Abbatia
Sancti Petri
de Curte

The Rule of Saint Benedict

Chapter 5

De ObedientiaOn Obedience

On the whole chapter

Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 5

p. 94 DE L’OBÉISSANCE DES DISCIPLES

1

Primus humilitatis gradus est obedientia sine mora.

The first degree of humility is prompt obedience.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.1

col.349 Primus humilitatis gradus est obedientia sine mora.] Non levem hæc verba continent difficultatem : qui enim capite septimo obedientiam in tertio humilitatis gradu collocavit, hic eam in primo constituit. Difficultatis nodum duobus modis extricat Petrus Boherius dicendo : 1° Obedientiam recte dici primum humilitatis gradum, non quidem ordine, sed excellentia et dignitate : quam solutionem etiam adhibet Bernardus Cassinensis. Et sane tanta est Obedientiæ virtus, ut etiam victimis præferatur. 2° obedientiam esse primum humilitatis gradum extrinsecum, timorem vero intrinsecum : quam responsionem hausit ex Smaragdo hanc ad quæstionem ita reponente : « Timor est primus in corde, obedientia in actione. » Tertiam solutionem adinvenit Menardus noster : « Obedientia, inquit, non est primus humilitatis ordine, sed utilitate potior. » Et certe, teste S. Gregorio, « Obedientia sola virtus est, quæ menti cæteras virtutes inserit, insertasque custodit. » Quartam subministrat Joannes Craesbeeck, cum dicit obedientiam primum esse humilitatis gradum, non quidem absolute, sed primum inter eos quos religiosus in monasterio existens exercere et ascendere incipit : nam duos primos ante conversionem, sive antequam corpori congregationis sociaretur ascendisse debuit ; quod probat auctoritate S. Bernardi in tractatu de Gradibus humil., gradu 10. Quintam superaddo, scilicet humilitatis nomine aliud nihil a S. Patre intelligi, nisi ipsam obedientiam , quam humilitatis vocabulo nuncupat, quod duæ illæ virtutes ita invicem sint connexæ atque concatenatæ, ut neutra sine altera possit existere. Atque ita S. Benedictum videtur intellexisse Hildemarus, ad hunc locum hæc scribens : « Videndum quare dicit humilitatis, cum clavis illius capituli de obedientia dicit ; potuit enim dicere : Primus obedientiæ gradus est ; sed ideo dixit humilitatis, quia istæ tres virtutes , id est charitas , humilitas, obedientia, adeo sunt conjunctæ, ut una sine altera esse nequeat : nam ubi obedientia est, ibi est humilitas et charitas. » Et hoc sensu primus humilitatis gradus idem sonat atque unus obedientiæ gradus ; quæ expositio videtur antiquissima , testante Hildemaro, primum hic pro solo, secundum quorumdam sententiam, accipi. Et sane secundum tertiumve obedientiæ gradum deinceps S. Pater non assignat ; sed neque SS. Patres aliam admisisse videntur obedientiam, præter eam quæ moræ esset impatiens ; unde et eam definierunt persuasionem sine discussione (S. Antioch., homil. 39), reumque inobedientiæ censuerunt eum qui vel minimam in exsequendo mandato moram faceret : « Si quis , inquit S. Columbanus (Regul. c. 2), verbum audiens statim non surrexerit, inobediens judicandus est. » Simile aliquid legitur in Regula Cujusdam ad monachos (Cap. 29) : « Si quis ad vocem compulsoris sive invitantis ad aliud quodcunque, non statim surrexerit, hic inobedientiæ reus est : petat veniam, et iterare non præsumat, quoniam oportet unumquemque ad propriam vocem invitantis assurgere, velut si carbo ignis ardentis descendisset super eum. Si obedientia hæc non fuerit, quam diximus, mortua est, et non acceptabilis apud Deum. » Alia, sed magis lepida similitudine demonstrat S. Basilius , quam prompta et velox debeat esse monachorum obedientia : interrogatus enim « cum quali affectione obedire oportet ei qui ad mandati executionem nos sollicitat et urget ? » respondet : « Cum tanta quanta. parvulus vocanti se ad refectionem nutrici obedit, et quilibet cui vita chara sit, ei qui sibi ea quæ ad vivendum necessaria sunt largiatur obedit ; imo multo majore, quo vita æterna nobilior est ea quæ nunc est. »

Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 5.1-5.6

p. 94 De obedientia discipulorum. — Primus humilitatis gradus est obedientia sine mora. Haec convenit iis qui nihil sibi Christo carius existimant. Propter servitium sanctum quod professi sunt, seu propter metum gehennae, vel gloriam vitae aeternae, mox ut aliquid imperatum a majore fuerit, ac si divinitus imperetur, moram pati nesciunt in faciendo. De quibus Dominus dicit : In auditu auris obedivit mihi. Et item dicit doctoribus : Qui vos audit, me audit.

p. 94 Il n’y a point de contradiction entre l’affirmation par laquelle débute ce chapitre et la doctrine du chapitre VII qui donne comme troisième degré d’humilité l’obéissance. Les points de vue sont différents. L’obéissance dont il est parlé ici n’est pas un degré spécial, après lequel il y en aurait un second, puis un troisième : saint Benoît proclame sa valeur souveraine et déclare qu’elle est le sommet, l'apex, le résumé et l’expression la plus achevée de l’humilité. Il ne s’agit pas, en effet, d’une obéissance quelconque, mais de l’obéissance empressée et affectueuse, la seule vraie, la seule digne de Dieu et de nous-mêmes ; c’est de celle-là seulement qu’il est question, N. B. Père ne voulant pas supposer que des moines puissent se contenter des formes diminuées et inférieures de l’obéissance. Quant à l’humilité, saint Benoît l’envisage de la même manière qu’au chapitre VII; elle est moins une vertu particulière qu’un état, un tempérament, une disposition morale définitive. L’obéissance et l’humilité, telles que les conçoit N. B. Père, pourraient se définir l’une par l’autre ; ou bien, si elles se distinguent, c’est comme cause et effet, comme indice et réalité : les actes de l’obéissance nous préparent et nous conduisent à l’humilité, c’est-à-dire à être devant Dieu ce qu’il convient que nous soyons, et la perfection de cette attitude, l’achèvement de notre humilité, c’est une obéissance qui ne temporise pas.

p. 95 On peut reconnaître dans le chapitre trois parties : les motifs de l’obéissance, ses qualités extérieures, sa perfection intérieure.

p. 95 Le seul fait d’être créature, et créature intelligente, nous porte déjà à l’obéissance. Lorsque Dieu a créé, dit la théologie, il n’a été déterminé ni sollicité par rien ; mais il a eu un dessein, il a assigné un but non pas à lui et à son action, mais aux choses elles-mêmes. Il y a une fin morale des choses, un programme éternellement conçu par Dieu et qui se réalise dans le temps sous sa main toute-puissante. La fin des êtres, c’est le bien ; et le bien essentiel de la créature, c’est d’être ce que le Seigneur veut qu’elle soit, de faire ce qu’il veut qu’elle accomplisse, d’aller par ses actes là où il veut la conduire, c’est-à-dire à la manifestation des attributs divins. Chacune des choses collabore à sa manière, moyennant l’activité spontanée de son être, à l’exécution d’un vaste plan d’ensemble, dont nous ne saisirons bien qu’au ciel toute l’harmonie : nul ne s’y soustrait pour suivre son caprice ; c’est un concert sans fausse note. Toute créature demeure, ontologiquement, vraie et bonne : elle est de Dieu, elle est pour Dieu. Toute la création obéit ; elle obéit bien, jusqu’à la souplesse absolue, jusqu’au miracle ; Dieu peut toujours attendre d’elle ce qu’au chapitre LXXI saint Benoît appellera obedientiae bonum. Et c’est un spectacle impressionnant qu’une sujétion si universelle. Mais les êtres matériels font le bien sans savoir ; « les cieux qui chantent la gloire de Dieu » ne comprennent pas leur cantique. L’homme seul est l’ouvrier de Dieu conscient et volontaire. L’ordre, pour lui, et la joie, c’est d’entrer librement dans ce concert de la création, d’être le collaborateur aimant de Dieu. Et toute loi qui se présente à nous avec autorité, n’est que l’expression du mode selon lequel nous pouvons aider Dieu à réaliser son programme de bien et de beauté. Nous avons là le sens exact de l’obéissance.

p. 95 Il est tel encore et surtout dans l’économie surnaturelle. Et si N. B. Père propose à notre obéissance des motifs plus attrayants et plus efficaces que cette considération philosophique et un peu stoïcienne : Toti te insere mundo, n’a-t-il pas cependant, dès le Prologue, présenté le moine comme l’ouvrier privilégié que cherche Dieu? n’invoque-t-il pas ici même le servitium sanctum qu’a voué le religieux? et ne décrit-il pas l’obéissance comme une conformité pratique de nos desseins à ceux de Dieu?

p. 95 Tout nous invite à l’obéissance prompte : la loyauté, la prudence, l’espérance, la charité. Les uns voient dans l’obéissance la fidélité aux engagements de leur profession : nous avons donné notre parole ; et il est sûr que ce jour-là nous n’avons ni promis de désobéir, ni formulé de réserve quelconque. Les autres se souviennent que l’enfer a été créé pour engloutir une rébellion ; l’obéissance leur apparaît comme la condition même de leur sécurité ; et, pour ne pas être le plus élevé, ce motif est bon cependant et surnaturel. D’autres font de l’obéissance un exercice de la vertu d’espérance : n’ignorant pas que le salaire promis est la vie éternelle, ils se portent à l’obéissance comme à la rançon de leur gloire future.

p. 96 Mais le motif profond de l’obéissance, celui qui prime tous les autres et dont tous les autres ne sont guère que le morcellement et le détail, c’est la charité. L’obéissance prompte, dit saint Benoît, est le propre de ceux qui estiment n’avoir rien de plus cher que le Christ (nous reconnaissons le vingt et unième instrument des bonnes œuvres). Il semble que cela soit facile et normal de ne rien préférer au Seigneur? En effet ; mais pratiquement, peut-être à notre insu, il est souvent des choses que nous aimons plus que lui : une passion, une idée, un projet, un désir. Toutes nos résistances, nos inerties, nos atermoiements, nos difficultés viennent de là. Aussi longtemps que nous avons notre programme personnel, que nous nous définissons à nous-mêmes notre direction et l’emploi de notre activité, nous ne sommes pas libres et le Seigneur n’est pas libre chez nous ; l’obéissance parfaite n’existe pas encore. Mais, à dater du jour où il n’est rien que nous aimions hors de Dieu, que nous aimions plus que Dieu, nous devenons dans sa main une vigueur disponible, une force qu’il utilisera à son gré. Comme il importe de prendre garde à ne relever jamais l’édifice de la volonté propre jeté à bas dès le début de notre vie monastique ! L’âge nous y porte, quelquefois même les obédiences nous deviennent un piège. Pourquoi désapprendre la simplicité et la naïveté de notre soumission première, puisque l’indice de notre croissance surnaturelle résidera toujours dans l’empressement de notre obéissance?

p. 96 Ceux qui aiment le Christ, dit saint Benoît, ne peuvent souffrir de retard dans l’exécution de l’ordre donné, les délais leur sont impossibles : moram pati nesciunt in faciendo. Ils ont reconnu la voix aimée du Seigneur (1). La personne du supérieur, avec son caractère ou ses défauts, ne leur fournit jamais de prétexte pour se dérober. Ils ne distinguent pas entre ce qui vient directement de Dieu et ce qui vient encore de lui, mais par l’intermédiaire de l’homme. C’est toujours à Dieu qu’ils obéissent, comme l’affirme à ceux qui le représentent le Seigneur lui-même : Qui vos audit me audit (Luc., x, 16). Quant aux choses, elles n’ont de couleur et de saveur qu’autant que Dieu les veut et les aime ; elles sont indifférentes jusqu’à ce qu’aient apparu les relations qu’elles soutiennent avec la volonté divine : mox ut aliquid imperatum a majore fuerit (2). Le simple fait doctrinal qu’au Seigneur va toute notre obéissance nous donne la mesure de sa dignité et de son mérite ; il en commande aussi l’allure rapide ; et le Seigneur s’applaudit avec fierté d’être si bien écouté et compris : In auditu auris obedivit mihi (Ps. xvii, 45).

(1) Réminiscence de Cassien, Inst., IV, x, xxiv ; XII, xxxii.

(2) Statimque cum tibi a majore fuerit imperatum (S. Pach., Reg., xxx).

p. 97 Ce n’est que justice pour le Seigneur de se féliciter, puisque notre obéissance est son œuvre. Comprenons bien. Notre âme est un sanctuaire, le sanctuaire du Dieu vivant. Il y a eu effusion de la vie du Seigneur en nous ; et tout le travail de l’Église n’a pas d’autre intention que d’assurer en chacun et en tous la croissance complète du Christ. Cette doctrine est élémentaire et connue. Celle qui l’est moins peut-être, c’est que, dans l’ordre surnaturel, n’ont de réelle valeur et de portée que les œuvres qui procèdent de ce trésor de la vie divine communiquée. Et notre obéissance n’est parfaite que lorsqu’elle est devenue une déférence profonde et continue envers celui qui vit dans notre cœur. La forme de l’obéissance la plus achevée n’est-elle pas de se livrer à toute bonne œuvre sous la pression intérieure du Seigneur et de son Esprit? N’est-ce pas dans ce sens que l’Apôtre nous a dit que « se laisser conduire par l’Esprit de Dieu, c’est vraiment être enfant de Dieu »? Et ainsi le Seigneur nous incline à l’obéissance non pas seulement par des procédés objectifs et extérieurs, non pas seulement en nous fournissant des motifs d’ordre naturel ou surnaturel, mais encore en nous faisant communier au dedans à la vie, aux facultés, aux vertus de celui « qui s’est fait obéissant jusqu’à la mort et jusqu’à la mort de la croix ».

p. 97 Ah ! qu’il serait facile de faire l’apothéose de l’obéissance et de montrer que tout en demeurant, comme la religion, dans le groupe des vertus morales, elle est néanmoins en contact avec les vertus théologales, celles qui ont Dieu directement pour objet et qui unissent à lui. Elle prépare à ces vertus et elle en est comme imprégnée ; au point de vue de ses éléments positifs, elle en implique pratiquement l’exercice. Elle est foi, puisque nous croyons aux volontés de ce Dieu qui se cache dans la personne des supérieurs. Elle est espérance, puisque nous faisons nôtre le programme de Dieu pour le temps et pour l’éternité. Elle est charité, puisque l’obéissance filiale et l’amitié réalisent l’une et l’autre la définition : idem velle, idem nolle; et surtout puisque, selon saint Jean, « celui qui garde la parole du Seigneur, c’est en lui vraiment que l’amour de Dieu est parfait, et par là nous connaissons que nous sommes en lui » (I Joann., ii, 5). De même, l’obéissance implique l’exercice de l’adoration en esprit et en vérité, l’hommage essentiel que Dieu demande à sa créature rachetée. On peut dire de l’obéissance qu’elle résume tout le christianisme : Qui facit voluntatem Patris mei qui in caelis est, ipse intrabit in regnum caelorum (Matth., vii, 21).

2

Hæc convenit his, qui nihil sibi Christo carius existimant,

This is required of all who, whether by reason of the holy servitude to which they are pledged, or through fear of hell, or to attain to the glory of eternal life, hold nothing more dear than Christ.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.2

col.351 Hæc,] nimirum obedientia sine mora, [convenit his qui nihil sibi a Christo charius aliquid existimant.] Quis enim nisi divino succensus amore ita ad nutum superioris obedientiam exhibeat, ut nulla interposita mora obtemperet ?

3

propter sanctum servitium quod professi sunt, seu propter metum gehennæ, vel gloriam vitæ æternæ;

↑ rendered with the verse above

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.3

col.351 Propter servitium sanctum quod professi sunt, etc.] Hic tres proponit rationes, quibus quasi totidem stimulis excitatur monachus ad obediendum sine mora. Prima est propter servitium sanctum quod professi sunt, id est propter professionem , qua se coram altari in perpetuos servos supremo omnium Domino addixerunt. Eodem stimulo suos S. Bernardus excitabat ad repellendas illicitas cogitationes, « Tune, inquiens (Serm. 33, de divers.), hæc debes cogitare, qui sacerdos es, qui clericus es, qui monachus es ? Cultor justitiæ dei et in se quidquam iniquum admittere ? Decet servum Christi, amatorem Dei, tale aliquid vel ad modicum meditari ? » Eadem oratione Gilbertum eremitam ad perfectionem hortabatur Petrus Venerabilis (Lib. i, ep. 20) : « Cellam tibi propono, ut secundum antiqui cujusdam Patris dictum ipsa sola eloquentius omnibus magistris tacendo te doceat ; hanc certe non audire non poteris, quando eam quotidianum salutis tuæ monitorem habebis. » Porro S. Benedictus professionem monasticam non simpliciter servitium, sed servitium sanctum appellat, tum quia sanctum efficit monachum , tum quia per eam sancti sanctorum Domini servitio consecratur, tum etiam « quia sancto proposito ex Spiritu sancto inchoatum est, » ut dicit Trithemius. Secunda ratio est propter metum gehennæ ; quo nomine non modo æternam , sed insuper temporalem pœnam intelligit Hildemarus ; quanquam de sola sempiterna gehenna dictum S. P. Benedicti capiendum censeant Bernardus Cassinensis et Boherius. Tertia ratio est propter gloriam vitæ æternæ, quæ quantos hominibus ad recte vivendum, et monachis ad obediendum stimulos addere possit, nemo non videt.

4

mox ut aliquid imperatum a majore fuerit, ac si divinitus imperetur, moram pati nesciunt in faciendo.

Such disciples delay not in doing what is ordered by their superior, just as if the command had come from God.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.4

col.351 Mox ut aliquid imperatum a majore fuerit.] A majore, inquit, quia non solum abbati aut præposito, sed etiam prioribus sive antiquioribus obedire debent ; præmisso tamen abbatis aut præpositorum imperio, ut notat Boherius, quamvis hic Majoris nomine abbatem proprie intelligendum esse existimarem

col.352 Ac si divinitus imperetur, moram pati nesciunt in faciendo.] Ad instar Ægyptiorum Tabennensiumque monachorum, de quibus Cassianus (Lib. iv Instit., c. 10) : « Sic universa complere quæcunque fuerint ab eo præcepta, tanquam si a Deo sint cœlitus edita, sine ulla discussione festinant, ut nonnunquam etiam impossibilia sibimet imperata ea fide ac devotione suscipiant, ut tota virtute, et sine ulla cordis hæsitatione perficere ea, aut consummare nitantur. » Ex Regula etiam SS. Serapionis, Macarii, Paphnutii, et alterius Macarii, superiori tanquam Domino cum omni lætitia obediendum est.

5

De quibus Dominus dicit: In auditu auris obedivit mihi.

Of such our Lord says, At the hearing of the ear he hath obeyed me.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.5

col.352 De quibus Dominus dicit : « Obauditu auris obedivit mihi. »] id est, statim ut audivit, obedivit.

6

Et item dicit doctoribus: Qui vos audit, me audit.

And to the teachers He likewise says, He that heareth you, heareth me.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.6

col.352 Et item dicit doctoribus : qui vos audit me audit.] Doctoribus, inquit, ne forte quis solis apostolis aut discipulis hæc dicta existimaret.

7

Ergo hi tales relinquentes statim quæ sua sunt, et voluntatem propriam deserentes,

For this reason such disciples, surrendering forthwith all they possess, and giving up their own will,

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.7

col.352 Ergo hi tales.] Qui nihil sibi Christo charius aliquid existimant.

col.352 Relinquentes statim quæ sua sunt.] Id est quæ ad propriam utilitatem sibi ab abbate et Regula concessa sunt, ut exponit Hildemarus; nam monachi suum nihil habent, cum nec corpora, nec voluntates in sua illorum potestate. Vel quæ sua sunt, scilicet opere vel custodia, ut loquitur Boherius in secundo commentario, id est quæ agebant, suæque tradita erant custodiæ. Vel tandem quæ sua sunt, hoc est quæ sibi magis eligunt, magisque placent, juxta Bernardum Cassin. et Boherium in primo comm.

col.352 Et voluntatem propriam deserentes.] Per voluntatem propriam hic delectationem et voluptatem, quam in operando percipimus, intelligit Hildemarus : unde etiam Bernardus Cassinensis hæc verba præcedentium esse exposititia asserit, ut idem sit, Et voluntatem propriam deserere, et quæ sua sunt relinquere.

Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 5.7-5.10

p. 98 Ergo hi tales relinquentes statim quae sua sunt, et voluntatem propriam deserentes, mox exoccupatis manibus, et quod agebant imperfectum relinquentes, vicino obedientiae pede, jubentis vocem factis sequuntur; et veluti uno momento praedicta magistri jussio, et perfecta discipuli opera, in velocitate timoris Dei, ambae res communiter citius explicantur, quibus ad vitam aeternam gradiendi amor incumbit.

p. 98 Voici les qualités de l’obéissance. La première est l’empressement. Saint Benoît l’a indiquée déjà, mais elle lui paraît si caractéristique qu’il la décrit avec complaisance, accumulant les synonymes et les images les plus expressives, dans une phrase qui est peut-être la plus travaillée de toute la sainte Règle.

p. 98 L’obéissant n’hésite point. Non seulement il n’invoque pas de prétextes pour se dérober, mais il ignore même toute délibération et tout raisonnement avant d’agir. Un ordre quelconque, et d’où qu’il vienne, le trouve toujours prêt. A cette spontanéité, à cette netteté résolue, la nature nous a peu préparés. Tout changement nous déconcerte. On ne modifie jamais qu’avec effort le repos ou le mouvement des corps ; et même sans faire appel aux êtres purement matériels, nous savons bien que, lorsque nous nous appliquons à une œuvre, il y a convergence telle de toute notre activité, que, s’il faut nous détacher de ce travail pour en aborder un autre, une secousse intérieure est inévitable ; il s’élève en nous une protestation secrète, et comme une hésitation involontaire. Mais chez celui qui est parvenu à l’obéissance véritable, on ne trouve plus trace de ce premier mouvement. Il délaisse tout aussitôt son œuvre ; il déserte sa volonté propre, c’est-à-dire sa préférence, son application du moment. Les choses lui tombent subitement des mains ; ses mains sont libres. Le travail est inachevé (1)? il n’importe ; on pourra le reprendre s’il y a lieu ; mais il ne convient pas que Dieu attende. Car Dieu a parlé ; et pour l’obéissant il n’est plus rien au monde que Dieu et la chose que Dieu veut de lui. Son obéissance emboîte pour ainsi dire le pas de celui qui commande, l’exécution suit immédiatement et serre de près l’ordre donné. Ou, plutôt, il n’y a pas d’intervalle appréciable entre l’une et l’autre : c’est en quelque sorte dans le même instant très rapide et indivisiblement que se réalisent ces deux choses : l’ordre logiquement antérieur du maître et son accomplissement par le disciple.

(1) Cf. Cass., Inst., IV, xii.

p. 99 Il y a loin de l’obéissance ainsi décrite à celle qui reproduirait la passivité et l’inertie d’un cadavre ou bien la docilité inconsciente du bâton que notre bras manie (1) ! On dit que le propre d’un bon capitaine est d’avoir sa troupe bien en main, de manière à lui faire produire avec entrain et unité un maximum d’effet, au moment exact où elle doit donner. C’est une image de l’âme obéissante : la vraie maîtrise, la vraie souveraineté intérieure est d’avoir en main, connues et groupées, toutes ses forces vitales, afin de les faire collaborer, à l’instant précis, à l’œuvre que Dieu demande. L’âme est devenue une activité, mais souple et toujours libre au milieu de son application même ; elle est parfaitement intelligente, elle donne aux choses leur valeur réelle ; elle s’applique ou se détache selon Dieu, par Dieu, pour Dieu. L’empressement extraordinaire de son obéissance vient uniquement de sa crainte de Dieu : in velocitate timoris Dei; elle craint de lui être moins agréable, elle redoute de le perdre ou de retarder son entrevue avec lui. Elle aime ; elle n’a d’autre désir que celui de monter en hâte vers la vie éternelle : quibus ad vitam aeternam gradiendi amor incumbit.

(1) Quand les maîtres de l’ascétisme emploient ces comparaisons, ils veulent exprimer seulement la parfaite souplesse de l’âme obéissante, morte à sa volonté propre. Cfr. S. Nili Liber de monastica exercitatione, c. xli. P. G., LXXIX, 769-772. — Constitutiones Societatis Jesu, P. VI, c. i. Institutum Soc. J. (Prague, 1757), vol. I, p. 408.

8

mox exoccupatis manibus, et quod agebant imperfectum relinquentes, vicino obedientiæ pede jubentis vocem factis sequuntur;

leave unfinished what they were working at, and with the ready foot of obedience in their acts follow the word of command.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.8

col.352 Mox exoccupatis manibus, et quod agebant imperfectum relinquentes.] Ita Marcus monachus, ut jubentis pareret imperio, litteram O imperfectam dereliquit, multaque hujusmodi exempla in sanctorum actis passim occurrunt : sed nunquam perfectius opus efficitur quam cum propter obedientiam imperfectum relinquitur.

col.352 Vicino obedientiæ pede jubentis vocem factis sequuntur, etc.] Hæc verba expositione non indigent, sed praxi. Ex dictis porro hactenus de obedientia sine mora, satis damnata manet monachorum quorumdam agendi ratio, qui ante discutere volunt superiorum jussa, quam adimplere; de quibus S. Bernardus (Serm. 41 de divers.) : « Multos videmus post præcipientis imperium multas facere quæstiones : Cur, quare, quamobrem sæpius interrogare, crebras ingeminare querelas : quærere quare hoc præcepit? unde hoc venit? quis hoc adinvenit consilium? Inde murmuratio, inde verba murmurationem et indignationem sonantia, et redolentia amaritudinem ; inde frequens excusatio , simulatio impossibilitatis , advocatio amicorum ; » cum tamen , ut ait Guillelmus abbas S. Theoderici (De Vit. solit. n. 14), « perfecta obedientia sit, maxime in incipiente, indiscreta, hoc est non discernere cur vel quare præcipiatur , sed hoc tantum niti, ut fideliter et humiliter fiat quod a majore præcipitur. » Hinc Petrus Blesensis (Epist. 134) : « Sine omni delectu, sine omni exceptione faciat Regulæ professor quod injungitur sibi ; quid vero, vel quale, vel quantum sit quod injungitur non discernat ; alioquin præsumit comedere de ligno scientiæ boni et mali; censura enim discretionis est penes patrem spiritalem, qui omnia dijudicat, et ipse a nemine judicatur : nihil ergo discernat, sit indiscretus ut intelligat, sit stultus ut sapiat. » Nam ut idem alibi dicit (Epist. 151) : « Species contumaciæ est de modo mandati inquirere, hæsitare, discernere, aut differre; in contractu enim obedientiæ non habet disputatio aut disceptatio locum : nam si in discussionem seu suspicionem ea quæ tibi sunt mandata deduxeris, ad lignum scientiæ boni et mali manum prævaricationis extendis. Nimis delicata est hæc obedientia, transiens in deliberativum genus causæ : non est hoc in auditu auris obedire; non est hoc regularis obedientia sine mora, sed astutia tergiversatrix, et aperta superbia. » Longe aliter sentiebat abbas Pynufius, cum adolescentem fratrem instituens diceret (Apud Cassian. lib. iv, cap. 41) : « Stultum te secundum Apostoli sententiam facias in hoc mundo, ut sis sapiens : nihil scilicet discernens, nihil adjudicans [An leg. abjudicans?] ex his quæ tibi fuerint imperata, sed cum omni simplicitate et fide obedientiam semper exhibeas; illud tantummodo sanctum, illud utile, illud sapiens esse judicans, quidquid tibi vel lex Dei, vel senioris examen indixerit : tali namque institutione fundatus, sub hac disciplina poteris durare perpetuo, et de cœnobio nullis tentationibus inimici , nullis factionibus devolveris. »

9

et veluti uno momento prædicta Magistri jussio, et perfecta discipuli opera, in velocitate timoris Dei, ambæ res communiter citius explicantur,

Thus, as it were, at the same moment comes the order of the master and the finished work of the disciple: with the speed of the fear of God both go jointly forward and are quickly effected

10

quibus ad vitam æternam gradiendi amor incumbit.

by such as ardently desire to walk in the way of eternal life.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.10

col.353 Quibus ad vitam æternam gradiendi amor incumbit.] Hæc verba non ad præcedentem periodum, sed ad subsequentem referunt Smaragdus et Hildemarus.

11

Ideo angustam viam arripiunt: unde Dominus dicit: Angusta via est, quæ ducit ad vitam;

These take the narrow way, of which the Lord saith, Narrow is the way which leads to life.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.11

col.353 Ideo angustam viam arripiunt.] Cujus signa et indicia demonstrat S. Joannes Climacus (Grad. 2) his verbis : « Angustæ viæ vestigia tibi prodet ventris afflictio, statio pernox, aquæ etiam bibendæ modus, panis seu mensæ frugalitas, ignominiæ poculum repurgans animum , sarcasmorum , irrisionum , ludibriorum tolerantia, voluntatum propriarum abdicatio, offensionum patientia, nulla adversus nostri contemptum obmurmuratio, exantlatus contumeliarum impetus; si lædentem te fortiter toleres, si obtrectantem æquo animo sustineas, si contemptus non irascaris, si damnatus te humilies. » Brevius S. Benedictus viam angustam ostendit, cum subdit :

Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 5.11-5.13

p. 99 Ideo angustam viam arripiunt; unde Dominus dicit : Angusta via est, quae ducit ad vitam; ut non suo arbitrio viventes, vel desideriis suis, et voluptatibus obedientes, sed ambulantes alieno judicio et imperio, in coenobiis degentes, Abbatem sibi praeesse desiderant. Sine dubio hi tales illam Domini sententiam imitantur, qua dicit : Non veni facere voluntatem meam, sed ejus qui misit me.

p. 99 En vérité, il s’agit bien de calculer chétivement, peureusement, si l’obéissance a des aspérités, si l’autorité est assez mesurée, si l’obédience est aisée ou non ! Il s’agit de Dieu et de notre éternité. Alors, qu’importent les difficultés du chemin? Aussi bien, c’est le seul : Scientes se per hanc obedientiae viam ituros ad Deum, redira N. B. Père vers la fin de sa Règle. « Étroite est la voie qui conduit à la vie », le Seigneur lui-même en convient (Matth., vii, 14) ; entrons-y pourtant, entrons-y. Elle n’est étroite que parce que notre cœur est étroit ; elle devient la voie royale et triomphale dès que nous faisons place à Dieu.

p. 100 Une fois reconnu que l’éternité ne s’obtient qu’à la pointe de l’obéissance, les généreux prennent leur parti. Il n’est plus question de vivre à son gré, ni de déférer à ses désirs et à ses inclinations. Nous marcherons vers Dieu, guidés par la pensée et par la volonté d’autrui ; nous vivrons cachés dans un monastère ; en vrais cénobites, nous accepterons volontiers d’avoir à notre tête un Abbé, nous irons au-devant de cette perpétuelle sujétion, Abbatem sibi praeesse desiderant (1). Comme tout cela déconcerte le concept de l’obéissance que se sont forgé les mondains ! Les moines ne se soumettent point par contrainte, non plus que par mollesse, incapacité ou crainte des initiatives.

(1) Saint Benoît oppose une fois de plus l’idéal des cénobites à celui des sarabaïtes et des gyrovagues. Son texte rappelle Cassien, Conlat. XXIV, xxvi (cf. Conlat. XVIII, vii), et Sulpice Sévère : Summum jus est (coenobitis), sub abbatis imperio vivere, nihil arbitrio suo agere, per omnia ad nutum illius potestatemque pendere... Haec illorum prima virtus est, parere alieno imperio (Dial. I, c. x, P. L., XX, 190).

p. 100 Lorsque l’obéissance est telle que la veut saint Benoît, l’imitation du Seigneur est achevée en nous. « Je ne suis point venu faire ma volonté, dit-il, mais la volonté de celui qui m’a envoyé » (Joann., vi, 38). Toutes les victoires de Dieu sont remportées par l’obéissance : celle dont l’archange saint Michel fut l’instrument, celle de l’Incarnation, à la regarder du côté du Seigneur ou du côté de Notre-Dame, celle de la Rédemption ; et dans l’Eucharistie, le Seigneur a trouvé le secret d’être obéissant jusqu’à la fin. Les obéissants sont en bonne compagnie. Et en face de tels faits, les faits les plus élémentaires de la religion, toute désobéissance est-elle autre chose que désordre et folie?

12

ut non suo arbitrio viventes, vel desideriis suis, et voluptatibus obedientes, sed ambulantes alieno judicio et imperio, in cœnobiis degentes, Abbatem sibi præesse desiderant.

That is, they live not as they themselves will, neither do they obey their own desires and pleasures; but following the command and direction of another and abiding in their monasteries, their desire is to be ruled by an abbot.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.12

col.353 Ut non suo arbitrio viventes, vel desideriis suis et voluptatibus obedientes, sed ambulantes alieno judicio et imperio, in cœnobiis degentes.] Quibus verbis, ut observat Boherius, tria professionis nostræ vota incendit. In eo enim quod dicit, nec desideriis suis vel voluptatibus obedientes, morum conversionem designat. Sequentia ambulantes alieno judicio et imperio, obedientiam denotant. In cœnobiis degentes, stabilitatem.

col.353 Abbatem sibi præesse desiderant.] Haud dubitantes , eos valde deceptos, qui sibi præfidentes nullo viæ duce sibi opus esse existimant, ut loquitur S. Joannes Climacus (Grad. 1) : unde et S. Dorotheus dicebat (Doct. 5, n. 1) : « Nihil miserabilius, nihilque quod facilius decipi et expugnari queat, his qui nullum habent ducem, nullumque in via Dei moderatorem et institutorem quærunt : quid enim, ait Scriptura divina? Hi quibus non est gubernatio decidunt ut folia. » Eadem erat mens S. Bernardi, ad Ogerium ita scribentis (Epist. 87) : « Qui se sibi magistrum constituit, stulto se discipulum subdit : et quidem quid alii sentiant ignoro; ego de me expertus sum quod dico : et facilius imperare et securius possum præesse aliis multis quam soli mihi. » Vide notas ad hunc Bernardi locum in editione Mabillonii.

13

Sine dubio hi tales illam Domini sententiam imitantur, qua dicit: Non veni facere voluntatem meam, sed ejus qui misit me.

Without doubt such as these carry out that saying of our Lord, I came not to do my own will, but the will of Him Who sent me.

14

Sed hæc ipsa obedientia tunc acceptabilis erit Deo, et dulcis hominibus, si quod jubetur, non trepide, non tarde, non tepide, aut cum murmurio, vel cum responso nolentis efficiatur;

This kind of obedience will be both acceptable to God and pleasing to men, when what is ordered is not done out of fear, or slowly and coldly, grudgingly, or with reluctant protest.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.14

col.353 Sed hæc ipsa obedientia tunc acceptabilis erit Deo, etc.] Perfectæ deinceps obedientiæ conditiones S. Pater describit, ex quibus prima est, ut monachus non trepide obediat, ubi Smaragdus : « Trepidare, inquit, est timere et dubitare; » ex quo concludit : « Ille obedientiam facere trepidat, qui in Domini adjutorio firmiter non sperat, » hoc est qui de futuro, aut rei eventu formidat et dubitat. Non sic plane Abraham , non sic, qui proprium jussus immolare filium, in spem contra spem credens, divini mandati exsecutionem fortiter est aggressus. Hujus et nos exemplo nihil terreat, nihil moveat, et ut verbis S. Bernardi utar (Serm. 41 de divers.), « si tribulatio intonat, si persecutio resultat, si peccatores tibi laqueos ponunt, si maligni tuum iter impediunt , tu obedientiæ viam ne deseras; sed dic : Paratus sum et non sum turbatus, ut custodiam mandata tua. Quid enim superius enumerata pariunt utilitatis, si fortitudo desit, quæ in arce constantiæ virtutes collocat , et eo vallo munit quo furentium impetus aspirare non possit? Manum tuam misisti ad fortia? agendum est instanter, et constanter obediendum. »

col.354 Secunda perfectæ obedientiæ conditio est obedire non tarde; quia, ut dicit S. Bernardus (Ibidem): « Velociter currit sermo Dei, et velocem habere desiderat sequentem. Vides quanta velocitate currat ille qui dicit, Viam mandatorum tuorum cucurri? Fidelis obediens nescit moras, fugit crastinum, ignorat tarditatem , præripit præcipientem , parat oculos visui, aures auditui, linguam voci, manus operi, itineri pedes, totum se colligit, ut imperantis colligat voluntatem. »

col.354 Tertia, non tepide : tepidos enim Deus evomit ex ore suo. Hinc Gilbertus de Hoillandia (Serm. 17 in Cant.) : « Mortuus est, inquit, qui vel tædii, vel desperationis mole obruitur, in quo nihil est vividæ devotionis, fervidi spiritus, qui etsi legis præcepta non deserat, et intra Regulæ gremium se concludat, frigido tamen et moribundo languet affectu, in opere sancto nihil suave sentiens. »

col.354 Quarta, non cum murmure; qui enim murmurat, operis boni mercedem perdit.

col.354 Quinta, ne cum responso nolentis efficiatur. Hinc S. Macarius (Reg. c. 4) : « Non responsionem contra præceptum usurpes. » Et S. Basilius (Constitut. monast. c. 23) : « Sicut faber aut ædificator unoquoque artis suæ instrumento pro suo utitur arbitrio, nec dicit instrumentum quod nolit implere usum ad quem ab artifice usurpatur, sed obsequitur manui ducentis; ita addecet religiosum velut instrumentum suo artifici ad consummationem spiritalis ædificii in omnibus obedire, quæ preceptor bene ab ipso administrari posse arbitrabitur. » Et alibi (Reg. fus. c. 28) : « Detrectare, et contradicere multorum malorum specimen habet, ut pote fidei morbidæ, spei hæsitantis, fastus, ac morum arrogantium. »

Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 5.14-5.15

p. 100 Sed haec ipsa obedientia tunc acceptabilis erit Deo et dulcis hominibus, si quod jubetur, non trepide, non tarde, non tepide, aut cum murmure vel cum responso nolentis efficiatur; quia obedientia quae majoribus praebetur, Deo exhibetur. Ipse enim dixit : Qui vos audit, me audit.

p. 100 Saint Benoît est vraiment jaloux d’assurer la perfection de notre obéissance ; c’est pourquoi il insiste surtout, en cette fin de chapitre, sur ses qualités intérieures. Elle doit devenir, dit-il d’abord, « agréable à Dieu et douce aux hommes ». Acceptabilis Deo. Nous le remarquions naguère, Dieu se glorifie et se complaît dans l’obéissance de sa créature humaine, comme il s’est applaudi de la fidélité de Job ou de la charité de saint Martin. Et, sans songer à déprécier aucunement l’obéissance des anges, il n’est pas défendu d’observer qu’elle s’accomplit dans un seul acte, qui ne leur coûte nulle souffrance, venant d’une nature parfaitement droite et non disjointe comme la nôtre ; ils n’ont pas de martyrs, ils n’ont pas de vierges (1). Peut-être le succès de Dieu est-il plus apparent chez nous, où l’obéissance est tenue en échec par tant de sollicitations perverses, chez nous qui sommes contraints de multiplier les actes de soumission et de ressaisir sans cesse une nature qui s’échappe. Nous préparons un grand triomphe de Dieu, cum venerit glorificari in sanctis suis, et admirabilis fieri in omnibus qui crediderunt (II Thess., i, 10).

(1) Cf. S. Joann. Chrys., De virginitate, x-xi. P. G., XLVIII, 540.

p. 101 Le dessein dernier de notre obéissance est donc de faire plaisir à Dieu. Mais encore que ce soit là l’essentiel, saint Benoît demande quelque chose de plus : et dulcis hominibus. Cette spiritualité est assez éloignée de certaines conceptions modernes, où, sous prétexte de ne voir que Dieu et de tout rapporter à lui, on prétend que le plaisir n’a pas à intervenir dans les questions de devoir, et que c’est avilir notre obéissance que d’y chercher une joie personnelle, et à fortiori, sans doute, une joie pour autrui... N. B. Père sait que le principe de toute vie est le bonheur, que Dieu lui a consacré le premier désir de notre âme. Et, dans la vie monastique, la charité et l’obéissance, qui règlent toutes nos démarches, ont pour résultat, même pour fin, de nous rendre heureux tous ensemble : Omnes omnia faciunt et patiuntur ut laetentur et gaudeant (2). Il s’en faut que le souci de faciliter la tâche à ceux qui nous dirigent et de leur être agréable soit une considération trop humaine et périlleuse.

(2) S. Joann. Chrys., Adversus oppugnatores vitae monasticae, l. III, 11. P. G., XLVII, 366.

p. 101 L’obéissance sera douce à Dieu et aux hommes, la terre deviendra le ciel : fiat voluntas tua sicut in coelo et in terra, si l’ordre reçu est accompli dans certaines conditions déterminées. Non trepide, sans hésitation ni crainte : il n’y a pas en effet deux partis entre lesquels notre âme puisse flotter, irrésolue ; il n’y en a qu’un seul, le parti de Dieu. Non tarde, sans retard, comme s’il y avait en nous un poids d’inertie qui ralentît l’obéissance. Non tepide (3), sans tiédeur, l’âme manquant d’entrain et demeurant comme alourdie par l’affection secrète qu’elle garde pour autre chose. Aut cum murmure, sans tous ces murmures dont saint Benoît parlera bientôt explicitement ; à plus forte raison sans protestation ni mauvaise grâce : vel cum responso nolentis. Et, après cette description exactement graduée, saint Benoît répète que le motif premier de l’obéissance est qu’elle se réfère à Dieu. Nous avons la fierté et l’intransigeance de n’obéir qu’au Seigneur du ciel et de la terre.

(3) ... Trepidas et tepidas contradictiunculas (S. Aug., De consensu Evangel., l. I, 13. P. L., XXXIV, 1048). De emissa tardius vel tepidius oratione deflemus (Cass., Conlat. XXIII, vii).

15

quia obedientia, quæ majoribus præbetur, Deo exhibetur. Ipse enim dixit: Qui vos audit, me audit.

Obedience shown to superiors is indeed given to God, Who Himself hath said, He that heareth you, heareth Me.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.15

col.354 Quia obedientia quæ majoribus præbetur, Deo exhibetur, etc.] « Quidquid ergo (verba sunt Bernardi [De Præcepto et disp. cap. 9]) vice Dei præcipit homo, quod non sit certum tamen displicere Deo, haud secus accipiendum est, quam si præcipiat Deus. Quid enim interest utrum per se, an per suos ministros, sive homines, sive angelos, hominibus innotescat suum placitum Deus ? » etc.

16

Et cum bono animo a discipulis præberi oportet, quia hilarem datorem diligit Deus.

What is commanded should be done by those under obedience, with a good will, since God loveth a cheerful giver.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.16

col.354 Et cum bono animo a discipulis præberi oportet, quia hilarem datorem diligit Deus.] Hinc S. Bernardus (Serm. 41 de divers.) : « Serenitas in vultu, dulcedo in sermonibus multum colorant obedientiam obsequentis: unde et gentilis ille poeta sic ait : Super omnia vultus accessere boni. Quis enim locus obedientiæ, ubi tristitiæ cernitur ægritudo? Ostendunt plerumque voluntatem animi signa exteriora, et difficile est ut vultum non mutent, qui mutant voluntatem : nubilosa corporis compositio, et facies tenebris obfuscata, devotionem ab animo recessisse designant. » Hilarem plane datorem se exhibebat Gerardus Cluniacensis, de quo Petrus Venerabilis (Lib. i Mir. c. 8) : « Expertus sum, inquit, ipse magnam in hac virtute ejus constantiam, cui cum sæpe gravia, quæ aliis vix injungere auderem, facillime imponerem, ponerem, alacriter injuncta suscipiebat, et alacrius adimplebat. »

Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 5.16-5.19

p. 102 Et cum bono animo a discipulis praeberi oportet, quia hilarem datorem diligit Deus. Nam cum malo animo si obedit discipulus, et non solum ore, sed etiam corde si murmuraverit : etsi impleat jussionem, tamen acceptus jam non erit Deo, qui cor respicit murmurantis; et pro tali facto nullam consequitur gratiam; immo murmurantium poenam incurrit, si non cum satisfactione emendaverit.

p. 102 On peut distinguer trois espèces d’obéissance, celles d’exécution, de volonté, de pensée. La première est requise, qui en doute? Mais suffit-elle? Oui, pour faire un Juif ou un esclave. Il y a réellement servitude lorsque nos membres violentés exécutent ce que notre volonté réprouve ; l’unisson n’est que matériel, extérieur. A moins que la grâce de Dieu et l’éducation ne nous aient d’avance assouplis, notre obéissance est, pour commencer, un peu âpre et mécanique, à la façon de ces caractères anguleux que traçait notre petite main d’enfant lorsque le maître la maniait dans la sienne. Chez un être raisonnable, il faut, pour la réalité de l’obéissance, que la volonté, se rangeant à la volonté d’autrui, adopte et fasse sienne la direction imprimée. Mais « marcher au jugement et à la volonté d’autrui », c’est, aux yeux de N. B. Père (1), quelque chose de mieux encore.

(1) Comme pour S. Ignace dans sa Lettre célèbre De virtute obedientiae.

p. 102 On conçoit très bien cet état d’âme : « Mon supérieur me commande cela? je le ferai, je veux le faire, et de mon mieux. Mais c’est absurde, il est trop clair qu’il y avait autre chose à faire ». Il n’y a point là l’obéissance de l’intelligence ; il y a de la rapine dans l’holocauste, qui manque de moelle. Peut-être est-ce l’obéissance militaire, ce n’est sûrement pas celle d’un moine. « Très bien, répondra-t-on, il est possible qu’une telle doctrine soit déduite du texte de la Règle ; mais j’y vois une prétention exorbitante. Pour que l’obéissance monastique fût ainsi comprise, il faudrait reconnaître l’infaillibilité universelle de l’autorité. Le Pape n’est infaillible que sur des questions déterminées, dans des conditions précises ; tandis que je devrai, selon cette théorie, croire que la première autorité venue l’est toujours, l’est partout, l’est en toute circonstance ! C’est une abdication radicale qui est réclamée de moi : je ne puis aller jusque-là. » C’est dommage, car vous n’êtes pas et vous ne serez jamais un obéissant. Même, voici ce qui arrivera. Parce que nous sommes tout d’une pièce et que notre volonté doit être guidée par notre pensée, vous n’échapperez pas — même si vous êtes moderniste — à la loi psychologique de continuité et d’unité. Votre obéissance s’est appuyée quelque temps sur le seul sentiment, sur l’habitude ; mais peu à peu, fatalement, l’intelligence triomphera en vous de la volonté. Et pour n’avoir pas voulu tout donner, vous ne donnerez plus rien ; vous arriverez, de degré en degré, jusqu’à l’exercice tranquille et obstiné de votre volonté propre et au mépris de l’obéissance.

p. 103 « Mais, enfin, suis-je donc tenu de croire que la solution prescrite est la meilleure possible? » Il n’est point question du bien absolu, du mieux absolu. Le bien absolu, c’est Dieu. Dès lors qu’on entre dans la région des choses créées, le bien absolu n’existe pas pratiquement. Il serait absurde de l’exiger d’une créature. Dieu lui-même ne l’obtient pas en dehors de lui : la création n’est pas la meilleure qui puisse être ; et les mystères surnaturels qui sont la grandeur absolue, ne le sont que parce qu’ils impliquent et contiennent Dieu. Exigez seulement de vos supérieurs le bien, et un bien qui soit coordonné à un ensemble dont il ne déconcerte pas l’harmonie. Pratiquement, pour chacun de nous, le bien absolu est ce qui nous est prescrit au nom du Seigneur. Sans doute l’Abbé n’est pas infaillible ; et pourtant il a une mission, il bénéficie d’une grâce d’état, il est renseigné. Et qu’importe s’il se trompe? Pourvu que l’autorité ne franchisse pas ses limites et ne commande pas le mal, nous ne pouvons pas errer, nous autres, et nous sommes infaillibles en obéissant toujours.

p. 103 Avec l’obéissance d’exécution, de volonté, d’intelligence, tout est parfait, mais à la condition que ce don plénier soit offert de bon cœur : cum bono animo. A Dieu, non seulement on donne sans mesure, mais on donne avec joie, gracieusement, avec un sourire, et le regret de ne pouvoir offrir davantage : Unusquisque prout destinavit in corde suo, non ex tristitia aut ex necessitate; hilarem enim datorem diligit Deus (II Cor., ix, 7) (1). Si le cœur est amer et irrité, cum malo animo, s’il laisse échapper des protestations verbales ou même simplement des murmures secrets, il y a sans doute sacrifice ; mais Dieu n’agrée point les offrandes toutes matérielles ; dès l’Ancien Testament elles lui étaient odieuses (relire le psaume xlix) ; il veut l’offrande d’un bon cœur, c’est là que plongent ses regards (I Reg., xvi, 7) (2). Et quel serait le fruit d’une soumission à la juive? Après avoir expérimenté tous les petits désagréments qu’impose l’obéissance, elle n’aura aucune de ses récompenses et de ses joies ; de plus, elle encourra le châtiment réservé aux murmurateurs par la discipline monastique. Saint Benoît fait allusion, en terminant, soit aux satisfactions régulières, soit aux humiliations que s’imposent spontanément les moines, lorsque, s’étant surpris à contester, ne fût-ce qu’un instant, avec l’obéissance, ils veulent immoler à jamais une tendance aussi pernicieuse.

(1) Saint Paul fait allusion à un texte de l’Ecclésiastique auquel songe aussi saint Benoît : Bono animo gloriam redde Deo et non minuas primitias manuum tuarum; in omni dato hilarem fac vultum tuum (xxxv, 10-11).

(2) Il faudrait lire : cor ejus respicit murmurantem.

p. 104 Toute la doctrine de ce chapitre est comme illustrée par l’exemple de saint Maur, et elle est admirablement résumée dans une antienne de son office : O beatum virum, qui spreto saeculo, jugum sanctae Regulae a teneris annis amanter portavit; et factus obediens usque ad mortem, semetipsum abnegavit, ut Christo totus adhaereret !

17

Nam cum malo animo si obedit discipulus, et non solum ore, sed etiam corde si murmuraverit,

If the disciple obey unwillingly and murmur in word as well as in heart,

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.17

col.354 Nam cum malo animo.] Id est tristi, invito, aut murmuranti.

col.354 Obediat discipulus, etc.] Hæc plana sunt.

18

etsi impleat jussionem, tamen acceptus jam non erit Deo, qui cor respicit murmurantis.

it will not be accepted by God, Who considereth the heart of a murmurer, even if he do what was ordered.

19

Et pro tali facto nullam consequitur gratiam; imo pœnam murmurantium incurrit, si non cum satisfactione emendaverit.

For a work done in this spirit shall have no reward; rather shall the doer incur the penalty appointed for murmurers if he amend not and make not satisfaction.

Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 5.19

col.354 Et pro tali facto nullam consequitur gratiam.] Hinc colliges quantum sit murmuratio peccatum, cujus causa præmio et mercede privantur ipsa etiam optima obedientiæ opera.

col.354 Imo et pœnam incurrit murmurantium, etc.] Quintuplici in Scripturis pœna reperitur Deus mulctasse murmurium : 1° lepra, ut in Maria sorore Mosis; 2° igne cœlesti, tabernacula murmurantium devorante; 3° hiatu terræ, Core, Datan et Abiron absorbente; 4° ignito serpente, murmurantes filios Israel occidente; 5° exclusione a terra promissionis. Quorum « terrorem cum evacuatione præmii obedientiæ incutit B. Benedictus murmurantibus, » inquit Bernardus Cassinensis, cujus expositionem rejicere videtur Boherius hunc in locum sic disserens : « Quidam hoc exponunt de quintuplici pœna, quam quidam murmurantes acriter pertulerunt in Veteri Testamento, ut fuit lepræ incursio, etc.... Sed absit quidem quod Magister, qui dulcem nobis assignavit Regulam, rigorem veterem et non gratiam in hoc tempore gratiæ fuerit imprecatus, » etc. Ejus sententiæ astipulari videtur Richardus de S. Angelo, ita scribens : « Pœna istorum erit ad arbitrium abbatis, cum hic non sit statuta, vel dicas quod procedet contra istos secundum modum positum infra de excommunicatione culparum. Similiter Nicolaus de Fractura : « Pœna erit ista : secundum Domini nostri præceptum debet admoneri semel et iterum, et secundo secrete a senioribus suis; si non emendaverit, objurgetur publice coram omnibus; si vero neque sic correxerit, si intelligit qualis pœna sit, excommunicationi subjaceat; sin autem improbus est, vindictæ corporali subjaceat : sic definit Magister infra de Excommunicatione culparum. » Videtur tamen hic S. Benedictus loqui de pœna a Deo inferenda, sicut de mercede ab eo eroganda, qua murmuriosi privantur, ac proinde Bernardi sententia præferenda, quam ab Hildemaro et Smaragdo accipere potuit. Et certe S. Pater hic agit de pœna murmurantibus non solum ore, sed etiam corde debita : at unus Deus cordis secreta agnoscit, non abbas, aut quivis alius homo : non ergo de pœna regulari superiori arbitraria hic locus intelligendus est, sed de vindicta Dei justa, occultiora quæ lumen oculorum ejus non latent judicantis : quod tamen non sic capi velim, quasi Deus omne murmurium lepra, igne cœlesti, terræ hiatu, etc., puniret; sed horum tantum terrorem incutit S. Benedictus, ut ait Bernardus Cassin. Neque tamen inficias ibo pœna regulari plectendum esse murmurium cum foras prorumpit; nam et illud excommunicatione ferit S. Benedictus infra cap. 23, variisque pœnis illud affecerunt antiqui monachorum Patres, ut patet ex supra dictis ad cap. 4, et insuper ex Cassiano, S. Basilio, et S. Columbano. Cassiani verba hæc sunt (Lib. iv de Inst. c. 6) : « Sin vero quoddam ex eo murmurationis vitium, vel pravæ cujuslibet inobedientiæ culpam processisse deprehenderint, exuentes eum monasterii quibus indutus fuerat vestimentis, et antiquis revestitum, quæ fuerant sequestrata, depellunt. » S. Basilius (Reg. fus. c. 29) murmurantium opus ab aliorum laboribus seponi gravissimis imperat verbis, vetatque illud in communem fratrum usum converti. Similiter S. Columbanus (Reg. c. 3) : « Si quis, inquit, murmuraverit, et ipse tanquam non ex voto obediens, inobediens putandus est; idcirco opus ejus abjiciatur, donec bona illius voluntas agnoscatur. » Et octava synodus hic a Boherio citata : « Alienus sit ab unitate fratrum, qui murmuraverit ; et opus ejus abjiciatur, qui murmurans exstiterit, ne pœnam murmurantium incurrat, de qua ait Apostolus : Neque murmuraveritis sicut quidam murmuraverunt, et perierunt ab exterminatore; » quibus concinit S. Joannes Chrysostomus his verbis (Homil. 8, in epist. ad Phil.) : « Melius fuerit nihil operari, quam operari cum murmuratione : sæpe malumus ministerio privari, quam murmurantem sustinere ; gravis enim, gravis, inquam, est murmurator, et vicinus blasphemiæ. »

Latin text: Hunter Blair’s edition, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus, 1906, without the editor’s bracketed Scripture references and notes. Standard verse numbering. · English translation by Cardinal F. A. Gasquet († 1929), London, 1925. Public-domain text in France (art. L123-1 of the French Intellectual Property Code). Transcription and revision: Abbatia Sancti Petri de Curte. Report an error