Abbatia
Sancti Petri
de Curte

Jean Cassien, Institutions cénobitiques

Livre VI. De l’impureté

Liber sextus. De spiritu fornicationis.Livre VI. De l’impureté.

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I. De duplici pugna aduersum spiritum fornicationis.

Secundum nobis traditione patrum aduersus spiritum fornicationis certamen est, longum prae ceteris ac diuturnum et perpaucis ad purum deuictum, inmane bellum et quod, cum a primo tempore pubertatis inpugnare incipiat hominum genus, non nisi prius cetera uitia superentur extinguitur. duplex namque est obpugnatio gemino armata uitio consurgens ad proelium. et idcirco similiter ei gemina est acie resistendum, siquidem, ut morbo carnis animaeque concretum uires adquirit, ita nisi utrisque pariter dimicantibus nequeat debellari. nec enim sufficit solum corporale ieiunium ad conquirendam uel possidendam perfectae castimoniae puritatem, nisi praecesserit contritio spiritus et oratio contra hunc inmundissimum spiritum perseuerans, dein continuata meditatio scripturarum, huicque fuerit scientia spiritalis adiuncta, labor etiam opusque manuum, instabiles cordis peruagationes cohercens ac reuocans, et ante omnia fundata fuerit humilitas uera, sine qua nullius penitus uitii poterit umquam triumphus adquiri.

1. Du second ennemi à combattre.

Les Pères nous apprennent que notre second ennemi est l’impureté. Ce combat que nous avons à livrer est plus long, plus difficile que les autres, et bien peu y remportent une complète victoire. C’est une guerre cruelle qui commence pour l’homme dès sa jeunesse, et qui ne finit pas avant que tous les autres vices soient détruits. L’ennemi nous attaque des deux côtés, par deux passions différentes, et il faut aussi lui opposer une double résistance. Comme sa force lui vient des faiblesses de la chair et de l’âme, c’est aussi en unissant leurs efforts pour le combattre que nous pourrons en triompher. Il ne suffit pas du jeûne corporel, pour conquérir ou conserver une pureté parfaite : il faut d’abord avoir la contrition du cœur, et lutter contre l’esprit impur par une prière persévérante ; puis méditer sans cesse l’Écriture sainte, en acquérir la science et ne pas négliger le travail des mains, qui arrêtera les distractions de notre esprit. Il faut, avant tout, s’affermir dans une humilité sincère, sans laquelle on ne peut jamais triompher entièrement d’aucun vice.

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II. De principali correctione aduersus spiritum fornicationis.

Principaliter enim uitii huius correctio de cordis perfectione descendit, ex quo etiam huius morbi uirus domini uoce prodire signatur. de corde, inquit, exeunt cogitationes malae, homicidia, adulteria, fornicationes, furta, falsa testimonia et cetera. illud ergo est primitus expiandum, unde fons uitae mortisque manare cognoscitur dicente Salomone: omni custodia serua tuum cor: ex his enim sunt exitus uitae. caro enim eius arbitrio atque imperio famulatur. et idcirco summo studio parsimonia ieiuniorum sectanda est, ne escarum abundantia refecta caro praeceptis animae salutaribus aduersata rectorem suum spiritum deiciat insolescens. ceterum si omnem summam in castigatione tantum corporis conlocemus, anima non similiter a ceteris uitiis ieiunante nec meditatione diuina et spiritalibus studiis occupata, nequaquam ad illud sublimissimum uerae integritatis fastigium poterimus ascendere, illo quod in nobis est principali puritatem nostri corporis infestante. oportet ergo nos mundare prius iuxta sententiam domini id quod intus est calicis et parabsidis, ut fiat et id quod de foris est mundum.

2. Du principal remède contre l’impureté.

Le principal remède contre ce vice est la purification du cœur, où Notre-Seigneur nous apprend que se trouve le germe de cette terrible maladie. C’est du cœur, dit-il, que sortent les pensées mauvaises, les homicides, les adultères, les fornications, les vols et les faux témoignages. (S. Matth., XV, 19.) Il faut donc purifier cette source de la vie et de la mort. Salomon nous le recommande : « Gardez votre cœur avec tout le soin possible, car c’est lui qui est la source de la vie. » (Prov., IV, 23.) Et, en effet, la chair est assujettie à ses mouvements et à son empire. Nous devons donc suivre avec ardeur les lois de l’abstinence, de peur que l’abondance des aliments n’empêche la chair d’obéir aux conseils salutaires de l’esprit, et ne résiste avec insolence à son maître. Si nous nous appliquons seulement à châtier notre corps, sans faire jeûner en même temps notre âme de tous ses vices et sans la nourrir d’études pieuses et de méditations saintes, nous ne pourrons jamais nous élever à une pureté parfaite, puisque la partie principale de nous-même souillera notre corps. Il faut d’abord, comme le recommande Notre-Seigneur, purifier le dedans de la coupe et du plat, afin que le dehors aussi devienne pur. (S. Matth., XXIII, 26.)

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III. Quantum ad superandum fornicationis uitium remedii conferat cum continentia solitudo.

Dein cetera uitia etiam usu hominum et exercitio cotidiano purgari solent et quodammodo ipsius lapsus offensione curari: ut puta irae, tristitiae, inpatientiae languor meditatione cordis ac peruigili sollicitudine, fratrum etiam frequentia et adsidua prouocatione sanantur, dumque commota manifestantur saepius et crebrius arguuntur, ocius perueniunt ad salutem. hic uero morbus cum corporis adflictione et contritione cordis solitudine quoque ac remotione indiget, ut possit ad integrum sanitatis statum perniciosa aestuum febri deposita peruenire. sicut plerumque certa aegritudine laborantibus utile est, ut cibi noxii ne oculorum quidem ipsorum obtutibus offerantur, ne quod aspectus occasione desiderium eis letale gignatur, ita plurimum confert ad depellendum hunc specialiter morbum quies ac solitudo, ut mens aegra minime diuersis figuris interpellata ad puriorem perueniens contemplationis intuitum facilius pestiferum concupiscentiae fomitem radicitus possit eruere.

3. Combien l’éloignement du monde aide à vaincre l’impureté.

Les autres vices se corrigent ordinairement en fréquentant les hommes et en luttant chaque jour contre les occasions. Les fautes commises sont, pour ainsi dire, un moyen de guérir. La colère, par exemple, la tristesse, l’envie, l’impatience, cèdent à la réflexion et aux efforts persévérants de celui qui vit au milieu de ses frères et des tentations qu’il y rencontre. Plus les épreuves sont nombreuses, plus la victoire semble prompte et facile. Cette maladie, au contraire, nécessite, outre la mortification du corps et la contrition du cœur, la solitude et la séparation du monde. C’est le moyen d’apaiser cette terrible fièvre des sens et de recouvrer une santé parfaite. Dans certaines maladies, on évite de montrer aux malades des aliments qui pourraient leur nuire, de peur que cette vue n’excite en eux des désirs funestes. Il faut de même, pour guérir l’impureté, rechercher le calme et la solitude, afin que l’âme, n’étant plus troublée par des images dangereuses, puisse s’élever à des pensées plus saintes et arracher plus facilement les racines de cette plante vénéneuse.

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IIII. Quid intersit inter continentiam et castitatem, et an utraque simul semper habeantur.

Nemo tamen ex hoc negare nos putet etiam in congregatione fratrum positos inueniri continentes: quod perfacile posse fieri confitemur. aliud enim est continentem esse, id est ἐγκρατῆ, aliud castum, et ut ita dicam in affectum integritatis uel incorruptionis transire, quod dicitur ἁγνόν, quae uirtus illis solis tribuitur maxime, qui uirgines uel carne uel mente perdurant, ut uterque Iohannes in nouo testamento, in ueteri quoque Helias, Hieremias, Danihel fuisse noscuntur. in quorum gradu hi quoque non inmerito reputabuntur, qui post experimenta corruptionis ad similem puritatis statum per laborem longum et industriam integritate mentis et corporis peruenerunt et aculeos carnis non tam inpugnatione concupiscentiae turpis, quam naturae tantummodo motu sentiunt. quem statum dicimus difficillime posse inter hominum turbas adprehendi. utrum uero et inpossibile sit, unusquisque non nostra sententia expectet agnoscere, sed conscientiae suae rimetur examine. ceterum continentes multos exsistere non dubitamus, qui inpugnationem carnis, quam uel raro uel cotidie sustinent, seu metu gehennae seu desiderio regni caelorum extingunt atque conpescunt. quos seniores sicut pronuntiant posse non penitus incentiuis obrui uitiorum, ita securos et insauciatos semper exsistere non posse definiunt. necesse est enim quemque in conluctatione positum, quamuis frequenter aduersarium uincat ac superet, et ipsum tamen aliquando turbari.

4. De la différence qui existe entre la chasteté et la continence.

Personne ne doit croire pour cela que nous prétendions qu’il n’y ait pas de religieux continents vivant en communauté. Nous reconnaissons, au contraire, qu’il est très-facile d’en trouver. Mais être continent ou être chaste, n’est pas la même chose. Être chaste, c’est vivre dans l’amour d’une pureté inaltérable, et cette vertu est le privilége de ceux qui restent vierges de corps et d’esprit, comme les deux saints Jean dans le Nouveau Testament, et comme Élie, Jérémie et Daniel, dans l’Ancien. On peut aussi mettre au même rang ceux qui, après avoir éprouvé les faiblesses de la chair, sont arrivés, à force de peine et de vigilance, à recouvrer cette pureté d’âme et de corps, et non-seulement résistent aux tentations de la concupiscence, mais n’éprouvent plus même les mouvements de la nature. C’est cette chasteté que nous croyons qu’il est très-difficile d’acquérir dans la société des hommes. Nous ne disons pas la chose impossible ; mais nous laissons chacun y réfléchir et se prononcer dans sa conscience.

Nous croyons que beaucoup de continents qui ont, rarement ou souvent, à soutenir les combats de la chair, y résistent et en triomphent par crainte de l’enfer ou par désir du ciel. Mais les Pères, tout en reconnaissant qu’ils peuvent lutter par ce moyen contre l’ardeur des passions, déclarent qu’ils ne doivent pas, pour cela, se croire invulnérables ; car tant que dure la guerre, on a beau frapper et vaincre souvent l’ennemi, on n’est jamais à l’abri de tout danger.

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V. Quod inpugnatio fornicationis solo humano studio non possit euinci.

Quapropter si nobis cordi est agonem spiritalem cum apostolo legitime decertare, hunc inmundissimum spiritum superare omni mentis intentione non nostris uiribus confidentes (hoc enim perficere industria humana non praeualet), sed opitulatione domini festinemus. tamdiu namque hoc uitio animam necesse est inpugnari, donec se bellum gerere supra uires suas agnoscat nec labore uel studio proprio uictoriam obtinere se posse, nisi domini fuerit auxilio ac protectione suffulta.

5. Les efforts de l’homme ne suffisent pas pour vaincre l’impureté.

Si donc nous sommes bien décidés à combattre un bon combat comme l’Apôtre, si nous voulons de toute notre âme vaincre l’esprit d’impureté, hâtons-nous de le faire, en nous confiant, non pas dans nos propres forces, qui ne pourraient jamais y suffire, mais dans le secours de la grâce divine. Nous aurons toujours à lutter contre ce vice, tant que nous ne reconnaîtrons pas que cette guerre est au-dessus de nos forces, et que malgré tous nos efforts nous ne remporterons pas la victoire, si Dieu ne nous aide de sa toute-puissante protection.

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VI. De peculiari gratia dei in munere castitatis.

Et reuera cum in omnibus uirtutum profectibus et cunctorum expugnatione uitiorum domini sit gratia atque uictoria, in hoc praecipue peculiare beneficium dei ac speciale donum et patrum sententia et experimento purgationis ipsius manifestissime declaratur his, qui eam meruerint possidere. quodammodo enim exire de carne est in corpore commorantem et ultra naturam est, fragili carne circumdatum carnis aculeos non sentire. et idcirco inpossibile est hominem suis ut ita dixerim pinnis ad tam praecelsum caelesteque praemium subuolare, nisi eum gratia domini de terrae caeno munere castitatis eduxerit. nulla etenim uirtute tam proprie carnales homines spiritalibus angelis imitatione conuersationis aequantur quam merito et gratia castitatis, per quam adhuc in terra degentes habent secundum apostolum municipatum in caelis, quod deposita corruptela carnali habituros sanctos promittitur in futurum, hic iam in carne fragili possidentes.

6. Une grâce spéciale de Dieu est nécessaire pour conserver la chasteté.

La grâce de Dieu est sans doute nécessaire pour triompher de tous les vices et pour faire des progrès dans toutes les vertus ; mais elle l’est plus encore quand il s’agit de la pureté. Cette vertu est un don tout spécial, comme le prouvent le témoignage des Pères et l’expérience de ceux qui l’ont obtenue. Car comment être délivré de la chair en restant dans son corps ? et n’est-ce pas surnaturel, d’être revêtu d’une chair fragile, sans en ressentir les ardeurs ? Il serait impossible à l’homme de s’élever sur ses ailes jusqu’à cette pureté céleste, si la grâce de Dieu ne le tirait de la fange terrestre par le don de la chasteté. Il n’y a pas de vertu qui puisse égaler notre nature charnelle à la nature spirituelle des anges, comme cette vertu de chasteté, qui, selon l’Apôtre, nous rend citoyens du ciel, lorsque nous sommes encore habitants de la terre (Phil., III, 20), puisque nous possédons déjà, dans notre chair fragile, cette paix qui est promise aux saints, lorsqu’ils seront délivrés de leur corps mortel.

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VII. Exemplum de agone mundiali secundum sermonem apostoli.

Audi quid dicat apostolus: omnis qui in agone contendit ab omnibus se abstinet. a quibus omnibus dixerit inquiramus, ut possit nobis spiritalis agonis instructio conparatione carnalis adquiri. illi etenim, qui in hoc agone uisibili student legitime decertare, utendi omnibus escis quas desiderii libido suggesserit non habent facultatem, sed illis tantum quas eorundem certaminum statuit disciplina. et non solum interdictis escis et ebrietate omnique crapula eos necesse est abstinere, uerum etiam cuncta inertia et otio atque desidia, ut cotidianis exercitiis iugique meditatione uirtus eorum possit adcrescere. et ita omni sollicitudine ac tristitia negotiisque saecularibus, affectu etiam et opere coniugali efficiuntur alieni, ut praeter exercitium disciplinae nihil aliud nouerint nec ulli mundiali curae penitus inplicentur, ab eo tantum qui certamini praesidet sperantes cotidiani uictus substantiam et coronae gloriam condignaque praemia uictoriae laude conquirere. atque in tantum se mundos ab omni coitus pollutione custodiunt, ut, cum se praeparant agonum certamini, ne qua forsitan per somnum nocturna delusi fallacia uires minuant multo tempore conquisitas, lamminis plumbeis renium contegant loca, quo scilicet metalli rigor genitalibus membris adplicitus obscenos umores ualeat inhibere, intellegentes se procul dubio esse uincendos nec iam posse propositum certamen demptis uiribus adinplere, si prouisam pudicitiae soliditatem fallax noxiae uoluptatis imago corruperit.

7. Exemple de l’athlète proposé par l’Apôtre.

Écoutez ce que dit l’Apôtre : « Celui qui combat dans l’arène s’abstient de tout. » (I Cor., IX, 25.) Cherchons ce que veut dire de tout, afin de pouvoir appliquer à nos combats spirituels cette comparaison tirée des combats du monde. Les athlètes qui voulaient bien combattre dans l’arène n’avaient pas la permission d’user de tous les aliments qui pouvaient les tenter. Ils devaient se contenter de ceux qui étaient prescrits par les règlements, et non-seulement ils étaient forcés de s’abstenir des mets défendus, de l’ivresse et de toute débauche, mais ils devaient fuir la paresse, l’oisiveté, l’inaction, afin d’accroître leurs forces par une étude et des exercices continuels. Ils devaient vivre dans le célibat et la continence pour rester étrangers aux inquiétudes, aux tristesses et aux embarras du monde. Ils n’avaient à s’occuper que de leur profession, et ils n’en étaient distraits par aucun besoin car ils recevaient de celui qui présidait les combats leur subsistance de chaque jour, et ils ne pensaient qu’à mériter la couronne et les honneurs de la victoire. Lorsqu’ils se préparaient au combat, non-seulement ils restaient purs de tout rapport avec les femmes, mais ils se défendaient de toutes souillures involontaires pendant la nuit, en se ceignant douloureusement les reins avec des lames de plomb ; ils pensaient qu’ils perdraient de leurs forces pour bien combattre, si quelque image trompeuse du plaisir venait altérer leur pureté.

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VIII. De conparatione purificationis eorum, qui in terreno agone certamen habituri sunt.

Itaque si agonis mundialis intelleximus disciplinam, cuius exemplo beatus apostolus nos uoluit erudire, docens quanta in illa sit obseruatio, quanta diligentia, quanta custodia, quid nos conueniet facere, qua puritate oportebit custodire nostri corporis atque animae castitatem, quos necesse est cotidie sacrosanctis agni carnibus uesci, quas neminem inmundum contingere etiam ueteris legis praecepta permittunt? in Leuitico namque ita praecipitur: omnis mundus manducabit carnes. et anima quaecumque comederit de carnibus sacrificii salutaris quod est domini, in qua est inmunditia, peribit coram domino. quantum est igitur integritatis munus, sine qua et illi, qui erant sub ueteri testamento, sacrificiis typicis non poterant interesse, et qui mundi huius corruptibilem coronam cupiunt adipisci, nequeunt coronari.

8. Des moyens que les athlètes prenaient pour se préparer au combat.

Comprenons bien la conduite des athlètes du monde, dont saint Paul nous propose l’exemple, et remarquons avec quel soin ils s’observent et se gardent eux-mêmes. Que ne devrons-nous donc pas faire pour conserver sans tache la chasteté de l’âme et du corps, nous qui sommes obligés chaque jour de manger la chair sacrée de l’Agneau, à laquelle toute personne impure ne pouvait toucher dans l’ancienne loi ! Car le Lévitique dit : « Celui qui est pur mangera les viandes ; mais celui qui mangera des viandes du sacrifice offert à Dieu, quoiqu’il ait contracté quelque souillure, périra devant le Seigneur. » (Lévitiq., VII, 19, 20.) Quelle est donc l’excellence de la pureté, puisque, sans elle, on ne pouvait sous l’ancienne loi participer aux sacrifices, qui n’étaient cependant que des figures, et que sans elle aussi, ceux qui désirent en ce monde une couronne corruptible, ne sauraient l’obtenir !

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VIIII. Quantam semper cordis puritatem parare dei oculis debeamus.

Itaque omni custodia cordis nostri sunt latebrae primitus expiandae. quod enim illi in corporis puritate cupiunt adsequi, nos debemus etiam in arcanis conscientiae possidere, in qua dominus arbiter atque agonotheta residens pugnam cursus et certaminis nostri iugiter spectat, ut ea, quae in propatulo horremus admittere, ne intrinsecus quidem coalescere incauta cogitatione patiamur, et in quibus humana cognitione confundimur, ne occulta quidem coniuentia polluamur. quae licet possit hominum praeterire notitiam, sanctorum tamen angelorum ipsiusque omnipotentis dei scientiam, quam nulla subterfugiunt secreta, latere non poterit.

9. Combien nous devons toujours garder notre cœur pur aux yeux de Dieu.

Il faut, avant tout, purifier avec une extrême vigilance les replis de notre cœur ; car cette pureté de corps que nous désirons avoir, nous devons la posséder dans les secrets de notre conscience. C’est là que Dieu réside comme arbitre et juge de nos combats. Il y voit notre ardeur et nos efforts ; et sa présence doit nous empêcher d’admettre imprudemment en nous des pensées que nous aurions horreur de manifester au dehors, et de nous souiller ainsi en secret de ce qui nous ferait rougir devant les hommes. Si nous pouvions d’ailleurs nous cacher aux regards des hommes, pourrions-nous échapper à ceux des saints anges et de Dieu même, dont la science pénètre la nuit la plus profonde.

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X. Quod sit indicium perfectae et integrae puritatis.

Cuius puritatis hoc erit euidens indicium ac plena probatio, si uel nulla imago inliciens quietis nobis et in soporem laxatis occurrat, uel certe interpellans nullos concupiscentiae motus ualeat excitare. licet enim ad plenam peccati noxam talis commotio minime reputetur, tamen necdum perfectae mentis indicium est nec ad purum excocti uitii manifestatio, cum per fallaces imagines huiusmodi operatur inlusio.

10. A quel signe on connaît la pureté parfaite.

Nous aurons une marque évidente, une preuve certaine de notre pureté, si aucune image trompeuse ne vient troubler notre sommeil, ou ne peut exciter en nous, malgré ses obsessions, les mouvements de la concupiscence. Car, quoique ces mouvements ne soient pas par eux-mêmes un péché véritable, ils montrent cependant que l’âme n’est pas encore parfaite et complétement affranchie du vice, puisqu’elle est toujours soumise à de pareilles illusions.

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XI. Quo uitio inlusio nocturna procedat.

Qualitas enim cogitationum, quae distentionibus diei neglegentius custoditur, probatur quiete nocturna. et idcirco cum intercesserit aliqua talis inlusio, non culpa somni credenda est, sed neglegentia temporis praecedentis et manifestatio morbi latentis intrinsecus, quem non primitus noctis hora parturiit, sed intimis animae reconditum fibris ad cutis superficiem somni refectione produxit, arguens occultas aestuum febres, quas per totum diei spatium noxiis cogitationibus pasti contraximus: ut solent malae quoque ualitudines corporum non ea colligi tempestate in qua uidentur emergere, sed neglegentia sunt praeteriti temporis adquisitae, quo pastus quis inprudenter escis contrariis noxios umores sibimet letalesque contraxit.

11. D’où viennent nos impuretés involontaires.

Le repos de la nuit fait connaître la nature des pensées auxquelles nous nous sommes laissés aller pendant le jour. Lorsque ces illusions des sens nous arrivent, il ne faut pas les attribuer au sommeil, mais à notre négligence pendant que nous étions éveillés. Le mal caché qui se manifeste en nous n’a pas pour principe les ténèbres de la nuit ; il était déjà dans les replis de notre âme, et quand il se produit au dehors durant notre sommeil, il montre les ardeurs impures que nous avions excitées durant le jour, en nous repaissant de pensées dangereuses. C’est ainsi que les maladies du corps ne se forment pas au moment où elles paraissent à l’extérieur, leur origine est plus ancienne ; elles sont causées par la négligence et l’imprudence de ceux qui prennent des aliments contraires à leur santé, et font naître en eux des humeurs capables de leur donner la mort.

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XII. Quod carnis puritas sine munditia cordis nequeat obtineri.

Ideoque humani generis creator et conditor deus, opificii sui naturam prae omnibus emendationemque cognoscens, illic curam adhibuit medicinae, unde causas morbi principaliter nouerat emanare quicumque, inquiens, uiderit mulierem ad concupiscendum eam, iam moechatus est eam in corde suo. petulantes oculos notans non tam eos arguit quam illum interiorem sensum, qui officio eorum male utitur ad uidendum. cor namque est aegrum et saucium libidinis telo quod ad concupiscendum uidet, beneficium intuitus recte sibimet a creatore concessum suo uitio ad operum prauorum ministeria contorquens et in semet ipso reconditum concupiscentiae morbum contemplationis occasione producens. idcirco ergo huic praecipitur salutare mandatum, cuius uitio pessimus languor uisus occasione procedit. non enim dicitur 'omni custodia serua tuos oculos', quos utique oportuit principaliter custodiri, si ex ipsis concupiscentiae prodiret affectus (nihil enim amplius oculi quam simplex animae praebent uisionis officium), sed dicit: omni custodia serua tuum cor, illi potissimum inposita medicina, quod ubique abuti potest oculorum ministerio.

12. La chair ne peut être pure, si le cœur ne l’est pas.

Dieu, l’auteur et créateur du genre humain, connaît mieux que personne la nature de son œuvre et les moyens de la réparer. Aussi a-t-il appliqué le remède où il savait qu’était la cause principale de la maladie, lorsqu’il a dit : « Celui qui regarde une femme avec un mauvais désir, a commis déjà l’adultère dans son cœur. » (S. Matth., V, 2.) En parlant de ces regards coupables, Notre-Seigneur ne condamne pas tant ceux du corps que ceux de l’âme, qui abusent des yeux pour voir ; c’est le cœur malade et blessé des traits de l’impureté, qui conçoit ce mauvais désir et qui se sert de la vue, d’un bienfait du Créateur, pour commettre le mal. Ce regard fait paraître seulement la concupiscence cachée en lui. Le divin Médecin donne le bon remède pour guérir cette fatale ivresse qui nous vient par les yeux. L’Écriture ne dit pas : « Gardez vos yeux avec tout le soin possible. » Ce serait surtout cependant sur eux qu’il faudrait veiller, s’ils étaient la source principale de la concupiscence ; mais ils ne sont que les serviteurs de l’âme, et il est dit : « Gardez votre cœur avec tout le soin possible. » (Prov., IV, 25.) Le remède est appliqué à ce qui peut abuser des yeux.

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XIII. Quae sit purgationis carnalis prima custodia.

Haec igitur erit purgationis huius prima custodia, ut, cum menti nostrae memoria sexus feminei per subtilem suggestionem diabolicae calliditatis obrepserit, primum recordatione praemissa matris, sororum uel parentum seu certe feminarum sanctarum quantocius eam de nostris recessibus extrudere festinemus, ne, si fuerimus in ea diutius inmorati, occasionem sexus semel indeptus inlex malorum ad eas personas exinde subtiliter deuoluat ac praecipitet mentem, per quas noxias cogitationes possit inserere. quamobrem illius praecepti iugiter meminisse debemus: omni custodia serua tuum cor, et secundum dei principale mandatum sollicite serpentis obseruare noxium caput, id est cogitationum malarum principia, quibus serpere in animam nostram diabolus temptat, nec sinamus per neglegentiam penetrare in cor nostrum reliquum eius corpus, id est oblectationis adsensum, qui procul dubio, si fuerit intromissus, morsu uirulento mentem interimet captiuatam. emergentes etiam peccatores terrae nostrae, id est sensus carnales, in matutinis sui ortus nos oportet extinguere, et dum adhuc paruuli sunt adlidere filios Babylonis ad petram, qui nisi dum tenerrimi sunt fuerint enecati, adulti per coniuentiam in perniciem nostram ualidiores insurgent aut certe non sine magno gemitu ac labore uincentur. dum enim fortis, spiritus scilicet noster, domum suam custodit armatus, recessus cordis sui dei timore communiens, in pace erit omnis substantia eius, id est emolumenta laborum ac uirtutes longo tempore conquisitae. si autem fortior superueniens uicerit eum, id est diabolus cogitationum consensu, arma eius diripiet, in quibus confidebat, id est memoriam scripturarum uel timorem dei, et spolia eius diuidet, uirtutum scilicet merita per contraria uitia quaeque dispergens.

13. Il faut combattre les pensées charnelles dès leur origine.

Le premier soin que nous devons prendre pour purifier notre cœur, est d’en bannir tout souvenir de femme, que les ruses du démon pourraient y éveiller. Nous devons même éloigner celui de notre mère, de nos sœurs, de nos parents et des personnes pieuses que nous avons rencontrées. Il faut nous hâter d’en détourner notre pensée, de peur que le tentateur ne profite de l’occasion pour égarer notre esprit sur d’autres femmes, et y faire naître de dangereuses images.

Rappelons-nous sans cesse le précepte du Seigneur : « Gardez votre cœur avec tout le soin possible » (Genes., III, 15), et tâchons, nous aussi, de briser la tête du serpent, c’est-à-dire de découvrir le principe des pensées mauvaises qui pourraient se glisser dans notre âme ; car, si la tête du démon pénétrait dans notre cœur par notre négligence, son corps y serait bientôt tout entier par notre consentement ; et une fois qu’il y serait établi, nous péririons victimes de ses passions et de sa tyrannie. Nous devons détruire dès le matin les pécheurs qui s’élèvent de notre terre, c’est-à-dire nos pensées charnelles à leur naissance ; nous devons briser sur la pierre les enfants de Babylone, lorsqu’ils sont encore petits. (Ps. CXXXVI, 12.) Car, si nous ne les tuons pas pendant qu’ils sont jeunes, si nous les laissons grandir par notre faute, ils se fortifieront et se révolteront pour nous perdre, et nous ne pourrons les vaincre qu’avec beaucoup de peine et de combats.

Quand le fort, c’est-à-dire notre esprit, est armé pour garder sa maison, quand il défend par la crainte de Dieu toutes les retraites de son cœur, il conserve en paix tout ce qu’il possède (S. Luc, XI, 21), c’est-à-dire le fruit de ses travaux et les vertus péniblement et longuement acquises. Mais si un ennemi plus fort survient et en triomphe, c’est-à-dire si le démon profite de son consentement, il s’emparera des armes dans lesquelles il mettait sa confiance, c’est-à-dire de la crainte de Dieu et de la pensée des saintes Écritures, et il partagera ses dépouilles en dissipant le mérite de ses vertus par les vices qui leur sont opposés.

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XIIII. Quod non laudem studeamus texere castitatis, sed effectum eius exponere.

Et ut cuncta praeteream, quae in sanctis scripturis ob laudem uirtutis huius inserta sunt (non enim mihi propositum est laudem texere castitatis, sed de qualitate ipsius, uel quemadmodum adquiri et custodiri debeat quiue sit finis eius, patrum traditionibus explicare), unam tantummodo ponam apostoli beati sententiam, qua pateat qualiter illam Thessalonicensibus scribens uirtutibus praetulerit uniuersis, tali eam uerbi nobilitate commendans.

14. But de l’auteur en parlant de la chasteté.

Je passerai sous silence toutes les louanges que l’Écriture sainte donne à la chasteté ; mon intention n’est pas d’en faire l’éloge, mais d’expliquer, d’après la tradition des Pères, ses qualités, comment on doit l’acquérir ou la conserver, et quels sont ses résultats. Il me suffira de citer un passage de la lettre de saint Paul aux Thessaloniciens, pour montrer combien l’Apôtre estimait cette vertu entre toutes et la recommandait en la glorifiant.

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XV. Quod specialiter castitatis uirtus ab apostolo sanctimonia nuncupetur.

Haec est, inquiens, uoluntas dei, sanctificatio uestra. et ne forte dubium nobis relinqueret uel obscurum, quidnam sanctificationem uoluerit appellare, utrum iustitiam an caritatem an humilitatem an patientiam (in omnibus enim istis uirtutibus creditur adquiri sanctificatio), infert et manifeste designat, quid proprie sanctificationem uoluerit appellare: haec est uoluntas dei, sanctificatio uestra, ut abstineatis uos, inquit, a fornicatione, ut sciat unusquisque uestrum uas suum possidere in honore et sanctificatione, non in passione desiderii, sicut et gentes quae ignorant deum. uide quibus eam laudibus prosequatur, honorem uasis, id est corporis nostri, et sanctificationem appellans eam. igitur e contrario, qui in passione desiderii est, in ignominia et inmunditia consistit et alienus a sanctificatione uersatur. tertio quoque post pauca infert, rursus eam sanctimoniam pronuntians: non enim uocauit nos deus in ignominiam sed in sanctimoniam. itaque qui haec spernit, non hominem spernit sed deum, qui etiam dedit spiritum suum sanctum in nobis. auctoritatem praecepto suo inuiolabilem iunxit dicens qui haec spernit, id est quae de sanctimonia praefatus sum, non hominem spernit, hoc est me qui haec praecipio, sed deum, qui in me loquitur, qui etiam spiritui suo sancto cor nostrum habitaculum deputauit. cernis simplicibus uerbis ac puris quibus eam praeconiis quantisque extulerit laudibus, primum uirtuti huic sanctificationem proprie tribuendo, deinde per hanc adserens uas nostri corporis inmunditia liberandum, tertio, quod abiecta ignominia et contumelia in honore sit et sanctificatione mansurum: postremo, quae summa est perfecti praemii ac beatitudinis remuneratio, per hanc habitatorem pectoris nostri sanctum fore spiritum designauit.

15. L’Apôtre considère la chasteté comme la sainteté.

« La volonté de Dieu, dit-il, est votre sanctification. A Et pour que nous comprenions bien ce qu’il veut dire par sanctification, si c’est seulement la justice, la charité, l’humilité, la patience, par lesquelles nous croyons nous sanctifier, il explique très-clairement ce qu’il appelle sanctification : « Dieu veut votre sanctification, c’est-à-dire que vous vous absteniez de toute fornication, et que chacun sache garder le vase de son corps avec honneur et sainteté, sans le souiller de désirs, comme le font les païens, qui ne connaissent pas Dieu. » (I. Thess., IV, 4, 5.)

Vous voyez combien l’Apôtre loue cette vertu, puisqu’il l’appelle l’honneur et la sainteté de notre corps. Celui, au contraire, qui ressent les mouvements de la concupiscence est dans la honte de l’impureté ; il est éloigné de la sainteté. L’Apôtre, un peu après, donne encore à cette vertu le nom de sainteté. « Car Dieu, dit-il, ne nous a pas appelés pour être impurs, mais pour être saints ; et celui qui méprise ces choses ne méprise pas un homme, mais Dieu qui nous a donné son Saint-Esprit. » (Ibid., 7.) Ainsi, saint Paul ajoute à son précepte une sanction inviolable, puisqu’il dit : « Celui qui méprise ces choses, c’est-à-dire ce que je viens de dire de la pureté, ne méprise pas l’homme qui vous fait ce commandement, mais Dieu qui vous parle en moi et qui a choisi notre cœur pour demeure du Saint-Esprit.

Vous voyez combien l’Apôtre exalte la pureté par ses paroles et ses louanges, puisqu’il lui attribue d’abord notre propre sanctification, qu’il assure ensuite qu’elle délivre notre corps de toute souillure, et qu’après en avoir éloigné la honte, elle le conserve dans l’honneur et la sainteté ; enfin, ce qui est le comble du bonheur et de la récompense, il déclare que c’est par elle que l’Esprit-Saint vient habiter notre âme.

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XVI. De alio apostoli testimonio super eadem sanctimonia castitatis.

Et licet ad finem libelli tendat oratio, aliud adhuc simile huic praeter promissum eiusdem apostoli testimonium ponam. ad Hebraeos namque scribens pacem, inquit, sectamini cum omnibus, et sanctimoniam, sine qua nemo uidebit deum. hic quoque euidenter sine sanctimonia, quam solet integritatem mentis uel puritatem corporis appellare, pronuntiauit deum penitus uideri non posse. siquidem et hic similiter infert eundem sensum explanans: ne quis fornicator aut profanus ut Esau.

16. Autre témoignage de saint Paul sur le même sujet.

Quoique ce livre touche à sa fin, je veux encore citer un autre témoignage de l’Apôtre. Il dit dans son épître aux Hébreux : « Tâchez de conserver la paix avec tout le monde et la sainteté, sans laquelle personne ne peut voir Dieu. » (Hébr., XII, 14.) Il déclare ici clairement que sans la sainteté, qui consiste, selon lui, dans la pureté de l’esprit et du corps, il est impossible de voir Dieu. Et il explique le sens de ses paroles, en ajoutant : « Qu’il ne se trouve pas parmi vous de fornicateur et 'de profane comme Ésaü. » (Ibid., 16.)

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XVII. Quod spes sublimioris praemii debeat custodiam castitatis augere.

Itaque quantum sublime caelesteque est praemium castitatis, tanto grauioribus aduersariorum insidiis lacessitur. et idcirco propensius nobis est non solum continentia corporis, uerum etiam contritio cordis adsiduis orationum gemitibus adhibenda, ut clibanus carnis nostrae, quem rex Babylonius incentiuis suggestionum carnalium succendere non desistit, descendente in corda nostra rore sancti spiritus extinguatur.

17. L’espoir de la récompense doit nous faire veiller avec plus de soin sur la chasteté.

Plus la récompense de la chasteté est sublime et céleste, plus l’ennemi l’attaque avec acharnement. Aussi devons-nous sans cesse nous appliquer à entretenir non-seulement la continence de notre corps, mais aussi la componction de notre cœur, par des gémissements et des prières continuelles, afin que ce feu de désirs charnels, que le roi de Babylone ne cesse d’allumer en nous-même, soit éteint par la rosée du Saint-Esprit qui descendra dans nos cœurs.

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XVIII. Quod, sicut absque humilitate castitas obtineri non potest, ita sine castitate scientia.

Ut enim hanc seniores aiunt adprehendi non posse, nisi prius humilitatis in corde fundamenta fuerint conlocata, ita ne ad fontem quidem uerae scientiae perueniri posse definiunt, donec penetralibus animae nostrae radix uitii huius insederit, et possibile quidem esse integritatem sine scientiae gratia repperiri, inpossibile uero scientiam spiritalem sine integritatis castimonia possideri, quia et diuersa sunt dona et non omnibus una gratia spiritus sancti tribuitur, sed ad quam se unusquisque studio uel industria sua dignum aptumque praebuerit. denique cum in omnibus apostolis sanctis uirtus integritatis perfecta fuisse credatur, abundantius tamen scientiae donum exuberauit in Paulo, quia se ad hanc aptum sollerti studio atque industria praeparauit.

18. La chasteté doit s’appuyer sur l’humilité, et la science sur la chasteté.

Nos anciens disent qu’on ne peut posséder la pureté sans lui avoir donné l’humilité du cœur pour fondement ; mais ils affirment aussi qu’on ne peut parvenir à la science véritable avant d’avoir arraché de son âme la racine du vice qui lui est contraire. Ils pensent qu’on peut rencontrer des personnes chastes qui ne sont pas savantes, mais qu’il est impossible de trouver la science de la sainteté sans une pureté parfaite. Les dons de Dieu sont divers, et la grâce du Saint-Esprit n’est pas la même en tous.

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XVIIII. Sententia sancti episcopi Basili de qualitate uirginitatis suae.

Fertur sancti Basili Caesariensis episcopi districta sententia: et mulierem, inquit, ignoro, et uirgo non sum. in tantum intellexit incorruptionem carnis non tam in mulieris esse abstinentia quam in integritate cordis, quae uere incorruptam perpetuo sanctimoniam corporis uel timore dei uel castitatis amore custodit.

19. Sentence de saint Basile sur la chasteté.

On rapporte une parole remarquable de saint Basile, évêque de Césarée : « Je n’ai jamais connu de femmes, disait-il, et cependant je ne suis pas vierge. » Il comprenait que la pureté ne consistait pas tant dans la privation de tout commerce avec les femmes, que dans la vraie pureté du cœur, qui seule préserve le corps de toute souillure par la crainte de Dieu ou par l’amour de la chasteté.

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XX. Qui finis uerae integritatis ac puritatis sit.

Itaque hic est integritatis finis ac perfecta probatio, si quiescentibus nobis titillatio uoluptatis nulla subrepserit ac pro necessitate naturae nobis inconsciis concretiones egerantur obscenae. quas sicut abscidere per omnia et in perpetuum amputare supra naturam est, ita reuocare ad ineuitabilem rarissimamque naturae necessitatem summae uirtutis est, quae pulsare monachum duobus interpositis mensibus solet. quod tamen dictum sit secundum nostram experientiam, non secundum sententiam seniorum, a quibus etiam hae memorati temporis indutiae admodum iudicabantur angustae, ne, si hoc modo quo ab ipsis percepimus uoluerimus exponere, his forte, qui pro neglegentia sua uel remissiore studio puritatem hanc minus experti sunt, incredibilia uel inpossibilia descripsisse credamur.

20. Comment on reconnaît qu’on est vraiment chaste de cœur.

Nous pourrons croire que nous sommes arrivés à cette pureté, si aucune sensation voluptueuse ne vient troubler notre sommeil et si les accidents naturels se passent sans que nous nous en apercevions. Il est au-dessus de la nature de les retrancher complétement : mais nous devons, à force de vertu, les rendre de plus en plus rares.

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XXI. Quemadmodum perfectae puritatis statum retinere possimus.

Quem statum ita tenere perpetuo poterimus ac numquam naturalem modum nec tempus excedere superius conprehensum, si deum non solum secretorum actuum nostrorum, uerum etiam cogitationum cunctarum diurnum pariter nocturnumque inspectorem esse et conscium cogitemus, ac pro omnibus quae in nostro corde uersantur, sicut pro factis et operibus nostris, rationem nos ei reddituros esse credamus.

21. Comment on peut conserver une chasteté parfaite.

Le moyen d’y parvenir et d’avancer dans la pureté, est de considérer que Dieu voit, nuit et jour, non-seulement nos actions cachées, mais encore nos pensées les plus secrètes, et que nous aurons à lui rendre compte de toutes nos œuvres comme de tous les désirs de notre cœur.

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XXII. Usque ad quem modum possit integritas corporis nostri perduci, uel quod indicium sit ad purum mentis excoctae.

Huc usque igitur festinandum est nobis et eo usque aduersus animae motus uel carnis incentiua pugnandum, donec ista carnis condicio necessitatem naturae expleat, non suscitet uoluptatem, concretam exuberantiam sine ullo pruritu noxaque propellens, non pugnam suscitans castitati. ceterum mens, dum adhuc dormiens imaginum uisione deluditur, nouerit se necdum ad integram perfectionem castitatis excoctam.

22. Jusqu’où doit aller la pureté du corps.

Hâtons-nous donc de combattre tous les mouvements fâcheux de notre âme et de notre corps, jusqu’à ce que les tristes nécessités de nature n’excitent en nous aucun plaisir et ne portent aucune atteinte à notre pureté. Celui qui, pendant le sommeil, cède aux illusions d’images trompeuses, doit reconnaître qu’il n’est pas encore parfaitement chaste.

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XXIII. Remedia curationis, quibus perfecta possit cordis et corporis nostri puritas permanere.

Igitur ut inlusiones hae ne dormientibus quidem nobis subrepere ualeant, aequale moderatumque est semper tenendum ieiunium. quisquis enim mensuram districtionis excesserit, necesse est ut modum quoque remissionis excedat. qua inaequalitate detentus ab hoc tranquillitatis planissimo statu sine dubio reuocabitur, nunc quidem nimia inanitate defectus, nunc autem cibo propensiore distentus. cum inmutatione siquidem refectionis qualitatem quoque puritatis nostrae necesse est inmutari. deinde iugis humilitas ac patientia cordis adhibenda perpetuo est atque intenta aduersus iram uel ceteras passiones per diem cautio. ubi enim furoris insidet uirus, libidinis quoque necesse est incendium penetrare. ante omnia uero peruigil necessaria est sollicitudo nocturna. nam sicut puritas et custodia diei nocturnam praeparant castitatem, ita nocturnae uigiliae cordi pariter et obseruationi diurnae statum solidissimum roburque praemittunt.

23. Moyens d’acquérir la pureté du cœur et du corps.

Afin que ces illusions ne nous surprennent pas en dormant, nous devons toujours observer une abstinence régulière et modérée ; car, si nous jeûnions trop, nous serions entraînés bientôt dans un excès contraire. Ces inégalités empêcheront la paix qui est si désirable ; nous serons ou trop affaiblis par le jeûne, ou trop appesantis par la nourriture, et notre pureté souffrira de ces changements de régime.

Il faut aussi pratiquer la patience et l’humilité du cœur, et lutter, tout le jour, contre la colère et les autres passions. Là où règne la fureur, s’allument nécessairement les flammes de l’impureté. Mais soyons surtout vigilants pendant la nuit ; car, si la pureté du jour prépare la chasteté de la nuit, nos veilles de la nuit nous aident à être calmes et forts pendant les exercices du jour.

Texte latin : De institutis coenobiorum, éd. M. Petschenig, Corpus scriptorum ecclesiasticorum Latinorum 17, Vienne, 1888, relu sur les fac-similés ; sans l’apparat critique. · Traduction française d’E. Cartier († 1887), Institutions de Cassien, Paris, Poussielgue, 1872. Cartier abrège par endroits et ne traduit pas les chapitres X et XI du livre I. Texte du domaine public en France (art. L123-1 du code de la propriété intellectuelle). Transcription et révision : Abbatia Sancti Petri de Curte. Signaler une erreur