La Règle de saint Benoît
Chapitre 37
De Senibus, vel InfantibusDes Vieillards et des Enfants

Sur l’ensemble du chapitre
Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 37
p. 299 DES VIEILLARDS ET DES ENFANTS
Licet ipsa natura humana trahatur ad misericordiam in his ætatibus, senum videlicet et infantum: tamen et Regulæ auctoritas eis prospiciat.
Quoique la nature nous porte assez par elle-même à avoir compassion des vieillards et des enfans, nous ne laisserons pas de pourvoir à leurs besoins par l’autorité de la Règle.
Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 37.1-37.3
p. 299 De senibus vel infantibus. — Licet ipsa natura humana trahatur ad misericordiam in his aetatibus, senum videlicet et infantum : tamen et regulae auctoritas eis prospiciat. Consideretur semper in eis imbecillitas, et nullatenus eis districtio regulae teneatur in alimentis; sed sit in eis pia consideratio, et praeveniant horas canonicas.
p. 299 C’est assez d’être homme, dit saint Benoît, pour être incliné à la sympathie et à l’indulgence envers ces deux âges : la vieillesse et l’enfance ; il convient pourtant que l’autorité de la Règle intervienne aussi en leur faveur. La charité est quelque chose de mieux que la simple philanthropie, et le motif profond de nos actes doit être surnaturel. De plus, il nous faut bien remarquer que les dispenses, les permissions, les interprétations bienveillantes de la Règle appartiennent encore à la Règle et émanent de l’autorité ; elles ne sont pas le caprice, l’arbitraire, le relâchement.
p. 299 On aura donc toujours égard à la faiblesse des enfants et des vieillards, et on ne leur appliquera aucunement l’austérité de la Règle au point de vue du régime alimentaire (1). Mais on usera pour eux d’une affectueuse condescendance et ils pourront devancer l’heure régulière des repas, praeveniant horas canonicas. En un mot, on s’ingéniera pour que la vie monastique, qui ne consiste pas dans le nivellement et l’uniformité, leur demeure possible. Saint Benoît n’a pas jugé opportun d’entrer dans les détails et les précisions : tout est laissé à la discrétion de l’Abbé. C’est à lui d’apprécier, pour chaque cas, à quel âge finit l’enfance et à quel âge commence la vieillesse ; de reconnaître s’il convient d’accorder un ou plusieurs repas supplémentaires ou seulement de petits acomptes, analogues aux soulagements qu’on procure aux serviteurs de la cuisine, aux lecteurs, aux moines qui ont fourni un travail fatigant. Nous savons par une phrase du chapitre LXIII que les enfants prenaient part aux repas de la communauté. Au sujet des mots in alimentis, D. Ménard remarque que les exceptions dont parle saint Benoît portent sur la qualité plutôt que sur la quantité des mets, car il est écrit au chapitre XXXIX : Pueris vero minori aetate non eadem servetur quantitas, sed minor quam majoribus; l’estomac des enfants est trop petit, dit-il, pour assimiler une nourriture abondante, de même que celui des vieillards est trop froid et s’expose, par une alimentation mal réglée, à étouffer le peu de chaleur qui lui reste, selon l’enseignement d’Hippocrate.
(1) Vinum tantum senes accipiunt, quibus cum parvulis saepe fit prandium, ut aliorum fessa sustentetur aetas, aliorum non frangatur incipiens (S. Hieron., Ep. XXII, 35. P. L., XXII, 420). In coena mensa ponitur propter laborantes, senes et pueros, aestusque gravissimos (S. Hieron., Praefatio in Reg. S. Pachom., 5).
Consideretur semper in eis imbecillitas, et nullatenus eis districtio Regulæ teneatur in alimentis;
On aura donc toujours égard à leur faiblesse ; et au lieu de leur faire observer toute la rigueur de la Règle dans la nourriture, on pourra la modérer en leur faveur,
sed sit in eis pia consideratio, et præveniant horas canonicas.
par le motif d’une charité sainte, et leur permettre de ne pas attendre les heures régulières pour manger.
Texte latin : édition de Hunter Blair, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus, 1906, sans les renvois bibliques entre crochets ni les notes de l’éditeur. Numérotation usuelle des versets. · Traduction française de 1689 (Congrégation de Cluny), réédition de Paris, 1824. Texte du domaine public en France (art. L123-1 du code de la propriété intellectuelle). Transcription et révision : Abbatia Sancti Petri de Curte. Signaler une erreur