Abbatia
Sancti Petri
de Curte

Jean Cassien, Institutions cénobitiques

Livre II. De l’office de nuit

Liber secundus. De canonico nocturnarum orationum et psalmorum modo.Livre II. De l’office de nuit.

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I. De canonico nocturnarum orationum et psalmorum modo.

Duplici igitur hoc quo diximus cingulo Christi miles accinctus interim, qui modus canonicarum orationum psalmorumque sit in partibus Orientis a sanctis patribus antiquitus statutus, agnoscat. de qualitate uero earum uel quemadmodum orare secundum apostoli sententiam sine intermissione possimus, suis in locis, cum seniorum conlationes coeperimus exponere, quantum dominus donauerit, proferemus.

1. Objet du second livre.

Après avoir montré le soldat du Christ ainsi revêtu corporellement et spirituellement, nous ferons connaître ce qui a été établi en Orient par les anciens Pères pour la récitation des psaumes et de l’office canonial.

Pour ce qui est de la prière en elle-même et de la recommandation de saint Paul de prier sans cesse, nous espérons, avec la grâce de Dieu, en parler lorsque nous rapporterons les conférences des anciens Pères.

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II. De diuersitate numeri, qui ad decantandos psalmos per uniuersas prouincias sit statutus.

Multos namque per alias conperimus regiones pro captu mentis suae, habentes quidem ut ait apostolus zelum dei, sed non secundum scientiam, super hac re diuersos typos ac regulas sibimet constituisse. quidam enim uicenos seu tricenos psalmos et hos ipsos antiphonarum protelatos melodiis et adiunctione quarundam modulationum debere dici singulis noctibus censuerunt, alii etiam hunc modum excedere temptauerunt, nonnulli decem et octo. atque in hunc modum diuersis in locis diuersum canonem cognouimus institutum totque propemodum typos ac regulas uidimus usurpatas, quot etiam monasteria cellasque conspeximus. sunt quibus in ipsis quoque diurnis orationum officiis, id est tertia, sexta nonaque id uisum est, ut secundum horarum modum, in quibus haec deo redduntur obsequia, psalmorum etiam et orationum putarent numerum coaequandum: nonnullis placuit senarium numerum singulis diei conuentibus deputari. quapropter necessarium reor antiquissimam patrum proferre in medium constitutionem, quae nunc usque per totam Aegyptum a dei famulis custoditur, quo nouelli monasterii in Christo rudis infantia antiquissimorum potius patrum uetustissimis institutionibus inbuatur.

2. Du nombre des psaumes de l’office selon les provinces.

Nous voyons que, dans d’autres pays, beaucoup ont établi à ce sujet des usages et des règles différentes, parce qu’ils ont suivi leurs idées particulières et qu’ils ont, comme le dit saint Paul, « le zèle de Dieu sans en avoir la science. » (Rom., X, 2.) Quelques-uns ont pensé qu’il fallait dire chaque nuit vingt ou trente psaumes, en y ajoutant même le chant de plusieurs antiennes et de plusieurs autres prières. Quelques-uns même ont voulu aller au delà. D’autres, au contraire, se sont bornés à dix-huit psaumes. La règle est différente partout, et nous voyons, pour ainsi dire, autant d’usages qu’il y a de monastères et de cellules. Il y en a même qui se sont imaginé qu’il fallait dire, pour l’office du jour, autant de psaumes que les heures en indiquent, trois pour tierce, six pour sexte et neuf pour none ; d’autres en ont fixé six pour chaque partie de l’office. Je crois qu’il est nécessaire de faire connaître la coutume très-ancienne des Pères, qui est encore observée dans toute l’Égypte par les solitaires, afin que l’enfance du nouveau monastère pour lequel j’écris, se forme sur des institutions consacrées par tant de siècles et de vertus.

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III. De uniformis regulae per totam Aegyptum custodia et de electione eorum, qui fratribus praeponuntur.

Itaque per uniuersam Aegyptum et Thebaidem, ubi monasteria non pro uniuscuiusque renuntiantis instituuntur arbitrio, sed per successiones ac traditiones maiorum usque in hodiernum diem uel permanent uel mansura fundantur, legitimum orationum modum in uespertinis conuentibus seu nocturnis uigiliis uidimus retentari. non enim quisquam conuenticulo fratrum, sed ne sibi quidem ipsi praeesse conceditur, priusquam non solum uniuersis facultatibus suis reddatur externus, sed ne sui quidem ipsius esse se dominum uel potestatem habere cognoscat. ita namque renuntiantem huic mundo quibuslibet facultatibus ac diuitiis praeditum necesse est coenobii commorationem expetere, ut in nullo sibi ex his quae reliquit aut intulit monasterio blandiatur, sic oboedire cunctis, ut redeundum sibi secundum sententiam domini ad infantiam pristinam nouerit, nihil sibi consideratione aeui uel annorum numerositate praesumens, quam in saeculo inaniter consumptam se reputat perdidisse, sed pro rudimentorum merito et tirocinii nouitate, quam se gerere in Christi militia recognoscit, subdere se etiam iunioribus non moretur. operis quoque ac sudoris adsuetudinem ita subire conpellitur, ut propriis manibus iuxta apostoli praeceptum cotidianum uictum uel suis usibus uel aduenientum necessitatibus parans et fastus uitae praeteritae possit et delicias obliuisci et humilitatem cordis contritione laboris adquirere. ideoque nullus congregationi fratrum praefuturus eligitur, priusquam idem, qui praeficiendus est, quid obtemperaturis oporteat imperari, oboediendo didicerit, et quid iunioribus tradere debeat, institutis seniorum fuerit adsecutus. bene enim regere uel regi sapientis esse pronuntiant summumque donum et gratiam sancti spiritus esse definiunt. nam neque salutaria praecepta quempiam posse obtemperantibus praestituere nisi eum, qui prius uniuersis uirtutum disciplinis fuerit instructus, nec oboedire quemquam seniori posse nisi eum, qui consummatus timore dei et humilitatis fuerit uirtute perfectus. ideoque diuersitates typorum ac regularum per ceteras prouincias cernimus usurpatas, quod plerumque seniorum institutionis expertes monasteriis praeesse audemus et abbates nos ante quam discipulos professi quod libitum fuerit statuimus, promptiores nostrorum inuentorum exigere custodiam quam examinatam maiorum seruare doctrinam. sed dum orationum modum, qui potissimum debeat custodiri, uolumus explicare, institutis patrum auidius prouocati narrationem, quam suis reseruabamus locis, praepropero excessu praeuenimus. nunc itaque ad propositum reuertamur.

3. De la règle observée en Égypte.

Dans toute l’Égypte et la Thébaïde, où les monastères ne sont pas livrés à l’arbitraire des supérieurs, mais sont restés fidèles jusqu’à ce jour aux traditions des anciens, nous voyons adoptés, pour l’office de nuit, les psaumes qui avaient été fixés par les premiers solitaires. Car non-seulement on ne permet à aucun religieux de rien innover dans le monastère, mais on ne le laisse pas même libre de ses actions dans sa cellule, à moins qu’il n’ait renoncé à tous ses biens et aussi à sa propre volonté, en reconnaissant qu’il doit obéir en toute chose.

Celui qui abandonne le monde pour vivre dans une communauté, ne doit pas, quelle qu’ait été sa position et sa fortune, s’enorgueillir de ce qu’il a laissé ou apporté au monastère. Il doit obéir à tous pour renaître, selon le précepte de Notre-Seigneur, sans se rappeler son âge et les années nombreuses qu’il a si inutilement perdues dans le monde. En commençant cette vie spirituelle, où il prend le joug du Christ et s’exerce à ses combats, il faut qu’il se soumette à tous, même aux plus jeunes ; il faut qu’il se livre au travail et à la fatigue, afin de gagner de ses propres mains, selon la recommandation de l’Apôtre, ce qui lui est nécessaire pour vivre et pour recevoir ses frères, et afin d’expier ainsi le faste et les délices de sa vie passée, en acquérant, à la sueur de son front, la véritable humilité du cœur. On ne choisit jamais pour supérieur d’un monastère qu’un religieux qui a appris, par l’obéissance, ce qu’il doit commander aux autres, et qui ait longtemps pratiqué les traditions qu’il doit enseigner à ses plus jeunes frères. Au dire de tous les anciens, c’est là le vrai moyen de bien se conduire et de bien conduire les autres, et c’est un don précieux et une grande grâce du Saint-Esprit. Personne ne peut donner des conseils salutaires à ceux qui lui obéissent, s’il ne sait par expérience la règle de toutes les vertus, comme personne ne peut obéir à son supérieur, s’il n’est rempli de la crainte de Dieu et d’une humilité parfaite.

Si nous voyons aujourd’hui, dans les autres provinces, tant de règles et d’observances différentes, c’est que nous osons gouverner les monastères sans bien connaître les institutions des anciens et que nous devenons, pour ainsi dire, supérieurs avant d’avoir été novices. Nous avons plus de zèle à imposer nos idées particulières, qu’à faire observer la doctrine de nos prédécesseurs. Mais je m’aperçois qu’au lieu de parler de la règle qu’il faut garder pour l’office, je me laisse entraîner à vous entretenir des traditions anciennes, dont il sera question plus tard. Revenons maintenant à notre sujet.

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IIII. Quod per Aegyptum et Thebaidem duodenarius psalmorum numerus obseruetur.

Igitur per uniuersam ut diximus Aegyptum et Thebaidem duodenarius psalmorum numerus tam in uespertinis quam in nocturnis sollemnitatibus custoditur, ita dumtaxat ut post hunc duae lectiones, ueteris scilicet ac noui testamenti singulae, subsequantur, qui modus antiquitus constitutus idcirco per tot saecula penes cuncta illarum prouinciarum monasteria intemeratus nunc usque perdurat, quia non humana adinuentione statutus a senioribus adfirmatur, sed caelitus angeli magisterio patribus fuisse delatus.

4. De l’office de la nuit.

Toute l’Égypte et la Thébaïde, comme nous l’avons dit, conservent, pour l’office du soir et de la nuit, le nombre de douze psaumes, après lesquels viennent deux leçons, l’une de l’Ancien Testament, l’autre du Nouveau. Cette coutume, très-ancienne, est observée depuis bien des siècles par presque toutes les provinces, et si elle est arrivée jusqu’à nous, c’est qu’on assure qu’elle n’a pas été établie par la volonté des hommes, mais qu’elle a été imposée à nos Pères par le ministère d’un ange.

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V. De duodenario psalmorum numero angeli traditione suscepto.

Nam cum in primordiis fidei pauci quidem sed probatissimi monachorum nomine censerentur, qui sicut a beatae memoriae euangelista Marco, qui primus Alexandriae urbi pontifex praefuit, normam suscepere uiuendi, non solum illa magnifica retinebant, quae primitus ecclesiam uel credentium turbas in actibus apostolorum legimus celebrasse (multitudinis scilicet credentium erat cor et anima una, nec quisquam eorum quae possidebat aliquid suum esse dicebat, sed erant illis omnia communia. quotquot enim possessores agrorum aut domorum erant, uendentes adferebant pretia eorum quae uendebant et ponebant ante pedes apostolorum: diuidebatur autem singulis prout cuique opus erat), uerum etiam his multo sublimiora cumulauerant. etenim secedentes in secretiora suburbiorum loca agebant uitam tanto abstinentiae rigore districtam, ut etiam his, qui erant religionis externi, stupori esset tam ardua conuersationis eorum professio. eo enim feruore diuinarum scripturarum lectionibus orationique et operi manuum diebus ac noctibus incubabant, ut ne escarum quidem adpetitus uel memoria, nisi alio tertioue die corporis interpellaret inedia, cibumque ac potum non tam desideratum quam necessarium sumerent et ne hunc quidem ante solis occasum, ut tempus lucis cum spiritalium meditationum studiis, curam uero corporis cum nocte sociarent aliaque his multo sublimiora perficerent. de quibus etiam is, qui minus indigenarum relatione cognouit, ecclesiastica historia poterit edoceri. ea igitur tempestate, cum ecclesiae illius primitiuae perfectio penes successores suos adhuc recenti memoria inuiolata duraret feruensque paucorum fides necdum in multitudinem dispersa tepuisset, uenerabiles patres peruigili cura posteris consulentes, quinam modus cotidiano cultui per uniuersum fraternitatis corpus decerni deberet, tractaturi conueniunt, ut hereditatem pietatis ac pacis etiam successoribus suis absolutam ab omni dissensionis lite transmitterent, uerentes scilicet ne qua in cotidianis sollemnitatibus inter uiros eiusdem culturae consortes dissonantia uel uarietas exorta quandoque in posterum erroris uel aemulationis seu schismatis noxii germen emitteret. cumque pro suo unusquisque feruore infirmitatis inmemor alienae id statui debere censeret, quod contemplatione fidei ac roboris sui facillimum iudicabat, parum discutiens quid generaliter plenitudini fratrum possibile esset, in qua necesse est infirmorum quoque partem maximam repperiri, diuersoque modo enormem psalmorum numerum instituere pro animi sui uirtute certarent, et alii quinquagenos, alii sexagenos psalmos, nonnulli uero ne hoc quidem numero contenti excedi eum debere censerent essetque inter eos pro religionis regula piae contentionis sancta diuersitas, ita ut tempus sollemnitatis uespertinae sacratissimae succederet quaestioni, cotidianos orationum ritus uolentibus celebrare unus in medium psalmos domino cantaturus exsurgit. cumque sedentibus cunctis, ut est moris nunc usque in Aegypti partibus, et in psallentis uerba omni cordis intentione defixis undecim psalmos orationum interiectione distinctos contiguis uersibus parili pronuntiatione cantasset, duodecimum sub alleluiae responsione consummans ab uniuersorum oculis repente subtractus quaestioni pariter et caerimoniis finem inposuit.

5. Le nombre des psaumes fixé par un ange.

Dans les temps de la primitive Église, les religieux étaient en petit nombre, mais d’une grande vertu. Ils avaient reçu leur règle de l’évangéliste saint Marc, qui fut le premier évêque d’Alexandrie. Et non-seulement ils observaient ce qui est rapporté des fidèles dans les Actes des apôtres : « La multitude de ceux qui croyaient, n’avait qu’un cœur et qu’une âme. Aucun ne disait à lui ce qu’il possédait, mais tout était commun entre eux. Ceux qui avaient des champs et des maisons, les vendaient, et en apportaient le prix aux pieds des Apôtres, qui partageaient selon le besoin de chacun. » (Act., IV, 26.) Ils pratiquaient encore des choses beaucoup plus parfaites. Ils se retiraient dans les endroits les plus écartés de la ville, et ils menaient une abstinence si rigoureuse, que les infidèles mêmes admiraient leur incroyable austérité.

Ils s’appliquaient jour et nuit, avec tant d’ardeur, à la méditation des saintes Écritures, à la prière et au travail des mains, qu’ils en perdaient le désir et la pensée même de la nourriture, et c’était après deux ou trois jours seulement, que la faiblesse de leur corps les obligeait à prendre quelque chose, plutôt par nécessité que par plaisir ; et ils ne le faisaient pas avant le coucher du soleil, afin d’employer sa lumière à leurs saintes études et de prendre soin de leurs corps pendant la nuit seulement, tout en se livrant à d’autres pratiques d’une admirable piété. Ceux qui n’ont pas appris ces choses dans le pays même, peuvent les voir dans l’histoire ecclésiastique.

Lorsque la perfection de ces premiers chrétiens était encore présente à la mémoire de leurs successeurs, et que la foi ardente des religieux n’était pas affaiblie par le relâchement des communautés trop nombreuses, nos Pères, dans l’intérêt de ceux qui devaient venir après eux, se réunirent pour fixer l’office qui serait célébré chaque jour dans les monastères, afin de laisser à leur postérité cet héritage de paix et de piété à l’abri de toute discussion. Ils craignaient que la récitation publique des prières ne fût une occasion de trouble et de division parmi ceux qui devaient avoir le même but, et que la différence qui s’introduirait dans les offices ne devînt, par la suite, une source déplorable d’erreurs, d’envie et de séparation.

Dans cette sainte assemblée, la ferveur de chacun lui faisait oublier la faiblesse des autres, et l’on proposait des choses que l’ardeur de la piété semblait rendre faciles, sans s’inquiéter si elles étaient possibles à la généralité des frères parmi lesquels se trouvent nécessairement beaucoup d’infirmes. On voulait adopter un grand nombre de psaumes : les uns en proposaient cinquante, les autres soixante ; d’autres même en demandaient davantage. Cette sainte contestation au sujet de la règle dura jusqu’au soir, et quand vint l’heure de réciter les prières accoutumées, quelqu’un se leva au milieu de l’assemblée pour chanter les psaumes. Tous les religieux s’assirent alors, comme c’est encore l’usage en Égypte, et regardèrent celui qui officiait, en s’unissant à lui de tout leur cœur. Lorsqu’il eut récité onze psaumes d’un ton égal et sans s’arrêter, en les séparant seulement par une prière, il en ajouta un douzième qu’il finit par l’alleluia. Puis il disparut tout à coup aux yeux de tous, terminant ainsi la discussion et l’office.

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VI. De duodecim orationum consuetudine.

Exhinc uenerabilis patrum senatus, intellegens angeli magisterio congregationibus fratrum generalem canonem non sine dispensatione domini constitutum, decreuit hunc numerum tam in uespertinis quam in nocturnis conuenticulis custodiri. quibus lectiones geminas adiungentes, id est unam ueteris et aliam noui testamenti, tamquam a se eas traditas et uelut extraordinarias uolentibus tantum ac diuinarum scripturarum memoriam possidere adsidua meditatione studentibus addiderunt. in die uero sabbati uel dominico utrasque de nouo recitant testamento, id est unam de apostolo uel actibus apostolorum et aliam de euangeliis. quod etiam totis Quinquagensimae diebus faciunt hi, quibus lectio curae est seu memoria scripturarum.

6. Des psaumes et des leçons.

La vénérable assemblée des Pères comprit que Dieu avait bien voulu leur donner, par le ministère d’un ange, une règle générale pour toutes les communautés de frères. Ils décidèrent donc qu’on adopterait ce nombre de psaumes pour l’office du soir et de la nuit, en y ajoutant deux leçons, l’une tirée de l’Ancien, et l’autre du Nouveau Testament ; mais comme ces leçons étaient établies par eux en dehors de ce que l’ange avait fixé, ils ne les proposèrent qu’à ceux qui voudraient bien les adopter, afin de mieux apprendre et méditer les saintes Écritures. Le samedi cependant et le dimanche, ces leçons étaient choisies toutes les deux dans le Nouveau Testament. L’une était tirée des épîtres de saint Paul ou des Actes des apôtres, l’autre des Évangiles, et ceci est observé pendant tout le temps pascal par tous ceux qui aiment connaître et posséder la sainte Écriture.

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VII. De disciplina orandi.

Has igitur praedictas orationes hoc modo incipiunt atque consummant, ut finito psalmo non statim ad incuruationem genuum conruant, quemadmodum facimus in hac regione nonnulli, qui necdum bene finito psalmo in orationem procumbere festinamus, ad celeritatem missae quantocius properantes. cuius dum uolumus excedere modum, qui antiquitus a maioribus statutus est, subputantes residuorum psalmorum numerum ad finem tendere perurguemur, de refectione potius lassi corporis cogitantes quam orationis utilitatem et commoda requirentes. apud illos ergo non ita est, sed antequam flectant genua, paulisper orant et stantes in supplicatione maiorem temporis partem expendunt. itaque post haec puncto breuissimo procidentes humi, uelut adorantes tantum diuinam clementiam, summa uelocitate consurgunt ac rursus erecti expansis manibus eodem modo, quo prius stantes orauerant, suis precibus inmorantur. humi namque diutius procumbentem non solum cogitationibus aiunt uerum etiam somno grauius inpugnari. quod etiam nos uerum esse utinam non experimentis et cotidiana consuetudine nosceremus, qui saepenumero hanc eandem incuruationem membrorum non tam orationis quam refectionis obtentu in terram prostrati optamus diutius prolongari. cum autem is, qui orationem collecturus est, e terra surrexerit, omnes pariter eriguntur, ita ut nullus nec antequam inclinetur ille genu flectere nec cum e terra surrexerit remorari praesumat, ne non tam secutus fuisse illius conclusionem, qui precem colligit, quam suam celebrasse credatur.

7. De la manière de prier.

Voici comment ces religieux commencent et finissent leurs prières. Lorsque le psaume est terminé, ils ne se hâtent pas de s’agenouiller, ainsi que nous le faisons dans cette province, quelquefois même avant qu’il soit achevé, comme pour nous débarrasser plus promptement de l’office. Quand nous voulons dépasser la règle qui a été établie autrefois par nos Pères, nous comptons les psaumes qui restent à dire, et nous cherchons à les finir, en nous préoccupant beaucoup plus de la fatigue de nos corps que de l’utilité et des avantages que peuvent en retirer nos âmes. Les solitaires d’Égypte n’agissent point ainsi. Avant de fléchir le genou, ils prient quelque temps et se tiennent presque toujours debout. Ils se prosternent ensuite un instant par terre pour adorer la bonté divine, puis ils se relèvent promptement et se tiennent les mains étendues, comme auparavant, en s’appliquant avec ardeur à la prière. Ils disent qu’en restant plus longtemps prosternés par terre, ils seraient plus exposés aux distractions, et aussi plus tourmentés par le sommeil. Hélas ! ne le savons-nous pas par expérience, et ne l’éprouvons-nous pas tous les jours ? Nous aimons à multiplier ces prostrations et nous souhaitons les faire durer longtemps, parce qu’elles sont plus agréables à notre corps que favorables à notre prière. Quand celui qui doit dire l’oraison se lève, tous se lèvent avec lui, et personne ne se permet de le devancer, lorsqu’il fait la génuflexion, ou de rester prosterné, lorsqu’il se relève. Ce serait paraître ne pas s’unir à ses frères et vouloir prier seul.

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VIII. De subsequente oratione post psalmum.

Illud etiam quod in hac prouincia uidimus, ut uno cantante in clausula psalmi omnes adstantes concinant cum clamore 'gloria patri et filio et spiritui sancto', nusquam per omnem Orientem audiuimus, sed cum omnium silentio ab eo, qui cantat, finito psalmo orationem succedere, hac uero glorificatione trinitatis tantummodo solere antiphona terminari.

8. Du Gloria Patri à la fin de chaque psaume.

Nous voyons dans cette province, quand celui qui chante le psaume l’a fini, tous les autres se lever et chanter à haute voix avec lui : Gloire au Père, au Fils, et au Saint-Esprit ; rien de semblable ne se fait dans tout l’Orient. Lorsque le psaume est terminé, tous prient en silence, et c’est par l’antienne seulement qu’on rend gloire à la sainte Trinité.

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VIIII. De orationis statu, super quo in conlationes seniorum plenior reseruetur instructio.

Et quia nos ad orationum canonicarum modum consequenter institutorum ordo prouexit, quarum pleniorem tractatum licet in conlationes seniorum reseruemus ibidem plenius digesturi, cum de earum qualitate seu iugitate uerbis eorum disserere coeperimus, necessarium tamen reor pro oportunitate loci ac narrationis ipsius, quoniam ita obtulit sese occasio, etiam in praesenti pauca praestringere, ut formantes interim exterioris hominis motus et uelut quaedam nunc orationis fundamenta iacientes minore post haec labore, cum coeperimus de statu interioris hominis disputare, orationum quoque eius fastigia construamus: illud ante omnia prouidentes, ut, si nos ab illa narratione, quam cupimus oportune deo uolente digerere, praeueniens uitae nostrae finis excluserit, uel initia uobis rei praesertim tam necessariae hoc opere relinquamus, quibus pro ardore desiderii totum tardum est, ut, dum nobis huius commorationis tribuuntur indutiae, saltim quasdam tantisper orationum lineas praesignemus, quibus hi uel maxime, qui in coenobiis commorantur, ualeant aliquatenus informari: simul etiam prospicientes his, qui forsitan huic tantummodo occursuri libro ad illum peruenire non poterunt, ut instructione huius erga orationis qualitatem uel ex parte repperiantur inbuti, et quemadmodum sunt de habitu et amictu exterioris hominis instituti, ita etiam, qualiter eum ad offerenda spiritalia sacrificia debeant exhibere, non nesciant. siquidem hi libelli, quos in praesenti cudere domino adiuuante disponimus, ad exterioris hominis obseruantiam et institutionem coenobiorum conpetentius aptabuntur, illi uero ad disciplinam interioris ac perfectionem cordis et anachoretarum uitam atque doctrinam potius pertinebunt.

9. De la tenue pendant la prière.

L’ordre que nous suivons dans ces institutions nous a conduit à parler de la prière, quoique notre intention soit d’en traiter plus longuement dans les conférences de Pères, et d’en expliquer, par leurs entretiens mêmes, la nature et les règles. Mais nous avons pensé qu’il était bon d’en dire ici quelque chose, puisque l’occasion s’en présentait, afin de former l’homme à l’extérieur et de jeter les premiers fondements de la prière, pour le diriger ensuite à l’intérieur et lui enseigner la perfection. Si Dieu nous retire de la vie présente, avant d’avoir pu écrire ce livre que nous nous proposons d’entreprendre avec l’aide de sa grâce, nous désirons du moins ébaucher, dans celui-ci, une œuvre si nécessaire et satisfaire ainsi un peu votre attente. Nous profiterons du temps que Dieu nous laisse encore, pour vous dire sur la prière quelque chose qui puisse être utile à tout le monde, mais surtout aux religieux qui vivent dans les monastères. Ceux auxquels ne parviendront pas les conférences des Pères, trouveront ici quelques enseignements sur la prière, et s’ils apprennent à régler le vêtement de l’homme extérieur, ils sauront également ce qu’ils doivent faire en offrant à Dieu leurs sacrifices de louange. Car ce que nous écrivons maintenant regarde surtout la vie extérieure et les institutions des communautés, tandis que nos autres écrits auront pour objet la science et la perfection spirituelle. Ils exposeront par conséquent davantage la vie et la doctrine des solitaires.

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X. Cum quanto silentio et breuitate orationes apud Aegyptios colligantur.

Cum igitur praedictas sollemnitates, quas illi synaxis uocant, celebraturi conueniunt, tantum praebetur a cunctis silentium, ut, cum in unum tam numerosa fratrum multitudo conueniat, praeter illum, qui consurgens psalmum decantat in medio, nullus hominum penitus adesse credatur, ac praecipue cum consummatur oratio: in qua non sputus emittitur, non excreatio obstrepit, non tussis intersonat, non oscitatio somnolenta dissutis malis et hiantibus trahitur, nulli gemitus, nulla suspiria etiam adstantes inpeditura promuntur, non ulla uox absque sacerdotis precem concludentis auditur nisi forte haec, quae per excessum mentis claustra oris effugerit quaeque insensibiliter cordi obrepserit, inmoderato scilicet atque intolerabili spiritus feruore succenso, dum ea, quae ignita mens in semet ipsa non praeualet continere, per ineffabilem quendam gemitum ex intimis pectoris sui conclauibus euaporare conatur. illum uero, qui constitutus in tepore mentis cum clamore supplicat aut aliquid horum quae praediximus e faucibus suis emittit ac praecipue oscitationibus praeuenitur, dupliciter peccare pronuntiant, primo quod orationis suae reus sit, quod eam uidelicet neglegenter offerat, secundo quod indisciplinato strepitu alterius quoque, qui forsitan intentius orare potuit, intercipit sensum. ideoque praecipiunt eam celeri fine concludi, ne forte inmorantibus nobis in ea redundantia quaedam sputi seu flegmatis interrumpat nostrae orationis excessum. et idcirco dum adhuc feruet uelut e faucibus inimici uelociter rapienda est, qui procul dubio, cum sit nobis semper infestus, tunc maxime adsistit infestior, cum contra se offerre nos preces domino uelle peruiderit, cogitationibus seu diuersis umoribus excitatis abducere mentem nostram a supplicationis intentione festinans et per hoc eam tepefacere a coepto feruore contendens. quamobrem utilius censent breues quidem orationes sed creberrimas fieri: illud quidem ut frequentius deum deprecantes iugiter eidem cohaerere possimus, hoc uero ut insidiantis diaboli iacula, quae infligere nobis tunc praecipue cum oramus insistit, succincta breuitate uitemus.

10. Avec quel soin il faut éviter le bruit.

Lorsque les solitaires se réunissent pour célébrer l’office, tout le monde garde le plus profond silence, et, dans cette multitude de frères, on n’entend que celui qui se lève pour réciter les psaumes ; il semble que l’église est déserte. A la fin de la prière surtout, personne ne crache, ne tousse, ne se mouche et ne bâille ; aucun gémissement, aucun bruit, aucune parole ne trouble les assistants et ne couvre la voix du prêtre qui récite l’oraison. A peine si quelquefois un religieux laisse échapper, dans l’ardeur de son amour, quelque soupir enflammé qu’il n’a pu contenir en son cœur.

Ceux, au contraire, qui prient d’une manière bruyante, ou qui montrent, par leurs bâillements, leur peu de ferveur, sont reconnus coupables d’une double faute. Ils profanent d’abord la prière, puisqu’ils l’offrent avec négligence à Dieu ; ils troublent ensuite, par le bruit qu’ils font, ceux qui les entouraient et qui priaient peut-être sans eux avec plus de recueillement. Aussi nos Pères nous recommandent de terminer promptement la prière, de peur qu’en la prolongeant trop, nous ne soyons obligés de l’interrompre pour nous moucher ou pour cracher. Il faut pouvoir la faire avec ferveur, en nous hâtant de la dérober aux piéges de l’ennemi. Le démon sans doute nous poursuit toujours ; mais c’est surtout pendant la prière qu’il nous attaque, lorsque nous demandons le secours de Dieu contre lui. Il cherche alors à troubler nos sens et à nous distraire, pour affaiblir et éteindre la sainte ardeur qui s’allumait dans nos âmes. Aussi les maîtres de la vie spirituelle pensent qu’il vaut mieux faire des prières courtes et les répéter plus souvent. En multipliant ces prières., nous nous attacherons plus intimement à Dieu, et, en les faisant courtes, nous éviterons mieux les traits que le démon lance, surtout alors, contre nous.

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XI. Qua disciplina apud Aegyptios psalmi dicantur.

Et idcirco ne psalmos quidem ipsos, quos in congregatione decantant, continuata student pronuntiatione concludere, sed eos pro numero uersuum duabus uel tribus intercisionibus cum orationum interiectione diuisos distinctim particulatimque consummant. non enim multitudine uersuum, sed mentis intellegentia delectantur, illud tota uirtute sectantes: psallam spiritu, psallam et mente. ideoque utilius habent decem uersus cum rationabili adsignatione cantari, quam totum psalmum cum confusione mentis effundi, quae nonnumquam pronuntiantis festinatione generatur, dum residuorum psalmorum qui decantandi sunt modum numerumque considerans non distinctionem sensuum audientibus studet pandere, sed ad finem synaxeos properat peruenire. denique si quispiam iuniorum uel pro feruore spiritus uel pro eo quod necdum institutus est coeperit modum decantationis excedere, psallentis progressio senioris interciditur plausu, quem dans manu sua in sedili quo sedet cunctos facit ad orationem consurgere, illud omnimodis prouidens, ne quod taedium sedentibus generetur prolixitate psalmorum, qua is qui decantat non modo per se ipsum intellegentiae fructum amittat, sed etiam per illos incidat detrimentum, quos fastidium synaxeos nimietate sua fecit incurrere. illud quoque apud eos omni obseruantia custoditur, ut in responsione alleluiae nullus dicatur psalmus nisi is, qui in titulo suo alleluiae inscriptione praenotatur. praedictum uero duodenarium psalmorum numerum ita diuidunt, ut, si duo fuerint fratres, senos psallant, si tres, quaternos, si quattuor, ternos. quo numero numquam minus in congregatione decantant, ac perinde, quantalibet multitudo conuenerit, numquam amplius psallunt in synaxi quam quattuor fratres.

11. De l’attention à la prière.

C’est pour cette raison que ces saints solitaires n’ont pas voulu dire entièrement quelques psaumes qui se récitent en commun. Comme ils sont plus longs que les autres, ils les divisent en deux ou trois parties qu’ils séparent et terminent par les petites prières d’usage. Ce n’est pas la multitude des versets qu’ils recherchent, mais l’intelligence des paroles, et ils font tous leurs efforts pour dire comme l’Apôtre : « Je chanterai de cœur les psaumes, je les chanterai avec intelligence. » (I Cor., XIV, 15.) Ils trouvent qu’il est plus utile de chanter dix versets avec l’application convenable que de réciter tout le psaume en laissant égarer sa pensée. Les distractions viennent souvent de la précipitation de celui qui récite les psaumes lorsqu’il voit ce qui reste encore à dire ; il ne s’applique pas à bien prononcer et à bien se faire comprendre de ceux qui l’écoutent, mais il ne pense qu’au moment où sera terminé l’office.

Si quelqu’un des jeunes frères, par ferveur ou par ignorance, veut dépasser le nombre des psaumes prescrits, le supérieur l’arrête en frappant de la main sur son siége, et alors tous se lèvent pour l’oraison. Il évite ainsi, avec tout le soin possible, que la longueur des psaumes ne fatigue les assistants, et que le religieux chargé de l’office ne perde l’intelligence de ce qu’il dit, et ne nuise de plus aux autres en les importunant de son zèle.

Ils observent aussi scrupuleusement qu’au répons alleluia, on ne dise aucun psaume qui n’ait ce mot pour titre.

Les douze psaumes qu’on récite se partagent de cette manière : s’il y a deux religieux, ils en disent chacun six ; s’il y en a trois, ils en disent quatre, et s’il y en a quatre, ils en disent trois. Jamais un religieux dans les réunions n’en dit davantage, et ainsi, quelque nombreuse que soit la communauté, il n’y a jamais plus de quatre frères qui soient chargés de la récitation de l’office.

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XII. Cur uno psallente ceteri in synaxi sedeant, uel quali post haec studio per cellas suas usque ad lucem uigilias extendant.

Hunc sane canonicum quem praediximus duodenarium psalmorum numerum tali corporis quiete releuant, ut has easdem congregationum sollemnitates ex more celebrantes absque eo, qui dicturus in medium psalmos surrexerit, cuncti sedilibus humillimis insidentes a uoce psallentis omni cordis intentione dependeant. ita namque ieiuniis et operatione totius diei noctisque lassescunt, ut, nisi huiuscemodi refectione adiuuentur, ne hunc quidem numerum stantes explere praeualeant. nullum etenim tempus ab operis exercitatione uacuum transire concedunt, quia non solum ea, quae diei splendor admittit, omni instantia manibus exercere contendunt, sed etiam illa operationum genera sollicita mente perquirunt, quae ne ipsius quidem noctis densissimae tenebrae ualeant inpedire, credentes se tanto sublimiorem spiritalium contemplationum puritate mentis intuitum quaesituros, quanto deuotius fuerint erga operis studium ac laboris intenti. et idcirco mediocrem canonicarum orationum numerum iudicant diuinitus moderatum, ut ardentioribus fide spatium, quo se uirtutis eorum infatigabilis cursus extenderet, seruaretur, et nihilominus fessis aegrisque corporibus minime gigneretur de nimietate fastidium. ideoque cum fuerint orationum canonicarum functiones ex more finitae, unusquisque ad suam recurrens cellulam, quam aut solus aut cum alio tantum inhabitare permittitur, quem scilicet societas operationis uel discipulatus et disciplinae inbutio copulauit uel certe quem similitudo uirtutum conparem fecit, idem rursus orationum officium uelut peculiare sacrificium studiosius celebrant nec ulterius quisquam eorum in requiem somni resoluitur, donec superueniente diei splendore nocturno operi ac meditationi operatio diurna succedat.

12. Pourquoi les religieux sont assis pendant les psaumes.

Les solitaires, en acquittant ce nombre canonique de douze psaumes, restent en repos. Dès qu’ils se réunissent pour célébrer l’office, celui qui doit réciter les psaumes se lève seul au milieu de l’assemblée, les autres se tiennent assis sur des siéges très-bas, et l’écoutent en s’unissant à lui de tout leur cœur. Leurs jeûnes, leurs travaux du jour et leurs veilles les fatiguent tellement que, sans cet adoucissement, ils ne pourraient rester debout jusqu’à la fin. Car ils ne s’accordent jamais un moment de repos, et non-seulement ils appliquent sans cesse leurs mains aux travaux qu’ils peuvent faire pendant le jour, mais encore ils choisissent souvent des ouvrages qu’ils ne seront pas forcés d’interrompre pendant les ténèbres de la nuit. Ils pensent que, plus ils seront occupés, plus ils arriveront à la pureté du cœur et s’élèveront à la contemplation des choses spirituelles.

Ils sont persuadés que Dieu a limité ainsi le nombre des psaumes pour que les plus fervents puissent porter plus loin l’ardeur de leur zèle sans que les faibles et les malades aient à souffrir de la longueur de l’office. Dès que les prières sont terminées, chacun retourne à sa cellule ; il y reste seul ou avec un compagnon qu’on lui a permis d’avoir, soit pour s’aider dans leur travail, soit qu’ils aient été convertis ou formés ensemble, soit qu’il y ait entre eux un rapport de vertu. Les religieux rentrés dans leur cellule y offrent à Dieu de nouvelles prières et ne se laissent point aller au sommeil, jusqu’à ce que la lumière du soleil, venant à paraître, fasse succéder aux exercices de la nuit et à la méditation les travaux du jour.

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XIII. Quare post missam nocturnam dormire non oporteat.

Quem laborem praeter illam rationem, qua tota industria adnitentes sacrificium deo de fructu manuum suarum offerre se credunt, duabus ex causis cum omni obseruatione custodiunt. quod nos quoque, si perfectioni studemus, eadem diligentia conuenit obseruare. prima, ne forte purificationem nostram nocturnis psalmis et orationibus adquisitam inuidus inimicus liuens puritati nostrae, cui maxime semper insidiatur et indesinenter infestus est, quadam somni inlusione contaminet. qui post illam satisfactionem, quam pro neglegentiis seu ignorationibus nostris obtulimus, et confessionis nostrae ueniam profusis gemitibus inploratam sollicitius nos, si tempus quietis inuenerit, maculare festinat, tunc praecipue fiduciam nostram deicere atque eneruare contendens, cum feruentius nos ad deum tendere orationum nostrarum puritate peruiderit, ita ut nonnumquam, quos per totum noctis spatium sauciare non potuit, sub illius horae breuissimo tempore dehonestare conetur. secunda uero, quod, tametsi nulla talis uerenda diaboli emergat inlusio, intercedens etiam purus sopor inertiam monacho mox euigilaturo parturiat segnemque torporem inferens menti per totum diei spatium uigorem eius obtundat, illamque hebetet perspicaciam sensus et pinguedinem cordis exhauriat, quae nos possit per totum diem aduersus omnes insidias inimici cautiores robustioresque seruare. quamobrem canonicis uigiliis priuatae ab eis subiunguntur excubiae ac maiore illis obseruatione succedunt, ut et illa purificatio, quae psalmis est et orationibus adquisita, non pereat, et intentior sollicitudo diligentius nos per diem custoditura praeparetur meditatione nocturna.

13. Pourquoi les religieux ne dorment pas après l’office.

Outre le désir qu’ils ont d’offrir à Dieu le travail de leurs mains, comme un sacrifice qui lui est agréable, ils ont deux raisons pour s’occuper ainsi avec persévérance, et nous qui aspirons à la perfection, nous devons nous appliquer à les imiter.

Ils veulent premièrement empêcher l’ennemi qui rôde et nous attaque sans cesse, de troubler pendant notre sommeil cette pureté que nous avons acquise par nos prières de la nuit. Nous les avons offertes à Dieu pour nos négligences et nos fautes involontaires ; nous avons imploré notre pardon par nos gémissements, et le démon, s’il nous trouvait endormis, chercherait à nous faire perdre cette pureté qu’il nous a vu désirer avec une plus grande ferveur ; et ce qu’il n’a pu faire pendant la nuit, il s’efforcerait de l’accomplir pendant ces quelques instants de repos.

Secondement, quand même ce piége du démon ne serait pas à craindre, ce paisible sommeil qui doit durer si peu pourrait jeter le religieux, à son réveil, dans un assoupissement capable d’affaiblir, pour toute la journée, la ferveur de son âme, d’éteindre la vivacité de son esprit et d’épuiser la générosité de son cœur. Nous perdrions ainsi les moyens de résister avec plus de vigilance et de force aux embûches de l’ennemi. C’est pour cela que les solitaires joignent leurs veilles particulières à celles que leur impose l’office, et qu’ils s’y appliquent même avec plus de soin, afin de conserver cette pureté qu’ils ont acquise par la prière, et de préparer, par leurs méditations de la nuit, cette force et cette vigilance qui doivent être leur sauvegarde pendant le jour.

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XIIII. Quemadmodum in cellis suis opus manuum et orationes pariter exerceant.

Et idcirco eas cum adiectione operis exsequuntur, ne uelut otiosis ualeat somnus inrepere. sicut enim nullum ferme ab eis otii tempus excipitur, ita ne meditationi quidem spiritali finis inponitur. nam pariter exercentes corporis animaeque uirtutes exterioris hominis stipendia cum emolumentis interioris exaequant, lubricis motibus cordis et fluctuationi cogitationum instabili operum pondera uelut quandam tenacem atque inmobilem anchoram praefigentes, cui uolubilitas ac peruagatio cordis innexa intra claustra cellae uelut in portu fidissimo ualeat contineri, atque ita spiritali meditationi tantum et custodiae cogitationum intenta non modo ad consensum prauae cuiusque suggestionis peruigilem mentem conruere non sinat, uerum etiam ab omni superflua otiosaque cogitatione custodiat, ita ut, quid ex quo pendeat, haud facile possit a quoquam discerni, id est utrum propter meditationem spiritalem incessabile manuum opus exerceant, an propter operis iugitatem tam praeclarum spiritus profectum scientiaeque lumen adquirant.

14. Utilité du travail des mains pendant la méditation.

Ils joignent aussi à leurs veilles le travail des mains, pour que l’oisiveté ne les livre pas au sommeil, et ils ne l’interrompent, pour ainsi dire, pas plus que la méditation. Ils exercent également les facultés de l’âme et du corps pour associer les efforts de l’homme extérieur au progrès de l’homme intérieur. Le poids du travail est comme une ancre ferme et immobile qu’ils opposent aux mouvements dangereux de leurs cœurs et aux flots tumultueux de leurs pensées, afin d’en fixer les caprices et la légèreté dans les murs de leurs cellules, comme dans un port assuré, en veillant ainsi sur eux-mêmes et en s’appliquant à la méditation des choses saintes. Non-seulement ils évitent les tentations et les désirs coupables, mais ils se préservent encore de toute pensée oiseuse et superflue ; et il est difficile de dire si c’est pour mieux méditer qu’ils s’occupent sans cesse de travaux manuels, ou si c’est par cette assiduité au travail qu’ils acquièrent tant de piété, de science et de lumière.

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XV. Qua lege modestiae post orationum missam unusquisque ad suam cellam redeat, et cui increpationi subdatur is qui aliter fecerit.

Finitis igitur psalmis et cotidiana congregatione, sicut superius memorauimus, absoluta nullus eorum uel ad modicum subsistere aut sermocinari audet cum altero, sed ne per totum quidem diei spatium cellam suam progredi aut deserere opus, quod in ea solitus est exercere, praesumit, nisi forte cum fuerint ad officium necessarii cuiusque operis euocati. quod ita explent foras egressi, ut nulla inter eos sermocinatio penitus conseratur: sed sic unusquisque opus exsequitur iniunctum, ut psalmum uel scripturam quamlibet memoriter recensendo non solum conspirationi noxiae uel consiliis prauis, sed ne otiosis quidem conloquiis ullam copiam uel tempus inpertiat, oris pariter et cordis officio in meditatione spiritali iugiter occupato. summa namque obseruantia custoditur, ne quisquam cum alio ac praecipue iuniores uel ad punctum temporis pariter substitisse aut uspiam secessisse uel manus suas inuicem tenuisse deprehendantur. si qui uero contra huius regulae disciplinam reperti fuerint aliquid ex his quae interdicta sunt admisisse, ut contumaces ac praeuaricatores mandatorum non leuis culpae rei pronuntiati suspicione etiam coniurationis prauique consilii carere non poterunt. quam culpam nisi in unum cunctis fratribus congregatis publica diluerint paenitentia, orationi fratrum nullus eorum interesse permittitur.

15. Du silence et de l’application au travail.

Lorsque les psaumes sont finis et que la réunion est terminée, comme nous l’avons exposé, aucun religieux ne s’arrête et ne se permet de causer avec un autre. Personne, même pendant tout le jour, ne sort de sa cellule et ne quitte le travail dont il s’occupe, à moins qu’il n’y soit forcé par quelque devoir. Pendant les travaux extérieurs, toute conversation est interdite. Chacun, en accomplissant la tâche qui lui est donnée, récite de mémoire quelque psaume ou quelque passage des saintes Écritures. On évite ainsi, non-seulement les tentations du mal et les projets coupables, mais encore les entretiens inutiles, puisque la bouche et le cœur sont toujours appliqués à la méditation des choses saintes. Il est expressément défendu, surtout aux plus jeunes, de s’arrêter même un instant, de se retirer à l’écart et de se serrer la main. Ceux qui manquent en quelque chose à ce point de la règle, sont déclarés coupables d’une faute grave, et soupçonnés d’avoir un esprit indocile et dangereux ; et tant qu’ils n’ont pas fait une pénitence publique devant tous leurs frères, il ne leur est pas permis d’assister aux offices.

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XVI. Quod nulli liceat orare cum illo qui fuerit ab oratione suspensus.

Sane si quis pro admisso quolibet delicto fuerit ab oratione suspensus, nullus cum eo prorsus orandi habet licentiam, antequam summissa in terram paenitentia reconciliatio eius et admissi uenia coram fratribus cunctis publice fuerit ab abbate concessa. ob hoc namque tali obseruantia semet ipsos ab orationis eius consortio segregant atque secernunt, quod credunt eum, qui ab oratione suspenditur, secundum apostolum tradi Satanae, et quisquis orationi eius, antequam recipiatur a seniore, inconsiderata pietate permotus communicare praesumpserit, conplicem se damnationis eius efficiat, tradens scilicet semet ipsum uoluntarie Satanae, cui ille pro sui reatus emendatione fuerat deputatus: in eo uel maxime grauius crimen incurrens, quod cum illo se uel confabulationis uel orationis communione miscendo maiorem illi generet insolentiae fomitem et contumaciam delinquentis in peius enutriat. perniciosum namque solacium tribuens cor eius magis magisque faciet indurari nec humiliari eum sinet, ob quod fuerat segregatus, et per hoc uel increpationem senioris non magni pendere uel dissimulanter de satisfactione et uenia cogitare.

16. De la séparation de ceux qui sont en pénitence.

Si quelqu’un est retranché de la prière publique pour une faute, il n’est permis à personne de prier avec lui, avant qu’il se soit prosterné par terre pour demander pardon et qu’il ait été réconcilié par l’abbé, en présence de tous les frères. Les religieux observent avec soin cette règle, et se séparent de celui qui a été retranché de la prière publique et livré à Satan, selon l’expression de l’Apôtre. Et si quelqu’un, poussé par une charité indiscrète, priait avec lui avant qu’il ait été absous par le supérieur, il encourrait la même condamnation et se livrerait volontairement au démon comme l’autre a mérité de l’être, et la faute serait d’autant plus grande qu’en s’entretenant et en priant avec le coupable, il encouragerait son orgueil et le ferait persévérer dans le mal. Cette consolation lui serait pernicieuse, parce qu’elle endurcirait son cœur et l’empêcherait de s’humilier comme il l’a mérité. Il s’habituerait à faire peu de cas des réprimandes de ses supérieurs, et ne penserait bientôt plus à reconnaître ses fautes et à en demander pardon.

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XVII. Quod is, qui ad orationem exsuscitat fratres, hora solita eos debeat commonere.

Is autem, cui religiosi conuentus commonitio uel synaxeos cura committitur, non passim ut libitum est nec prout nocte fuerit expergefactus aut oportunitas eum somni proprii seu insomnii cohortatur, fratres etiam ad cotidianas uigilias exsuscitare praesumit, sed, quamuis eum consuetudo diurna hora solita euigilare conpellat, tamen sollicite frequenterque stellarum cursu praestitutum congregationis tempus explorans ad orationum eos inuitat officium, ne in utroque inueniatur incautus, si uel obpressus somno statutam noctis transgrediatur horam uel eandem dormiturus atque ad somnum festinus anticipet, et non tam officio spiritali uel quieti omnium deseruisse quam requiei suae satisfecisse credatur.

17. Avec quelle exactitude il faut réveiller les religieux pour la prière.

Celui qui est chargé de réveiller les religieux et de les réunir pour l’office, ne suit pas son caprice pour le faire, en écoutant la disposition où il est lui-même de dormir ou de ne pas dormir. Quoiqu’il ait l’habitude de réveiller, tous les jours, les frères à la même heure, il se tient sur ses gardes et consulte souvent le cours des étoiles pour savoir s’il est temps de commencer l’office. Il évite ainsi, ou de laisser passer l’heure, en cédant au sommeil, ou de l’avancer par le désir qu’il a de dormir à son tour, en paraissant s’inquiéter moins de l’office et du sommeil de ses frères que de son propre repos.

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XVIII. Quod a uespera sabbati usque ad uesperam diei dominici genua non flectantur nec totis diebus Quinquagensimae.

Hoc quoque nosse debemus a uespera sabbati, quae lucescit in diem dominicum, usque in uesperam sequentem apud Aegyptios genua non curuari, sed ne totis quidem Quinquagensimae diebus, nec custodiri in eis ieiuniorum regulam. quarum rerum ratio suo loco in conlationibus seniorum, cum dominus iusserit, exponetur. nunc propositum nobis est causas tantummodo breui narratione percurrere, ne castigatum modum uolumen excedens aut fastidio legentem oneret aut labore.

18. Les religieux ne s’agenouillent pas le dimanche et pendant le temps pascal.

Nous devons dire aussi qu’en Égypte, depuis les vêpres du samedi qui commencent le dimanche, jusqu’aux vêpres suivantes, l’usage est de ne pas s’agenouiller, ainsi que pendant les cinquante jours de Pâques, et qu’on ne pratique pas non plus alors les jeûnes ordinaires. Nous donnerons l’explication de cet usage dans les conférences des Pères, si Dieu nous accorde la grâce de les écrire.

Notre intention maintenant est de dire brièvement les choses, afin que ce volume par son étendue ne devienne pas fatigant et ennuyeux au lecteur.

Texte latin : De institutis coenobiorum, éd. M. Petschenig, Corpus scriptorum ecclesiasticorum Latinorum 17, Vienne, 1888, relu sur les fac-similés ; sans l’apparat critique. · Traduction française d’E. Cartier († 1887), Institutions de Cassien, Paris, Poussielgue, 1872. Cartier abrège par endroits et ne traduit pas les chapitres X et XI du livre I. Texte du domaine public en France (art. L123-1 du code de la propriété intellectuelle). Transcription et révision : Abbatia Sancti Petri de Curte. Signaler une erreur