The Rule of Saint Benedict
Chapter 8
De Officiis Divinis in NoctibusOf the Divine Office at Night time
On the whole chapter
Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 8
p. 149 DES DIVINS OFFICES PENDANT LES NUITS
p. 149 Les grandes lignes de l’éducation surnaturelle des siens étant tracées, N. B. Père pourvoit à l’organisation de la prière liturgique et conventuelle. Il commence sans préambule doctrinal ; mais nous pouvons nous demander à quelle pensée obéissent l’Église et les anciens législateurs monastiques lorsque, explicitement ou non, ils font de l’office divin l’œuvre centrale, l’œuvre essentielle de la vie religieuse et contemplative.
p. 149 Quelle que soit l’étymologie du mot religion (1), il implique, dans son acception la plus large, l’idée d’une relation à Dieu. Selon cette acception, c’est la création entière qui a un caractère religieux. Toutes les choses, dans la mesure même où elles participent à l’être, sont reliées à Dieu, créateur, providence et fin dernière. Toutes sont vraies ontologiquement, belles et bonnes : toutes sont conformes à l’idéal de l’artiste divin ; toutes sont une traduction créée de la Beauté incréée ; toutes sont d’accord avec sa volonté, bonnes de lui par conséquent, bonnes pour lui et se prêtant avec souplesse à ses desseins. Toute cette création immense parle de Dieu et lui obéit ; elle lui est un cantique harmonieux, une louange unique. Universa propter semetipsum operatus est Dominus (Prov., xvi, 4). Le mal moral lui-même ne parvient pas à déconcerter le plan de Dieu. C’est à son corps défendant et avec chagrin que la créature subit les profanations de l’impie qui tente de la détourner de sa fin ; elle gémit de cette servitude ; et en attendant son jour de résurrection et de récompense (Rom., viii, 19 sq.), elle collabore à l’œuvre de la Rédemption et elle sert d’instrument aux vengeances célestes. Tout ceci n’est point une rêverie d’imagination ou un mouvement de lyrisme. La création dans son ensemble possède vraiment, et surtout, une physionomie liturgique. Elle ressemble à la vie divine elle-même : car la sainte Trinité est un temple, où, par sa génération éternelle, le Verbe est la louange parfaite du Père, splendor gloriae et figura substantiae ejus; où la communion du Père et du Fils se scelle dans le baiser de paix et la jubilation personnelle qu’est leur commun Esprit. On a défini la gloire : Clara notitia cum laude; par la double procession que nous venons de dire, Dieu trouve en lui-même une gloire essentielle. Elle lui suffit ; et celle qu’il recevra nécessairement de son œuvre ne sera nécessaire que du côté de la créature ; elle demeurera pour lui accidentelle et extérieure. Il n’y peut renoncer cependant : Gloriam meam alteri non dabo.
(1) S. Th., IIa IIae, q. lxxxi, a. 1.
p. 150 Encore devons-nous observer que cette gloire accidentelle de Dieu n’est complète qu’à la condition d’être à la fois objective, formelle et signifiée. La gloire objective est la manifestation réelle des perfections divines : tout être, toute vie, toute beauté créée, naturelle ou surnaturelle, est une louange ontologique à Dieu. La gloire formelle n’est rendue que par la créature raisonnable, qui seule est capable de constater la gloire objective et de la rapporter à sa source ; et c’est alors seulement qu’il y a religion et liturgie. Sans rien dire ici de la religion angélique, remarquons du moins la situation proprement sacerdotale de l’homme au milieu de la création inférieure. L’Apôtre a écrit, dans son Epître aux Hébreux : Omnis pontifex ex hominibus assumptus, pro hominibus constituitur in iis quae sunt ad Deum, ut offerat dona et sacrificia (v, 1). L’homme lui-même est pris de la création, prélevé sur elle et institué son prêtre, pour faire monter vers Dieu, en son propre nom et au nom de toutes choses, un hommage intelligent. Abrégé du monde par sa nature, « microcosme », comme ont dit les anciens, sa fonction est d’en recueillir toutes les voix : comme si toutes retentissaient dans son cœur, comme s’il était la conscience universelle ; sa mission est de tout animer de sa pensée et de son amour, et de tout offrir, soit par l’usage, soit par la louange proprement dite. Le système religieux de la création ne se clôt et ne s’achève qu’en lui ; il est l’anneau entre elle et Dieu ; et lorsque cet anneau se brise, la création entière est atteinte et déchoit : Maledicta terra in opere tuo.
p. 150 La religion de l’homme n’est ni de l’esthétisme, ni une émotion sensible, ni une déférence aveugle à des préjugés d’éducation, ni une théorie cosmologique, ni l’amour de soi et de l’humanité ; elle n’est pas même une affirmation sur les choses qui sont au delà de l’expérience, ni la notion de l’infini : toutes ces définitions ont été proposées. La religion est une vertu morale, la plus noble de toutes ; elle est une annexe de la justice. Elle nous incline à rendre à Dieu le culte qui lui est dû. Et l’objet formel de ce culte, le motif profond de tous les actes religieux, c’est l’éminence souveraine de Dieu, son excellence infinie, telle qu’elle est en lui-même : Gratias agimus tibi propter magnam gloriam tuam, et telle qu’elle se manifeste en notre faveur par la création, la conservation, la providence, tous les bienfaits (1). Si nous avions le loisir de faire la monographie d’un acte religieux quelconque, nous observerions avec les théologiens qu’il implique toujours une appréciation intellectuelle de l’excellence divine, une humble démission de soi, la volonté d’attester sa soumission, et enfin la reconnaissance actuelle de la souveraineté divine au moyen d’une prestation, d’un témoignage, quel qu’il soit, simplement intérieur, ou bien tout ensemble intérieur et manifesté : c’est même ce dernier élément qui constitue proprement l’acte religieux et cultuel, celui dans lequel s’achève la glorification de Dieu. Une liturgie est pourtant quelque chose de plus ; elle est l’ensemble des actes, paroles, chants, rites au moyen desquels nous signifions notre religion intérieure ; c’est une prière collective et sociale, dont les formes ont un caractère régulier, défini et ordonné.
(1) S. Th., IIa IIae, q. lxxxi. — Suarez, De virtute et statu religionis, l. I, c. vi.
p. 151 L’élévation de l’homme à l’ordre surnaturel, dès l’origine, n’a fait que rendre sa relation à Dieu plus intime et sa religion plus haute. Il n’a d’ailleurs pas suffi à Dieu du sacerdoce de l’homme pour s’unir la création. Cet anneau était brisable, il s’est brisé ; et peut-être même le motif qui a incliné Dieu à permettre qu’il se brisât, était-il de le remplacer par un autre sacerdoce et de faire une nouvelle humanité qui s’appuyât non plus sur Adam et sur l’homme, mais sur Jésus-Christ et l’Homme-Dieu. S’il a consenti à courir les chances de la création, c’est parce qu’il songeait à cette gloire incomparable que lui rendrait son Verbe Incarné Rédempteur. Il serait facile d’établir comment le Verbe Incarné termine hiérarchiquement la série des trois gloires que nous avons définies ; comment toute la création naturelle et surnaturelle s’unit et s’incorpore à lui, Pontife unique et éternel, pour offrir à la sainte Trinité un seul sacrifice d’expiation, d’adoration, d’action de grâces, qui remplit le temps et l’éternité. Communier à sa mort et à sa vie par le baptême, c’est réellement, selon saint Pierre (I Petr., ii, 4 sq.), entrer en participation de son sacerdoce royal, afin de collaborer à la grande fonction liturgique où il est à la fois, éminemment, l’autel, le prêtre, la victime. Et l’apôtre saint Paul n’a pas donné d’autre programme au chrétien : Per ipsum ergo offeramus hostiam laudis semper Deo, id est, fructum labiorum confitentium nomini ejus (Hebr., xiii, 15).
p. 151 Mais toutes les liturgies individuelles viennent se grouper, se fondre et puiser leur sève dans la liturgie collective du grand vivant, de l’homme parfait, du Christ complet qui est l’Église. C’est toute la vie de l’Église qui s’exprime et qui s’épanouit dans sa liturgie ; toutes les relations de la création avec Dieu y trouvent leur principe et leur achèvement ; par les procédés mêmes qui réalisent en chacun et en tous l’union divine, la liturgie rend à Dieu « tout honneur et toute gloire ». En elle, l’Esprit-Saint a eu l’art de concentrer, d’éterniser et de diffuser par tout le corps du Christ, la plénitude inaltérable de l’œuvre rédemptrice, toutes les richesses surnaturelles du passé de l’Église, du présent, de l’éternité. Et de même que le sacrifice sanglant et l’entrée de notre Pontife dans le sanctuaire du ciel constituent le point culminant de son œuvre, de même la liturgie a son centre dans la Messe, dans « l’Eucharistie ». L’office divin et les Heures ne sont que le glorieux cortège, la préparation ou le rayonnement de l’Eucharistie. On peut dire que la double économie, naturelle et surnaturelle, aboutit à cet acte synthétique, « l’Action » par excellence. N. B. Père et d’autres anciens (1) sont donc bien inspirés lorsqu’ils appellent la liturgie dans son ensemble Opus Dei : l’œuvre qui a Dieu et Dieu seulement pour objet direct, l’œuvre qui magnifie Dieu, l’œuvre qui réalise des choses divines, l’œuvre à laquelle Dieu s’intéresse uniquement, dont il est l’agent principal, mais qu’il a bien voulu voir s’achever par des mains et sur des lèvres humaines.
(1) Cf. Haeft., l. VII, tract. ii, disq. iii. — D. Butler (op. cit., p. 203) remarque que l’expression Opus Dei a dans les Règles de S. Césaire le même sens que chez saint Benoît, et il ajoute : Apud alios scriptores antiquiores... significabat opera vitae spiritualis vel asceticae, ex. gr. Basilii Reg., 85, 86, 95, etc.
p. 152 Parmi ceux qu’un même baptême consacre prêtres et religieux, il y a des inégalités et des privilèges. Il est des hommes que Dieu associe plus intimement, par le sacrement de l’Ordre, au sacerdoce de son Fils. Il en est d’autres qui sont religieux, non plus seulement adjectivement comme les chrétiens de condition commune, mais substantivement et par définition. Toute forme authentique de vie religieuse a pour dessein premier de ramener à l’unité les forces de l’âme, afin de les faire converger vers la contemplation et le service de Dieu. Être religieux, c’est appartenir à Dieu seul, par une consécration et un holocauste de tout soi-même. Religio, cum sit status in quo homo se totum et sua omnia ad divinum cultum consecrat et quasi immolat, perfectionis sine dubio status est (2). Et nous comprenons bien pourquoi l’Église a confié d’une manière spéciale aux religieux la célébration de sa liturgie. Sauf, en effet, de rares exceptions ou dispenses, l’office divin demeure le premier devoir de n’importe quelle famille religieuse. Les religieux demeurent donc tels substantiellement, alors même que l’Église, afin d’assurer un plein succès à ses œuvres d’apostolat et de charité, les remet avec plus de sécurité entre leurs mains consacrées : néanmoins, ils sont religieux cum addito, en vue d’une œuvre surajoutée, et qui, si elle est religieuse par son motif et sa relation avec Dieu, ne l’est pas directement et dans son objet.
(2) S. Th., IIa IIae, q. clxxxvi, a. 1. Augustini Hunnaei conclusio.
p. 152 Nous autres moines, nous sommes religieux sine addito, nous ne sommes que religieux ; nous sommes à Dieu pour être à Dieu, uniquement. Il n’y a point dans notre vie de distraction possible ni de partage ; notre œuvre est de même nature que notre vie. Nous ne sommes pas religieux pour l’œuvre de Dieu et pour l’étude, pas plus que pour les travaux manuels : car alors notre situation serait de beaucoup inférieure à celle des clercs séculiers qui s’occupent directement des âmes. Nous ne nions pas que le contemplatif puisse et doive étudier ; nous ne contestons pas que des travaux d’érudition ou d’apostolat puissent être entrepris légitimement et heureusement accomplis par des moines. Nous nous contentons d’affirmer ici que l’œuvre propre et distinctive du bénédictin, son lot, sa mission, c’est la liturgie. Il émet profession pour être, dans l’Église, société de louange divine, celui qui glorifie Dieu selon les formes instituées par elle, elle qui sait comment honorer le Seigneur et possède les paroles de la vie éternelle. Il est tout entier homme de prière, et les formes diverses de son activité prennent spontanément une couleur religieuse, une valeur d’adoration et de louange. Les théologiens se demandent si tout acte bon, accompli avec le dessein formel d’honorer Dieu, ne devient pas un acte religieux et cultuel. Saint Thomas, tout en reconnaissant une valeur spéciale aux actes produits directement par la vertu de religion et qui en sont le fruit propre, répond que tous ceux qui sont prescrits ou déterminés par elle revêtent de ce chef un caractère religieux (1). Ces derniers sont innombrables dans une vie religieuse ; et à raison surtout de la consécration profonde et totale de l’être même au service divin, est-il un acte qui échappe à cette transformation, lorsque l’âme est attentive à renouveler et à ratifier souvent sa profession? Si aliquis totam vitam suam divino servitio deputet, tota vita ipsius ad religionem pertinebit (2).
(1) S. Th., IIa IIae, q. lxxxi, a. 1 et 4.
(2) S. Th., IIa IIae, q. clxxxvi, a. 1, ad 2.
p. 153 Mais, outre cette consécration personnelle et enveloppante qui nous est commune avec tous les religieux, il y a chez nous, répétons-le, une vocation spéciale à la prière ; il y a rapport et convergence de toute l’organisation pratique de notre vie vers une fin cultuelle. La liturgie sainte est tout à la fois pour nous un procédé de sanctification et un but. Elle est surtout un but. Notre contemplation s’y alimente sans trêve, et elle s’y rapporte toute comme à son objet adéquat et à son terme propre (3). Ceci mérite d’être bien compris. Il n’est pas indifférent, même au point de vue pratique, de savoir très exactement quelle est notre fin, d’en trouver une définition assez heureuse pour embrasser à la fois Dieu et nous, ses intérêts et les nôtres, sa gloire et notre bonheur, l’œuvre du temps et celle de l’éternité. Les définitions ne manquent pas : il s’agit, dit-on, de faire notre salut, — de procurer la gloire de Dieu, — de réaliser notre sanctification, — de parvenir à l’union à Dieu et à sa vie éternelle. Ces formules sont exactes, mais de valeur inégale ; avec un peu d’exégèse, il est vrai, on retrouve impliquée chez toutes l’intégralité de la doctrine ; et pour les âmes éclairées et généreuses, la première perd son danger de conduire pratiquement à la tiédeur et au marchandage spirituel. La meilleure est la dernière ; c’est celle qu’adopte, avec tous les anciens, N. B. Père. Mais aucune, sauf la seconde, ne suggère l’idée de liturgie. Et c’est dommage ; car enfin l’union au Seigneur est ordonnée elle-même à la louange.
(3) Voir la Vie spirituelle et l’Oraison d’après la sainte Écriture et la tradition monastique, chap. x, xx, xxii, xxiii.
p. 154 La beauté surnaturelle du Seigneur en nous, cette ressemblance parfaite avec lui que toute l’économie surnaturelle s’emploie à graver, cette empreinte divine que la frappe du balancier liturgique imprime perpétuellement en nos âmes, nous est-elle donnée pour que nous en jouissions tout seuls, dans une sorte de coquetterie intérieure? Si nous communions plus que d’autres à la vie et aux états de Celui qui a pour mission personnelle de révéler et de glorifier le Père, n’est-ce pas afin de partager sa destinée, d’exercer avec lui le sacerdoce dont nous parlions naguère? n’est-ce pas afin d’incliner devant le trône de Dieu, comme les vieillards de l’Apocalypse jetant leurs couronnes, comme le Seigneur au dernier jour du monde, notre splendeur participée? Tant vaut l’agent, tant vaut l’acte ; tant vaut l’adorateur, tant vaut l’adoration. Et c’est seulement parce que Dieu « cherche des adorateurs en esprit et en vérité » qu’il nous a faits un avec son Fils, par son Saint-Esprit. Dans cette phrase extraordinaire qui commence l’Épître aux Éphésiens, saint Paul marque bien que la fin suprême de la création et de la Rédemption, de la « récapitulation » de toutes choses dans le Christ, c’est le témoignage liturgique de l’excellence et de la beauté infinies : Elegit nos in ipso ante mundi constitutionem, ut essemus sancti et immaculati in conspectu ejus in caritate; qui praedestinavit nos in adoptionem filiorum per Jesum Christum in ipsum, secundum propositum voluntatis suae, in laudem gloriae gratiae suae, in qua gratificavit nos in dilecto Filio suo. Il y a donc connexion étroite des trois éléments : union à Dieu, louange de Dieu, gloire de Dieu. Notre sainteté individuelle et conventuelle se traduit dans cette même prière liturgique qui la réalise le plus efficacement ; notre béatitude, c’est d’entrer dès ici-bas dans la vie et la joie de notre Dieu ; c’est de faire refluer éternellement par la voie de l’Esprit et du Verbe, vers le Principe sans principe qui est le Père, tout l’être créé et incréé qui descend de cette source par le Verbe et par l’Esprit.
p. 154 Serait-ce parce que toute notre éducation et notre vertu se rapportent à notre prière que N. B. Père parle de la liturgie aussitôt après avoir dessiné l’éducation individuelle du moine? N’y a-t-il pas une intention dans cet ordre? Il est permis de le penser, bien qu’il soit difficile d’en fournir la preuve. Ce qui est sûr, c’est que saint Benoît a défini lui-même la vie monastique : Dominici schola servitii; qu’il place au seuil de la législation régulière ce qui a trait à la liturgie ; qu’il organise la prière officielle avec plus de précision et de soin que tout le reste, abandonnant à l’initiative des âmes la mesure et le mode de la prière privée ; qu’il recommande enfin « de ne rien préférer à l’Œuvre de Dieu ». De fait, c’est à elle que se réfèrent tous les autres travaux monastiques ; c’est elle qui détermine tout notre horaire ; elle réclame presque toutes les heures de notre journée et les meilleures. Pendant qu’une vie consacrée à l’étude bénéficie du silence des heures matinales et de la lucidité intellectuelle que lui a reconquise le repos de la nuit, pour avancer à loisir ses savantes recherches, nous venons, nous autres, répéter les mêmes psaumes devant le même Dieu. Serait-il d’accord avec la Règle et avec sa conscience, le moine qui ne se prêterait pas joyeusement à cet apparent gaspillage, qui lésinerait le plus possible tout le long du jour afin de mesurer parcimonieusement la part de Dieu? Encore que N. B. Père appelle notre office servitutis pensum, nous ne le considérerons jamais comme un « pensum » et une corvée ; et si parfois, dans un ministère actif et très rempli, certains séculiers sont tentés de s’acquitter à la hâte de leur bréviaire ou même de gémir sous le poids de ce fardeau surajouté, il n’y aurait pas d’excuse pour le moine qui envisagerait ainsi l’office divin.
p. 155 Il n’importe pas du tout que le monde ne comprenne rien à cette œuvre de la prière et qu’il n’en apprécie point la portée, si ce n’est peut-être au point de vue esthétique : et encore, combien pénètrent la réelle et surnaturelle beauté des rites de l’Église ou du chant sacré? L’idée ne nous viendra jamais, sans doute, de réduire notre vie à ce que le monde y peut comprendre : elle est ce que Dieu et saint Benoît et notre liberté l’ont faite. Le désaccord avec le monde n’est-il pas pour nous un principe, vieux comme l’Évangile et vieux comme la Règle : A saeculi actibus se facere alienum? Le caractère du siècle n’est-il pas l’irréligion, le parti pris d’athéisme, athéisme quelquefois mesuré et qui sait se doser lui-même, mais souvent aussi athéisme résolu et ne reculant devant aucune mesure, devant aucune proscription? Si le monde ne comprend rien à l’œuvre des contemplatifs, pourquoi donc les persécute-t-il avec prédilection? C’est que la haine de celui qui l’inspire est plus clairvoyante. A l’irréligion il faudrait ajouter la vague sentimentalité religieuse de tant de chrétiens et, à une époque d’action fiévreuse et d’utilitarisme, une méconnaissance presque générale de l’utilité de la prière. Fas est et ab hoste doceri : en face de cette conspiration naturaliste et impie nous avons plus que jamais le devoir d’être religieux, complètement, uniquement, et d’affirmer celui qu’on nie ou qu’on oublie. Dans un dessein de réaction? dans une pensée de rivalité, de comparaison avec d’autres Ordres? Non ; mais dans un sentiment très délicat de fidélité. Puisque nous sommes, à un titre spécial, les religieux de Dieu, nous devons lui offrir comme un dédommagement et faire notre fidélité d’autant plus loyale que Dieu est abandonné davantage : Vos autem estis qui permansistis mecum in tentationibus meis; et ego dispono vobis sicut disposuit mihi Pater meus regnum, ut edatis et bibatis super mensam meam in regno meo (Luc., xxii, 28-30).
p. 156 Nos ambitions ne vont pas au delà. Nous croyons, pourtant, à la valeur apostolique et sociale de notre prière, et nous pensons atteindre directement par elle non seulement Dieu et nous, mais encore le prochain. Sans même parler de son influence secrète sur la marche providentielle des événements, n’y a-t-il pas une prédication très efficace dans le spectacle d’un office divin dignement célébré? Depuis l’heure de la primitive Église (Act., ii, 42-47), la liturgie catholique est un principe d’unité pour le peuple de Dieu, et la charité sociale a été créée par elle (1). Faut-il espérer voir renaître la vraie et profonde solidarité du peuple chrétien en dehors de cette réunion de tous autour de Dieu, dans une même prière et la communion à un même Pain vivant? Quoi qu’il en soit, nous consentons d’ailleurs à ne rien produire qui se voit et se palpe, et à n’avoir pas d’autre utilité que celle d’adorer Dieu. Et joyeusement ; nous prenons notre parti de n’atteindre par l'Opus Dei que le but essentiel des choses, la fin de toute création intelligente, la fin même de l’Église. C’est déjà l’attitude et une répétition de l’éternité ; puisque, selon saint Jean, le programme de ceux qui sont admis dans la sainte Jérusalem se ramène à une contemplation et à une servitude royale : Sedes Dei et Agni in illa erunt, et servi ejus servient illi. Et videbunt faciem ejus, et nomen ejus in frontibus eorum... Et regnabunt in saecula saeculorum (Apoc., xxii, 3-5).
(1) Relire la préface générale de l'Année Liturgique.
p. 156 Il est facile de reconnaître l’ordre méthodique selon lequel saint Benoît dispose les éléments de sa législation liturgique. Il nous parle d’abord de l’office de nuit, puis de l’office de jour, enfin de la discipline générale de l’office divin et des dispositions qu’un moine doit apporter à la prière. Énumérons les sujets traités dans ces treize chapitres, en faisant remarquer que les titres qui leur sont donnés dans la Règle ne correspondent pas toujours exactement à leur contenu réel.
p. 156 VIII. L’heure où se célèbre l’office de nuit selon les saisons.
p. 156 IX. La composition de l’office de nuit en hiver.
p. 156 X. La composition de l’office de nuit en été.
p. 156 XI. La composition de l’office de nuit le dimanche.
p. 156 XII. La composition de l’office du matin le dimanche.
p. 156 XIII. La composition de l’office du matin les jours de férie.
p. 156 XIV. La composition des offices aux fêtes des saints.
p. 156 XV. L’usage de l'Alleluia.
p. 156 XVI. Le nombre des Heures de l’office de jour.
p. 156 XVII. La composition des six dernières Heures de jour.
p. 156 XVIII. La distribution matérielle du Psautier, selon les différentes Heures.
p. 156 XIX-XX. La tenue intérieure et extérieure pendant la prière.
p. 157 Pour la liturgie, comme pour les autres observances, N. B. Père a fait preuve d’un éclectisme intelligent. Son cursus est formé d’emprunts aux liturgies romaine et milanaise, aux liturgies monastiques d’Orient et d’Occident, avec quelques innovations et des parties personnelles. L’ensemble constitue un cadre solide et fixe, où tous les détails importants sont prévus ; et sur ce point encore, saint Benoît voulait sans doute remédier à ce qu’avait de flottant la discipline monastique commune. Le cadre n’était pas d’ailleurs, nous le verrons, d’une rigidité absolue ; bien qu’on fût loin du temps des improvisations et de la parfaite liberté liturgique, une place était laissée encore à l’initiative des supérieurs. N. B. Père ne songeait évidemment qu’à régler le service divin dans ses propres monastères ; mais, parce que son œuvre était la plus complète, la plus sagace et la plus discrète qui eût paru jusqu’alors, elle devint peu à peu l’unique liturgie monastique et fournit des inspirations à la liturgie romaine elle-même. — Sous peine de transformer notre lecture de la Règle en un long travail d’érudition, nous devons abandonner à l’histoire générale des formes liturgiques et à l’histoire monastique l’étude des développements de l’office divin, chez les séculiers comme chez les moines, depuis les origines jusqu’à N. B. Père, et depuis saint Benoît jusqu’à nos jours. C’est toute l’histoire du Bréviaire qu’il nous faudrait entreprendre. On consultera avec profit celle de D. Suitbert Bäumer (traduite de l’allemand par D. R. Biron), et on trouvera là de multiples références. Le texte de saint Benoît nous fournira seulement l’occasion de quelques remarques historiques.
p. 157 C’est au cœur même de la nuit que va commencer l’Œuvre de Dieu. Cet office nocturne, le plus long de tous, est aussi le plus ancien. Il n’en faut point chercher l’origine dans l’attente d’un retour immédiat du Sauveur, de la παρουσία, mais bien dans la grande Vigile pascale et dans les autres Vigiles que les premiers chrétiens célébraient, à l’imitation de celle-ci, le dimanche et certains jours déterminés. Le programme de la Vigile rappelait celui de la prière matutinale et sabbatique des synagogues. Elle était souvent suivie, après ou sans interruption, de l’Agape et de la synaxe eucharistique : pas toujours cependant, et elle se distingue de la célébration des mystères. Affirmabant autem, écrit Pline à Trajan, hanc fuisse summam vel culpae suae vel erroris : quod essent soliti stato die ante lucem convenire, carmenque Christo quasi Deo dicere secum invicem...; quibus peractis, morem sibi discedendi fuisse, rursusque coeundi ad capiendum cibum. Rattachée de très bonne heure à la Messe, la Vigile ou synaxe aliturgique a formé l’Avant-Messe ou Messe des catéchumènes. Le Rme D. Cabrol, après avoir relevé les analogies qui existent entre l’ordonnance de l’office de nuit et celle de l’Avant-Messe, ajoute que « les autres offices se sont formés sur le modèle de l’office de nuit, qui a seul existé dans le principe comme office public » ; même dessin liturgique, en raccourci, pour les Laudes, les Vêpres et les petites Heures (1). Alors que les fidèles et le clergé lui-même ne pouvaient pas célébrer quotidiennement la Vigile, les moines y furent assidus dès l’origine, et chez tous nous trouvons l’office de nuit.
(1) D. Cabrol, les Origines liturgiques, appendice I, p. 317 et suiv.
Hyemis tempore, id est, a Kalendis Novembris usque in Pascha, juxta considerationem rationis, octava hora noctis surgendum est,
In the winter time—that is, from the first of November till Easter—the brethren shall get up at the eighth hour of the night by reasonable calculation,
Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 8.1
col.409 Hiemis tempore, etc.] Licet annum quatuor in partes æquales sive tempestates dividere soleant, hiemem scilicet, quæ juxta S. Isidorum viii calendas Decembris incipit; juxta Græcos et Romanos, « quorum, inquit Hildemarus, in hujusmodi disciplinis potius quam Hispanorum auctoritas sequi consuevit, » vii idus Novembris; ver, quod juxta prædictum Isidorum viii calendas Martii, juxta Græcos et Romanos vii idus Februarii; æstatem, quæ juxta Isidorum viii calendas Junii, juxta Græcos et Romanos vii idus Maii ; et autumnum, qui juxta Isidorum viii calendas septembris, juxta Græcos et Romanos vii idus Augusti, exordium ducit. Tamen ex justa rationis consideratione, convenientius existimavit S. P. Benedictus in ordinandis divinis officiis duas tantum in partes annum dividere, scilicet a calendis Novembris usque ad Pascha, et a Pascha usque ad prædictas calendas. Priorem partem hiemem vocat, hiemis tempore, inquit, licet in ea aliquid autumni verisque contineatur, vel quia aliarum tempestatum non nisi aliquæ partes; hiems vero tota et integra in ea comprehenditur, et a majori parte denominatur totum. Vel quia a calendis Novembris incipit, quo mense hiems initium capit.
col.409 Id est a calendis Novembris.] Calendæ proprie loquendo sunt primi mensis cujusque dies: sed cum calendæ à decimo quarto aut decimo sexto die mensis præcedentis incipiant numerari, merito hic quæri posset qua ratione iste locus a calendis Novembris intelligendus sit; an scilicet a die 16 Octobris, quo incipiunt numerari Novembres calendæ, eo nimirum modo quo cap. 48 calendas Octobris pro die 14 Septembris usurpat; an vero a prima die Novembris, in quem incidunt ipsæ calendæ. Hildemarus ad usum forte sui temporis respiciens, existimat per calendas Novembris intelligendam esse dominicam primo mensis Novembris diei proximiorem , sive primo Novembris die, sive ante, sive postea contingat; ita ut si feria 2, 3 aut 4, calendæ eveniant, institutus a S. Benedicto ordo dominica præcedente incipiat; si vero feria 5, 6 aut sabbato, a dominica sequente. Optima sane explicatio, dummodo tempore S. P. Benedicti is fuerit in Ecclesia officii divini recitandi usus, qui ab ævo Hildemari ad nostrum usque perseverat. At cum nobis id non constet, nec aliunde appareat S. Benedictum diem Octobris 16 hic intellexisse: calendas Novembris in naturali et genuino sensu accipientes, primum hujus mensis diem intelligendum censemus.
col.410 Usque ad Pascha.] « Pascha , inquit Hildemarus, antiquitus Ecclesia quarta decima luna celebrabat, quocunque die occurreret; quem ritum SS. Patres in Nicæna synodo prohibuerunt, constituentes non solum lunam paschalem et mensem inquirere, sed etiam et diem Resurrectionis dominicæ observare, etc. » Hic locus si in rigore sumatur, fœde allucinatur Hildemarus in eo quod ait, quarta decima luna, quacunque accidisset die, antiquam Ecclesiam celebrasse Pascha. Et quidem in ipsis Ecclesiæ nascentis primordiis, Judæis ad fidem conversis priscum quarta decima luna Martii Pascha celebrandi morem sequi permissum est; at ob honorem dominicæ Resurrectionis subsequente quartam decimam Martii lunam dominica semper in Ecclesia paschalis festivitas celebrata est. Certe ante concilium Nicænum illud in Arelatensi can. 1 decretum fuerat, ut eodem die, hoc est dominica, per universum orbem Paschæ Domini festum celebraretur; id quod longe antea Victor papa, coacto Romæ concilio, mandaverat sub pœna excommunicationis, reclamantibus licet Asianis, maxime Policrate Ephesino episcopo. Quod decretum de celebrando Pascha die dominico in concilio Antiocheno anno 341, can. 1, instauratum, plurimas in Hibernia turbas, quæ sæculis secutis contigerant ea de causa, minime prohibuit, de quibus vide præfation. ad Sec. iii Bened., parte i.
col.410 Juxta considerationem rationis octava hora noctis surgendum est.] Quænam sit hora ista noctis octava non consentiunt commentatores. Bernardus Cassinensis respiciens ad usum sui temporis, diem naturalem in horas 24 dividendi, mentem suam ita explicat: « Istud quod dicit Pater, scilicet juxta considerationem rationis, tempus æquinoxii attendisse videtur, quod post medium Septembris mensis esse dignoscitur; et ita post illud æquinoctium Septembris, November habet in nocte horas 14. Considerato ergo quod November habet 14 horas in nocte, ut dixi, dividas noctem per medium, et remanent in qualibet parte noctis septem horæ; facta autem jam hora octava modicum erit amplius de media nocte, quando surrexerit horologio excitante qui habet horologium custodire, et accensis lucernis ecclesiæ, quæ poterant propter prolixitatem noctis fuisse obscuratæ, ac pulsatis campanis ad dormientium fratrum excitationem, potuit transire dimidia octavæ horæ antequam surrexerint fratres. Et secundum intellectum istum potest accipi quod dixit: Juxta considerationem rationis octava hora noctis surgendum est; et ideo sequitur, ut magis quod dixerat declaretur : ut modice amplius de media nocte pausetur : satis est modicum amplius hora dimidia, vel parum plus. » Hactenus Bernardus Cassinensis, ex cujus mente hora post nostram duodecimam media surgendum foret : vult enim ut facta sive incipiente hora octava noctis, quæ mense Novembri statim post mediam noctem currere incipit, horologii custos excitatus surgat, in oratorium pergat, lampades forte exstinctas aut saltem valde obscuratas accendat, tandemque ad excitandos dormientes fratres signum pulset, atque in eo dimidiæ horæ spatium insumat, post quam excitati fratres surgant , media scilicet post nostram duodecimam elapsa ; quod confirmat exponens illa verba : Ut modice amplius de media nocte pausetur , ubi ait: « Satis est modicum amplius hora dimidia, vel parum plus. »
col.411 In eamdem abit sententiam Guido Juvenalis in versione Gallica Regulæ S. Benedicti, horam noctis octavam tempore hiemis circiter intra mediam noctem et horam primam constituens.
col.411 Sed neque multum ab ea recedere videtur Joannes de Turrecremata, qui etiam octavam noctis horam secundum proportionem ad tempus calendarum Novembris sumendam existimat; quo tempore, ut modo dicebat Bernardus Cassinensis, octava noctis hora a nostra duodecima incipiens ad nostram primam desinit. In hoc solum differt a Bernardo, quod non assignet qua parte horæ octavæ, initio, an medio spatio, an vero in fine surgendum sit: Bernardus vero statim post mediatam octavam surgendum esse asserit.
col.411 Neutri tamen S.Benedicti sensum attigisse videntur; quem etiam multo amplius fugit Hispana congregatio Vallisoletana, quæ, referente et probante Antonio Perezio, horam noctis octavam ad mediam noctem statuit, eo quod a calendis novembris a quarta pomeridiana ad mediam noctem horæ octo intercipiuntur. Quamvis haud improbet eorum praxim, qui duabus tantum post horis surgunt.
col.411 Hos omnes decepit sui temporis usus, diem naturalem in horas viginti quatuor æquales dividendi; cum tamen veteres maxime Judæi, Romani, et Itali, ut historiæ et mathematicorum libri testantur, artificialem diem, hoc est totum illud spatium temporis quod ab ortu solis ad occasum intercipitur et noctem, sive tempus illud quod solis inter occasum et ortum elabitur, in horas sive partes duodecim æquales partirentur, modo breviores, modo prolixiores, pro brevitate aut prolixitate noctis aut diei : nam æstate, qua breviores sunt noctes, horæ diurnæ prolixissimæ, nocturnæ brevissimæ, et e converso hiemis tempore; unde horas illas vocabant inæquales, non quod inter se non essent æquales, sed quod respectu diei sequentis vel præcedentis, aut diurnæ horæ respectu nocturnarum, excepto æquinoctio, essent inæquales : quam consuetudinem per sæcula duodecim in Ecclesia viguisse scribit Paulus Lefort, Cisterciensis monachus, eo in libello quem de antiquis et modernis horis conscripsit cap. 2, § 3 (De prima vivendi ratione Cisterc. part. iii, cap. 1, § 1). Imo auctor est Julianus Parisius horis inæqualibus usos fuisse Cistercienses usque ad annum 1429, quo in generali capitulo constituerunt ut in singulis ordinis monasteriis feriatis diebus hora post mediam noctem secunda ; solemnibus et dominicis diebus prima vigilias sacrista pulset
col.412 Quæ cum ita se habeant, octava noctis hora modo citius, modo tardius incipiebat pro noctium diversitate. Et quidem mense Novembri, quo nox juxta præsentem nostrum horarum usum, horas habet quatuordecim , hora noctis octava secundum ritum antiquum incipiebat paulo ante quadrantem post nostram horam primam , et desinebat paulo post quadrantem nostram horam secundam subsequentem. Mense Decembri, quo prolixiores noctes horas sexdecim habent, hora octava incipiebat paulo post quadrantem post horam nostram primam, et desinebat paulo ante tertium quadrantem post nostram horam secundam.
col.412 Jam vero quia, ut ait Hildemarus, « dubium est an inchoante octava, an media, an prope finem ipsius horæ octavæ surgendum sit, » ut fixum aliquod tempus, quo diebus singulis regulariter surgatur (talem namque fuisse S. P. Benedicti voluntatem existimandum est) assignetur; cum eodem Hildemaro asserendum videtur, « quanto minores sunt noctes , tanto prope finem ipsius horæ debere signum tangi, » et econtra quanto majores, tanto prope initium; ita ut circa mensem Martium, quo octava noctis hora circiter hora nostra prima evoluta incipit, et elapsa secunda desinit, octava mediata surgendum sit ad signum vigiliarum primum, post quadrantem pulsetur signum secundum , elapsa vero integra hora octava tangatur tertium et ultimum ; inter signorum enim intervalla mediam horam explicari vult Smaragdus, qui, ut dicit Joannes Bona ( De Divin. Psalmod. c. 4, § 3, n. 2 ), monastici spiritus purissimos latices in ipso fonte potarat. Mense autem Decembri, quo majores sunt noctes, et tardius incipit hora octava, paulo post eamdem incœptam surgatur, primumque vigiliarum signum tangatur, ultimum vero octava hora mediata, hoc est circa horam nostram secundam, qua communiter in omnibus ordinis nostri monasteriis nocturni celebrantur. Et sic intelligendum puto. quod ait S. P. Benedictus juxta considerationem rationis, ut citius quando prolixiores sunt noctis horæ, tardius cum breviores surgatur : unde quando Smaragdus dicit, ut dormiatur « hora septima noctis tota, et octava dimidia ; tunc pulsato signo omnes pariter surgant, et sic illa quæ restat dimidia hora de octava inter signorum explicetur intervalla, ut ab hac hora nona noctis inchoetur psalmi laus ipsa nocturna, » ita capiendum est : Cum breviores sunt noctis horæ, puta mense Martio; nam quando prolixiores existunt, ut mense Decembri, octava inchoante, aut saltem paulo post surgendum est, et elapsa media, quæ in nostram horam secundam incidit, dato ultimo signo, incipienda nocturna laus; si tamen S. Benedictus media ante ultimum vigiliarum signum fratres surgere voluerit , quos vestitos dormire jubet, ut sint parati, et facto signo absque mora surgentes, festinent se prævenire ad opus Dei , quamvis id haud negaverim tum propter Smaragdi auctoritatem, tum quia id colligitur ex antiquo Ordine conversationis monasticæ S. Benedicto perperam ascripto, sed tamen vetusto ; tum quia id non obscure insinuat ipsa Regula cap. 48, plura ad horas divini officii signa præscribens. Et sane modice amplius de media nocte duntaxat pausare debent monachi, quod modicum non jam modicum, sed jure maximum videbitur; si ultra integram horam cum dimidia extendatur, cum ad hoc sufficere mediam asserat Bernardus Cassinensis. Et hæc nobis certior videtur de assignata a S. P. Benedicto hora surgendi sententia, quam confirmat Hildemarus iterum, cum sibi objiciens, quod Decembri et Januario nox horas decem et octo habeat; respondet S. Patrem ad æquinoctium, quo diebus pares sunt noctes, respexisse.
Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 8.1-8.2
p. 158 De officiis divinis in noctibus. — Hiemis tempore, id est, a Kalendis Novembris usque ad Pascha, juxta considerationem rationis, octava hora noctis surgendum est, ut modice amplius de media nocte pausetur, et jam digesti surgant.
p. 158 Pour restituer la physionomie de l’office bénédictin primitif, il convient, chacun le comprend, de nous affranchir en esprit des conditions actuelles et des usages qui se sont établis avec le temps. D’abord, au lieu de déterminer l’heure de l’office nocturne selon la différence des quatre saisons, N. B. Père, pour simplifier, divise l’année en deux grandes portions : l’hiver, l’été. La première s’étend des calendes de novembre jusqu’à Pâques, la seconde de Pâques aux susdites calendes. On pourrait se demander s’il s’agit du jour même où tombent les calendes, c’est-à-dire du 1er novembre, ou bien du jour où l’on commence à les compter, c’està-dire du 16 octobre ; au chapitre XLVIII, en effet, l’expression a Kalendis Octobris désigne certainement le 14 septembre, début du Carême monastique. Hildemar, interprétant la Règle d’après la coutume de l’Église romaine, entend par les calendes de novembre, soit le dimanche 1er novembre, soit le dimanche qui précède le 1er novembre lorsque cette date tombe aux trois premières féries de la semaine, soit le dimanche qui suit lorsqu’elle tombe aux trois autres féries. D. Calmet admet d’autant plus volontiers cette explication qu’elle lui paraît (à tort, semble-t-il) indispensable « pour concilier saint Benoît avec lui-même,... puisqu’il veut qu’on commence l’office et le Psautier tous les dimanches, et qu’on le continue pendant la semaine ». Donc, deux saisons liturgiques au lieu de quatre. Le dessein de N. B. Père est de proportionner l’office à la longueur ou à la brièveté des nuits.
p. 158 Les anciens avaient aussi leur façon spéciale d’envisager les jours et les heures. Sans doute, chez les Romains, le jour civil allait de minuit à minuit et se divisait en vingt-quatre heures, que les astronomes considéraient comme égales ou équinoxiales ; mais dans l’usage courant on regardait la journée comme constituée de deux éléments : le jour et la nuit. La durée du jour et de la nuit variait naturellement selon les saisons ; et, pourtant, le nombre des divisions ou heures demeurait identique pour l’un et pour l’autre : douze heures de jour, prises entre le lever et le coucher du soleil, douze heures de nuit, prises entre le coucher du soleil et son lever. Avec midi et minuit comme points fixes, on comptait six heures avant midi et six heures après, six heures avant minuit et six heures après (1). La durée de chacune des heures se modifiait donc constamment. En hiver, les heures de nuit étaient plus longues que celles de jour, et c’était l’inverse en été ; aux seuls équinoxes de printemps et d’automne, le jour et la nuit s’égalisaient. La première heure du jour, à l’équinoxe, commence à ce que nous appelons six heures du matin ; la première de la nuit, à six heures du soir ; et la huitième heure de la nuit, commençant à une heure du matin, est « pleine » à deux heures : hora octava plena.
(1) Les vigiliae sont les divisions militaires de la nuit. Tandis que les Grecs partageaient la nuit en trois veilles de quatre heures, les Romains la partageaient en quatre veilles de trois heures.
p. 159 N. B. Père appréciait les heures à la romaine (2). La huitième heure de la nuit dont il parle se déplaçait donc et glissait durant toute l’année, selon qu’on s’éloignait ou qu’on se rapprochait de l’équinoxe. C’est l’évaluation raisonnable de cette huitième heure qui déterminera le lever des moines : juxta considerationem rationis (les commentateurs entendent d’ordinaire ces paroles de la discrétion de la mesure prise par N. B. Père). Remarquons de plus que saint Benoît ne dit pas à quel moment de la huitième heure aura lieu le réveil : cela aussi devait varier avec les saisons ; probablement d’autant plus près du début de la huitième heure que les nuits étaient plus longues, d’autant plus près de la fin qu’elles étaient plus courtes. Peut-être l’Abbé fixait-il d’avance le moment exact du réveil pour chaque nuit, ou bien pour une semaine ou davantage, en prenant des moyennes. Il était réellement besoin de tout un calcul pour assurer aux moines un repos suffisant (3). S’il dure un peu plus de la moitié de la nuit (4), la digestion aura eu le loisir de s’achever, et tous seront dispos à l’office divin. Les frères se couchant après les Complies, qui se disaient à la tombée de la nuit, pouvaient dormir, en hiver, depuis six ou sept heures du soir jusqu’à deux ou même trois heures du matin environ. Tout le long de l’année, le lever oscillait, semble-t-il, entre une et trois heures ; la coutume du lever de minuit, comme le remarque D. Martène, vient d’une interprétation inexacte de la Règle et n’est pas conforme à la tradition.
(2) D. Mège et d’autres commentateurs estiment pourtant que saint Benoît partageait le jour et la nuit en vingt-quatre heures de durée égale.
(3) Le moine de S. Colomban était traité plus rudement : Lassus ad stratum veniat, ambulansque dormitet, necdum expleto somno surgere compellatur (Regula, ix. P. L., LXXX, 216).
(4) Ici encore, les commentateurs ont des interprétations différentes. Il s’agit peut-être non pas de se lever peu après le milieu de ce laps de temps qui constitue la nuit, mais d’obtenir une durée de sommeil égale à un peu plus de la moitié de la nuit. Pour cela, il faut combiner, selon les saisons, l’échéance de la huitième heure (au sens romain) avec celle du coucher. Nous sommes, je suppose, aux environs des calendes de novembre : la nuit commençant à 5 heures du soir et se terminant à 7 heures du matin dure quatorze heures équinoxiales ; si les moines, éveillés à la huitième heure romaine, c’est-à-dire vers 2 h. 20 du matin, se sont couchés à 7 heures, ils ont dormi un peu plus de la moitié de la nuit, c’est-à-dire sept heures et vingt minutes (Cf. Haeft., l. VII, tract. IX, disq. iv, p. 777).
p. 160 La difficulté de calculer l’heure du réveil s’augmentait, chez les premiers moines, de ce qu’ils n’avaient ni horloges à sonnerie, ni réveille-matin. Ils devaient bien souvent se contenter de l’à peu près. Les anciens déterminaient les heures de jour d’après la hauteur du soleil, d’après la longueur et la direction de l’ombre ; ils avaient inventé, pour mesurer le temps, le « gnomon », le cadran solaire, la montre solaire. Pour évaluer une durée, ils se servaient du sablier, de la clepsydre, de l’horloge hydraulique (1). Mais les moines n’avaient pas toujours ces instruments à leur disposition (2). Ils devaient alors prêter l’oreille au chant du coq ou suivre attentivement la marche des étoiles. Cassien fait observer que le religieux chargé d’éveiller ses frères ne doit rien relâcher de sa vigilance sous prétexte qu’il a l’habitude de les exciter à la même heure : Quamvis eum consuetudo diurna hora solita evigilare compellat, tamen sollicite frequenterque stellarum cursu praestitutum congregationis tempus explorans ad orationum eos invitat officium (3). Il nous est parvenu de saint Grégoire de Tours un curieux opuscule intitulé : De cursu stellarum ratio, qualiter ad officium implendum debeat observari (4). La récitation d’une longueur déterminée de prières (5), l’appréciation de la quantité de cire qu’un cierge avait consumée ou de la différence de niveau dans l’huile d’une lampe étaient encore des procédés rudimentaires. La Règle du Maître veut que deux frères fassent la veillée et consultent souvent l'horologium (6). C’est à l’Abbé en personne ou à un moine zélé, agissant sous la responsabilité de l’Abbé, que N. B. Père confiera le soin d’appeler à l’Œuvre de Dieu (chap. XLVII) ; mais il lui fallait bien prévoir les erreurs et les oublis, et nous l’entendrons consentir à ce qu’on abrège l’office, si le sommeil des moines a été malencontreusement prolongé.
(1) Cf. Daremberg et Saglio, Dictionnaire des Antiquités grecques et romaines, art. Horologium.
(2) Cf. Haeft., l. VII, tract. ix. — Calmet, in h. l.
(3) Inst., II, xvii.
(4) Monumenta Germaniae Historica : Scriptores rerum Merovingiarum, t. I, p. 854 sq.
(5) Voir l’histoire d’Adolios dans : Hist. Laus., c. civ (Vitae Patrum, VIII. Rosweyde, p. 769).
(6) Cap. xxxi-xxxii.
ut modice amplius de media nocte pausetur, et jam digesti surgant.
so that having rested till a little after midnight they may rise refreshed.
Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 8.2
col.412 Ut modice amplius de media nocte pausetur.] Ex hoc loco manifestum est eos a præstituta Regulæ hora recedere, qui media nocte surgunt, ut sunt Bursfeldenses in Allemania, Vallisoletani in Hispania : nam, quod ait Antonius Perez, modicum pro nihilo reputari ; modicum est, et pro nihilo reputari debet.
col.413 Et jam digesti surgant.] Quod ait digesti, interpretantur nonnulli decoctis cibis, juxta illud Hieronymi ad Eustochium : « Ad orationem tibi surgenti nocte non indigestio ructum faciat, sed inanitas. » At cum S. Benedictus hic loquatur de tempore hiemis, quo fratres unicam ad nonam refectionem accipiunt, hæc præcautio non videtur fuisse necessaria. Itaque digesti hoc loco significare videtur, ut sufficienti somno refecti, jam læti et alacres surgant.
Quod vero restat post Vigilias, a fratribus qui psalterii vel lectionum aliquid indigent, meditationi inserviatur.
Let the time that remains after Matins be used, by those brethren who need it, for the study of the Psalter or lessons.
Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 8.3
col.413 Quod vero restat post vigilias, a fratribus qui psalterii vel lectionum aliquid indigent, meditationi inserviatur.] Hic locus sua difficultate non caret ; unde et varie a variis intelligitur ; nam quod ait : meditationi inserviatur, Bernardus Cassinensis tribus modis exponit : « 1° pro studio et Scripturarum pertractatione; 2° pro psalmorum silenti sibimet decantatione; 3° si Deus dederit, pro attenta contemplatione gehennæ ad timendum, gloriæ ad desiderandum, Dei ad amandum, sanctorum ad imitandum, peccatorum ad fugiendum. »
col.413 Ex tribus hisce expositionibus primam et tertiam admisisse videtur S. Hildegardis, hunc in locum sic scribens : « Post noctis vigilias, id est psalmis nocturnis finitis, intervallum habere per meditationem orationum aut lectionum designavit. »
col.413 Aliter Joannes Craesbeeck hunc locum explicat, scilicet, « ut quem forte imprudentem et negligentem aliquid de psalmis vel alia divini officii pars in communi synaxi præterit, id privatim suppleat. » Nova quidem explicatio, et sua novitate merito rejicienda. Addit tamen : « Vel qui cupit aliquam lectionem publice recitandam discere, seu cogitatione aut memoria percipere, vel sacræ Scripturæ studere, vel alia ratione spiritum ad pietatem exercere, id faciat secum meditando, non cum aliis conferendo, quia tempus silentii est. »
col.413 At vero Nicolaus Bravus meditationem hic interpretatur non de spiritus contemplatione; sed « de exercitio circa psalmos et lectiones, aliaque similia addiscenda. » Attendens scilicet ad usum et morem suæ congregationis, quem fusius describit Joannes Caramuel his verbis : « Tempore quod interest laudibus et primæ, licitum est senioribus ad suas cellas reverti; novitii vero et juniores (tales audiunt qui non habent quinque professionis annos ), quia creduntur psalterii lectione indigere , congregati in cubiculo prope calefactorium præparato (quod Hispanice vocant La Lamparilla ), meditantur psalmos, mandantque memoriæ. Iste juniorum conventus actus communitatis est, cui præsidet majoris missæ hebdomadarius, sine cujus licentia nullus potest discedere ex illo loco. Cum auditur signum præparatorium ante primas, advenit magister novitiorum, qui lectiones eorum recipit , et videt quantum singuli memoriæ tradiderint. Ecce ad litteram praxi mandatur Regulæ textus. »
col.413 Menardus etiam meditationem hic exponit pro studio psalterii et lectionum, « ut discant rudiores recte legere, et pronuntiare lectiones, et psalterium, atque etiam interpretari, imo et ipsum psalterium memoriæ mandent si possint, » quod confirmat ex Vita S. Gosvini abbatis Aquiscinctensis, qui instituit ut post vigilias pueri ad lucernam psalmos, et lectiones, et similia ediscerent, et ex Concordia Dunstani cap. 2. Possetque insuper stabiliri ex antiquis Germaniæ Consuetudinibus mss., in quibus n. 30 hæc habentur : « Quod vero restat post vigilias a fratribus, qui Psalterii et lectionum, seu cantus aliquid indigent, meditationi inserviatur, sicut præcipit Regula, usquequo aliquod indicium lucis appareat; » ex Statutis Lanfranci, quæ decernunt ( Cap. 1), ut post nocturnos « infantes cum luminaribus in capitulo diligenter a magistris custodiantur, canentes quod necessarium erit; » ex Consuetudinibus Cluniacensis monasterii in quibus Udalricus exprimens quid per intervallum ageretur, « pueri, inquit, sedent in capitulo, et per aliquem præcinentem cantum addiscunt ; » denique ex Vita S. Gildasii abbatis Ruyensis n. 4 (Sæc. i Bened., pag. 150) : « Nocte quadam dum pueriles monachi ad mensam sederent, et psalmos firmarent, adversarius adfuit. »
col.414 Tandem Guido Juvenalis in Gallica versione sanctum Benedictum ita intelligit, ut qui legere, prævidere et quærere aliquid opus habent id exsequantur : alii vero contemplationi seu rerum divinarum meditationi vacent, Regulæ textum contra fidem omnium mss. ita corrumpens : Quod vero restat post vigilias, a fratribus (nisi qui Psalterii, vel lectione aliquid indigent) meditationi inserviatur.
col.414 Ut autem in tanta opinionum varietate etiam quid sentiam aperiam : Primo, existimo S. Benedictum eam non præscripsisse meditationem quæ in rerum divinarum contemplatione consistit, quam vulgo orationis mentalis nomine intelligimus ; tum quia non videtur credibile eum tanto temporis intervallo mentes discipulorum applicasse, qui in conventu omnino breviari orationem jubet ; tum quia si ita esset, his qui psalterio et lectione indigent, aliud tempus ad meditationem assignandum fuisset, quod tamen haud facit ; tum denique quia in antiquis monachorum regulis nullam orationi mentali horam indictam fuisse legimus, cum in omni loco et tempore cœlestia jugiter meditarentur.
col.414 Secundo, existimo S. P. Benedicti sensum hic loci non esse, ut qui in psalmis aut lectionibus sua negligentia in communi synaxi aliquid omiserit, post vigilias omissum repetat; quamvis id non omittendum foret : nam hæc sententia sua novitate destruitur.
col.414 Tertio, nec puto S. Patrem præcepisse ut cantum ignari tunc temporis discerent, propter silentii nocturni religionem, quam ea ratione non violare impossibile fuisset, nisi cum Bernardo Cassinensi intelligamus de psalmorum silenti sibimet decantatione ; licet eam fuisse communem et pene generalem ordinis nostri per x, xi et xii sæculum consuetudinem pro comperto habetur.
col.414 Quarto, dico S. Benedictum hoc loco duo attigisse, lectiones et psalmos : multum autem in eam propendeo sententiam, quæ tenet S. Patrem præscripsisse ut rudiores cantandas sive recitandas publice lectiones privatim præviderent, et Psalterium ipsum memoriter discerent , maxime cum nondum inventa arte typographica, mss. codices multis referti mendis in infinitos errores inter legendum juniores et imperitos inducerent, morisque fuerit apud veteres monachos Psalterium memoriter discere ; nam meditari apud antiquos sæpe sumitur pro simplici lectione, ut in secunda Regula SS. Patrum cap. 5, sive pro studio; unde antiqua versio Gallica ms. Conchensis monasterii hunc Regulæ textum ita vertit : Le temps qui reste après vigile soit occupé à dire Psautier ou à étudier.
col.414 Quinto, non solum Psalterium, sed alios insuper Scripturæ libros ex mente S. Benedicti memoriæ commendandos esse existimo, maxime cum nonnullas lectiones ad opus Dei memoriter recitari voluerit, communisque apud veteres monachos usus obtinuerit, Scripturam memoriæ mandandi. Addo præterea occultos illius variosque sensus esse rimandos : nam Scripturæ sacræ studium apud eos præcipuum fuisse constat; unde etiam Hildemarus nolenti vigilare fratri, et nihil se adjuvante Domino indigere dicenti, « Abbas, inquit, talem propositionem debet proponere, quam ille frater non possit solvere, ut humilietur, » aliquem scilicet Scripturæ locum perdifficilem cujus sensum frater ille negligens et superbus ignoret.
col.414 Sexto, denique non sic credo Scripturæ studium aliaque quæ diximus a S. Benedicto præcipi, ut orationi vacare valenti, quod Deus dat exsequi, permissum non fuerit, maxime cum prolixius orare volentem in oratorio remorari infra permittat. Atque ita Oddo Æduensis monachus usu habuisse dicitur ( In Vita S. Hugon., n. 11, sæculo v) « post expletionem matutinalis synaxis, ut B. permittit Benedictus in oratorio peculiaris orationis gratia remorari. »
col.415 Quod vero S. Pater ait a fratribus qui Psalterii vel lectionum aliquid indigent, sic intelligit Menardus, ut fratres qui Psalterio aut lectione non indigent, liberas hoc per intervallum horas habeant, quia non omnia diei momenta S. Pater minutatim prosecutus est, neque ordinavit quid inter laudes et primam fieri deberet, neque tempore jejunii quid a vesperis ad collationis lectionem. Sed Hildemarus, ut modo dicebamus, censet ei qui nihil se indigere credit talem ab abbate Scripturæ quæstionem esse proponendam, quam ille difficile solvat. Verum eum Regulæ textum non solum de prævidendis lectionibus et Psalterio memoriter addiscendo, sed etiam de studio scrutandisque Scripturæ locis difficilioribus explicuerimus; nullusque sit qui his non indigeat, omnes æqualiter hic Regulæ locus tangere dicendus est; possetque ita intelligi : A fratribus qui omnes indigent Psalterio et lectione, meditationi inserviatur : nam verba illa qui indigent notant causam hujus præcepti. An vero ita intellexerit Nicolaus de Fractura, cum facta sibi objectione, « quod si non indigeat psalmis vel lectione intendere , nunquid in lectis ad pausandum se ponent? » respondet : « Dicas quod non, quia etsi non indigeant psalmis, vel lectionibus, seu orationibus quoad doctrinam eorum, indigent tamen ipsis quoad salutem animarum ipsorum; et propterea dicit Hieronymus ad Rusticum monachum : Nunquam de manu tua cadat psalterium. » Cæterum hic præterire non possum quod de piis Sanctigallensis monasterii Notkero, Ratperto et Tutilone monachis scribit Ekkehardus junior (In Vita Notkeri, n. 4, sæc. v Bened. ) : « Erat tribus illis inseparabilibus consuetudo, permisso quidem prioris, in intervallo laudum nocturno, convenire in scriptorio, collationesque tali horæ aptissimas de Scripturis facere. »
col.415 Ex dictis hactenus constat perfectum S. Benedicti discipulum post nocturnas vigilias lectum non posse repetere; id quod tum antiquis tum recentioribus monachis sub magna districtione cautum videmus: nam S. Chrysostomus monachorum sui temporis vitam describens (Homil. 59, ad popul. Antioch.), « cum matutinas orationes et hymnos celebraverint , inquit , ad Scripturarum lectionem convertuntur. » Idem de Ægyptiis monachis asserit Cassianus in lib. ii, cap. 12. Refert etiam Ruffinus (Lib. iii de Vit. Pat., n. 199) nonnullos fratres, quatuor nocte horis somno, quatuor psalmis, quatuor labori manuum operam dedisse, S. Cæsarius in Regula ad virgines, qualis est apud Bollandum Jan. 12, præscribit ut « ipsæ vigiliæ sic temperentur, ut quæ sane sunt post vigilias somno non opprimantur ; » et S. Aurelianus (Regul. cap. 28), « post matutinas orationes, infit, ad somnum reverti non liceat. » In antiquo etiam Ordine conversationis monasticæ legitur (Cap. 2) : « Post expletionem vero nocturnæ laudis, in illo intervallo summum silentium fiat tam in voce quam in incessu, sive sono alicujus rei, ut liceat unicuique sine alterius inquietudine peccata Domino confiteri, et veniam et remissionem pro ipsis flendo Deum postulare. » Et in Consuetudinibus S. Benedicti abbatis Anianensis (Tom. iv Annal.) : « Post matutinas horas non redeatur ad lectulos, nisi quando plenarium officium celebratur, vel contigit ante horam surrexisse, excepto infirmis vel pro lassitudine non valentibus, quorum imbecillitas a priore consideranda est. » Crodegangus etiam Mettensis episcopus ( Spec. tom. i), ne quis post nocturnas vigilias, nisi forte infirmus, et hoc cum licentia, dormiat, sub pœna excommunicationis vetat in Regula Canonicorum, cap. 15. S. Romualdus usque adeo post nocturnas vigilias somnum exosum habuit, ut, Petro Damiani referente (In Vit. S. Rom.), « si quis ei confiteretur post duodecim psalmorum vigilias, vel maxime circa diluculum obdormisse, nequaquam posset eo die cum ejus licentia missarum solemnia celebrare. » Idem Petrus Damiani hanc suis legem præscripserat (Opusc. 15, cap. 17) : « Post nocturnum officium repetere accubitum omnino non licet ; unde nos, ut hæc regularis observantia posset facilius custodiri, hoc instituimus, ut quotidie signum primitus ad vigilias sonet ; deinde expleto ex more Psalterio, vel quantum ratio temporis considerata permittit, sonante iterum signo, nocturnale peragatur officium, ut juxta diluculum, quo videlicet tempore gravius incumbit acedia, stantes nos et canonicis inveniat occupatos officiis. » Statuta Lanfranci ( Cap. 1 § 1) decernunt, ut post nocturnas vigilias fratres in choro sedeant, infantes in capitulo cum suis magistris cantum addiscant, atque interim prior, accensa lucerna, videat cum omnes ordinate sedeant, omniaque monasterii membra perlustrans, si quem dormientem reperiat, excitatum signo reverti in chorum præcipiat. Eadem pene disciplina vigebat apud Cluniacenses, quorum antiquæ Consuetudines apud Udalricum præscribunt (Lib. i, cap. 41) , ut privatis diebus, si nullæ sint octavæ, postquam semel surrexerint, ad lectos non redeant; deinde factæ interrogationi quandiu duraret ipsum intervallum? respondetur sic temperari, ut per illud prior claustralis omnes monasterii officinas percurrere possit; tum ut fratres de ecclesia B. Mariæ simul exeuntes, postquam corporeis naturæ necessitatibus, si qui indigeant, providerint, in chorum revertantur ; ubi caput cooperti sedeant ; ibique quidquid voluerint aut potuerint faciant : nihil enim tunc temporis fratribus agendum præscribitur. Poterant autem si vellent surgere, altaria circuire, et ibi peculiariter orare. Ubi merito corrigas Haeftenum, qui ex eo quod conqueritur Petrus Venerabilis quod multa adhuc nocte in hymnis laudum cantetur : Aurora lucis rutilat : Aurora jam spargit polum, et similia ; existimat jam olim Cluniacenses intervallum illud non servasse. Non enim queritur Petrus Venerabilis quod nullum servaretur intervallum; sed quod auroram usque non extenderetur. Ait autem Udalricus fuisse aliquando cum intentius oraret, aliquando psalmos ruminaret, aliquando somno oppressus, vellet nollet, dormitaret ; additque non multos Cluniaci fuisse dissimiles. Hæc in memoriam revocant qua arte S. Joannes Gorziensis somnum hoc in intervallo fugaret (In ejus Vita, n. 80, sæc. v Bened.) , scilicet « in morem apis psalmos tacito murmure continue revolvendo, nunc circa altaria, nunc paululum residendo, mox exsurgere et aliquandiu stare ; itemque egressus cella tempus noctis inspicere ; deinde lucernis aut emungendis, aut reficiendis assistere; tum etiam scholas canentium revisere ; interdum retibus texendis quod noctis superesset expendere. »
col.416 Cistercienses etiam constat post nocturnas vigilias lectos non repetiisse ex libro Usuum Cist. c. 74, quo statuitur, ut « post vigilias vel post officium defunctorum, si dicendum fuerit, accenso lumine a servitore ecclesiæ ante armarium et in capitulo, sedeant fratres in ipso capitulo, et legant qui voluerint, nec sedeant in angulis nisi legentes : qui taliter habeant caputia in capitibus, ut possit agnosci si dormiant, an non. » Et hoc quidem hieme; nam æstate in claustro sese recipiebant, ex cap. 84; unde S. Bernardus singularem monachum describens (De Grad. humil.) , aliis in claustro quiescentibus, inquit, solus remanet in oratorio : ubi quod dicit quiescentibus non de corporea, sed de spiritali quiete intelligendum est, ut patet ex Aelredo abbate hom. de duobus discipulis euntibus in Emmaus, et ex Gilberto de Hoillandia Serm. 23, in Cant. Denique apud primos B. Stephani abbatis Obazinensis discipulos (Tom. IV Misc. Baluz.) , « illud quod post vigilias intervallum restabat, non quieti aut somno deputabatur sed peculiaribus orationibus aut operibus manuum inserviebat, » ut legitur in ejus Vita, n. 7.
col.417 Istud autem institutum antiquis monachis, ut vidimus hactenus, inviolabile duplici ex causa commendat Joannes Cassianus: 1° ne purificationem nostram nocturnis orationibus acquisitam invidus hostis illusione somni contaminet; 2° ne somnus ille inertiam in monacho parturiat, ac per totum d em vigorem ejus obtundat, cordis pinguedinem exhauriat, et debilem reddat eum adversus insidias inimici. Adde quod ait Smaragdus : « Scriptum est in lectulo meo! Quæsivi quem diligit anima mea; quæsivi eum et non inveni eum : non enim in lectulo carnalium voluptatum dilectus Christus invenitur, sed in laboribus sanctis, excubiis sacris et orationibus invenitur crebris : non in somni torpore, sed in vigiliarum oratione, et orationis invenitur compunctione. » Et illud Petri Damiani (Opusc. 15, cap. 17) : « Absit tunc nos sopori vel ignaviæ cedere qua videlicet hora constat Redemptorem nostrum destructo mortis imperio surrexisse, ne si tunc dormiamus, quando oriente sole corporeo etiam interior noster homo lucem debet inocciduam exspectare, quod absit, irrisio nobis videatur illa congruere : Discipuli ejus nocte venerunt, et nobis dormientibus furati sunt eum. »
col.417 Non defuerunt tamen ex priscis monachis, quamvis pauci, qui post nocturnum officium somno indulgere permiserunt, puta S. Isidorum in Regulæ cap. 6, et Magistrum item Regulæ cap. 44. Idque usu receptum fuisse circa finem sæculi sexti in Reomensi S. Joannis monasterio colligimus ex libro de Translatione et miraculis ejus, n. 1; sed et S. Galli abbatis discipulos post laborem matutinalis officii quiescendi gratia lectos revisisse auctor est Walfridus in Vita S. Galli cap. 26 ( Sæc. ii ). Similiter S. Geremarus abbas Flaviacensis completo officio revertens in dormitorium in stratu suo collocare se consueverat, ut habent ejus acta n. 14. Idem viguisse in Longoretico monasterio discimus ex Visione Baronti, n. 7, sæculo ii Bened.; in Pauliacensi sanctimonialium ex Vita S. Austrebertæ, n. 15, sæc. iii, part. i; in Lindisfarnensi ex Carmine Ethilvulfi monachi cap. 10, 21, 22; in monasterio S. Corbiniani ex ejus Vita auctore Aribone n. 3, denique in Suessionensi B. M. Parthenone aliis in ecclesia vigiliis et orationibus insistentibus, aliæ post nocturnum officium dormire permittebantur ex Vita S. Drausii episc., n. 17, apud Bolland., 5 Martii. Sed hæc meræ indulgentiæ, et præter Regulam S. Benedicti, quæ nullum post vigilias somnum concedit.
col.417 De tempore quod laudes inter et primam intercipitur, aliqua posset esse difficultas : nam S. Pater nullum tunc definivit exercitium. Item de dominicis diebus, in quibus maturius ad vigilias monachos surgere jussit, laudesque vigiliis immediate subjungit ; num privatis diebus saltem brevi illo spatio, quod est inter laudes et primam, ac diebus dominicis post nocturnum officium ex mente S. Benedicti lectum revisere possimus.
col.417 Sed cum eæ rationes et causæ, propter quas somno post vigilias interdixere Patres nostri, adversus eum qui post laudes capi posset, militare constet ; æqualiter utroque tempore prohibitum esse asserendum est. Et sane cum matutinæ laudes ad solam auroram celebrari debeant, nec minus hora dimidiata absolvi queant, tam breve a finitis laudibus ad primam (quæ orto jam sole incipitur) spatium intercedit , ut vix dormiendi locum reperias. Quapropter S. Benedictus abbas Anianensis (In ejus Vita, n. 52) « tempore siquidem æstatis post expletum matutinorum officium , mox egredi ab ecclesia propter somnolentiam jussit, seseque calceantes lotis faciebus ad ecclesiam concite redeant, et juxta præfatum ordinem (Quem scilicet ante vigilias instituerat, cap. 31) altaria cum reverentia circumeant, sanctisque se aquis perfundant, et sic deinceps ad loca constituta accedant , diurnum expleturi honeste officium. » In capitulis etiam monachorum Sangallensium anno 817 editis præscribitur (Cap. 31), « ut intervallum post matutinos , et ante primam hiemis vel æstatis tempore eo proteletur spatio, quo se fratres apte parare et convenienter orando altaria circuire possint, ut clara luce vel orto sole, exeuntes a prima, vel lectioni vacent , vel injunctam sibi obedientiam subeant. » In antiquo ordine conversationis monasticæ, ut « ex hac matutina laude summum et præcipuum fiat silentium in orando et legendo. » Concordia Dunstani, cap. 2, a calendis Octobris ad Pascha matutinis laudibus ad lucis crepusculum persolvendis primam sine ullo vacuo intervallo subjicit ; et cap. 5 decernit, ut a Pascha tota æstate, finitis matutinis , « egredientes ecclesia fratres calcent se, lavent, peractisque in ecclesia tribus orationibus, sedentes in claustro vacent lectioni usque dum primæ signum auditum fuerit : » quamvis, si nondum dies illuxerit, de licentia prioris lectum repetere permittat. Statuta etiam Lanfranci a calendis Novembris ad Pascha matutinis laudibus et subsequentibus SS. commemorationibus primam subjiciunt, sic ut clarescente die omnia finiantur; si vero quid noctis superfuerit, nullus, præter sanguine minutos, ad lectum revertatur ; sed sicut primo intervallo vigilias inter et matutinas laudes ita se gerant. Eadem forte disciplina vigebat apud Cluniacenses , quorum antiquæ Consuetudines de tempore hiemis apud Udalricum ita habent (Lib. i, cap. 41) : « In privatis diebus, et si nullæ fiant octavæ, postquam semel surgimus , non redimus ad lecta. » Denique liber Usuum Cisterciensium decernit (Cap. 74) hieme, ut « si forte post matutinas dies nondum claruerit , accenso lumine a fratribus, fiat intervallum ; et fratres qui voluerint sedeant in claustro , sed non legant : » æstate vero (Cap. 84) « post matutinas dicant laudes pro defunctis , quibus dictis, et facto intervallo sicut festis diebus , calcent se diurnalibus, et sumant cultellos, quod et faciant quoties calceant se diurnalibus consuete; deinde aspersi aqua, et facta oratione , secundum tempus dicant primam. » Econtra autem Regula B. Aelredi ad virgines a calendis Novembris ad caput quadragesimæ matutinas laudes cum horæ primæ hymnis consequenter persolvendas albescente aurora, præscribit (Cap. 14 et 15); a Pascha vero ad prædictas calendas, matutinis expletis usque ad plenum solis ortum, orationibus vacent et psalmis, et tunc dicatur prima.
col.418 Neque tamen inficias ibo aliam fuisse nonnullorum consuetudinem et praxim. Inter alios magister æstate matutinas laudes una cum vigiliis jungi jussit, ut iis celebratis, qui vellent ad primam usque pausarent. Statuta Lanfranci a calendis octobris usque ad calendas novembris decernunt (C. 1, § 1), ut « privatis diebus post matutinas revertantur ad lectos suos. » Idemque tota æstate usu receptum fuisse patet ex eo quod indulgent , ut « diebus Rogationum , dictis matutinis pro defunctis, fratres ad lectos redeant, et qui volunt plus solito dormiant. » Ergo solebant æstate dormire; nam hieme id prohibitum supra vidimus. Idem reperimus etiam apud Udalricum in antiquis Cluniac. Consuetudinibus (Lib. i, cap. 22), in quibus idem de Rogationibus statutum legitur, et insuper, ut per octavas S. Martini, Nativitatis Domini et Epiphaniæ dormiatur : quo forte respexit S. Bernardus cum Roberto nepoti, qui ad Cluniacenses transierat, exprobrans ait (Epist. 1) : « Securus nunc, projectis armis, capis matutinos somnos, cum illa hora Christus resurrexerit. »
col.418 Verum præterquam quod hoc speciale fuit illis congregationibus, idque pro æstate tantum atque, ut plurimum, ad libitum; manifestum est a communi in hoc regula dispensatum fuisse; quam dispensationem tamen numeroso psalmorum decursu, quos præscripto a S. Benedicto officio adjiciebant, satis compensabant.
col.419 De dominicis diebus major videtur difficultas. Ut quid enim maturius surgere, et matutinas laudes cum vigiliis uno tenore decurrere, nisi ut postea fessis corporibus aliqua concedatur requies? Adde quod veteres monachi , teste Cassiano , quos in multis S. Benedictus æmulatus est, sabbato post nocturnas vigilias duabus circiter horis dormirent; et ex Regula Pauli et Stephani (Lib. i, cap. 8), « mane dicta prima nullus se in lecto recubitet , excepto die dominico aut festis diebus, in quibus vigiliarum labore, et præteriti diei solito amplius fatigati paululum post primam qui ex vobis voluerint membra ponant in lectulis, quod non omni tempore idipsum, sed tantum æstivis mensibus liceat. » His accedit suffragium S. Hildegardis, quæ illa S. Regulæ verba commentans : Data benedictione incipiant matutinos, sic loquitur: « Hic intervallum ad meditationem orationum seu lectionum non ostendit ; nec in his diebus fratres, finitis matutinis , ad quiescendum ad lectos redire prohibet ; sed si tempus permiserit , ita ut maturius surrexerint, quia in prolixitate nocturni et divini servitii fatigati sunt, in arbitrium eorum ut ad lectos redeant silenter ponit. »
col.419 Nihilo tamen minus, cum eædem pro omnibus pariter diebus valeant rationes, quas supra adduximus, dominicos dies sub eadem lege comprehensos esse, nec in iis somno post vigilias indulgendum esse ex mente S. P. Benedicti asserendum est. Hinc canon 5 concilii Aquisgranensis, « ut nullo unquam tempore post vigilias causa dormiendi , nisi contigerit eos ante horam constitutam surgere, ad lectos redeant suos ; » narratque Browerus (Lib. ii Antiq. Fuld., cap. 16) Ludovicum Pium imperatorem apud Gregorium papam obtinuisse monachis in civitatibus, et matricularibus ecclesiarum locis consistentibus, qui cum magno labore et studio divinum servitium toto anni tempore peragunt , post vigilias æstivalium noctium atque in festis 12 lectionum somno reficere corpus. Porro si id ex Regula licuisset, a summo pontifice dispensationem requirere haudquaquam necesse fuisset. Quapropter quod S. Benedictus dominicis diebus nocturnis vigiliis sine ullo intervallo jungit matutinos, non sic capiendum est, quasi laudes accelerare voluisset, et consuetam illarum horam mutare ; sed potius nocturnos ad auroram usque produxisse dicendus: nam matutini , quos laudes appellamus, semper ad auroram, sive ut loquitur S. P. Benedictus incipiente luce dicendi sunt : unde et matutini dicti sunt a voce matuta, id est aurora, eo quod ad auroram celebrari debeant : quare Hildemarus illum S. Regulæ textum, qui incipiente luce agendi sunt, commentans, hæc scribit : « In hoc loco manifestat B. Benedictus cum dicit, matutini qui incipiente luce agendi sunt, quia omni tempore, id est tam quotidianis diebus quam in dominicis et festis diebus matutini incipiente luce agendi sunt. » Idem docet ad cap. 11 idem cum eo etiam Bernardus Cassinensis, et Nicolaus de Fractura ad cap. item 11; quorum sententiam confirmat praxis, quam videre est apud anonymum Sangermanensem qui, principatu Caroli Magni translationem S. Germani Parisiensis episcopi describebat, in qua, n. 7, refert (Sæc. iii Bened., part. ii) contractum quemdam « mane facto.... clericis (id est monachis), juxta morem diei dominici matutinorum officia consummantibus » curatum fuisse; apud Aimonium in lib. ii Mirac. S. Germani, cap. 10, ubi fratribus « matutinale, orto jam crepusculo, Paschalis sacrosanctæ festivitatis officium celebrantibus, » Normanni adesse dicuntur ; apud Hildegarium in Vita S. Faronis, cap. 113 (Sæc. ii): « Nocte quadam cum jam nova aurora claro suo crepusculo dilucidaret, ac concinentes monachi resonarent ecclesiam quodam versu, Deus misereatur nostri et benedicat nobis, » etc., qui versus dicitur ad matutinos : hic tamen locus non prorsus evincit pro die dominica : clarior est ille, qui desumitur ex lib. i de Gestis SS. Rotonensium, cap. 6 (Sæc. iv, part. ii) : « Cum aurora diei claresceret, et monachi matutinas psallerent, et Dominum una voce laudarent, ventum est ad illum psalmum qui appellatur Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo, » etc., qui psalmus ad solas dominici diei laudes, aut in festis 12 lectionum dicitur. At nihil luculentius hanc in rem proferri potest, quam locus ex Vita S. Adonis ex abbate episcopi Viennensis, quam ex antiquo breviario Viennensi edidit noster Mabillonius, cujus in n. 8 hæc leguntur (Sæc. iv Bened., part. ii) : « Temporius fratres ad vigilias nocturnas surgere compellebat, ubi et ipse solito præsens lectiones et responsoria protrahendo decantari faciebat, quousque diei luce appropinquante matutinæ laudes agerentur. » Eodem modo Venerabilis Benedictus abbas Clusensis monasterii, ut scribit Vuillelmus, ejus discipulus, in ejus Vita, cap. 5, « observabat lectiones terminando, processionesque protrahendo, ut ad diem usque divinum opus procederet, ne quid post matutinas ad lectum revertentibus invida hostis fraus subriperet, quod castitatis flosculos suaveolentes adureret, et ita solemne gaudium fœdando a sacra communione absterreret. » His omnibus accedit Joannis monachi egregium testimonium in Vita S. Odonis lib. i, n. 10 : « Ecce enim sunt evoluti haud plusquam sex anni, dum ante ejus corpus (nempe S. Martini) vigiliarum excubias diversus ordo ecclesiæ celebraret ; contigit ut ipse ibidem interesset. Verum quia ejusdem officii antiphonæ, uti omnibus patet, breves sunt, et ejus temporis longiores noctes, volentes officium ad lucem usque protendere, unamquamque antiphonam per singulos psalmorum versus repetendo canebant, » etc. Hæc omnia confirmant antiquæ Consuetudines Germaniæ mss. in quibus n. 24 decernitur ut in cœna Domini, « nocturni ita temperentur, ut in tenebris compleantur : » ex quo colligas alio tempore non completos in tenebris, sed ad lucem usque productos fuisse, alioquin frustra diceretur, ut nocturni in tenebris complerentur. Et liber Usuum Cisterciensium, cap. 68, « solet sacrista, cum se viderit temporius quam debuerat surrexisse, cantorem signo præmonere ut duodecimam lectionem faciat prolongare; et tunc qui eam legerit, non eam finiat usque ad nutum sacristæ vel sonitum horologii : » quare enim lectio duodecima prolongaretur non video, nisi quia nondum solita matutinorum hora advenisset.
col.420 Nec refert quod S. P. Benedictus Dominicis festisque diebus temporius ad vigilias surgere præcipiat, et prolixissimæ sint hiemis noctes. Nam primo istud de maturius surgendo præceptum, solas ex Hildemaro respicit æstatis noctes; hieme enim citius solito non esse surgendum asserit; sed « ita considerandum est, inquit (In cap. 11), in hiemali tempore, ut ita surgant juxta numerositatem fratrum, et prolixitatem lectionum, ut incipiente luce agantur matutini. » Et Bernardus Cassinensis (In cap. 11) : « Hoc tamen quod dicit, dominicis diebus citius esse surgendum, attinet proprie ad tempus æstivum, in quo si ita tarde surgeretur, sicut quando grandes sunt noctes, esset negligentia magna, nec inciperentur matutinæ laudes incipiente luce, quia in lectionibus secundæ vigiliæ appareret aurora : tempore vero hiemali satis sufficit octava surgere hora, quia tunc 12 lectiones, cum 12 responsoriis, cum psalmodia 12 psalmorum, et tribus canticis, cum hymno Te Deum laudamus, et Evangelio cum debita modulatione dicto, matutinæ laudes incipiente luce poterunt inchoari. »
col.420 Deinde etiamsi media hora citius solito surgeretur, cum diebus solemnibus majori cum gravitate et modulatione divinum celebretur officium , facili negotio totum illud intervallum, licet hieme prolixum, poterant implere ; maxime si consideremus, quantæ prolixitatis apud majores nostros lectiones cantarentur : nam, v. g., S. Cæsarius in Regula ad monachos, cap. 20 ad singulas lectiones tria folia legi præcipit. Similiter S. Aurelianus in ordine psallendi « unus frater legat paginas aut tres, aut quatuor, inquit, quomodo mensura fuerit libri; si minute scriptus aut majore forma, ternas paginas; si minor, quatuor : » quapropter ne somnus in tanta lectionum prolixitate subreperet, aliquid operis de sparta aut de canape, aut aliquis hujusmodi labor manuum exerceri , diebus vero dominicis festisve stare præcipit, in Regula, cap. 29, quod item præscribunt Regula S. Cæsarii ad virgines, cap. 13, et Tarnatensis cap. 6: ex quo apparet non adeo breves fuisse eorum lectiones ; alioquin frustra eo tempore arreptum esset opus continuo dimittendum. Et ut de nostris etiam aliquid dicamus, apud Cluniacenses adeo magnæ erant hiemali tempore vigiliarum lectiones, ut in una Septuagesimæ hebdomada integrum Geneseos librum in choro percurrerent, totamque Isaiæ prophetiam intra sex privatas vigilias, teste Udalrico; quo etiam referente discimus fratrem qui lectiones terminaret, cum unam tantum ad duas privatas vigilias Epistolam ad Romanos legi fecisset, increpatum fuisse in capitulo, quod lectiones breviores fecisset. At quod de S. Joanne Gorziensi scribit Joannes Mettensis omnem nunc excederet fidem, nisi id referret testis oculatus et sincerus; eum scilicet « sub una quondam lectione Danielem totum dum tertius lecturus assurrexisset, explevisse. » His omnibus suffragari videtur Boherius in primo commentario ad cap. 11, sic scribens: « In majoribus noctibus majores lectiones recitari consueverunt, et psalmi ac responsoria spatiosius decantari. »
col.421 Præterea docet Menardus S. Benedictum ad singulos psalmos Ægyptiorum monachorum more orationes interposuisse ; id quod etiam decernunt S. Isidorus in Regula 7; S. Fructuosus cap. 3, et Magister cap. 33. Adde quod S. Pater psalmos cum antiphonis cantari præcipit : quod de inserendis singulis psalmorum versiculis antiphonis, ut supra vidimus in ecclesia Turonensi, non sine fundamento interpretari posset aliquis. Quæ cum ita se habeant, nemo jam non videt qua ratione etiam in nocte prolixiori vigilias ad auroram usque producere possent ; alioquin si matutinas laudes una cum nocturnis mediis adhuc in tenebris persolvissent, non septies exemplo prophetæ, sed sexies laudem Deo dixissent, ut notat iterum Hildemarus ad cap. 11. Unde nec S. Hildegardis absolute dicit diebus dominicis indultum fuisse a S. P. Benedictino post matutinas somnum; sed tantum si tempus permiserit, ita ut maturius surrexerint; quo casu, ut dicit Hildemarus, « tunc si dies non fuerit, debet prior signum tangere, ut dormiant; » tuncque, ut existimo, laudes a nocturnis separabant: quia non nisi incipiente luce ex Regula dicendæ sunt. Atque ex dictis hactenus patet quod diebus dominicis vigiliæ prolixiores, et nocturna synaxis in lucem usque producta matutinum soporem non admittunt, ut scribebat Stephanus Tornacensis ad novitium Pontiniacensem, qui Cisterciense institutum deserere cogitabat.
col.422 Cæterum nemini durum aliquid aut austerum nimis his in vigiliis videri debet, consideranti antiquum veterum monachorum fervorem, qui, ut docet Cassianus, sabbati et dominica noctes fere insomnes agebant, si forte duas postremas horas excipias, in quibus qualicunque requie corpus reficiebant ; quas nec monacho indulgendas esse censebat S. Arsenius (Tom. I Monum. Eccles. Græcæ), dicens ei sufficere unam horam dormire, modo is pugilis nomen mereatur. Cujus rei vestigium aliquod in Cluniacensi monasterio olim advertimus, ubi in die natali SS. Petri et Pauli vigiliæ nocturnæ pridie clara adhuc die incipiebantur, nec nisi postridie orto jam sole absolvebantur (Udalr. l. i, c. 41).
Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 8.3
p. 161 Quod vero restat post Vigilias, a fratribus qui Psalterii vel lectionum aliquid indigent, meditationi inserviatur.
p. 161 On ne se recouchait pas après l’office de nuit. Les anciens moines redoutaient que ce repos supplémentaire ne fît perdre aux âmes l’élan surnaturel qu’avaient imprimé les saintes veilles et ne fournît une occasion aux illusions diaboliques (1). Quelques législateurs, en particulier le Maître, et aussi des Abbés bénédictins, étaient cependant moins sévères. Même aux règles strictes il y avait des exceptions, dont on trouvera le détail dans D. Martène et D. Calmet : par exemple, lorsque les moines avaient été réveillés trop tôt, lorsqu’ils étaient souffrants.
(1) Cass., Inst., II, xii-xiii ; III, v. — Cassien mentionne pourtant des exceptions : Inst., III, iv, viii.
p. 161 Il eût été indiscret, pendant les Vigiles d’hiver, de prolonger depuis deux heures et demie jusqu’à six heures la psalmodie et les lectures. Celles-ci, nous le verrons, étaient très étendues en cette saison. Il restait pourtant jusqu’à Matines (c’est-à-dire jusqu’à Laudes) un intervalle de durée variable : les frères qui ont besoin d’étudier quelque chose (mot à mot : à qui il manque quelque chose du Psautier ou des leçons), le consacreront à cette étude. En style de basse latinité, ce terme meditari, dit D. Calmet, a souvent la signification d’étudier, d’apprendre par cœur, de réciter. Rappelons-nous qu’au temps de saint Benoît on accueillait dans le monastère des frères illettrés ou peu instruits et des enfants. Il fallait se mettre en état de suivre intelligemment l’office divin, d’y faire même fonction de lecteur ou de chantre. Dès le début de sa vie monastique, on travaillait à fixer dans sa mémoire tout le Psautier ; on apprenait par cœur les leçons brèves, les formules liturgiques les plus usuelles. Ceux qui devaient lire chaque nuit l’Écriture ou les Pères dans des manuscrits aux abréviations nombreuses, maculés peut-être par l’usage et dont l’encre avait pâli, à la lueur d’une lampe fumeuse, et sans le secours des lunettes, ajoute D. Calmet : tous ceux-là avaient besoin ordinairement d’une préparation immédiate. Si le lecteur ne se faisait pas comprendre, les auditeurs n’avaient pas, comme nous, la ressource de recourir à leurs livres : car les bréviaires n’étaient pas inventés et les codices étaient rares. Tous enfin avaient besoin d’approfondir le sens des paroles sacrées. Et pour cette préparation, indispensable à la dignité de l’office divin, saint Benoît choisit les heures de silence et de recueillement ; c’est un supplément aux deux heures de lectio divina assurées quotidiennement aux moines. Cette disposition de la Règle n’est pas périmée ; même aujourd’hui on ne s’improvise pas lecteur. C’est un spectacle douloureux que de voir un homme ayant appris le latin se débattre sur dix lignes de l’Écriture ou des Pères, multiplier les fausses coupures, les fautes d’accent, les solécismes. Ne traitons jamais le Seigneur comme un barbare.
p. 162 Mais les frères qui savaient leurs leçons et leur Psautier, que faisaient-ils donc jusqu’à Laudes? Il y a tout lieu de supposer qu’ils ne retournaient pas se coucher. C’est un temps laissé à la dévotion des religieux ou à la disposition de l’Abbé, remarque D. Hugues Ménard ; saint Benoît n’a point déterminé minutieusement l’emploi de tous les instants. Les moines consacraient ceux-ci à la prière et à la doctrine surnaturelle ; mais on chercherait en vain chez N. B. Père et les anciens la prescription d’une demi-heure ou d’une heure d’oraison, encore moins la fixation d’une méthode (1). On nous demande parfois sérieusement quels pouvaient bien être alors « les sujets de méditation ». La sainte liturgie en fournissait d’innombrables et de toujours neufs. La prière privée elle-même puisait sa sève dans la prière de l’Église et demeurait catholique, simple, vivante comme elle. Il n’était venu à la pensée de personne d’emprisonner les mouvements de l’âme dans des moules rigides et de substituer à la spontanéité joyeuse de leur expression la morne banalité de formules toutes faites. Il n’est pas facile d’épuiser l’étude des psaumes, l’étude des autres portions de l’Écriture, l’étude des saints Pères, l’étude de l’histoire de l’Église et des saints : qui donc pourrait se flatter de n’avoir plus besoin de s’y appliquer? Et puis, alors même qu’une longue pratique nous a familiarisés avec les prières liturgiques, et précisément à raison de cette habitude, il nous faut revivifier toutes choses par une étude incessante, si nous ne voulons pas tomber dans une sorte de psittacisme, où la voix seule et les membres font leur office matériel, sans que l’intelligence intervienne. La psalmodie n’est-elle pas en péril de devenir un simple exercice de vocalise et de mémoire? Tout passe si facilement en nous dans la catégorie de l’inconscient et des réflexes.
(1) Chez les Chartreux, il n’y a rien d’absolument déterminé au sujet de l’oraison mentale. Jusqu’au seizième siècle, rien non plus chez les fils de saint Dominique et de saint François, ni même aux origines de la Compagnie de Jésus. Cf. P. Bouvier, l’Evolution de la piété (Etudes, t. CXX [1909], p. 187-211).
A Pascha autem usque ad supradictas Kalendas Novembris, sic temperetur hora Vigiliarum agenda, ut parvissimo intervallo, quo fratres ad necessaria naturæ exeant, custodito, mox Matutini, qui incipiente luce agendi sunt, subsequantur.
From Easter to the foresaid first of November let the hour for saying Matins be so arranged that after a brief interval, during which the brethren may go forth for the necessities of nature, Lauds, which are to be said at daybreak, may presently follow.
Commentaries Dom Edmond Martène, Maurist (1690) (in Latin) 8.4
col.422 A Pascha autem usque ad supradictas calendas Novembris sic temperetur hora vigiliarum agenda : parvissimo intervallo, quo fratres ad necessaria naturæ exeant custodito, mox matutini, qui incipiente luce agendi sunt, subsequantur.] Hiemis tempore octavam noctis horam ad surgendum S. Benedictus assignat; quod vero æstatem spectat nullum tempus fixum determinat; sed sic horam temperari imperat, ut parvissimo custodito intervallo, mox incipiantur matutini. Verum cum breviores sint æstatis vigiliæ, nec nisi breve præscribat intervallum, in eamdem circiter horam omni tempore incidebant.
col.422 Quantum vero esse debeat illud intervallum, S. Pater non dicit, brevissimum tantum requirens. Porro in cap. 6 monachorum Sangallensium decernitur, « ut intervallum post nocturnum in æstivo tempore usque dum psalmi quinque dici possunt proteletur. » Et in mss. Germaniæ Consuetudinibus n. 28, « ab octavis Paschæ usque in calendis Novembris.... matutini mortuorum ad parvissimum intervallum inter nocturnum et regulares matutinos compleantur; nisi forte lux prævenerit, et tunc differendi erunt, usquequo de omnibus sanctis perficiantur. » Ex Regula autem sufficere debet, ut fratres ad naturæ necessaria exire possint, hoc est ad purgandum ventrem ; ubi Boherius in primo commentario, « nota, inquit, quod intrantes domum necessariarum vultus suos debent abscondere cum caputiis quantum valent, nec intrantes dormitorium absque caputiis esse convenit in capite, ut Patres nostri asseruerunt, et ordo servat Præmonstratensium. »
col.422 Denique quare incipiente luce matutini agendi sunt docet Regula ms. incerti auctoris, quam ex codice bibliothecæ reginæ Sueciæ eruit noster Mabillonius, in cujus cap. 3 hæc leguntur : « Matutinorum solemnitas incipiente luce celebranda est, quia matutina luce radiante Dominus et Salvator noster ab inferis resurrexit.
Commentaries Dom Paul Delatte, Abbot of Solesmes (1913) (in French) 8.4
p. 162 A Pascha autem usque ad supradictas Kalendas Novembris, sic temperetur hora Vigiliarum agenda, ut parvissimo intervallo, quo fratres ad necessaria naturae exeant, custodito, mox Matutini, qui incipiente luce agendi sunt, subsequantur (1).
(1) Le « texte reçu » a modifié, pour le rendre plus clair, le texte original ; voici la leçon qu’adopte D. Butler : Sic temperetur hora ut Vigiliarum Agenda parvissimo intervallo, quo fratres ad necessaria naturae exeant, mox Matutini, qui incipiente luce agendi sunt, subsequantur. = Matutini, parvissimo intervallo..., mox subsequantur Vigiliarum Agenda. Et il fait observer à bon droit que le mot Agenda est pris substantivement, comme plus loin, au chap. xiii : il s’agit de l'Opus Dei.
p. 163 Au cours de l’été, ce n’est plus l’appréciation de la huitième heure qui détermine le commencement de l’office de nuit : c’est la coïncidence qui doit exister entre l’heure où le soleil se lève et le premier office du jour. Encore que variable lui aussi selon les saisons, ce moment de l’aube est pourtant le point fixe d’après lequel on calculera l’heure du réveil. Il faudra qu’avant l’aurore on ait eu simplement le loisir de célébrer de courtes Vigiles ; entre cet office et celui du matin on ménagera seulement aux frères quelques instants pour les besoins naturels ; la méditation des psaumes et des leçons est renvoyée dans cette saison à un autre moment (2).
(2) Cassien mentionne la solennité matutinale (il s’agit de Laudes) (quae expletis nocturnis psalmis et orationibus post modicum temporis intervallum solet in Galliae monasteriis celebrari (Inst., III, iv).
p. 163 En dépit de la brièveté de l’office de nuit, les moines, qui s’étaient couchés plus tard qu’en hiver et levés presque à la même heure, avaient eu moins de sommeil : c’est pourquoi N. B. Père leur accorde la sieste, après le repas qui a lieu ordinairement à la sixième heure (chapitre XLVIII). Nous verrons aux chapitres XI et XIV les exceptions apportées aux dispositions du présent chapitre.
Latin text: Hunter Blair’s edition, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus, 1906, without the editor’s bracketed Scripture references and notes. Standard verse numbering. · English translation by Cardinal F. A. Gasquet († 1929), London, 1925. Public-domain text in France (art. L123-1 of the French Intellectual Property Code). Transcription and revision: Abbatia Sancti Petri de Curte. Report an error