation, brûlait à la fin de l’année les corbeilles qui encombraient sa grotte. La plupart écoulaient en ville leurs produits (1) ; il ne nous est pas défendu de les imiter et, après avoir prélevé la part de l’aumône, d’assurer ainsi quelques ressources au monastère. Mais il ne semble pas que saint Benoît ait été soucieux de voir les moines s’en aller eux-mêmes aux foires et aux marchés publics (2). Lui qui demandera plus loin que tous les métiers soient exercés au monastère : ut non sit monachis necessitas vagandi foras, comment aurait-il pu souhaiter que les moines sortissent, non plus pour acheter, mais pour faire commerce?

(1) Inst., X, xxiv.

(2) S. Basile manifeste la même répugnance : Reg. fus., xxxix.

p. 414 La vente se fera par des intermédiaires. Et saint Benoît avertit l’Abbé et les moines de veiller à leur probité. Ils pouvaient être tentés de prélever une commission. Le travail était accompli avec conscience, le vin n’était pas frelaté : les clients ne manquaient pas. Les vendeurs étaient portés, par la supériorité même de la marchandise qu’ils offraient, à la taxer très haut, sauf à encaisser la différence. Peut-être étaient-ils les familiers du monastère et trouvaient-ils tout naturel de s’enrichir à ses dépens. Mais saint Benoît se souvient du cas d’Ananie et de Saphire (Act., v) : le fait qui attira sur les deux époux la juste sévérité de Dieu et de saint Pierre est assez semblable à celui qui est prévu dans la Règle. Ils avaient vendu leur champ ; au lieu de remettre à la communauté l’intégralité du prix reçu, ils prélevèrent sur cette somme un petit argent de poche et remirent le reste à saint Pierre, ajoutant au prélèvement un mensonge et un mensonge concerté. Il semble que saint Benoît considère comme vénielle et comme punie seulement de mort corporelle la faute d’Ananie et de Saphire (1) ; il suivrait en cela l’interprétation de plusieurs Pères : Origène, saint Augustin, Cassien (2). Mais la faute des agents du monastère est plus grave ; car la matière des transactions n’est entre leurs mains qu’un dépôt, et un dépôt sacré, puisque tous les biens monastiques appartiennent à Dieu ; aussi est-ce dans leur âme qu’ils seront frappés.

(1) Paul Diacre et Hildemar estiment pourtant que saint Benoît ne prétend pas trancher la question de la mort spirituelle des deux époux : il n’est attentif qu’au châtiment corporel.

(2) Origen., Comm. in Matth., l. XV, 15. P. G., XIII, 1297-1298. — S. Aug., Contra Epist. Parmeniani, l. III, c. i. P. L., XLIII, 84. — Cass., Conlat. VI, xi.

5

Memorentur semper Ananiæ et Saphiræ: ne forte mortem quam illi in corpore pertulerunt,

Tendrán siempre presente el castigo de Ananías, y Saphira, temiendo que la muerte que padecieron estos en el cuerpo,

6

hanc isti, vel omnes qui aliquam fraudem de rebus Monasterii fecerint, in anima patiantur.

la padezcan ellos en sus almas, si en algo defraudaren al monasterio.

7

In ipsis autem pretiis non surripiat avaritiæ malum,

No sea, pues, la avaricia la que ponga el precio á las cosas, que se vendieren del monasterio;

Comentarios Dom Paul Delatte, abad de Solesmes (1913) (en francés) 57.7-57.9

p. 415 In ipsis autem pretiis non surripiat avaritiae malum, sed semper aliquantulum vilius detur, quam a saecularibus datur : ut in omnibus glorificetur Deus.

p. 415 Les moines éviteront tout ce qui ressemble à la cupidité, à l’avidité qui amasse le plus possible : avaritiae malum. Combien serait indigne d’un religieux l’esprit de lucre ! Nous savons par saint Jérôme, à qui N. B. Père a emprunté le portrait des moines sarabaïtes (chap. Ier), que ceux-ci vendaient cher : Et de eo quod laboraverint in medium partes conferunt ut habeant alimenta communia...et quasi ars sit sancta, non vita, quidquid vendiderint majoris est pretii (3). C’est tout le contraire que réclame saint Benoît. Les produits du travail monastique seront toujours abandonnés à un taux inférieur au prix commun : afin que ne s’élèvent point contre les religieux des protestations et des colères qui rejailliraient sur Dieu ; afin que les séculiers aient à s’édifier de l’esprit accommodant et désintéressé des moines, et que, jusque dans les questions d’argent, ceux-ci trouvent matière à une sorte d’apostolat : Ut in omnibus glorificetur Deus (I Petr., iv, 11) (4).

(3) Epist. XXII, 34. P. L., XXII, 419.

(4) Quelques anciens avaient donné le même conseil : Evagrius, Rerum monachalium rationes, viii. P. G., XL, 1259-1260. — Isaïe, Reg., lix, lxi.

p. 415 Un peu de fierté surnaturelle nous défendra facilement contre toutes habiletés peu séantes et nous permettra d’être fidèles à l’esprit de la Règle, sinon toujours à sa lettre. Il est, en effet, des conditions économiques et des susceptibilités extérieures dont il faut bien tenir compte. A une époque où il n’y avait ni concurrence commerciale, ni, comme l’on dit aujourd’hui, surproduction ; alors surtout que le travail monastique s’employait à produire des objets de première nécessité, aucune rivalité ne pouvait s’établir, et l’infériorité des taux monastiques n’était pour le peuple qu’un bénéfice net. Mais, actuellement, les monastères qui inonderaient les marchés publics d’éléments manufacturés cotés au-dessous du prix courant, amèneraient des dépréciations ruineuses, des faillites et des haines. Si une fabrique monastique est obligée de gagner un peu plus qu’elle ne voudrait, elle peut toujours restituer en aumônes. Quand l’exploitation est restreinte et ne saurait constituer de concurrence sérieuse, il est loisible de vendre à bas prix ; de même lorsqu’on exploite un brevet, on garde ses coudées plus franches. Mais qu’on abaisse les prix ou qu’on les majore, l’essentiel est de réaliser toujours la devise bénédictine : Ut in omnibus glorificetur Deus.

p. 416 Les frères convers. — C’est à l’occasion du chapitre LVII qu’on peut dire un mot des frères convers. Leur histoire est encore à écrire. Elle a pourtant été esquissée par M. Raymond Chasles dans sa thèse de l’École des Chartes (1) et par le R. P. Eberhard Hoffmann, cistercien de Mehrerau (2). On peut lire aussi la dissertation de D. Martène, dans la Préface au tome VI de la Veterum scriptorum... amplissima collectio; de même D. Calmet, en son Commentaire sur le chapitre II de la Règle ; Mabillon, Préface au sixième siècle bénédictin (P. II).

(1) École nationale des Chartes, Positions des thèses, 1906, p. 43-49 : Étude sur l’Institut monastique des frères convers et sur l’oblature au moyen âge; leur origine et leur rôle (XIe-XIIIe s.).

(2) Das Konverseninstitut des Cisterzienserordens in seinem Ursprung und seiner Organisation (Fribourg, 1905). C. R. dans la Rev. Bénéd., avril 1906, p. 289.

p. 416 Les commentateurs du dix-septième siècle semblent s’être mépris en affirmant l’existence des convers avant saint Benoît et chez saint Benoît même. Il y avait dans les monastères occidentaux primitifs, comme à Lérins, sous Fauste, au cinquième siècle, des moines clercs, et des « laïcs », moines aussi ; il y avait des moines lettrés et des « illettrés » ; que l’on ait confié, de préférence, à ces derniers les gros travaux, rien de surprenant. Mais ils ne formaient point une catégorie à part. De même, bien des monastères avaient dans leurs domaines des serviteurs, voire des esclaves, mais qui n’étaient pas religieux.

p. 416 Plusieurs passages de la Règle bénédictine semblent exclusifs d’une distinction quelconque entre les moines (nous lisons, par exemple, au chapitre II : Non ab eo persona... discernatur) ; et nul texte ne prouve la présence d’une catégorie distincte, vouée spécialement aux services matériels du monastère. Comment a-t-on pu trouver dans les prescriptions relatives à l’infirmerie, à l’hôtellerie, à la porterie, etc., des allusions aux frères convers? Au chapitre XXXVIII il est dit que le lecteur de table mangera cum coquinae hebdomadariis et servitoribus : mais ce n’est pas même suffisant pour établir la présence des serviteurs purement laïcs, comme le conjecture pourtant M. Chasles. Ce qui est incontestable, c’est qu’il y avait au Mont-Cassin, à côté des religieux instruits et cultivés, des paysans, d’anciens esclaves : tel le bon Goth dont il est parlé dans la Vie de N. B. Père. Il en est qui « ne peuvent ni méditer ni lire » (chap. XLVIII); certains sont incapables d’écrire leur charte de profession (chap. LVIII). Évidemment, ce n’était pas parmi ces « simples », comme les appelle saint Benoît, que l’Abbé choisissait les clercs et les prêtres ; et il fallait leur donner des travaux appropriés à leurs aptitudes. Mais encore une fois, hormis cela, ils ne se distinguaient en rien des autres moines. Ils venaient à l’office divin et y prenaient part dans la mesure du possible; leur mémoire enregistrait peu à peu les psaumes et les hymnes.

p. 417 Du huitième siècle au dixième siècle, — et nous résumons ici les conclusions de M. Chasles, — une transformation s’opère dans les habitudes monastiques. L'Opus Dei prend des proportions plus considérables qu’au temps de saint Benoît. Les moines affluent. La différence entre les lettrés et les illettrés s’accentue ; peu à peu, les famuli laïcs font place à des religieux occupés exclusivement aux travaux manuels, ayant un office liturgique spécial, très simple (1). Cluny avait ses convers. Ils étaient moines, mais sans faire partie du chapitre ; à l’église, ils se plaçaient dans le bas-chœur ; quelques-uns pourtant étaient employés aux cérémonies ; et même, ceux qui avaient de bonnes voix faisaient fonction de chantre et revêtaient la chape. Les convers avaient un habit spécial et portaient la barbe, d’où leur surnom de barbati; primitivement, le nom de conversi s’appliquait à tous les moines. Il y avait encore dans les monastères la catégorie des « oblats », dont l’histoire est intimement liée à celle des convers. Les enfants élevés dans les cloîtres étaient souvent appelés nutriti, pour les distinguer des conversi, de ceux qui étaient venus spontanément.

(1) Nos frères convers récitent eux aussi, un office composé de Pater, d'Ave et de quelques brèves invocations empruntées au formulaire invariable de nos Heures.

p. 417 C’est au onzième siècle que l’institut des convers atteint son plein développement. Il s’établit en Allemagne, grâce surtout à l’Abbé d’Hirsauge, Guillaume, qui s’inspire beaucoup, comme on sait, des Us de Cluny ; Aimon, son biographe, nous a laissé le résumé de la Règle des convers d’Hirsauge ; comme à Cluny, le service de la cuisine leur était confié. Les convers jouent un rôle important à la fin du onzième siècle. Au douzième, ils pénètrent dans toutes les abbayes de l’Europe occidentale. On les trouve chez les Camaldules, à Vallombreuse, à la Chartreuse. Mais c’est surtout à Cîteaux qu’ils tiennent une grande place. On rédige pour eux des Us et une Règle. Il en est qui résident à l’abbaye, d’autres dans les « granges », d’autres auprès de hauts personnages séculiers ; quelques-uns sont au service des abbayes de Cisterciennes. Les Congrégations plus récentes du Mont-Cassin, de Bursfeld, de Saint-Vanne, de Saint-Maur, eurent aussi leurs convers. Au-dessous des convers, il y avait encore, à Saint-Maur, les « commis », chargés surtout des besognes extérieures et des relations avec le dehors : ils faisaient profession de stabilité, après probation ; il y avait enfin des « serviteurs perpétuels », liés au monastère par contrat civil.

p. 418 Il faut noter que nos Constitutions, empruntées dans l’espèce à celles de Saint-Maur, prescrivent de n’agréger aux frères convers que les candidats possédant des aptitudes pour les travaux qui leur sont réservés. Il faut remarquer surtout qu’ils sont vraiment religieux et moines, tout comme les pères de chœur : on doit donc leur assurer l’enseignement et la formation qui leur permettront de faire honneur à leurs vœux. Ils sont tous, novices et profès, sous la direction spirituelle du Maître des convers. Pour leurs obédiences ils relèvent du cellérier : hormis celui-ci et les pères qui y sont autorisés par leur charge, nul n’a de titre à leur commander une besogne ou à leur demander un service : si les frères convers ne sont pas les domestiques de la communauté, bien moins encore le sont-ils de tel ou tel moine. Une parfaite courtoisie et une charité attentive régleront toujours nos rapports avec eux ; toute espèce de familiarité triviale doit être sévèrement bannie, même toute conversation non justifiée : il y va de leur intérêt et du nôtre. Prenons garde aussi de scandaliser des âmes simples par certaines allures peu monastiques et des manquements notoires à la Règle.

p. 418 Leur vie est humble, silencieuse, cachée, plus sévère sur certains points que celle des religieux de chœur ; et, comme le marquaient les Déclarations de Saint-Maur, ils ne sauraient être promus aux ordres, ni entreprendre de hautes études. L’observation stricte de ces deux derniers points est indispensable pour la sauvegarde de leur vocation monastique ; et un échec attend presque toujours ceux qui cherchent à entrer dans la cléricature. Leur journée laborieuse devient aisément un long colloque avec le Seigneur ; et le spectacle de cette fidélité joyeuse et paisible est le plus appréciable de tous leurs services.

8

sed semper aliquantulum vilius detur, quam ab aliis secularibus dari potest,

mas denlas algo mas baratas que los seglares,

9

ut in omnibus glorificetur Deus.

para que en todo sea Dios glorificado.

Texto latino: edición de Hunter Blair, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus, 1906, sin las referencias bíblicas entre corchetes ni las notas del editor. Numeración usual de los versículos. · Versión castellana, Barcelona, V. Torras y J. Corominas, 1850 (ortografía de la época). Texto de dominio público en Francia (art. L123-1 del Código de la Propiedad Intelectual francés). Transcripción y revisión: Abbatia Sancti Petri de Curte. Señalar un error