La Règle de saint Benoît
Chapitre 41
Quibus horis oporteat reficere FratresÀ quelle heure les Frères doivent prendre leur repas

Sur l’ensemble du chapitre
Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 41
p. 316 QUELLES DOIVENT ÊTRE LES HEURES DES REPAS POUR LES FRÈRES
A Sancto Pascha usque Pentecosten ad Sextam reficiant fratres, et ad seram cœnent.
Depuis le saint jour de Pâques jusqu’à la Pentecôte, les Frères dîneront à la sixième heure, et souperont le soir.
Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 41.1, 41.1-41.5
p. 316 Quibus horis oporteat reficere fratres. — A sancto Pascha usque ad Pentecosten ad sextam reficiant fratres, et ad seram coenent.
p. 316 Saint Benoît distingue pour l’année quatre époques relativement à l’heure des repas. Depuis la sainte Pâque jusqu’à la Pentecôte, il n’y a point de jeûne, et ceci est conforme à l’ancienne discipline de l’Église. Encore que saint Benoît n’en dise rien, il est sûr que les moines ne jeûnaient pas non plus le dimanche. On comptait deux repas : l’un au milieu du jour, à la sixième heure ; l’autre le soir, c’est-à-dire avant le coucher du soleil, et cette heure variait naturellement selon les saisons. Alors que chez les Grecs et les Romains le dîner de midi était communément un peu sommaire, il était au contraire chez les moines le repas principal.
p. 316 A Pentecoste autem, tota aestate, si labores agrorum non habent monachi, aut nimietas aestatis non perturbat, quarta et sexta feria jejunent usque ad nonam : reliquis vero diebus ad sextam prandeant. Quae prandii sexta, si opera in agris habuerint, aut aestatis fervor nimius fuerit, continuanda erit, et in Abbatis sit providentia. Et sic omnia temperet atque disponat, qualiter et animae salventur, et quod faciunt fratres, absque ulla murmuratione faciant.
p. 316 A partir de la Pentecôte et pendant tout l’été, c’est le même régime que pour le temps Pascal, avec cette différence que le mercredi et le vendredi sont jours de jeûne régulier. Ces féries quatrième et sixième étaient aussi pour tous les chrétiens des premiers siècles des jours de pénitence (1). Mais, afin de distinguer le jeûne des mercredis et vendredis de celui du Carême, saint Benoît anticipe l’heure du repas unique : il se prend à none, c’est-à-dire vers trois heures de l’après-midi. C’est aussi à none que, dans certains lieux, l’on rompait le jeûne, non seulement pendant cette période de l’année, mais même en Carême (2). Les autres jours, dit saint Benoît, on mangera à sexte. Comme il ne parle pas du souper et que des documents anciens, tels que la Règle de saint Fructueux et la Règle du Maître, l’excluent formellement, quelques commentateurs doutent qu’il y eût en été, au Mont-Cassin, un prandium et une coena (3). Mais l’usage de tout l’Ordre est d’accorder deux repas tous les jours qui ne sont pas de jeûne.
(1) Cf. S. Epiph., Adv. Haereses, l. III, t. II : Expositio fidei, xxii. P. G., XLII, 825-828.
(2) Cf. Socrat., Hist. eccles., l. V, c. xxii. P. G., LXVII, 625-646. — Cass., Conlat. II, xxvi ; XXI, xxiii.
(3) S. Jérôme écrit, dans sa Préface à la Règle de S. Pacôme (5) : Bis in hebdomada, quarta et sexta Sabbati ab omnibus jejunatur, excepto tempore Paschae et Pentecostes. Aliis diebus comedunt qui volunt post meridiem; et in coena similiter mensa ponitur, propter laborantes, senes, et pueros, aestusque gravissimos. Sunt qui secundo parum comedunt; alii qui prandii, sive coenae uno tantum cibo contenti sunt, Cf, Ladeuze, Étude sur le cénobitisme pakhomien, p. 298-299.
p. 317 N. B. Père permet un adoucissement du régime d’été dans le cas de travaux extraordinaires ou de chaleurs excessives. Les heures, en cette saison, étaient plus longues, et il eut été souvent fort pénible d’attendre jusqu’à none pour se restaurer. Quae prandii sexta continuanda erit : on continuera l’usage du repas pris à sexte, c’est-à-dire que toute la semaine, y compris le mercredi et le vendredi, le dîner aura lieu à sexte. Probablement, il y avait aussi souper le soir ; c’était la suppression pure et simple du jeûne. L’appréciation de ce qu’il convient de faire est remise au jugement paternel, à la prévoyance de l’Abbé. Et qu’ainsi, ajoute saint Benoît, il ménage et dispose toutes choses de telle manière que les âmes se sauvent et que le travail des frères s’accomplisse sans murmure. C’est toujours le même souci du tempérament, de la mesure ; toujours la même crainte du murmure et des protestations, même purement secrètes. Il vaut mieux dispenser du jeûne que d’exposer les frères au découragement et à la tristesse.
A Pentecoste autem tota æstate (si labores agrorum non habent monachi, aut nimietas æstatis non perturbat) quarta et sexta feria jejunent usque ad Nonam:
Depuis la Pentecôte durant tout l’été, ils jeûneront le Mercredi et le Vendredi, jusques à la neuvième heure ; si ce n’est qu’ils en fussent dispensés à cause des travaux de la campagne ou des chaleurs excessives :
Quæ prandii Sexta, si opera in agris habuerint, aut æstatis fervor nimius fuerit, continuanda erit, et in Abbatis sit providentia.
ce qu’ils pourront faire toujours, s’ils ont des travaux à la campagne, ou que les chaleurs soient violentes ; et cela dépendra de la prudence de l’Abbé,
Et sic omnia temperet atque disponat, qualiter et animæ salventur, et quod faciunt fratres, absque justa murmuratione faciant.
lequel se conduira en tout avec tant de modération et de règle, qu’il procure le salut des âmes, et que les Frères s’acquittent de leurs devoirs sans aucun murmure.
Ab Idibus autem Septembris, usque ad caput Quadragesimæ, ad Nonam semper reficiant.
Depuis les Ides de Septembre jusqu’au commencement du Carême, les Frères mangeront toujours à la neuvième heure :
Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 41.6
p. 317 Ab Idibus autem Septembris usque ad caput Quadragesimae, ad nonam semper reficiant fratres.
p. 317 La troisième période, celle que nous appelons le Carême monastique, va depuis les ides fermées de septembre, depuis les calendes ouvertes d’octobre, c’est-à-dire depuis le 14 septembre jusqu’au Carême ecclésiastique. Alors le repas est à none. Rien ne prouve qu’il y eût collation les jours de jeûne. Mais rappelons-nous que la quantité de nourriture était probablement la même en tout temps ; que, les jours de jeûne, on servait en une fois ce qu’on servait les autres jours en deux ; l’heure de cet unique repas était simplement plus ou moins retardée.
In Quadragesima vero usque ad Pascha, ad Vesperam reficiant.
et depuis le commencement du Carême jusqu’à Pâques, ils ne mangeront que le soir ;
Commentaires Dom Paul Delatte, abbé de Solesmes (1913) 41.7-41.9
p. 318 In Quadragesima vero usque ad Pascha, ad vesperam reficiant. Ipsa tamen Vespera sic agatur, ut lumine lucernae non indigeant reficientes, sed luce adhuc diei omnia consummentur. Sed et omni tempore, sive coenae, sive refectionis hora sic temperetur, ut cum luce fiant omnia.
p. 318 Depuis le début du Carême (mercredi des cendres ou premier dimanche) (1) jusqu’à Pâques, on mangera seulement à l’heure de vêpres, après l’office. Pendant de longs siècles ce fut aussi l’usage le plus commun des clercs et des fidèles.
(1) Cf. Dictionn. d’Archéol. chrét. et de Liturg., art. Caput Jejunii.
p. 318 N. B. Père veut que le repas de Carême se prenne avant le coucher du soleil ; cette anticipation sera un petit soulagement pour les frères. On placera donc l’office de Vêpres à une heure qui permette aux moines de terminer leur repas à la clarté du jour et sans avoir besoin de lumière. Ainsi, le lecteur pourra lire sans chandelle, et surtout les frères seront moins tentés de se dissiper pendant le repas : les petits colloques eussent été faciles dans un réfectoire assez mal éclairé. Et saint Benoît généralise cette mesure : toute l’année, l’heure du souper ou l’heure de l’unique réfection seront calculées de telle sorte que tout s’accomplisse à la lueur du jour qui finit. Mais, peut-on objecter, en hiver, le souper sera bien près du dîner? A cette difficulté D. Calmet répond : « 1o Que saint Benoît a parlé selon le climat d’Italie où il écrivait et où les jours pendant l’hyver sont plus longs qu’en France, en Allemagne et dans le Nord. 2o Qu’il n’est nullement certain qu’il ait accordé le souper à ses religieux depuis l’Exaltation de la sainte Croix jusqu’à Pâques, aux jours qu’on mangeait à l’heure de Sexte, non plus qu’aux jours où l’on ne mangeait qu’à l’heure de None... 3o Supposé qu’il l’accordât, c’était plutôt un léger goûter qu’un souper... »
Ipsa tamen vespera sic agatur, ut lumine lucernæ non indigeant reficientes, sed luce adhuc diei omnia consummentur.
mais il faut régler cette heure du soir de telle sorte, que les Frères n’aient pas besoin d’autre clarté pour manger, que de celle du jour.
Sed et omni tempore, sive cœnæ sive refectionis, hora sic temperetur, ut cum luce fiant omnia.
On doit suivre le même ordre dans tous les temps ; afin que les Frères, dans les jours de jeûne, comme dans ceux qui n’en sont pas, mangent toujours avant la nuit.
Texte latin : édition de Hunter Blair, The Rule of St. Benedict, Fort Augustus, 1906, sans les renvois bibliques entre crochets ni les notes de l’éditeur. Numérotation usuelle des versets. · Traduction française de 1689 (Congrégation de Cluny), réédition de Paris, 1824. Texte du domaine public en France (art. L123-1 du code de la propriété intellectuelle). Transcription et révision : Abbatia Sancti Petri de Curte. Signaler une erreur