Histoire
Les bénédictines de Mas-Grenier
Les moniales bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement ont vécu et prié à l’abbaye Saint-Pierre de 1921 à 2014.
« Et sic stemus ad psallendum, ut mens nostra concordet voci nostræ. »
Règle de saint Benoît, chapitre 19 (traduction de 1689)
Acquittons-nous avec tant de religion de cet exercice si saint, qu’il soit vrai de dire que nos cœurs parlent de concert avec nos bouches.
Pendant près d’un siècle, des moniales ont chanté l’office dans le chœur de la chapelle Saint-Pierre et adoré le Saint-Sacrement, jour et nuit, dans les bâtiments de l’ancienne abbaye. Elles appartenaient à l’institut des Bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement. L’association Abbatia Sancti Petri de Curte a été fondée pour que la prière reprenne là où elles l’avaient portée.

Mère Mectilde du Saint-Sacrement
L’institut est né à Paris au XVIIe siècle. Sa fondatrice, Catherine de Bar (1614-1698), en religion Mère Mectilde du Saint-Sacrement, était lorraine. Chassée par les guerres qui ravageaient la Lorraine, elle arrive à Paris avec quelques sœurs en 1651. En 1653, des lettres patentes du roi autorisent la fondation d’un monastère voué à l’adoration perpétuelle du Saint-Sacrement ; la reine Anne d’Autriche en est la protectrice. Le pape Innocent XI approuve l’institut par la bulle Militantis Ecclesiæ du 10 décembre 1676.
Une vie bénédictine tournée vers l’Eucharistie
Les moniales suivent la Règle de saint Benoît : l’office divin chanté au chœur, le silence, le travail et la vie commune sous une prieure. L’institut y ajoute une vocation propre : l’adoration du Saint-Sacrement exposé, assurée sans interruption par les sœurs qui se relaient devant l’autel, dans un esprit de réparation pour les outrages faits à l’Eucharistie. Supprimés à la Révolution, les monastères de l’institut sont rétablis au XIXe siècle et se regroupent ensuite en fédérations ; la fédération française compte encore aujourd’hui plusieurs monastères.
Du monastère du Sacré-Cœur à Mas-Grenier
La communauté qui s’établit à Mas-Grenier est celle du monastère du Sacré-Cœur, érigé en 1817. Comme beaucoup de communautés religieuses françaises au début du XXe siècle, elle doit quitter la France : en 1904, les religieuses partent en exil en Espagne. Elles reviennent en 1921 et s’installent dans l’ancienne abbaye Saint-Pierre de Mas-Grenier, vendue comme bien national en 1791, qui reprend alors vie sous une forme nouvelle : un monastère de moniales.


Les années de guerre
En 1944, le bombardement de la région toulousaine endommage le monastère des clarisses de Toulouse ; une sœur y trouve la mort. La communauté des clarisses est alors accueillie par les bénédictines de Mas-Grenier, jusqu’à son retour à Toulouse en 1945, dans son monastère restauré.
Dans le même temps, Mgr Pierre-Marie Théas, évêque de Montauban à partir de 1940, prend publiquement position contre la persécution des Juifs (lettre pastorale de l’été 1942) ; il sera reconnu Juste parmi les nations. Des récits publiés en ligne rapportent que l’abbaye de Mas-Grenier compta parmi les maisons religieuses qui servirent alors de refuge ; nous n’en avons pas encore trouvé de source documentaire sûre.
Le départ
En 2014, la communauté, devenue peu nombreuse, quitte Mas-Grenier ; elle est unie au monastère des bénédictines d’Erbalunga, en Corse, fondé en 1862 et rattaché à l’institut en 1951. Les bâtiments sont vendus. Les stalles, le chœur et l’aile où vivaient les moniales demeurent : la maison Saint-Michel occupe aujourd’hui cette aile, près du chœur.
Sources
Cette page s’appuie sur des sources publiques, citées ci-dessous. Les dates de 1817 et de l’exil en Espagne (1904-1921) proviennent de notices en ligne ; elles restent à vérifier dans les archives de la communauté et dans celles du diocèse de Montauban. Toute précision ou document peut être adressé à ac@abbayesaintpierre.org.
- Bénédictines de l’Adoration perpétuelle du Très-Saint-Sacrement, Wikipédia : fondation, approbation de 1676, liste des monastères (« monastère du Sacré-Cœur de Mas-Grenier, érigé en 1817, puis uni à Erbalunga »).
- Mas-Grenier, Wikipédia : vie monastique restaurée par les bénédictines du Saint-Sacrement à partir de 1921 (l’article donne 2013 pour le départ ; la communauté a quitté Mas-Grenier en 2014).
- Monastère Sainte-Claire de Toulouse, Service des moniales de France : accueil des clarisses à Mas-Grenier en 1944-1945.
- Monastère des bénédictines d’Erbalunga, Corsicathèque : fondation en 1862, rattachement à l’institut en 1951.
- Pour l’histoire plus ancienne de l’abbaye : le Conservatoire du Patrimoine des Abbayes.