Abbatia
Sancti Petri
de Curte

La Règle de saint Benoît

Chapitre 49

De Quadragesimæ ObservationeDe l’observation du Carême

L’ermite Jean, assidu à la prière et au jeûne, gravure de Jan Sadeler d’après Maerten de Vos, Solitudo sive Vitae Patrum eremicolarum, 1594.
L’ermite Jean, assidu à la prière et au jeûne, gravure de Jan Sadeler d’après Maerten de Vos, Solitudo sive Vitae Patrum eremicolarum, 1594. source de l’image — Domaine public

Sur l’ensemble du chapitre

Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 49

p. 361 DE L’OBSERVANCE DU CARÊME

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Licet omni tempore vita monachi Quadragesimæ debeat observationem habere;

Encore qu’un Moine doive, dans tous les temps de la vie, observer la pénitence du Carême ;

Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 49.1-49.3

p. 361 De Quadragesimae observatione. — Licet omni tempore vita monachi Quadragesimae debeat observationem habere : tamen quia paucorum est ista virtus, ideo suademus istis diebus Quadragesimae omni puritate vitam suam custodire, omnes pariter negligentias aliorum temporum his diebus sanctis diluere.

p. 361 Saint Benoît a eu l’occasion, au chapitre précédent, de décrire certaines observances communes du Carême ; mais telle est l’importance de cette période dans une vie chrétienne et monastique (1) qu’il lui consacre un chapitre spécial, où sont proposées à chacun quelques pratiques facultatives et surtout les dispositions surnaturelles qui donneront du prix à ses œuvres.

(1) Cf. Cass., Conlat. XXI.

p. 361 Ne nous méprenons pas sur le caractère de cette affirmation de saint Benoît « qu’en tout temps la vie d’un moine doit témoigner de la même observance qu’en Carême ». Le Carême, selon l’acception courante, signifie une portion de l’année consacrée au jeûne, à l’abstinence, à des pratiques de mortification. Le monde, parce qu’il est toujours frappé par les choses qui le molestent davantage, ne voit dans le Carême que des retranchements sur le boire et le manger ; il prend plutôt conscience des pénalités culinaires de cette période que de son intention réelle et profonde de pénitence. Mais dans la pensée de saint Benoît le Carême a une acception plus large. Lorsqu’il souhaite que la vie du moine soit un perpétuel carême, il n’entend pas parler de celui de l’estomac : c’eût été bouleverser la règle établie ailleurs et laisser au moine la dangereuse liberté de manger ou de ne manger pas, et de manger à ses heures ; c’eût été manquer de discrétion. Même, il ne semble pas que N. B. Père songe ici à entraîner ses moines dans un régime d’austérités sans fin et de mortification extraordinaire. Il parle du carême spirituel, conciliable avec tous les horaires, avec tous les états de santé, supérieur de beaucoup au carême matériel, lequel n’est qu’un procédé qui nous aide à réaliser l’autre.

p. 362 Ce vrai carême implique deux éléments : un élément négatif et un élément positif, un élément de séparation et un élément d’union. Il consiste d’abord dans l’élimination du péché et de l’imperfection même, dans la suppression de tout ce qui est inconciliable avec la volonté de Dieu sur nous, avec la dignité de notre vocation, avec le sérieux de notre promesse. Et le carême spirituel est complet lorsque sont pratiquées les bonnes œuvres, lorsque l’âme adhère à Dieu plus intimement. Or, en tout temps, la vie du moine devrait s’efforcer de remplir ce programme de sainteté. La seule réalité de notre insertion au Seigneur et de notre collaboration liturgique quotidienne à son mystère devrait suffire pour imprimer à notre vie l’allure d’une fidélité croissante. Mais saint Benoît connaît les hommes : Paucorum est ista virtus. Il y a toujours une distance entre ce que nous sommes et notre idéal ; même dans la loyauté parfaite, il y a des défaillances d’exécution. Et le dessein du Carême est celui-ci : nous fournir l’occasion de réparer, d’expier toutes les négligences des autres temps. Le Carême est encore une période de recueillement, de docilité plus attentive, d’entraînement surnaturel : Omni puritate vitam suam custodire. Saint Benoît entend ici le mot pureté dans son sens large et compréhensif : c’est la vie d’unité et d’union à Dieu sans partage, l’absence de tout alliage dans le principe qui détermine intérieurement notre activité : Qui Spiritu Dei aguntur, ii sunt filii Dei; c’est la vraie virginité du cœur. Garder son âme en toute pureté et effacer les négligences des autres temps de l’année : ces deux recommandations sont liées ensemble comme cause et effet : nous n’atteignons les fautes d’autrefois que par la fidélité d’aujourd’hui (1).

(1) Saint Benoît s’est inspiré de plusieurs passages de S. Léon le Grand : Haec autem praeparatio, licet omni tempore salubriter assumatur,... nunc tamen sollicitius expetenda est... Scientes enim [adversarii nostri] adesse sacratissimos Quadragesimae dies, in quorum observantia omnes praeteritae desidiae castigantur, omnes negligentiae diluuntur. — Debebatur quidem tantis mysteriis ita incessabilis devotio et continuata reverentia, ut tales permaneremus in conspectu Dei, quales nos in ipso paschali festo dignum est inveniri. Sed quia haec fortitudo paucorum est... magna divinae institutionis salubritate provisum est, ut ad reparandam mentium puritatem quadraginta nobis dierum exercitatio mederetur, in quibus aliorum temporum culpas et pia opera redimerent, et jejunia casta decoquerent. — Deo ita demum sacrificium verae abstinentiae et verae pietatis offerimus, si nos ab omni malitia contineamus (De Quadrag., Sermo I, 2. P. L., LIV, 264 ; Sermo IV, 1 et 6. P. L., ibid., 275, 280).

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tamen quia paucorum est ista virtus, ideo suademus istis diebus Quadragesimæ omni puritate vitam suam custodire, omnes pariter

néanmoins, parce qu’il y en a très-peu qui en soient capables, nous exhortons tous les Frères de se conduire avec tant de vigilance et de pureté, dans ce saint temps,

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et negligentias aliorum temporum his diebus sanctis diluere.

qu’ils puissent effacer les négligences de toute l’année.

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Quod tunc digne fit, si ab omnibus vitiis nos temperamus: orationi cum fletibus, lectioni, et compunctioni cordis, atque abstinentiæ operam demus.

C’est à quoi nous satisferons avec toute l’exactitude nécessaire, si nous nous préservons de tout dérèglement ; si nous accompagnons notre oraison de nos gémissemens et de nos larmes ; si nous tenons nos cœurs dans la componction ; si nous nous exerçons dans les jeûnes et dans les lectures saintes.

Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 49.4

p. 362 Quod tunc digne fit, si ab omnibus vitiis nos temperemus; orationi cum fletibus, lectioni, et compunctioni cordis, atque abstinentiae operam demus.

p. 363 Saint Benoît analyse maintenant sa pensée ; il donne le détail des points sur lesquels pourront porter les observances individuelles du Carême. D’abord l’élément négatif : s’éloigner de tout vice, de toute habitude mauvaise. Ceci est élémentaire : il est bien superflu de surcharger l’observance de pratiques nouvelles, d’imaginer une belle stratégie de macérations, lorsque le cœur reste volontairement plein d’orgueil, de jalousie, de paresse, de murmure.

p. 363 Et voici l’élément positif. En premier lieu, l’oraison. Pour un pharisien, l’œuvre extérieure, la prestation matérielle, eût passé avant tout ; mais un chrétien songe d’abord à la prière. Saint Benoît demande une prière accompagnée de larmes, c’est-à-dire intime, instante, jaillissant de la tendresse et de la « componction du cœur ». Nous reconnaissons la doctrine du chapitre XX. Ainsi donc, en Carême, l’oraison privée sera plus fréquente et plus fervente ; l’oraison officielle, le service divin sera mieux préparé et célébré avec plus de soin. Nous nous appliquerons spécialement aussi à l’étude des choses divines, lectioni, et c’est pourquoi le chapitre précédent nous parlait des livres de carême. Remarquons comment N. B. Père suggère non pas des pratiques extraordinaires, mais un accomplissement intégral et plus généreux de nos simples devoirs d’état. Il ajoute un conseil de sobriété : abstinentiae, donnant peut-être à ce mot, comme à celui de Carême, une signification plus large que ne la lui donne l’usage courant. Il ne saurait même être question de l’abstinence des viandes, puisque, dans les monastères, elle était perpétuelle.

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Ergo his diebus augeamus nobis aliquid ad solitum pensum servitutis nostræ, orationes peculiares, ciborum et potus abstinentiam;

Il faut donc, dans ces jours, ajouter quelque chose à nos pratiques et à nos austérités accoutumées, en priant plus qu’à l’ordinaire, et en nous retranchant dans le boire et dans le manger ;

Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 49.5-49.7

p. 363 Ergo his diebus augeamus nobis aliquid ad solitum pensum servitutis nostrae : orationes peculiares, ciborum et potus abstinentiam ; unusquisque super mensuram sibi indictam aliquid propria voluntate cum gaudio Sancti Spiritus offerat Deo : id est, subtrahat corpori suo de cibo, de potu, de somno, de loquacitate, de scurrilitate, et cum spiritualis desiderii gaudio sanctum Pascha exspectet.

p. 363 La vie monastique a été définie : Dominici schola servitii. Il y a donc une tâche, un service que nous devons fournir, en stricte justice et conformément à nos vœux. Mais un bon et généreux serviteur va au delà de ce qui lui est prescrit : augeamus aliquid... (1). Et saint Benoît énumère quelques-unes des pratiques de Carême : celles qui intéressent surtout l’âme, les prières particulières ; celles qui ont pour dessein de réduire le corps, les privations dans la nourriture et le sommeil, l’abstention plus scrupuleuse du bavardage et de la dissipation. L’abstinence, le jeûne et les veilles sont les procédés classiques de la mortification corporelle. Rappelons-nous qu’en Carême nos pères ne prenaient qu’un seul repas, le soir ; il y avait bien quelque vaillance à retrancher encore sur un menu déjà frugal. Aliquid offerat : serait-ce trahir la pensée de saint Benoît que de reconnaître dans cette manière de dire une allusion rapide à la discrétion et à la mesure qui doivent, même en Carême, caractériser le programme de nos observances? La multiplicité dans les œuvres extérieures est encore un trait de la piété pharisienne.

(1) Encore un souvenir de S. Léon : Omnem observantiam nostram ratio istorum dierum poscat augeri... Ad mensuram consuetudinis nostrae necessariis aliquid addamus augmentis (De Quadrag., Sermo II, 1. P. L., LIV, 268). — Debet esse aliquid quod Quadragesimae diebus addatur (vel augeatur) : sed ita, ut nihil ostentationis causa fiat, sed religionis (S. Ambros., De virginibus, l. III, c. iv. P. L., XVI, 225).

p. 364 Ce qu’il nous faut recueillir surtout, c’est l’indication des dispositions intimes d’où procéderont nos pratiques de Carême : celles-ci devront avoir la physionomie gracieuse d’une « offrande faite à Dieu ». L’offrande est, par définition, quelque chose de spontané : le moine consultera donc sa propre générosité, et il choisira lui-même son présent, propria voluntate; et si l’obéissance intervient, ce n’est pas pour diminuer l’initiative ni la résolution virile, mais pour les diriger et les rendre fécondes. Une offrande se fait avec joie, « avec la joie du Saint-Esprit » : Hilarem enim datorem diligit Deus (II Cor., ix, 7). Nous savons que les jeûneurs pharisiens avaient la mine allongée et maussade : Exterminant facies suas (Matth., v, 16-18). Isaïe les voit contorquere quasi circulum caput suum, et saccum et cinerem sternere (2). Mais le Seigneur demande une autre attitude à des âmes qui sont en paix avec lui, qui sont aimées, qui portent en elles la Tendresse, la Beauté et la Joie infinies : Tu autem, cum jejunas, unge caput tuum et faciem tuam lava. N. B. Père sait son Évangile. Il n’ignore pas non plus qu’en Carême il y a des obstacles spéciaux à la joie : obstacles physiques, l’estomac qui geint, la tête qui est lourde... ; obstacles spirituels, les petits diables, un vol de vilains « oiseaux noirs (3) ». Quand il y a souffrance physique ou dépression morale, l’ennemi n’est jamais loin ; le Seigneur non plus, par bonheur, ni ses anges ; aussi l’Église a-t-elle soin de nous confier aux bons anges dès le début de la sainte Quarantaine (4).

(2) Missale Romanum, Epistola feriae VI post Cineres.

(3) S. Greg. M., Dial., l. II, c. ii.

(4) Missale Romanum, Dom. I Quadrag.

p. 364 Au reste, suggère la Règle, on voit le bout du Carême ! Que l’allégresse pascale prévienne les temps et rejaillisse jusque sur les semaines d’attente. Notons qu’il s’agit de « la joie d’un désir spirituel » : l’estomac, lui aussi, a ses convoitises, mais ce n’est pas d’elles qu’il est ici question. Et cum spiritualis desiderii gaudio sanctum Pascha exspectet : on entrevoit dans cette petite phrase toute la saveur qu’avait la sainte Pâque pour N. B. Père saint Benoît. Ainsi, deux fois en quelques lignes, la joie est mentionnée ; c’est qu’en effet le précepte de la joie oblige toujours. Même à ses heures les plus austères et jusque dans l’exercice de la pénitence, la vie monastique gardera donc l’aspect tranquille et l’abord facile que lui voulait saint Benoît : In qua institutione nihil asperum nihilque grave nos constituturos speramus.

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ut unusquisque super mensuram sibi indictam aliquid propria voluntate cum gaudio Sancti Spiritus offerat Deo:

en sorte que chacun, par le mouvement d’une piété toute volontaire, et avec la joie que donne le Saint-Esprit (Rom. 14), offre à Dieu quelque chose au-delà de ce qui lui est prescrit ;

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id est, subtrahat corpori suo de cibo, de potu, de somno, de loquacitate, de scurrilitate; et cum spiritalis desiderii gaudio sanctum Pascha exspectet.

c’est-à-dire qu’il se mortifie dans le boire, dans le manger, dans le dormir ; et que s’il y en a quelqu’un qui soit porté à trop parler, à tenir des discours peu sérieux, ou à commettre des actions légères ; qu’il soit plus retenu et plus sage : enfin, que tous attendent la Solennité de Pâques dans une sainte impatience.

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Hoc ipsum tamen, quod unusquisque offert, Abbati suo suggerat, et cum ejus fiat oratione et voluntate:

Cependant, que personne ne se retranche de rien qu’il n’en avertisse l’Abbé, et qu’il ne le fasse avec son agrément et sa bénédiction ;

Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 49.8-49.10

p. 365 Hoc ipsum tamen, quod unusquisque offert, Abbati suo suggerat, et cum ejus fiat oratione et voluntate ; quia quod sine permissione patris spiritualis fit, praesumptioni deputabitur et vanae gloriae, non mercedi. Ergo cum voluntate Abbatis omnia agenda sunt.

p. 365 La part surajoutée de mortification, encore qu’elle soit résolue spontanément, sera néanmoins soumise à l’Abbé, que N. B. Père appelle ici pater spiritualis. On ne saurait excéder lorsqu’il s’agit des vertus théologales ; on excède facilement lorsqu’il s’agit des vertus morales, lesquelles consistent dans une sage moyenne prise entre deux extrêmes, et dont l’objet immédiat est une chose bonne, non par elle-même ni pour elle-même, mais en vertu de sa relation avec une autre qui est bonne d’une façon absolue. La mortification n’est bonne que relativement : sinon, tous les fakirs indiens seraient parfaits ! Elle est bonne parce qu’elle nous établit en santé morale et qu’elle diminue les exigences du corps ou de l’esprit propre ; — parce qu’elle nous fait expier et réparer le péché ; — et surtout parce qu’elle nous associe aux souffrances de Notre-Seigneur Jésus-Christ ; elle est bonne comme procédé et comme moyen, non comme fin. Or, il y a place, sur ce terrain, pour des erreurs doctrinales et pour des erreurs pratiques. On peut non seulement manquer de mesure, mais encore, par un renversement étrange des principes mêmes du christianisme, faire consister toute la vie surnaturelle dans l’œuvre de mort de la pénitence ; on peut s’exalter dans son audace, — tuer le bélier pour laisser vivre Isaac. L’attrait pour une mortification rigoureuse peut être affaire de tempérament, violence naturelle, raffinement maladif, ou bien n’être qu’une forme de la superbe. Et il s’en faut de beaucoup que l’ardeur à la mortification corporelle s’unisse toujours à l’obéissance intérieure et à la mortification de l’esprit. Il n’y a réellement d’avenir ni pour les mous, ni pour ceux qui sont extrêmement mortifiés, lorsque leur pénitence n’est pas accompagnée d’une très grande docilité et soumission d’âme. L’unique procédé qui nous mette à l’abri des illusions est indiqué par saint Benoît : confier à notre Abbé nos bons désirs et suivre en tout sa direction.

p. 366 N. B. Père assigne un autre motif à ce recours au supérieur. Le moine ne s’appartient plus, l’exercice de son activité entière est déterminé par la Règle et par la volonté de l’Abbé (1). Il ne faudrait pas, sous couleur de perfection et au moyen d’observances particulières, peut-être excellentes en soi, mais non autorisées, échapper tout un Carême à une sujétion absolue qui est la condition même de notre vie monastique! Des œuvres faites dans ces dispositions n’auraient aucun caractère surnaturel et méritoire. Ce qui se fait sans la permission du père spirituel, dit saint Benoît, sera porté au compte de la présomption et de la vaine gloire et non de ce qui mérite récompense (2). De nouveau, nous sommes mis en garde contre une tendance pharisienne : l’ostentation dans les bonnes œuvres : Noli tuba canere ante te, sicut hypocritae faciunt in synagogis et in vicis ut honorificentur ab hominibus... Amen dico vobis : receperunt mercedem suam (Matth., vi, 2). Dans nos petites mortifications, oublions toutes choses, sauf le regard et la joie de notre Père céleste. Saint Benoît parle non seulement de la permission de l’Abbé mais de sa prière. Nous pouvons compter toujours sur la prière de notre Abbé, et la nôtre doit être associée habituellement à la sienne.

(1) Sine (praepositi) voluntate nullus frater quidquam agat (Reg. II SS. Patrum, i).

(2) Cf. S. Basil., Reg. contr., lxxxix, clxxxi, clxxxiv. — Cass., Inst., V, xxiii. — Hæften, l. X, tract. viii, disq. vi. — Udalr., Consuet. Clun., l. II, c. lii.

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quia quod sine permissione Patris spiritalis fit, præsumptioni deputabitur et vanæ gloriæ, non mercedi.

parce que tout ce qui se fait sans la permission du Père spirituel, sera imputé à présomption et à vaine gloire, et demeurera sans récompense.

10

Ergo cum voluntate Abbatis omnia agenda sunt.

Ainsi personne ne doit rien faire sans le consentement de l’Abbé.

Texte latin : édition de Hunter Blair, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus, 1906, sans les renvois bibliques entre crochets ni les notes de l’éditeur. Numérotation usuelle des versets. · Traduction française de 1689 (Congrégation de Cluny), réédition de Paris, 1824. Texte du domaine public en France (art. L123-1 du code de la propriété intellectuelle). Transcription et révision : Abbatia Sancti Petri de Curte. Signaler une erreur