Abbatia
Sancti Petri
de Curte

Jean Cassien, Institutions cénobitiques

Livre X. De la paresse

Liber decimus. De spiritu acediae.Livre X. De la paresse.

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I. Quod sextum certamen sit aduersus spiritum acediae, et de natura eius.

Sextum nobis certamen est, quod Graeci ἀκηδίαν uocant, quam nos taedium siue anxietatem cordis possumus nuncupare. adfinis haec tristitiae ac solitariis magis experta et in heremo commorantibus infestior hostis ac frequens, maxime circa horam sextam monachum inquietans, ut quaedam febris ingruens tempore praestituto ardentissimos aestus accessionum suarum solitis ac statutis horis animae inferens aegrotanti. denique nonnulli senum hunc esse pronuntiant meridianum daemonem, qui in psalmo nonagensimo nuncupatur.

1. Combien la paresse est à craindre.

Notre sixième combat est contre la paresse, qui est un ennui, un engourdissement du cœur ; elle a par conséquent beaucoup de rapport avec la tristesse, et elle attaque surtout les religieux qui vivent dans l’inconstance et l’isolement. C’est l’ennemi le plus dangereux et le plus acharné des solitaires ; il les tourmente principalement vers l’heure de sexte, et leur donne alors comme une sorte de fièvre réglée qui allume, dans leur âme malade, les plus violentes ardeurs. Aussi quelques Pères l’ont-ils appelée le démon du midi, dont il est parlé au psaume XC, V. 5.

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II. Expositio acediae, uel quemadmodum serpat in corde monachi, quaeue inferat menti dispendia.

Qui cum miserabilem obsederit mentem, horrorem loci, cellae fastidium, fratrum quoque, qui cum eo uel eminus commorantur, tamquam neglegentium ac minus spiritalium aspernationem gignit atque contemptum. ad omne quoque opus, quod intra saepta sui cubilis est, facit desidem et inertem: non eum in cellula residere, non operam sinit inpendere lectioni. nihilque se proficere tanto tempore in eadem commorantem crebrius ingemescit nec habere se fructum aliquem spiritalem, donec fuerit illi consortio copulatus, queritur atque suspirat et ab omni se dolet spiritali quaestu inanem in loco uacuumque consistere, utpote qui, cum posset etiam alios regere ac prodesse plurimis, nullum aedificauerit nec quemquam institutione sua doctrinaque lucratus sit. absentia longeque posita magnificat monasteria, loca etiam illa magis ad profectum utilia et saluti congruentiora describit, consortia quoque ibidem fratrum suauia et plena spiritali conuersatione depingit: e contra uniuersa quae habentur in manibus aspera, et non solum aedificationem nullam esse in fratribus, qui morantur in loco, sed ne ipsum quidem uictum corporis absque ingenti labore conquiri. postremo non posse se saluari in eo loco durantem, nisi relicta cella, cum qua sibi, si adhuc in ea fuerit remoratus, pereundum erit, exinde semet ipsum quantocius asportarit. dein lassitudinem corporis cibique esuriem quinta sextaque hora tantam suscitat, ut uelut longo itinere grauissimoque labore confectus sibimet lassusque uideatur, aut quasi refectionem cibi biduano ieiunio triduanoue distulerit. tum praeterea huc illucque anxius circumspectat et nec fratrum sibi quempiam aduentare suspirat, saepiusque egreditur et ingreditur cellam ac solem uelut ad occasum tardius properantem crebrius intuetur, et ita quadam inrationabili mentis confusione uelut taetra subpletur caligine omnique actu spiritali redditur otiosus ac uacuus, ut nulla re alia tantae obpugnationis remedium quam uisitatione fratris cuiuspiam seu somni solius solacio posse aestimet inueniri. deinde honestas idem morbus ac necessarias suggerit salutationes fratribus exhibendas uisitationesque infirmorum uel eminus uel longius positorum: quaedam etiam pia ac religiosa dictat officia, illos uel illas debere parentes inquiri et ad salutandos eos crebrius properari, illam religiosam deuotamque deo feminam, omni praesertim parentum subsidio destitutam, magnum opus esse pietatis frequenter inuisere, ac si quid ei sit necessarium, quae a propriis parentibus neglegitur atque despicitur, sanctissimum procurari, magisque oportere in his operam pietatis inpendi quam infructuosum ac sine ullo profectu in cellula residere.

2. Ravages que la paresse cause dans le cœur des religieux.

Lorsque la paresse s’empare d’un pauvre religieux, elle lui inspire l’horreur de son couvent, le dégoût de sa cellule, le mépris de ses frères qu’il trouve négligents et peu spirituels. Elle le rend sans force et sans ardeur pour tout ce qu’il doit faire dans sa cellule ; elle ne lui permet pas d’y rester et de s’y appliquer à la lecture. Il se plaint souvent de ne pas faire de progrès, depuis si longtemps qu’il est dans la communauté ; mais il dit en soupirant qu’il ne peut espérer aucun avancement, tant qu’il sera en pareille compagnie. Il gémit de perdre ainsi le fruit de ses peines, de ne pouvoir édifier personne par ses exemples et ses conseils, lui qui pourrait conduire les autres et être utile à tant d’âmes. Il loue les couvents qui sont éloignés du sien, et déclare que c’est là qu’il serait plus facile de faire son salut ; il vante la société édifiante et douce des religieux qui s’y trouvent, tandis que rien n’est plus fâcheux que tout ce qui l’entoure. Non-seulement il ne voit aucun sujet d’édification parmi ses frères, mais encore il prétend qu’il lui faut beaucoup travailler pour se procurer la nourriture du corps. Il ne croit pas pouvoir se sauver dans un pareil lieu ; il veut quitter la cellule, car sa perte est certaine, s’il y reste davantage ; il doit en conscience aller ailleurs.

Il éprouve tant de fatigue et tant de besoins de manger vers la onzième ou douzième heure, qu’il lui semble avoir fait un long chemin, un travail excessif ou n’avoir rien pris depuis deux ou trois jours. Il regarde de tous les côtés, et il soupire après quelques visites pour se distraire. Il sort de sa cellule et il y rentre sans cesse. Il interroge à chaque instant le soleil et s’étonne qu’il soit si lent à se coucher. Son esprit est dans un trouble incroyable et comme rempli d’un épais brouillard ; il est tellement inutile et incapable de bien faire, qu’il ne voit pas d’autre remède pour sortir de cet état que d’aller causer avec quelqu’un, ou de s’abandonner au sommeil.

Sa maladie lui fait multiplier les visites d’honnêteté et de charité, et il aime aller voir les malades qui sont très-éloignés de lui. Il pratique par paresse d’autres bonnes œuvres. Il s’informe des personnes qui peuvent être ses parents, pour avoir des occasions plus fréquentes de les voir. S’il y a une femme pieuse et consacrée au service de Dieu, qui n’a pas de famille, il s’imagine que c’est un acte très-méritoire de la visiter souvent et de lui procurer tout ce qui peut lui manquer dans son abandon. Il se persuade qu’il vaut bien mieux s’occuper de ces œuvres extérieures de charité que de rester inutilement dans sa cellule, sans aucun profit pour son âme.

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III. Quibus generibus monachum superet acedia.

Agitur itaque infelix anima talibus inimicorum machinis inpetita, donec acediae spiritu uelut ariete ualidissimo fatigata aut in somnum discat concidere aut excussa claustris cellulae suae consolationem inpugnationis huius uisitatione fratris consuescat adquirere, hoc quo utitur ad praesens remedio paulo post acrius infirmanda. frequentius enim aduersarius ac dirius adtemptabit, quem conserto proelio praebiturum comminus sibi terga cognoscit salutemque sibi non de uictoria nec de conflictu, sed de fuga sperare peruidet, donec paulatim protractus e cella actus suae professionis incipiat obliuisci, qui non est alius quam intuitus et contemplatio diuinae illius et excellentis super omnia puritatis, quae non alibi potest nisi in silentio et iugi cellae perseuerantia ac meditatione conquiri, atque ita militiae suae fugitiuus ac desertor Christi miles effectus inplicet se negotiis saecularibus, ei cui se probauit minime placiturus.

3. Des différents genres de paresse qui tentent le religieux.

Ce malheureux est tellement fatigué des obsessions continuelles de l’ennemi, qu’il cède à la paresse en s’abandonnant au sommeil ou en quittant sa cellule pour aller faire des visites et combattre l’ennemi qui le tourmente. Mais ce remède augmente le mal au lieu de le guérir. Le démon attaque plus souvent et plus cruellement ceux qui n’osent pas lui résister en face et qui pensent beaucoup plus à la fuite qu’à la victoire. Il poursuit sans cesse le paresseux, il le chasse peu à peu de sa cellule, et lui fait oublier le but de sa profession, qui est la contemplation divine et la pureté parfaite qu’on acquiert seulement dans le silence de la solitude et par une méditation persévérante. Et c’est ainsi que ce déserteur de la sainte milice, ce lâche soldat de Jésus-Christ, se livre aux embarras du monde et déplaît à celui auquel il s’était consacré.

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IIII. Quod acedia excaecet mentem ab omni contemplatione uirtutum.

Huius aegritudinis uniuersa incommoda uno uersiculo beatus Dauid eleganter expressit dormitauit, inquiens, anima mea prae taedio, id est prae acedia. proprie satis non corpus dixit, sed animam dormitasse. uere enim ab omni contemplatione uirtutum et intuitu spiritalium sensuum dormitat anima, quae perturbationis huius telo fuerit sauciata.

4. La paresse obscurcit le regard de la contemplation.

Le saint roi David a bien exprimé en peu de mots les tristes effets de cette maladie : « Mon âme, dit-il, s’est endormie d’ennui » (Ps. CXVIII, 28), c’est-à-dire de paresse. Ce n’est pas son corps, c’est son âme ; car l’âme, blessée par cette passion, perd l’usage des sens spirituels et ne peut plus contempler les choses divines.

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V. Quod duplex acediae sit inpugnatio.

Itaque Christi uerus athleta, qui agonem perfectionis cupit legitime decertare, hunc quoque morbum de latebris animae suae festinet extrudere, et ita contra hunc quoque nequissimum acediae spiritum utrubique contendat, ut neque somni telo elisus concidat neque de monasterii claustris expulsus quamuis sub praetextu coloris pii fugitiuus abscedat.

5. Des ruses de la paresse.

Un véritable athlète du Christ qui veut bien combattre dans l’arène de la perfection, doit se hâter de détruire cette maladie au fond de son âme, et combattre avec tant d’ardeur l’esprit de paresse, qu’il ne se laisse jamais vaincre par le sommeil ou entraîner hors de son monastère, en colorant son départ de quelques pieux prétextes.

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VI. Hi, qui ab acedia coeperint uinci, quatenus conlabuntur.

Quemcumque enim in parte qualibet coeperit superare, aut tamquam inertem et dediticium sibi patietur absque ullo profectu spiritus in cellula commorari aut excussum exinde instabilem de cetero reddet ac uagum, et ad omne opus desidem cellas fratrum iugiter faciet ac monasteria circumire nihilque aliud procurare, quam ubi quoue colore occasionem refectioni futurae ualeat praeparare. mens enim otiosi nihil aliud cogitare nouit quam de escis ac uentre, donec inuenta quandoque sodalitate cuiusdam uiri uel feminae aequali tepore torpentis rebus eorum ac necessitatibus inuoluatur et ita paulatim reddatur noxiis occupationibus inretitus, ut tamquam serpentinis spiris obstrictus numquam deinceps ad perfectionem professionis antiquae se ualeat enodare.

6. Effets mortels de la paresse.

Dès que ce vice s’est emparé d’un religieux, on le voit rester oisif dans sa cellule, sans y faire le moindre progrès spirituel ; ou bien, il en sort sans motif et sans but, errant de cellule en cellule dans tout le monastère. Il est incapable de remplir ses devoirs, et sa seule préoccupation est le premier repas qu’il doit prendre. L’esprit du paresseux ne veille que pour penser à ce qu’il va manger, à moins qu’il ne rencontre quelque homme, quelque femme, aussi portés que lui à perdre le temps, et qu’il se mêle de leurs affaires. Il s’embarrasse si bien dans ces relations dangereuses, qu’il y est enlacé comme par des serpents, et qu’il lui devient impossible de s’élever désormais à la perfection du saint état qu’il avait embrassé.

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VII. Apostoli testimonia contra spiritum acediae.

Hunc morbum, qui de acediae spiritu nascitur, beatus apostolus ut uerus ac spiritalis medicus uel tunc iam conspiciens serpere uel emersurum spiritu sancto reuelante prospiciens salutaribus praeceptorum suorum medicamentis praeuenire festinat. Thessalonicensibus enim scribens et primo ut peritissimus quidam perfectusque medicus infirmitatem susceptorum blanda lenique uerbi curatione fomentans ac de caritate incipiens eosque in ea parte conlaudans, quousque letale uulnus leniore remedio delenitum deposita tumoris indignatione facilius medicamina austeriora sustineat, ita ait: de caritate autem fraternitatis non necesse habemus scribere uobis: ipsi enim a deo docti estis ut diligatis inuicem: etenim facitis illud in omnes fratres in uniuersa Macedonia. praemisit laudis fomenta lenia, fecit eorum aures ad curam salutaris uerbi placidas et paratas. rursum infert: rogamus autem uos, fratres, ut abundetis magis. adhuc eos blanda uerborum lenitate demulcet, ne forte necdum aptos ad perceptionem perfectae curationis inueniat. quid est quod rogas, apostole, ut in quo abundent magis? scilicet in caritate, de qua superius dixerat: de caritate autem fraternitatis non necesse habemus scribere uobis. et quid necesse est ut dicas eis: rogamus autem uos, ut abundetis magis, qui super hac re ne scribi quidem sibi aliquid indigent? cum praesertim et inferas causam ob quam hoc ipso non egeant, dicens: ipsi enim uos a deo docti estis ut diligatis inuicem, tertium quoque maius adicias, quod non solum a deo docti sint, uerum etiam conpleant opere quae docentur. etenim facitis illud, inquit, non in uno uel duobus, sed in omnes fratres, nec in uestros tantummodo ciues uel notos, sed in uniuersa Macedonia. dic igitur tandem, quid est quod tanto opere haec praemittis? iterum infert: rogamus autem uos, fratres, ut abundetis magis, et uix aliquando in id quod olim moliebatur erumpit: et operam detis ut quieti sitis. dixit primam causam, deinde infert secundam: et ut uestra negotia agatis, tertiam quoque: et operemini manibus uestris, sicut praecepimus uobis, quartam: et ut honeste ambuletis ad eos qui foris sunt, quintam: et nullius aliquid desideretis. ecce illa cunctatio, quam tantis proferre prooemiis differebat, quid in eius pectore parturire agnoscitur? et operam detis ut quieti sitis, id est in uestris cellulis commorantes nec diuersis rumoribus, qui solent otiosorum uotis uel fabulis generari, inquieti effecti aliis quoque inquietudines inferatis. et ut uestra negotia agatis, non curiositate uestra actus mundi uelitis inquirere ac diuersorum conuersationes explorantes operam uestram non erga correctionem uestram seu uirtutum studia, sed ad detractationes fratrum uelitis inpendere. et operemini manibus uestris, sicut praecepimus uobis. cur illa fierent quae monuerat superius ne agerent, id est ne inquieti essent uel aliena curarent negotia uel inhoneste ambularent ad eos qui foris sunt uel alterius aliquid desiderarent, nunc intulit dicens: et operemini manibus uestris, sicut praecepimus uobis. ut enim fierent illa, quae superius reprehendit, otii causam esse euidenter expressit. nullus enim potest uel inquietus esse uel aliena curare negotia, nisi qui operi manuum suarum non adquiescit insistere. quartum quoque intulit morbum, qui ex hoc ipso otio nascitur, id est ut inhoneste non ambulent, dicens: et ut honeste ambuletis ad eos qui foris sunt. numquam potest ne apud eos quidem qui saeculi homines sunt honeste incedere, qui nequaquam claustris cellae et operi manuum suarum inhaerere contentus est, sed necesse est eum inhonestum esse, dum necessaria uictus requirit, adulationi quoque operam dare, nouitates etiam rumorum sectari, causarum fabularumque occasiones conquirere, per quas sibimet ipsi aditum paret ac facultatem, qua diuersorum domos ualeat penetrare. et nullius aliquid desideretis. non potest non alienis donis et muneribus inhiare, qui non delectatur pio quietoque labore operis sui cotidiani uictus parare substantiam. uidetis tot causas, tam graues ac turpes una uitii labe generari. denique hos ipsos, quos in epistula prima molli fouerat palpatione uerborum, qualiter in secunda, uelut qui non profecissent ad remedia leniora, austerioribus quibusdam et causticis medicamentis sanare adgreditur nullaque iam mitium uerborum fomenta praemittit, non illam teneram uocem ac blandam, ut ibi: rogamus autem uos, fratres, sed: denuntiamus uobis, fratres, in nomine domini nostri Iesu Christi, ut subtrahatis uos ab omni fratre ambulante inordinate. ibi rogat, hic denuntiat: in illa blandientis affectus, in hac obtestantis seueritas et minantis. denuntiamus uobis, fratres: quia prius rogantes contempsistis audire, saltim nunc denuntiantibus oboedite. ipsamque denuntiationem non nudo uerbo, sed cum obtestatione nominis domini nostri Iesu Christi terribilem infert, ne forte simplicem uelut humana uoce prolatam rursum contemnerent nec magnopere ducerent obseruandam, statimque ut peritissimus medicus putribus membris, quibus leni medicamento remedium ferre non potuit, mederi spiritalis ferri incisione pertemptat ut subtrahatis uos, inquiens, ab omni fratre ambulante inordinate et non secundum traditionem quam acceperunt a nobis. itaque ab his, qui uacare operi nolunt, iubet subtrahi et uelut membra otii corrupta putredine desecari, ne inertiae morbus uelut letale contagium etiam sanas membrorum partes tabo serpente corrumpat. dicturusque de his, qui operari suis manibus nolunt et panem suum cum silentio manducare, a quibus etiam praecepit subtrahendum, qualibus eos a principio probris inurat adtendite. in primis inordinatos dicit nec secundum suam traditionem ambulare, aliis uerbis contumaces eos, utpote qui nollent iuxta institutionem eius incedere, et inhonestos esse designans, id est non processionis, non uisitationis, non uerbi, non temporis oportunitatem congruam honestamque sectantes. omnibus enim uitiis istis inordinatum quemque necesse est subiacere. et non secundum traditionem quam acceperunt a nobis: et in hoc rebelles eos quodammodo et contemptores notat, qui traditionem, quam acceperunt ab eo, tenere contemnant nec imitari uelint id, quod magistrum non solum uerbo docuisse meminerint sed etiam opere nouerint perfecisse. ipsi enim scitis quemadmodum oporteat imitari nos. inmanem cumulum reprehensionis exaggerat, cum hoc eos adserit non obseruare, quod et memoriae eorum inhaereat et ad imitandum non solum uerbo instruente didicerint, sed etiam exemplo operum prouocante susceperint.

7. Enseignements de saint Paul contre la paresse.

Saint Paul, ce grand médecin des âmes, connaissait dès l’origine cette contagion de la paresse qui pouvait les atteindre, et l’Esprit-Saint lui révéla sans doute qu’elle ferait des ravages parmi les religieux. Aussi se hâte-t-il de la combattre par les conseils les plus salutaires. En écrivant aux Thessaloniciens, il commence, comme un habile médecin, à traiter doucement ses malades et à les encourager par de bonnes paroles. Il les loue d’abord de leur charité, afin de calmer ainsi l’inflammation du mal et de pouvoir leur appliquer des remèdes plus énergiques, lorsque l’irritation de l’amour-propre ne sera plus à craindre. « Quant à la charité fraternelle, leur dit-il, il n’est pas nécessaire de vous en parler, puisque Dieu vous a appris lui-même à vous aimer les uns les autres ; et vous le faites aussi à l’égard de tous les frères qui sont dans la Macédoine. » (I Thess., IV, 9.) Après ce premier appareil de louanges, il les prépare à écouter avec patience les avis salutaires qu’il va leur donner : « Je vous exhorte, mes frères, à faire des progrès dans cet amour. » Il ajoute quelques douces paroles, dans la crainte qu’ils ne soient pas encore disposés à une guérison parfaite. Que leur demandez-vous, grand Apôtre, si ce n’est d’abonder de plus en plus dans la charité dont vous venez de dire : « Pour la charité fraternelle, il n’est pas nécessaire de vous en écrire. » Pourquoi donc ajouter : « Nous vous prions d’y abonder de plus en plus, » surtout lorsque vous venez de dire qu’il n’est pas besoin d’en parler et que vous en expliquez même la raison, en disant : « Dieu vous a enseigné lui-même à vous aimer les uns les autres. » Et vous allez plus loin, puisque vous dites que non-seulement Dieu les a enseignés, mais encore qu’ils pratiquent ses enseignements : « Car vous le faites, non-seulement pour un ou deux, mais pour tous vos frères ; non-seulement pour vos concitoyens et pour ceux que vous connaissez, mais aussi pour la Macédoine tout entière. » Pourquoi tant de préparations, pourquoi leur dire encore : « Nous vous prions, mes frères, d’abonder de plus en plus dans la charité ? »

L’Apôtre arrive enfin aux avis qu’il voulait leur donner : « Appliquez-vous, leur dit-il, à vivre en repos ; c’est la première chose. » La seconde : « Faites ce que vous avez à faire. » La troisième : « Travaillez de vos mains, comme nous vous l’avons recommandé. » La quatrième : « Soyez honnêtes à l’égard de ceux qui sont hors de l’Église. » La cinquième : « N’ayez rien à désirer de personne. » (I Thess., IV, 11.)

Voilà où voulait arriver saint Paul, en disant tout ce qui précède : « Appliquez-vous à vivre en repos, » c’est-à-dire à rester dans vos cellules, pour que les agitations qui naissent des désirs et de l’entretien des oisifs, ne vous tourmentent pas et ne vous fassent pas tourmenter les autres. « Appliquez-vous à faire ce que vous avez à faire, » et non pas à rechercher par curiosité ce qui se passe et ce qui se dit dans le monde, pour nuire ensuite à la réputation de vos frères, au lieu de songer à vous corriger de vos défauts et à acquérir des vertus. « Appliquez-vous à travailler de vos mains comme nous vous l’avons ordonné. » C’est pour leur faire éviter ce qu’il leur avait défendu, c’est pour les empêcher de s’inquiéter, de s’occuper des affaires des autres, de se répandre au dehors et de désirer le bien d’autrui, qu’il leur dit de travailler de leurs mains ; et il montre ainsi que l’oisiveté est la cause évidente des désordres qu’il vient de condamner. Car on ne peut être inquiet et occupé des affaires des autres, qu’en ne s’appliquant pas au travail des mains.

Il indique ensuite la maladie qui naît de la paresse : ne pas se conduire selon l’honnêteté. « Afin, dit-il, que vous viviez honnêtement avec ceux qui sont hors l’Église. » Un religieux ne peut vivre honnêtement avec les hommes du monde, s’il n’aime pas la paix de la cellule et le travail des mains ; car il perd nécessairement de sa dignité, s’il est obligé de demander au dehors ce qu’il lui faut pour vivre ; il deviendra flatteur, il recherchera les nouvelles et les occasions de les redire, pour être reçu partout et connaître les secrets des familles.

L’Apôtre ajoute : « Et afin que vous ne désiriez rien de personne. » On ne peut, en effet, s’empêcher de désirer les biens et les présents des autres, quand on ne se plaît pas à gagner son pain de chaque jour dans le silence et le travail. Vous voyez combien de désordres graves et honteux entraîne la paresse.

L’Apôtre, dans sa première Épître, avait parlé aux chrétiens de Thessalonique avec ménagement ; mais comme ils n’ont pas profité de ces doux remèdes, il leur en impose de plus énergiques dans la seconde. Son langage devient sévère ; il ne leur dit plus : Nous vous prions, mes frères ; mais : « Nous vous ordonnons, au nom de Jésus-Christ, Notre-Seigneur, de vous éloigner de tout frère qui se conduit d’une manière déréglée. » (II Thess., III, 6.) Il avait prié d’abord, il commande maintenant. Ce n’est plus l’affection d’un père, c’est la sévérité, la menace d’un maître : « Nous vous ordonnons, mes frères. » Vous n’avez pas voulu écouter nos prières, obéissez du moins à nos ordres. Ce commandement n’est pas simple, il s’impose au nom de Notre-Seigneur Jésus-Christ même, de peur que s’il venait de l’homme seulement, on ne lui obéît pas encore. Et aussitôt, comme un habile médecin, il applique le fer spirituel, il retranche les membres corrompus qu’il n’a pu guérir avec de doux remèdes. « Séparez-vous, leur dit-il, de tout frère qui se conduit d’une manière déréglée et qui ne vit pas selon les traditions que vous avez reçues de nous. » Il ordonne ainsi de se séparer de ceux qui ne veulent pas travailler, de les retrancher comme des membres corrompus par l’oisiveté, dans la crainte que la contagion de la paresse ne se répande comme un venin dans les parties saines des autres membres.

Remarquez combien l’Apôtre couvre de confusion ceux auxquels il va reprocher de ne pas vouloir travailler de leurs mains, et manger en silence le pain de chaque jour. Il ordonne de s’en séparer ; il les appelle des déréglés qui ne vivent pas selon la tradition ; il les traite de rebelles qui ne suivent pas leurs règles et ne savent pas discerner le temps convenable pour sortir, faire des visites et parler. Ceux qui n’obéissent pas sont nécessairement dans tous ces désordres. « Ils ne vivent pas selon la tradition qu’ils avaient reçue de nous. » Ce sont par conséquent des révoltés qui méprisent non-seulement les enseignements, mais encore les exemples de l’Apôtre. « Car vous savez vous-même, ajoute-t-il, comment il faut nous imiter. » Il met ainsi le comble à ces reproches, en leur disant qu’ils n’observaient pas ce qu’ils devaient bien se rappeler, puisqu’il le leur avait appris encore plus par ses actions que par ses paroles.

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VIII. Quod necesse sit inquietum esse eum, qui opere manuum suarum non uult esse contentus.

Quia non inquieti fuimus inter uos. cum se uult inquietum inter eos non fuisse per operis exercitium conprobare, eos qui operari nolunt abunde notat otiositatis uitio inquietos semper exsistere. neque gratis panem manducauimus ab aliquo. per singula uerba increpationis auxesin facit doctor gentium. praedicator euangelii dicit se non gratis panem ab aliquo manducasse, qui nouit dominum praecepisse, ut qui euangelium denuntiant de euangelio uiuant, et rursum: dignus est operarius cibo suo. cum utique non gratis, qui euangelium praedicabat, tam sublime ac spiritale opus exercens cibum sibi dominicae iussionis auctoritate praesumeret, quid nos faciemus, quibus non solum nulla praedicatio uerbi commissa est, sed ne ulla quidem nisi animae nostrae solius cura mandatur? qua fiducia otiosis manibus gratis panem comedere audebimus, quem uas electionis, euangelica sollicitudine et praedicatione constrictus, sine opere manuum comedere non praesumit, sed in labore, inquit, et fatigatione nocte et die operantes, ne quem uestrum grauaremus? adhuc additamenta suae castigationis exaggerat. non enim simpliciter dixit 'non comedimus gratis panem ab aliquo uestrum' et huc usque stetit (poterat enim uideri proprio otiosoque sumptu ac recondita pecunia uel aliorum, licet non istorum, conlatione seu muneribus sustentatus fuisse), sed in labore, inquit, et fatigatione nocte et die operantes, id est nostro opere specialiter sustentati. et hoc, inquit, non pro nostra uoluntate perpetrabamus nec pro delectatione, ut requies et exercitium corporis inuitabat, sed ut necessitas et inopia uictus non sine ingenti fatigatione corporis facere conpellebat. non solum namque per totum diei spatium, sed etiam noctis, quod quieti corporis uidetur indultum, hoc opus manuum pro escae sollicitudine indesinenter urguebam.

8. Du trouble que cause la paresse.

L’Apôtre ajoute : « Nous n’avons pas été une cause de trouble parmi vous. » Il veut prouver que, par son assiduité au travail, il n’a pas été parmi eux comme ceux qui ne veulent rien faire et qui tombent dans les désordres qu’entraîne toujours l’oisiveté. « Nous n’avons mangé gratuitement le pain de personne. » Chaque mot du Docteur des nations donne de la force à son enseignement. Il a prêché l’Évangile et il n’a mangé gratuitement le pain de personne ; il savait cependant que Notre-Seigneur avait dit lui-même que « ceux qui annoncent l’Évangile, peuvent vivre de l’Évangile » (I Cor., IX, 14), « et que tout ouvrier doit gagner sa nourriture. » (S. Matth., X, 10.)

Si l’Apôtre qui annonçait l’Évangile aux nations et accomplissait une œuvre si grande et si sublime, ne voulait pas, malgré le droit que lui avait donné le Christ, recevoir pour rien sa nourriture, que devons-nous faire, nous qui ne nous livrons pas à la prédication et qui n’avons à nous occuper que de notre âme ? Comment oserions-nous prendre d’une main oisive ce pain que saint Paul, ce vase d’élection, au milieu des fatigues de la prédication, ne voulait pas manger sans l’avoir gagné à la sueur de son front ? « Car, dit-il, nous avons travaillé, nous nous sommes fatigués, nuit et jour, pour ne pas vous être à charge. » (II Thess., III, 8.) Il donne encore plus de force à ses paroles, car il ne dit pas simplement : « Nous n’avons mangé gratuitement le pain d’aucun de vous. » S’il s’était arrêté là, on pourrait croire qu’il avait vécu par lui-même sans rien faire, avec l’argent qu’il s’était réservé ou avec des aumônes et des présents qu’il aurait reçus d’ailleurs. « Mais, dit-il, nous avons travaillé nuit et jour, avec peine et fatigue. » Nous nous sommes donc soutenu nous-même, et nous ne l’avons pas fait par caprice, pour nous distraire ou nous reposer des fatigues de la prédication, mais par nécessité, pour avoir de quoi vivre ; et nous l’avons fait très-péniblement, car nous avons gagné notre pain, en travaillant, non-seulement pendant le jour, mais encore pendant la nuit, qui semble donnée à l’homme pour le repos du corps.

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VIIII. Quod non solum apostolus, sed etiam hi, qui cum illo erant, manibus suis operati sunt.

Nec tamen se solum taliter inter eos conuersatum fuisse testatur, ne forte non magna nec generalis uideretur haec forma, si ipsius tantum traderetur exemplo, sed etiam omnes, qui erant secum ad ministerium euangelii deputati, id est Siluanum et Timotheum, qui haec eadem cum eo scribunt, adserit simili opere laborasse. in eo etiam quod dicit ne quem uestrum grauaremus uerecundiam eis incutit magnam. si enim ille, qui euangelium praedicabat signis illud uirtutibusque conmendans, ne grauaret quempiam, gratis panem manducare non audet, quomodo illi non aestiment se grauare, qui cotidie eum otiosi uacantesque praesumunt?

9. Les compagnons de saint Paul travaillaient aussi de leurs mains.

L’Apôtre ne parle pas de lui seulement, l’enseignement qu’il leur donne ne serait pas assez général, assez imposant, s’il ne citait que son exemple ; il parle de tous ceux qui annonçaient avec lui l’Évangile, de Sylvain et de Timothée entre autres, qui leur adressaient la même Épître et qui s’occupaient de la même manière. Les mots : « Pour que nous ne vous soyons pas à charge, » devaient les remplir de confusion. Car si l’Apôtre qui prêchait l’Évangile, en y ajoutant le témoignage de tant de vertus et de miracles, n’osait pas manger gratuitement son pain, dans la crainte d’être à charge à quelqu’un, comment ceux qui passent leurs journées à ne rien faire peuvent-ils s’imaginer qu’ils ne gênent personne ?

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X. Quod ob hoc manibus suis apostolus operatus sit, ut nobis operandi praeberet exemplum.

Non quasi non habuerimus potestatem, sed ut nosmet ipsos formam daremus uobis ad imitandum nos. pandit causam cur tantum sibi laboris indixerit: ut, inquit, formam daremus uobis ad imitandum nos, ut, si forte doctrinam uerborum auribus uestris frequenter ingestam obliuioni traderetis, saltim conuersationis exempla sub oculorum fide uobis tradita memoriter retineretis. haud leuis eorum et in hoc reprehensio, cum dicit se nulla alia quam exempli gratia laborem hunc et fatigationem die noctuque corporis exegisse, et eos nihilominus erudiri nolle, propter quos ipse necessitatem non habens tantum sibi fatigationis indixerit. et quidem, inquit, cum haberemus potestatem et paterent nobis facultates omnium uestrum atque substantiae, et utendi eis domini nostri nossem me habere permissum, non sum tamen usus hac potestate, ne, quod a me bene ac licito fieret, aliis otii noxii praeberet exemplum. et idcirco euangelium praedicans meis manibus atque opere malui sustentari, ut uobis quoque uolentibus iter uirtutis incedere uiam perfectionis aperirem et conuersationis formam meo labore praeberem.

10. L’Apôtre a voulu nous donner l’exemple du travail.

« Ce n’est pas, dit l’Apôtre, que nous n’eussions le pouvoir de nous en dispenser ; mais nous avons voulu nous donner nous-même pour modèle, afin que vous nous imitassiez. » (II Thess., III, 9.) Il indique ainsi le motif qui le faisait tant travailler. C’est un modèle que nous vous donnons à imiter ; vous pourriez oublier les enseignements que nous vous avons si souvent répétés, mais vous vous rappellerez mieux les exemples que nous vous avons donnés, en vivant parmi vous.

Il leur fait un reproche bien grave, lorsqu’il leur dit que c’est uniquement pour leur donner l’exemple qu’il s’est ainsi fatigué, nuit et jour, et qu’ils n’ont pas voulu profiter de la peine qu’il prenait pour les instruire, sans y être cependant obligé. Car, dit-il, nous avons des droits sur vos biens, sur votre fortune, et Notre-Seigneur nous a permis d’en user ; mais je n’ai pas voulu en user, dans la crainte que ce que j’aurais fait légitimement, ne fût pour d’autres le prétexte d’une oisiveté coupable. C’est pourquoi j’ai mieux aimé, en prêchant l’Évangile, me nourrir du travail de mes mains, pour vous apprendre le chemin de la perfection que vous désirez suivre, et pour vous donner ainsi l’exemple d’une sainte vie.

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XI. Quod non solum exemplo, sed etiam uerbis praedicans monuerit operari.

Sed ne forte tacitus operans et erudire eos uolens exemplis minime illos etiam praeceptorum monitis instruxisse uideretur, infert: nam et cum essemus, inquit, apud uos, hoc denuntiabamus uobis, quoniam, si quis non uult operari, nec manducet. adhuc illorum desidiam, qui scientes eum ut magistrum bonum doctrinae gratia et institutionis obtentu suis manibus operatum imitari contemnunt, et diligentiam cautionemque suam exaggerat, dicens non tantum se hoc illis exemplo tradidisse praesentem, sed etiam uerbis iugiter praedicasse, ut, si quis scilicet non uult operari, nec manducet.

11. L’Apôtre joint des conseils à l’exemple.

Pour ne pas paraître, en travaillant, leur donner un bon exemple, sans leur faire un commandement, l’Apôtre ajoute : « Aussi, quand nous étions avec vous, nous vous avons déclaré que celui qui ne veut pas travailler, n’est pas digne de manger. » (II Thess., III, 10.) Il confond ainsi la paresse de ceux qui savaient bien que le maître travaillait des mains pour les instruire et ne voulaient pas cependant l’imiter ; il leur rappelle non-seulement l’exemple qu’il leur a donné, mais les paroles qu’il leur a souvent répétées : « Celui qui ne veut pas travailler, ne doit pas manger. »

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XII. De eo quod dicit: si quis non uult operari, nec manducet.

Non iam doctoris uel medici utitur ad eos consilio, sed districtione in eos iudiciariae pronuntiationis inuehitur et apostolica potestate resumpta uelut e tribunali in contemptores sententiam dicit: illa nempe potestate, quam cum interminatione scribens ad Corinthios a domino sibi adseruit datam, cum eos in delicto positos praemoneret, ut ante aduentum suum semet ipsos corrigere festinarent, ita praecipiens: rogo uos ne praesens conpellar audere in quosdam potestate illa quae data est mihi in uobis, et iterum: si enim uoluero aliquid gloriari de potestate, quam dedit mihi dominus in aedificatione et non in destructione uestra, non erubescam. illa, inquam, potestate pronuntiat: si quis non uult operari, nec manducet, non gladio carnali eos addicens, sed auctoritate sancti spiritus huius uitae eis interdicens substantiam, ut, si forte poenam futurae mortis minime cogitantes adhuc uelint amore otii exsistere contumaces, saltim necessitate naturali constricti et metu praesentis interitus salutaria praecepta suscipere cogantur.

12. L’Apôtre a fait un précepte du travail.

Ce n’est plus le conseil d’un maître ou d’un médecin, c’est la sentence d’un juge. L’Apôtre reprend toute sa puissance et siége sur son tribunal pour condamner ceux qui ont méprisé ses avis. Il se sert de l’autorité qu’il a reçue de Dieu, pour avertir avec menace les Corinthiens coupables de se corriger de leurs fautes avant son arrivée. « Je vous prie, leur dit-il, de ne pas me contraindre à employer contre quelques-uns d’entre vous, quand je serai venu, la puissance qui m’a été donnée. » (II Cor., X, 2.) Et il dit encore : « Si je voulais me glorifier du pouvoir que le Seigneur m’a confié pour votre édification et non pour votre ruine, je n’aurais pas à en rougir. » (Ib., 8.) Et c’est en vertu de ce pouvoir qu’il a prononcé cet arrêt : « Celui qui ne veut pas travailler, ne doit pas manger. » Il ne les frappe pas avec le glaive de la justice humaine, mais il leur interdit, avec l’autorité du Saint-Esprit, les aliments nécessaires à cette vie, afin que, si la crainte de la mort éternelle est insuffisante pour les corriger et les retirer de l’amour de l’oisiveté, les besoins de la vie et la crainte de la mort temporelle les obligent du moins à suivre ses conseils salutaires.

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XIII. De eo quod dicit: audiuimus enim inter uos quosdam ambulare inquiete.

Post tantum itaque rigorem euangelicae districtionis nunc causam exponit, cur haec uniuersa praemiserit: audimus enim inter uos quosdam ambulare inquiete, nihil operantes sed curiose agentes. nusquam eos, qui dediti esse operi nolunt, uno tantum morbo corruptos pronuntiare contentus est. in priore namque epistula inordinatos eos appellat nec secundum traditionem ambulare, quam acceperunt ab eo, inquietos etiam esse definit et gratis panem manducare. rursum hic: audimus, inquit, quosdam inter uos ambulare inquiete. et subiungit statim secundum languorem, qui inquietudinis huius est radix: nihil, inquit, operantes, tertium quoque morbum, qui ex isto uelut quidam ramunculus oritur: sed curiose agentes.

13. Reproches de saint Paul aux paresseux.

Après avoir fait connaître la doctrine rigoureuse de l’Évangile, l’Apôtre explique ce qui l’oblige à parler de la sorte : « Nous avons appris, dit-il, que quelques-uns parmi vous vivent dans le désordre et sans rien faire, s’occupant seulement de ce qui ne les regarde pas. » (II Thess., 11.) Jamais l’Apôtre ne parle de ceux qui ne veulent pas travailler, comme s’ils n’avaient qu’une seule maladie. Il les appelle, dans sa première Épître, des gens déréglés qui ne suivent pas les enseignements qu’il leur a donnés. Il leur reproche de vivre dans le trouble et de manger leur pain sans l’avoir mérité. Il leur répète ici : « Nous avons appris que quelques-uns parmi vous vivent dans le trouble ; » et il leur fait connaître sur-le-champ le mal qui est le principe de ce trouble, c’est qu’ils ne font rien ; et il ajoute un troisième défaut qui sort de celui-là, comme un rameau : « Ils se mêlent de ce qui ne les regarde pas. »

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XIIII. Quod multa uitia amputet operatio manuum.

Itaque fomiti uitiorum tantorum congruam nunc emendationem conferre festinat, et illa apostolica qua usus fuerat paulo ante deposita potestate iterum ad uiscera pii patris uel clementis reuertitur medici, et uelut filiis susceptisque suis consilio salubri infert remedia sanitatis dicens: his autem qui huiusmodi sunt denuntiamus et obsecramus in domino Iesu, ut cum silentio operantes panem suum manducent. causas tantorum ulcerum, quae de radice otiositatis emergunt, uno operationis salutari praecepto curauit ut peritissimus medicorum, ceteras quoque ualitudines malas eodem cespite pullulantes sciens protinus extinguendas origine morbi principalis exempta.

14. Le travail est un grand remède de l’âme.

L’Apôtre se hâte d’appliquer un remède convenable à ce Mal qui est la source de tous les vices. Il dépose cette sévérité apostolique dont il vient de se servir. Il reprend la douceur, la tendresse d’un père, la compassion d’un médecin, et il cherche à guérir, par ses conseils salutaires, ses enfants malades, en leur disant : « Nous avertissons ceux qui vivent ainsi, et nous les conjurons, par Notre-Seigneur Jésus-Christ, de manger leur pain, en travaillant paisiblement. » (II Thess., III, 12.) Par ce précepte du travail, cet admirable médecin des âmes guérit toutes les plaies que cause la paresse ; et il sait bien que toutes les autres maladies qui naissent de cette tige maudite, disparaîtront dès que leur racine sera détruite.

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XV. De humanitate etiam otiosis et neglegentibus inpertienda.

Nihilominus tamen ut perspicacissimus ac prouidus medicus non solum infirmantum cupit mederi uulneribus, sed etiam sanis, quibus eorum possit perpetua sospitas custodiri, similiter congruentia praecepta commendat dicens: uos autem nolite deficere bene facientes. qui nos, id est uias nostras sectantes exempla uobis tradita operis imitatione conpletis ac nequaquam eorum desidiam inertiamque sectamini, nolite deficere bene facientes, id est humanitatem uestram erga eos, si forte neglexerint obseruare quae diximus, similiter inpertite. ut castigauit illos qui erant infirmi, ne otio dissoluti inquietudini et curiositati operam darent, ita hos qui sani sunt praemonet, ut humanitatem, quam bonis ac malis inpertire domini praecepto iubemur, si forte quidam praui ad sanam doctrinam conuerti noluerint, non abscidant ab eis, sed bene facere et fouere eos tam consolationis et correptionis sermone quam beneficiis solitis et humanitate non desinant.

15. Il faut avoir compassion de ceux qui ne travaillent pas.

Cet habile et prudent médecin ne se contente pas de soigner les plaies de ceux qui sont malades, il cherche encore, par ses bons conseils, à préserver ceux qui jouissent de la santé. « Pour vous, mes frères, leur dit-il, ne vous lassez jamais de faire le bien. » (Ibid., 13.) Vous qui suivez nos voies, vous qui profitez des exemples de travail que nous vous avons donnés, vous qui n’imitez pas la conduite des paresseux, ne vous lassez jamais de faire le bien, et ne cessez pas d’être charitables à l’égard même de ceux qui n’observent pas nos commandements. Ainsi, après avoir repris les malades, les faibles, pour qu’ils ne s’abandonnent pas à la paresse, au désordre et aux futilités, il avertit ceux qui sont sains de répandre leurs charités sur les bons et les méchants, comme Dieu l’ordonne, et de ne pas abandonner ceux-là mêmes qui ne voudraient pas se convertir. Il les conjure de leur continuer, non-seulement leurs encouragements et leurs conseils, mais encore les aumônes qu’ils avaient l’habitude de leur faire.

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XVI. Quod non odii causa, sed dilectionis eos qui delinquunt corripere debeamus.

Rursum tamen, ne forte hac lenitate prouocati quidam praeceptis eius oboedire contemnant, intermiscet apostolicam seueritatem: quodsi quis non oboedit uerbo nostro per epistulam, hunc notate et nolite commisceri cum illo, ut confundatur. monensque eos pro reuerentia sui et utilitate communi quid oporteat obseruari quaque cautione apostolica mandata custodiant, subiungit confestim patris indulgentissimi lenitatem, et ut filios suos, quem erga praedictos pro caritate fraternitatis affectum debeant retinere, similiter docet: et nolite quasi inimicum existimare, sed corripite ut fratrem. seueritati iudiciariae paternam intermiscuit pietatem et sententiam apostolico rigore prolatam clementi mansuetudine temperauit. nam et notari iubet eum, qui oboedire suis praeceptis contempserit, et cum illo non commisceri: et tamen haec fieri non odii uitio praecepit, sed fraternae dilectionis et eorum emendationis intuitu. nolite, inquit, commisceri cum illo, ut confundatur, ut, qui non est meis praeceptis mitibus emendatus, saltim publica omnium uestrum segregatione confusus ad tramitem salutis incipiat aliquando reuocari.

16. Nous devons reprendre nos frères par amour et non par haine.

Mais dans la crainte que cette douceur ne portât quelques chrétiens à mépriser ces préceptes, l’Apôtre y ajoute une sanction sévère : « Si quelqu’un n’obéit pas à ce que nous disons dans cette lettre, faites-le connaître et n’ayez aucun commerce avec lui, afin qu’il soit rempli de confusion. » (Ibid., 14.) Après leur avoir dit ce qu’ils doivent faire, par respect pour lui et dans l’intérêt de tous, et comment ils doivent observer les préceptes qu’il leur donne, il revient aussitôt à la tendresse d’un bon père, et il enseigne à ses enfants avec quelle charité fraternelle ils doivent traiter les coupables : « Ne les regardez pas cependant comme des ennemis, mais reprenez-les comme des frères. » Il mêle ainsi la bonté du père à la sévérité du juge, et il tempère par son indulgence la rigueur de son zèle d’apôtre. S’il ordonne de faire connaître celui qui méprise ses préceptes, et s’il veut qu’on se sépare de lui, il recommande cependant qu’on n’agisse pas avec un esprit de haine, mais par charité et avec le désir de convertir son frère : « N’ayez pas de commerce avec lui, dit-il, afin qu’il soit rempli de confusion. » Puisqu’il n’a pas obéi à des avis pleins de douceur, la honte de cette séparation publique le ramènera peut-être dans le chemin de la justice et du salut.

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XVII. Diuersa testimonia, quibus apostolus praecepit operari debere uel ipse operatus fuisse monstratur.

In epistula quoque ad Ephesios de hoc ipso opere ita praecepit dicens: qui furabatur, iam non furetur, magis autem laboret operando manibus suis quod bonum est, ut habeat unde tribuat necessitatem patientibus. in actibus etiam apostolorum haec eadem non solum docuisse eum, sed etiam opere perfecisse similiter inuenimus. nam cum uenisset Corinthum, alibi se manere non patitur nisi apud Aquilam et Priscillam, eo quod eiusdem artis essent opifices quam ipse erat solitus exercere. ita enim habes: post haec Paulus egressus ab Athenis uenit Corinthum, et inueniens quendam Iudaeum nomine Aquilam, Ponticum genere, et Priscillam uxorem eius, accessit ad eos, eo quod eiusdem esset artis, et manebat cum eis et operabatur: erat enim scenofactoriae artis.

17. Recommandations de saint Paul sur le travail.

Dans son épître aux Éphésiens, saint Paul recommande encore le travail : « Que celui qui dérobait, dit-il, ne dérobe plus, mais plutôt qu’il travaille de ses mains à quelque ouvrage utile, afin qu’il puisse avoir les moyens de secourir le pauvre qui souffre. » (Éph., IV, 28.) Nous voyons aussi, dans les Actes des apôtres, que saint Paul prêchait le travail, non-seulement par ses paroles, mais encore par ses exemples ; car, lorsqu’il vint à Corinthe, il ne voulut pas demeurer ailleurs que chez Aquila et Priscille, parce qu’ils exerçaient la même profession que lui. « Après cela, dit saint Luc, Paul sortit d’Athènes et fut à Corinthe. Il y trouva un juif nommé Aquila, qui était du Pont, et Priscille, sa femme. Il se joignit à eux, parce qu’ils étaient de la même profession, et ils travaillaient ensemble à faire des tentes. » (Act., XVIII.)

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XVIII. Quod tantum operatus sit apostolus, quantum non sibi soli, sed etiam his qui cum eo erant posset sufficere.

Dein procedens Miletum et exinde mittens Ephesum conuocansque ad se presbyteros Ephesiorum ecclesiae et dans eis praecepta, quemadmodum regere ecclesiam dei se absente deberent, ait: argentum et aurum nullius concupiui: ipsi scitis quoniam ad ea quae mihi opus erant et his qui mecum sunt ministrauerunt manus istae. omnia ostendi uobis, quia sic laborantes oportet suscipere infirmos ac meminisse uerbi domini Iesu, quoniam ipse dixit: beatius est magis dare quam accipere. graue nobis suae conuersationis reliquit exemplum, cum se non solum id operatum esse testatur, quod necessitatem sui tantummodo corporis expediret, sed etiam quod usibus eorum qui secum erant posset sufficere, his uidelicet qui cotidie necessariis ministeriis occupati nequaquam sibi parare similiter uictum suis manibus occurrebant. et sicut ad Thessalonicenses operatum se dixit, ut illis formam daret ad imitandum eum, et hic tale aliquid intulit dicens: omnia ostendi uobis, quia sic laborantes oportet suscipere infirmos, scilicet uel mente uel corpore, id est ut nostro potius labore sumptuque operis sudore quaesito et non de abundantiae cumulo seu reposita pecunia, sed ne de aliena quidem largitate ac substantia eos reficere festinemus.

18. L’apôtre saint Paul travaillait même pour les autres.

Lorsque saint Paul vint à Milet, il voulut convoquer près de lui, à Éphèse, tous les prêtres de cette église, et leur apprendre comment ils devaient gouverner l’Église de Dieu pendant son absence : « Je n’ai désiré, leur dit-il, l’or et l’argent de personne, et vous savez bien que c’est le travail de mes mains qui m’a procuré ce qui m’était nécessaire, à moi et à ceux qui étaient avec moi. Je vous ai montré qu’il faut, en travaillant de la sorte, soulager les pauvres infirmes, et se rappeler cette parole de Notre-Seigneur Jésus, qui a dit : Il est plus heureux de donner que de recevoir. » (Act., XX, 17.) L’Apôtre nous donne un grand enseignement, lorsqu’il déclare qu’il a travaillé, non-seulement pour suffire à ses propres besoins, mais encore pour être utile aux personnes qui étaient avec lui, et que leurs occupations de chaque jour empêchaient de gagner leur vie en travaillant de leurs mains. Et comme il avait dit aux Thessaloniciens qu’il agissait ainsi pour leur donner l’exemple, il parle de même aux Éphésiens : « Je vous ai montré qu’il faut en travaillant assister les infirmes de corps et d’esprit, afin de pouvoir les secourir plutôt avec ce que nous gagnerons à la sueur de notre front, qu’avec l’argent que nous aurons mis en réserve ou que nous recevrons de la générosité des autres. »

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XVIIII. Quemadmodum intellegi debeat: beatius est magis dare quam accipere.

Et hoc ipsum domini dicit esse mandatum. quoniam ipse, inquit, dixit, id est dominus Iesus: beatius est magis dare quam accipere. haec est inpertientis beatior largitas quam accipientis penuria, quae non de pecunia per infidelitatem uel diffidentiam reseruata nec de reconditis auaritiae thesauris inpenditur, sed quae de fructu operis proprii et pio sudore profertur. et idcirco beatius est magis dare quam accipere, quia, cum illius qui accipit hic qui tribuit habeat paupertatem, nihilominus labore proprio non solum suae necessitati sufficientiam, uerum etiam quod tribuat indigenti pia sollicitudine parare festinat, duplici gratia decoratus, quod et perfectam nuditatem Christi uniuersarum rerum suarum abiectione possideat et munificentiam diuitis labore suo exhibeat et affectu, hic quidem honorans deum de suis iustis laboribus et delibans ei de fructibus iustitiae suae: ille uero otii torpore et inertia resolutus indignum se etiam cibo panis apostoli probat sententia, contra eius scilicet interdictum otiosus eum non sine reatu peccati contumaciaeque praesumens.

19. Explication de cette parole : « Il vaut mieux donner que recevoir. »

Il insiste en disant que c’est l’ordre formel de Notre-Seigneur : « Car le Seigneur Jésus a dit qu’il était plus heureux de donner que de recevoir. » (Act., XX, 35.) Oui, la libéralité de celui qui donne vaut mieux que la pauvreté de celui qui reçoit, lorsque cette libéralité est faite, non pas avec l’argent mis en réserve par méfiance ou par avarice, mais avec l’argent gagné par un travail pénible et méritoire. Il est plus heureux de donner que de recevoir, parce que celui qui donne ainsi est aussi pauvre que celui qui reçoit ; et cependant, non-seulement il suffit à ses besoins, mais il pourvoit pieusement aux nécessités des autres. Il a un double mérite. En renonçant à tous ses biens, il s’est revêtu de la nudité parfaite du Christ ; et, en faisant l’aumône par son travail, il égale, dans la pauvreté, la munificence des riches ; il honore Dieu par son travail et lui offre les fruits de la justice, tandis que celui qui s’abandonne à la paresse est indigne du pain qu’il mange, au dire de saint Paul, d’après cette déclaration de l’Apôtre : « Celui qui ne fait rien ne peut prendre la nourriture sans pécher. »

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XX. De fratre desidioso, qui alios egredi de coenobio sollicitabat.

Nouimus fratrem, cuius etiam nomen, si amplius aliquid ex hoc instructionis accederet, proderemus. qui cum in coenobio moraretur eumque necessitas coartaret, ut statutum operis pensum cotidie oeconomo traderet, ne in maiorem operis modum alicuius propensius laborantis tenderetur uel confunderetur exemplo, cum in coenobio quempiam fratrum uidisset ingressum, qui ardore fidei uellet aliquid amplius operis consignare, si clandestinis eum persuasionibus reuocare ab huiusmodi intentione minime potuisset, consiliis prauis ac susurrationibus ad transmigrandum exinde persuadebat: et quo eum facilius asportaret, se quoque iam olim multis ex causis offensum confingebat uelle discedere, si solacium itineris uel comitis repperisset. cumque eum ad consensum occultis obtrectationibus monasterii pellexisset, condicens ei horam qua de monasterio deberet exire uel locum quo se praeueniens expectaret, ipse uelut ilico subsecuturus ibidem subsistebat, illoque iam pro discessus sui uerecundia non audente ad monasterium de quo aufugerat ulterius adgregari, inlex fugae eius in coenobio residebat. hoc unum exemplum de istiusmodi genere hominum pro incipientium cautione posuisse sufficiat, quo pateat euidentius, quanta mala otiositas secundum scripturae sententiam in monachi mente parturiat, uel quemadmodum corrumpant mores bonos conloquia mala.

20. D’un religieux paresseux qui voulait éloigner ceux dont il craignait l’exemple.

Nous connaissons un religieux dont nous dirions le nom, si cela pouvait être utile à ceux qui nous liront. Il habitait un monastère où il était obligé de présenter chaque jour à l’économe un certain ouvrage déterminé. Dans la crainte que l’ardeur de quelque religieux ne fît augmenter le travail demandé ou que son exemple ne le couvrît de confusion, dès qu’il en voyait un qui montrait plus de zèle que les autres, il cherchait par ses insinuations à changer ses idées et à lui persuader même de quitter le monastère ; et, pour y parvenir plus facilement, il prétendait que, depuis longtemps, il souffrait de bien des choses, et qu’il serait déjà parti, s’il avait trouvé un compagnon ou les moyens pour le faire. Lorsqu’il avait obtenu son consentement, en disant ainsi beaucoup de mal de son monastère, il fixait l’heure de son départ et le lieu où ils devaient se rencontrer ; mais, au lieu de l’aller rejoindre, il restait dans sa cellule, tandis que celui qu’il avait décidé à partir n’osait plus retourner parmi ses frères qu’il avait abandonnés. Ce seul exemple suffira pour mettre en garde, contre ces personnes, ceux qui entrent dans les monastères, et pour leur faire comprendre combien de mal l’oisiveté fait naître dans l’esprit des religieux, et, comme le dit l’Écriture, combien les entretiens coupables corrompent les bonnes mœurs. (I. Cor., XV, 33.)

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XXI. Diuersa testimonia de Salomone contra acedian.

Quod otiositatis uitium etiam sapientissimus Salomon euidentissime notat in multis, ita dicens: qui sectatur otium, replebitur paupertate, uel uisibili scilicet uel inuisibili, qua necesse est otiosum quemque et diuersis uitiis inuolutum teneri et alienum semper exsistere a contemplatione dei uel diuitiis spiritalibus, de quibus beatus apostolus: quia in omnibus, inquit, diuites facti estis in illo, in omni uerbo et in omni scientia. de hac autem otiosi paupertate alibi quoque ita describitur: et uestietur conscissa et pannosa omnis somniculosus. sine dubio enim non merebitur illo incorruptionis uestimento ornari, de quo apostolus praecepit: induite uos dominum Iesum Christum, et iterum: induti lurica iustitiae et caritatis, et de quo etiam dominus ad Hierusalem loquitur per prophetam: exsurge exsurge, Hierusalem, induere uestimentis gloriae tuae, quisque somno otii uel acediae superatus non industriae suae labore, sed inertiae pannis operiri maluerit, quos abscidens de perfecta plenitudine et corpore scripturarum non uestimentum gloriae nec decoris, sed ignominiosum excusationis uelamen suae coaptabit ignauiae. solent enim hi, qui sunt hac segnitie dissoluti, nolentes opere manuum sustentari, quod apostolus indesinenter exercuit uel nobis exercere praecepit, quibusdam uti testimoniis scripturarum, quibus quoddam inertiae suae uelamen inponant, dicentes scriptum esse: operamini non cibum qui perit, sed qui permanet in uitam aeternam, et: meus cibus est ut faciam uoluntatem patris mei. sed haec testimonia panni quidam sunt de solida euangelicae lectionis plenitudine et ad hoc adsuuntur, ut contegant potius ignominiam otiositatis ac uerecundiae nostrae quam ut calefaciant et exornent nos illa pretiosa ueste perfectaque uirtutum, quam in Prouerbiis mulier illa sapiens, quae fortitudine et decore induta est, uel sibi uel uiro suo fecisse describitur: de qua etiam consequenter infertur: fortitudine et decore induta est, et laetata est in diebus nouissimis. de hoc inertiae morbo rursus idem Salomon ita commemorat: uiae nihil operantium stratae sunt spinis, id est illis ac similibus uitiis, quae apostolus in superioribus de otio pullulare praefatus est, et iterum: in desideriis est omnis otiosus, de quibus apostolus commemorat dicens: et nullius aliquid desideretis, et ad extremum: multa enim mala docuit otiositas. quae euidenter apostolus in his quae supra exposuimus enumerauit dicens: nihil operantes sed curiose agentes, huicque uitio subiunxit aliud: et operam detis ut quieti sitis, et deinde: ut uestra negotia agatis, et ut honeste ambuletis ad eos qui foris sunt, et nullius aliquid desideretis. quos etiam inordinatos ac rebelles notat, ab his studiosos quosque segregari praecipiens: ut subtrahatis uos, inquit, ab omni fratre ambulante inordinate et non secundum traditionem quam acceperunt a nobis.

21. Sentences de Salomon contre la paresse.

Salomon, le plus sage des hommes, montre avec évidence, dans beaucoup de passages, les tristes suites de l’oisiveté : « Celui qui pratique l’oisiveté, dit-il, sera rempli de pauvreté » (Prov., XXVIII, 19) : d’une pauvreté visible et aussi d’une pauvreté invisible, parce que l’oisif tombe nécessairement dans beaucoup de vices, et reste toujours privé de la contemplation de Dieu et de ces richesses spirituelles dont l’Apôtre a dit : « Vous êtes devenus riches, par le Christ, en toutes choses, de tous les dons de la parole et de la science. » (I Cor., I, 5.) Il est écrit ailleurs, de cette pauvreté du paresseux : « Celui qui sommeille toujours sera couvert d’un vêtement déchiré et de haillons. » (Prov., XXIII, 21.) Il ne méritera certainement pas d’être revêtu de ce vêtement incorruptible que nous recommande saint Paul : « Revêtez-vous de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (Rom., XIII, 14) ; et encore : « Prenez pour cuirasse la justice et la charité. » (I Thess., V, 8.) Dieu parle de ce vêtement, lorsqu’il dit à Jérusalem par son prophète : « Levez-vous, levez-vous, Jérusalem, et revêtez-vous des vêtements de votre gloire. » (Isaïe, LII, 2.)

Celui qui s’abandonne à la paresse préfère, aux vêtements que lui donnerait le travail, les haillons de l’oisiveté. Il cherche à tirer des saintes Écritures, non un beau vêtement qui lui ferait honneur, mais des lambeaux pour cacher la honte de sa lâcheté. Ces paresseux, qui ne veulent pas se nourrir du travail de leurs mains, comme saint Paul l’a fait et nous a recommandé de le faire, se servent de quelques passages de l’Écriture pour excuser leur conduite ; ils disent qu’il est écrit : « Ne travaillez pas pour la nourriture qui passe, mais pour celle qui reste dans la vie éternelle. » (S. Jean, VI, 27.) « Ma nourriture est de faire la volonté de mon Père. » (S. Jean, IV, 34.) Ces textes sont comme des lambeaux d’étoffes qu’ils arrachent à l’ensemble de la doctrine évangélique, plutôt pour cacher la honte de leur oisiveté, que pour s’orner de ce vêtement précieux et parfait des vertus que la femme sage des Proverbes prépare pour elle et son mari, afin qu’on puisse dire d’elle : « Elle est revêtue de force et de beauté, et elle est heureuse dans ses derniers jours. » (Prov., XXXI, 25.)

Salomon dit encore de la paresse : « Les chemins de ceux qui ne font rien sont couverts d’épines » (Prov., XV, 19), c’est-à-dire des vices qui naissent de la paresse. Et encore : « Le paresseux est plein de désirs. » (Prov., XXI, 26.) C’est pourquoi l’Apôtre dit : « Ne désirez rien de personne. » (I Thess., IV, 12.)

Enfin le Sage dit : « L’oisiveté nous fait connaître bien des maux. (Eccli., XXIII, 28.) L’Apôtre les explique dans les textes que nous avons déjà cités : « Ils ne font rien, mais ils s’occupent de ce qui ne les regarde pas. » (II Thess., III, 11.) C’est aussi à ce sujet qu’il dit : « Travaillez à être en repos, à vous occuper de vos affaires, afin de vous conduire honorablement à l’égard des étrangers, et de ne désirer rien de personne. » (I Thess., IV, 11, 12.) Il appelle les paresseux des hommes déréglés et rebelles dont il faut se séparer avec soin. « Nous vous ordonnons, dit-il, de vous éloigner de ces frères qui suivent une voie mauvaise et contraire à la tradition qu’ils ont reçue de nous. » (II Thess., III, 6.)

22

XXII. Quod per Aegyptum fratres ita suis manibus operantur, ut non solum propriis necessitatibus satisfaciant, sed etiam his qui in carceribus sunt subministrent.

His itaque exemplis per Aegyptum patres eruditi nullo modo otiosos esse monachos ac praecipue iuuenes sinunt, actum cordis et profectum patientiae et humilitatis sedulitate operis metientes, et non solum a nullo quicquam ad usum uictus sui accipere patiuntur, sed etiam de laboribus suis non tantum superuenientes ac peregrinos reficiunt fratres, uerum etiam per loca Libyae, quae sterilitate ac fame laborant, nec non etiam per ciuitates his, qui squalore carcerum contabescunt, inmanem conferentes dirigunt alimoniae uictusque substantiam, de fructu manuum suarum rationabile ac uerum sacrificium domino tali oblatione se offerre credentes.

22. Du travail des solitaires de l’Égypte, et des charités qu’ils faisaient par ce moyen.

Fidèles à ces enseignements, les solitaires d’Égypte ne souffrent pas que leurs religieux, et surtout les jeunes, restent jamais oisifs. Ils mesurent à leur application au travail les dispositions de leurs cœurs et leurs progrès dans la patience et l’humilité. Non-seulement ils ne leur permettent pas de recevoir de quelqu’un ce qui est nécessaire à leur nourriture, mais ils veulent encore soulager, par leurs travaux, les étrangers et les voyageurs ; ils envoient jusque dans les régions de la Libye, désolées par la stérilité et la famine, et aux prisonniers qui languissent dans les villes, des vivres et des aumônes abondantes, offrant ainsi à Dieu, du travail de leurs mains, un sacrifice juste et véritable.

23

XXIII. Quod otii causa faciat in partibus Occidentis non esse coenobia monachorum.

Hinc est quod in his regionibus nulla uidemus monasteria tanta fratrum celebritate fundata, quia nec operum suorum facultatibus fulciuntur, ut possint in eis iugiter perdurare, et si eis subpeditare quoquo modo ualeat sufficientia uictus alterius largitate, uoluptas tamen otii et peruagatio cordis diutius eos in loco perseuerare non patitur. unde haec est apud Aegyptum ab antiquis patribus sancta sententia, operantem monachum daemone uno pulsari, otiosum uero innumeris spiritibus deuastari.

23. Du relâchement que la paresse cause dans les monastères.

Dans nos contrées, nous ne voyons pas de monastères si célèbres et si nombreux. Ils ne travaillent pas avec assez d’ardeur pour pouvoir se suffire et demeurer ensemble ; et lors même qu’ils recevraient de la générosité des autres ce qui serait nécessaire à leur nourriture, le plaisir de l’oisiveté, comme l’instabilité de leur cœur, ne leur permettrait pas longtemps de rester dans le même lieu. Il y a une vérité reconnue par les anciens solitaires de l’Égypte : Le religieux qui travaille n’a qu’un démon pour le tenter ; mais celui qui ne travaille pas en a une infinité pour le perdre.

24

XXIIII. De abbate Paulo, qui singulis annis omne opus manuum suarum igne subposito concremabat.

Denique abba Paulus, probatissimus patrum, cum in heremo uastiore consistens, quae Porphyrio nuncupatur, palmarum fructibus et horto modico securus haberet sufficientem alimoniae suae uictusque substantiam nec posset aliquid aliud unde sustentaretur operis exercere, eo quod ab oppidis uel habitabili terra septem mansionibus uel eo amplius deserti illius separaretur habitatio, plusque expeteretur pro mercede uecturae quam ualere posset pretium operis desudati, conlectis palmarum foliis cotidianum pensum uelut exinde sustentandus a semet ipso iugiter exigebat. eumque opere totius anni antrum eius fuisset impletum, id quod sollicita cura laborauerat annis singulis igne subposito concremabat, in tantum probans sine opere manuum nec in loco posse monachum perdurare nec ad perfectionis culmen aliquando conscendere, ut, cum hoc fieri nequaquam necessitas uictus exigeret, pro sola purgatione cordis et cogitationum soliditate ac perseuerantia cellae uel acediae ipsius uictoria et expugnatione perficeret.

24. Pourquoi l’abbé Paul brûlait les corbeilles qu’il ne pouvait vendre.

L’abbé Paul, le modèle des solitaires, vivait dans un vaste désert appelé Porphyrion. Son petit jardin et les fruits des palmiers suffisaient à tous ses besoins, et il ne pouvait tirer aucune utilité de son travail, parce qu’il était séparé des villes et de toute habitation par plus de sept journées. Le transport de ses ouvrages eût plus coûté qu’il ne devait espérer les vendre. Il recueillait cependant des feuilles de palmier, s’imposait une tâche pour chaque jour, comme s’il devait en vivre, et lorsqu’à la fin de l’année, sa grotte était remplie de corbeilles, qu’il avait faites avec un soin extrême, il y mettait le feu et les détruisait. Il nous enseignait ainsi que, sans le travail des mains, un religieux ne peut persévérer, et qu’il lui est si difficile d’atteindre sans cela la perfection, qu’il faut le faire, quand même on n’y est pas forcé par la nécessité, afin de purifier son coeur, d’affermir son intelligence, de garder sa cellule et de remporter la victoire sur la paresse.

25

XXV. Uerba abbatis Moysi, quae dixerit mihi de remedio acediae.

Cum incipiens in heremo commorari abbati Moysi omnium sanctorum summo dixissem me aegritudine acediae hesterno die grauissime fuisse confectum nec ab ea potuisse alias liberari, nisi ad abbatem Paulum protinus cucurrissem, ille: non te, ait, ab ea liberasti, sed magis ei te dediticium ac subditum praebuisti. grauius enim ut desertorem te ac fugitiuum deinceps aduersarius inpugnabit, quem de conflictu superatum protinus aufugisse conspexit, nisi de cetero commissa congressione non desertione cellae uel somni torpore ingruentes aestus eius ad horam euaporare malueris, sed tolerantia potius et conflictu didiceris triumphare. unde experimento probatum est acediae inpugnationem non declinando fugiendam, sed resistendo superandam.

25. Remède de l’abbé Moïse contre la paresse.

Dans les premiers temps de ma vie, au désert, je dis à l’abbé Moïse, l’un des plus saints solitaires, que, la veille, j’avais éprouvé un grand accès de paresse, et que je n’avais pu m’en délivrer qu’en allant promptement trouver l’abbé Paul : « Ne croyez pas, me dit–il, vous être délivré de la paresse ; vous vous y êtes, au contraire, livré davantage. L’ennemi vous attaquera maintenant avec plus d’insolence, comme un déserteur qui a fui pour éviter le combat, à moins qu’à la première rencontre, vous aimiez mieux repousser ses fureurs, non plus en désertant votre cellule, ou en vous abandonnant au sommeil, mais en combattant avec énergie et courage. L’expérience prouve que la paresse est un ennemi dont on triomphe, non par la fuite, mais par la résistance.

Texte latin : De institutis coenobiorum, éd. M. Petschenig, Corpus scriptorum ecclesiasticorum Latinorum 17, Vienne, 1888, relu sur les fac-similés ; sans l’apparat critique. · Traduction française d’E. Cartier († 1887), Institutions de Cassien, Paris, Poussielgue, 1872. Cartier abrège par endroits et ne traduit pas les chapitres X et XI du livre I. Texte du domaine public en France (art. L123-1 du code de la propriété intellectuelle). Transcription et révision : Abbatia Sancti Petri de Curte. Signaler une erreur